Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Éditorialistes
Menahem Macina

Chirac, comme le monde, exaspéré par Israël, M. Macina
20/10/2003

19/10/03

La France cause à nouveau des inquiétudes aux Juifs, en raison de l'initiative insolite de son Président consistant à bloquer une déclaration de l'Union Européenne qui condamnait vigoureusement les propos du Premier ministre malais, selon lesquels les Juifs "gouvernent le monde par personnes interposées." (1)

Mais, paradoxalement, ce n'est pas cet incident qui me mobilise le plus, le Président français ayant affirmé, depuis, avoir adressé une lettre de reproches à l'antisémite de Kuala Lumpur. Je suis davantage préoccupé - et j'espère ne pas être le seul Juif, ni le seul "homme de bonne volonté" dans ce cas -, par la récurrence de paroles et d'attitudes de Jacques Chirac et de certains de ses diplomates, dont le moins qu'on puisse en dire est qu'elles sont inamicales envers l'Etat d'Israël.

Depuis la colère mémorable du Président français, lors de sa visite officielle en Israël, en octobre 1996 ("Vous voulez que je reparte en France ?... C'est de la provocation !") (2), jusqu'à l'expression que lui a prêtée Jean-Marie Colombani ("Israël, une parenthèse de l'Histoire") (3), en passant par la phrase présidentielle assassine (début octobre 2000) : "On ne lutte pas contre l'émotion d'un peuple avec des blindés !" (4), il est difficile d'échapper à l'impression que le Président français souffre d'une allergie anti-israélienne qui confine à l'hostilité systématique.

L'exemple venant de haut, de telles attitudes, résolument non diplomatiques, sont probablement à l'origine des comportements, encore plus insultants, de deux diplomates français. On se souvient sans doute des propos scandaleux, tenus, en 2002, par Daniel Bernard, l'ambassadeur de France en Grande Bretagne ("Israël, ce petit pays de m…) (5). Et ceux, plus récents (fin août 2003), du nouvel ambassadeur français en Israël, qualifiant ce pays de "paranoïde", et son Premier ministre, de "voyou". (6)

Quiconque a l'expérience des milieux de travail, à quelque niveau hiérarchique que ce soit, sait distinguer la bonne fortune ou la disgrâce – les siennes ou celles d'un ou d'une collègue -, uniquement au ton et à l'attitude qu'adoptent à son égard les chefs et l'entourage professionnel. Là comme à la guerre, malheur au vaincu, au perdant. A la manière dont il est traité sans vergogne par ses pairs et ses supérieurs, ce 'loser' sait que son congédiement est proche, ou, s'il survit, que chacun désormais pourra, sans coup férir, le traiter avec arrogance et mépris.

Tel est bien le sort de l'Etat d'Israël, en disgrâce mondiale. La politique française au Moyen-Orient semble n'avoir pour but que de briser son moral et son économie, pour le contraindre à en passer par les volontés de certains pays – dont, bien sûr, la France -, aux intérêts supérieurs desquels fait obstacle son obstination à suivre sa propre dynamique politique et la logique de son angoisse sécuritaire.

Incontestablement, Israël est l'empêcheur de danser en rond entre clients européens et richissimes Etats du Golfe. Ces derniers, en effet, ont, depuis longtemps, annoncé la couleur. Quiconque soutient Israël, voire s'abstient de le critiquer, sait qu'il ne doit pas compter sur les juteux marchés arabes. Jacques Chirac est resté célèbre pour son amitié mercantile avec Saddam Hussein. Malgré l'ardoise colossale des impayés du dictateur de Bagdad (ou peut-être précisément pour en récupérer ne serait-ce qu'une partie), la diplomatie française est allée jusqu'à la limite du sabotage et de l'ignominie, à seule fin d'empêcher, par tous les moyens, la guerre qui a finalement jeté bas le tyran.

Convenons-en, les dirigeants français - et surtout leur Président - ont les meilleures raisons du monde d'en vouloir à Israël. En effet, c'est "ce petit pays de m…." qui, par un acte de piraterie inouïe, a détruit la belle centrale atomique irakienne, vendue par Jacques Chirac – quand il n'était encore que ministre - à son VIP de client, Saddam Hussein. C'est ce "voyou" d'Ariel Sharon qui refuse obstinément de se laisser imposer, par des Etats européens impatients de voir les affaires reprendre dans la région, une 'paix des lâches'. Et c'est ce peuple "dominateur et sûr de lui", qui se refuse à accepter, de guerre lasse, de reconnaître à des millions de 'réfugiés' palestiniens, un 'droit de retour' exorbitant, fantasmé par un dirigeant fou, qui rêve d'obtenir, par l'invasion démographique, ce qu'il n'a pu réaliser ni par la guerre, ni par son refus irrédentiste de reconnaître aux Juifs le droit d'exister de manière indépendante sur une partie de la terre de leurs ancêtres, à savoir, la dilution, si ce n'est la destruction de l'Etat d'Israël.

