Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Éditorialistes
Menahem Macina

«La 'ligne verte'… Plus jamais, Monsieur le Président !», M. Macina
16/09/2003

Texte de ma causerie radiophonique sur Aroutz7 en français, le 16 septembre 2003.

[La version intégrale de l'article de Yehuda Avner, dont je cite ici quelques extraits, est en ligne sur notre site, sous le titre "Le jour où Jimmy Carter fut réduit au silence". Voir aussi : M. Macina, "Israël victime d'un négationnisme terminologique"].


Vous n'êtes pas sans savoir que la fameuse Ligne verte reprend du service dans la propagande de l'Autorité palestinienne et dans celle de l'énorme nébuleuse pro-palestinienne mondiale, à propos du tracé de la barrière de défense.

Rappelons que cette "ligne verte" fut tracée sur les cartes de l'Institut de cartographie britannique, lors des rencontres des Commissions mixtes d'armistice de 1948/1949, après la victoire d'Israël contre les Etats Arabes, dans sa Guerre d'indépendance. Cette délimitation cartographique n'était ni une frontière, ni une ligne de compromis entre pays, mais une ligne de cessez-le-feu, imposée aux pays arabes, du fait de leur impuissance à chasser Israël du Moyen-Orient.

Plutôt que de me lancer dans une défense - donquichotesque et sûrement inefficace - de la position d'Israël en cette matière, permettez-moi de citer quelques brefs extraits d'un article récent relatant l'affrontement verbal qui eut lieu entre le Premier Ministre israélien d'alors, Menahem Begin, et le Président des Etats-Unis, de l'époque, Jimmy Carter. Pour convaincre son interlocuteur de renoncer à la Judée-Samarie et à Gaza, ce dernier affirmait : "il ne peut y avoir d'occupation militaire permanente de ces territoires conquis par la force.»

"Monsieur le président", rétorqua Begin, "ce que vous avez entendu, concernant les droits - qui sont ceux du peuple Juif sur la terre d'Israël - peut vous sembler académique, théorique, voire discutable. Mais pas à ma génération. Pour ma génération de Juifs, ces liens éternels sont des vérités irréfutables, incontournables. Elles touchent au cœur même de notre identité nationale. Car nous sommes une ancienne nation qui revient chez elle. Nous sommes comme une génération biblique de souffrance et de courage. Nous sommes la génération de la Destruction et de la Rédemption. Nous sommes la génération qui s'est relevée de l'abîme sans fond de l'enfer… Nous étions un peuple sans espoir, Monsieur Le Président. Nous avons été saignés à blanc, non pas une fois, ni deux fois, mais de siècle en siècle, encore et encore. Nous avons perdu un tiers de notre peuple en une génération - la mienne. Un million et demi d'entre eux étaient des enfants - les nôtres. Personne n'est venu à notre secours. Nous avons souffert et sommes morts seuls. Nous ne pouvions rien faire. Mais maintenant, nous pouvons nous défendre nous-mêmes."

Déployant une carte, Begin fit courir son doigt le long de la frontière défunte [la ligne verte] : "…Comme vous le voyez, dit-il, "nos cartographes militaires ont indiqué les très faibles distances de la profondeur de défense que nous avions, lors de cette guerre". Il se pencha au-dessus de la table et désigna la zone montagneuse qui couvre le secteur Nord de la carte.

"Les Syriens tenaient les sommets de ces montagnes, Monsieur Le Président. Nous étions tout en bas… Là, c'est la vallée de Hula. Sa largeur est inférieure à 16 km. Du sommet de ces montagnes, ils canonnaient nos villes et villages, jour et nuit".

Il s'arrêta sur Netanya : "Ici, notre pays se réduisait à une étroite bande, large de quelque 14 Km et demi. 14 Km et demi, Monsieur Le Président ! Inconcevable ! Indéfendable !"


Carter n'émit aucun commentaire.

Le doigt de Begin survolait maintenant Tel Aviv et martelait la carte : "Ici vivent un million de Juifs, à 18 Km de cette ligne d'armistice indéfendable. Entre Haïfa, au Nord, et Ashkelon, au sud, vivent les deux tiers de notre population. Et cette plaine côtière est si étroite qu'une attaque-surprise menée par une colonne de chars pourrait, en quelques minutes, couper le pays en deux. Car celui qui tient ces montagnes tient la veine jugulaire d'Israël entre ses doigts…"

"Messieurs, il n'est pas question de revenir à ces lignes. Dans notre environnement impitoyable et implacable, aucune nation ne peut être rendue à ce point vulnérable et survivre. Aujourd'hui, les membres de notre peuple peuvent défendre leurs femmes et leurs enfants. Dans le passé, ils ne le pouvaient pas. En fait, ils devaient les livrer aux tueurs nazis. Nous avons été 'tertiés', Monsieur Le Président… Tertiés, pas décimés. Le sens du mot 'décimé est 1 sur 10. Quand une légion romaine était coupable d'insubordination, 1 sur 10 était passé au fil de l'épée. Dans notre cas, ce fut 1 sur 3 – 'tertié' !… Monsieur, j'en fais le serment devant vous, au nom du Peuple juif : cela n'arrivera plus jamais."

………………………………………………….

Un silence de mort se fit dans la salle. Begin regardait fixement vers le lointain, au-delà de Carter, de l'intérieur de lui-même, du fond de cette intimité juive, profonde, lieu d'une plainte infinie, d'une foi éternelle et d'une longue, longue mémoire, comme s'il était enfoui là avec Moïse et les Maccabées…

Carter baissa la tête et se figea dans une attitude d'immobilité respectueuse. D'autres regardaient ailleurs…

Graduellement, avec lenteur, le Premier Ministre se dressa de toute sa hauteur, et la salle revint à la vie.

Carter suggéra respectueusement une pause, mais Begin répondit que ce n'était pas nécessaire.

Il avait fait son devoir



© upjf.org et M. Macina


Mis en ligne le 16 septembre 2003 sur le site www.upjf.org