La journaliste anglaise, Barbara Amiel, a clairement résumé les vraies raisons de l'impasse du conflit palestino-israélien. Selon elle, en effet, la seule évidence aveuglante c'est que "le monde arabe n'a jamais toléré l'existence d'un Etat juif au Moyen-Orient, et que, tant qu'il ne sera pas prêt à l'accepter, aucun plan ne marchera". Si tant de gens font mine d'ignorer une hostilité aussi inflexible, c'est, estime-t-elle, uniquement parce que la plupart d'entre eux en ont assez de ce problème. "La somme de dangers et de tracas qui affectent le monde, à cause de ce petit pays 'de merde', a usé tout un chacun jusqu'à la corde. Un tel état d'esprit n'est fondé sur aucune affection spéciale envers les musulmans ou les Arabes. Il tient tout simplement compte du fait que 1,2 milliards de musulmans exaspérés clament avec insistance que leur problème majeur est une petite bande de terre appelée Israël, et qu'ils encourageront des terroristes-suicide à jeter des avions contre des gratte-ciel, si cela contribue à ébranler son allié majeur, l'Amérique" (7).

Je partage tout à fait ce point de vue, et je souhaite vivement que le Président Chirac l'adopte, lui aussi, ne serait-ce que pour qu'il guérisse de l'allergie anti-israélienne qui lui pourrit visiblement la vie, outre qu'elle rend la nôtre difficile.


Menahem Macina


© upjf.org




Notes

(1) Voir : "Le double langage de l'AFP, AC-Medias".

(2) Il s'agit de l'incident qui opposa J. Chirac aux forces de sécurité israélienne. En voici un compte rendu, qui figure sur le site de l'université de Reims ([url]http://www.univ-reims.fr/Labos/CERI/france_et_conflit_israelo_palestinien.htm#2-%20Les%20divergences%20de%20vues%20entre%20J.%20Chirac%20et%20les%20autorités%20israéliennes[/url] ) "Le 22 octobre 1996, le programme, pour le Président et sa délégation comporte la visite de la vieille ville de Jérusalem et des lieux saints chrétiens, juifs et musulmans. Depuis le matin, Jacques Chirac est littéralement assailli par des dizaines de gardes frontières, de policiers et d'agents de la sécurité israéliens. Dans les étroites ruelles de la vieille ville, les militaires entreprennent d'entourer le Président français et de "saucissonner" la délégation qui l'accompagne : Ministres, Parlementaires, Diplomates, Conseillers. Il est extrêmement difficile pour Monsieur Chirac de se livrer à un bain de foule, de serrer des mains comme il le souhaite. Les soldats israéliens n'hésitent pas à employer la manière forte avec les officiels et les journalistes. Après avoir visité l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem, Jacques Chirac saisit un responsable de la sécurité israélienne par la chemise et proteste, en mêlant le français à l'anglais : «Qu'est ce qu'il y a encore comme problème ? Je commence à en avoir assez ! What do you want ? Do you want me to take my plane, to go back to my country, to go back to France ! ? Is that what you want ? This is provocation ! that is provocation ! This is not a method ! Please, stop now! [Qu'est-ce que vous voulez ? Vous voulez que je remonte en avion et reparte pour mon pays, que je retourne en France ? C'est ce que vous voulez ? C'est de la provocation ! C'est de la provocation ! Ce ne sont pas des méthodes !]. Jacques Chirac est rouge de colère […] Quelques heures plus tard, le Premier Ministre Benyamin Netanyahou s'excuse auprès du Président français de "l'inconfort" causé par le comportement des services de sécurité israéliens. "Mon cher ami Jacques, Président de la République française, l'm sorry" [Je suis désolé]. Pour Benyamin Netanyahou, ce comportement s'expliquerait par la vigilance dont feraient preuve les services israéliens depuis l'assassinat d'Itzhak Rabin, un an auparavant. Jacques Chirac considère que l'incident est clos."

(3) On se souvient peut-être que, dans son livre, Tous Américains ?, publié en 2002, Jean-Marie Colombani, l'ancien directeur du journal Le Monde, décrivait la vision d'Israël qu'ont Jacques Chirac et son entourage. Pour eux, l'Etat d'Israël n'est, au regard du long temps de l'histoire, qu'une "parenthèse", une "péripétie". Colombani révélait que Jacques Chirac et son entourage convient des auditeurs soigneusement sélectionnés à des petits-déjeuners et déjeuners où ils expriment leur vision du monde débarrassé de l'Etat d'Israël, rappelant que, par exemple, "le royaume Franc de Jérusalem n'a duré que 2 siècles" et rejoignant en cela le calcul que font de nombreux dirigeants arabes. Notons que l'Elysée n'a jamais démenti ces propos.

(4) L'incident m'inspira alors un éditorial vengeur : "Ce pelé, ce galeux d'où nous vient tout le mal".

(5) S'adressant à son hôte, Lord Black of Crossharbour, propriétaire du Daily Telegraph, lors d'une soirée mondaine en décembre 2001, l'ambassadeur de France en Grande Bretagne, Daniel Bernard, lui a fait part de son sentiment selon lequel la crise internationale actuelle avait été causée par "ce petit pays de merde : Israël" ("that shitty little country Israel"). D'après Mme Amiel, la femme de Lord Black, l'ambassadeur aurait ajouté: "Pourquoi devrions-nous courir le risque d'une troisième guerre mondiale à cause de ces gens-là ?" ("Why should we be in danger of World War Three because of these people?"). D'après le journal londonien, The Guardian et The Times - December 19, 2001.

(6) Voir : O. Gozani, "L'ambassadeur français traite Israël de 'paranoïde'".

(7) Voir : "Tant que le monde condamne Israël, cette tragédie ne finira jamais".


Mis en ligne le 19 octobre 2003 sur le site www.upjf.org