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Israël (Société - mentalités)

Israël et les droits de l'homme : discours du Rabbin Melchior
22/03/2002

20 mars 2002

Source : Yigal Palmor, conseiller à l'information de l'Ambassade d'Israël en France

Une nouvelle fois, la Commission des Droits de l'Homme de l'ONU se réunit à Genève. Une nouvelle fois, il y aura deux clauses distinctes à l'ordre du jour: une pour tous les pays à discuter, et une exclusivement pour Israël. Une fois de plus, des pays comme l'Algérie, le Bangla Desh et le Nigeria donneront des leçons de droits de l'homme à Israël, et peut être reverrons nous le même scénario que l'année dernière: un texte si violemment anti-israélien qu'aucun pays démocratique ne le soutient, mais qui est adopté par les voix - forcément majoritaires - du Soudan, du Qatar, du Pakistan et consorts...

Puisque, cette fois ci, nous avons été invités à nous exprimer, nous vous proposons de lire le discours qu'a tenu le vice ministre des Affaires étrangères, le Rabbin Michaël Melchior, devant cette assemblée le 20 mars 2002:


DISCOURS DU RABBIN MICHAËL MELCHIOR VICE-MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES DE L'ETAT D'ISRAËL A LA 58ème SESSION DE LA COMMISSION DES DROITS DE L'HOMME


M. le Président, Madame le Haut Commissaire, Mesdames et Messieurs les délégués,

L'année qui a suivi notre dernière rencontre est difficile à décrire. Les mots ne sauraient décrire la souffrance et le désespoir qu'ont connu de si nombreuses personnes durant ces douze derniers mois.

Mais durant cette année de désastre et de calamité absolue, deux dates particulièrement horribles restent gravées dans nos mémoires.

La première, sans aucun doute, est le 11 septembre. Six mois plus tard, l'attentat terroriste le plus grave de l'histoire nous pose encore à tous des questions profondes et déconcertantes, et le monde entier essaie de lutter et de trouver une réaction efficace à la menace du terrorisme international.

En Israël, nous affrontons le même type de problèmes face à cette vague sans précédents d'attentats terroristes. Chaque jour, littéralement, des hommes, des femmes et des enfants innocents sont victimes de tirs et de bombes, dans des discothèques, des mariages, des centres commerciaux, des bus, des cafés et des restaurants. Ces mêmes leaders qui se sont théoriquement engagés à résoudre tous les problèmes par le biais de négociations plutôt que par la violence, exaltent en fait l'héroïsme des terroristes. Et le plus effrayant de tout : nous entendons les parents des terroristes suicidaires formuler l'espoir que leurs autres enfants suivent la même voie.

Le deuxième jour noir, est, à mes yeux, le 9 septembre ; juste deux jours avant l'attentat du World Trade Center, a eu lieu la session de clôture de la Conférence mondiale contre le racisme à Durban.

L'année dernière, je vous ai livré mes inquiétudes quant au détournement probable de cette conférence à des fins politiques. Et en réalité, triste ironie du sort, cette conférence contre le racisme s'est fait elle-même la tribune des discours et propositions les plus racistes qui n'aient été exprimées lors d'un forum international depuis la Deuxième Guerre mondiale. Demeurant inactive face aux millions d'esclaves, de pauvres et d'opprimés, cette conférence s'est fait le porte-parole d'une nouvelle forme vénale d'antisémitisme.

L'antisémitisme ou haine des Juifs, est la plus ancienne et la plus tenace des haines, mais elle s'est aussi avérée comme étant la plus adaptable. Comme les virus les plus dangereux, l'antisémitisme s'adapte à de nouvelles circonstances et à de nouveaux environnements, revêtant un nouvel aspect à chaque génération. Dans notre génération, à la conférence de Durban et dans les organes et institutions de la communauté internationale, cela a pris la forme d'une diabolisation politique de tout une nation : l'anti-sionisme. Mais, quelle que soit sa forme, en attaquant les fondements de la décence et de l'humanité, l'antisémitisme est une haine qui dépasse la haine des Juifs. Si les Juifs sont les premiers à en souffrir, ils ne sont pas les derniers.

11 septembre et 9 septembre. Terrorisme et antisémitisme. Deux atrocités qui sont l'antithèse même des droits de l'homme et qui contredisent les deux principes de mon pays et de ma foi.

Le premier principe est le caractère sacré de chaque vie humaine. L'Etat d'Israël est né des cendres des pires abus de l'humanité, motivé par l'idée phare la plus importante que la Bible ait donné à l'humanité : chaque homme, chaque femme, chaque enfant étant le reflet de l'image divine, sa valeur est infinie.

Le terrorisme est l'antithèse de cette croyance. Il dénie le caractère sacré de la vie humaine et ne la considère que comme un moyen pour atteindre des fins politiques ou idéologiques. Les vies et les espoirs des mères et des pères, l'avenir de leurs enfants, ne sont plus que de la chair à canon dans cette campagne de peur et d'intimidation. L'antisémitisme, pour sa part, cherche à détruire la reconnaissance de tout ce qui a d'humain en autrui : délégitimer, déshumaniser, puis détruire.

Le second principe est la tolérance- accepter d'autres peuples, ethnies, traditions et opinions. Israël a accueilli des nouveaux immigrants de tous les continents et de toutes les origines. Nous continuons nos efforts pour parvenir à une égalité totale entre toutes les composantes de la société israélienne et considérons la diversité comme une source de richesse et de force. Nous sommes fiers du rôle joué par la société civile et par les nombreuses ONG de notre société, et reconnaissons que leurs critiques sont essentielles à la sauvegarde des droits de l'homme. La presse arabe est plus libre en Israël que partout ailleurs au Proche-Orient. Il y a, en Israël, plus d'opinions que d'habitants. Parce que, en tant que société démocratique, nous pensons que la vérité ne réside pas dans une opinion unique, mais dans la dialectique du débat.

Cependant, contrastant fortement avec la notion de tolérance, le mariage empoisonné du fondamentalisme et du nationalisme nourrit le terrorisme international, ignore le respect d'autrui et qui n'a d'autre vision que la conquête totale et la destruction. Et nous observons le nouvel antisémitisme se répandre comme un fléau dont les manifestations dans toute l'Europe réveillent les spectres douloureux du siècle dernier, alors que certains journaux du Proche-Orient publient des calomnies telles que le Protocole des Sages de Sion et que les dirigeants arabes réitèrent impudemment leurs accusations de déicide. Cette semaine, alors que les Juifs du monde entier préparent la Pâque, les journaux arabes officiels ont publié les accusations centenaires de meurtre rituel selon lesquelles les Juifs utiliseraient le sang des enfants pour fabriquer la matza (pain azyme) consommée à la Pâque, réitérant un mensonge qui a conduit, pendant des générations, à de terribles pogromes. Comment, dans ce contexte, et dans le contexte d'hostilité et de haine apparent dans les manuels scolaires et les programmes de télévision pour enfants, pourra la prochaine génération avoir une chance de connaître la paix ?

Le terrorisme et l'antisémitisme sont profondément et intrinsèquement opposés aux principes fondamentaux des droits de l'homme. Tous deux sont financés et soutenus par des Etats et régimes marginaux aux procédés malhonnêtes. Grâce à l'Internet capable de répandre des messages de mensonge et de haine sur l'art de destruction des masses, ces deux fléaux constituent un cocktail meurtrier qui combine haine primitive et technologie du XXIe siècle.


Monsieur le Président,

Comment combattre ces deux démons ? Je pense que nous devons réagir en réaffirmant les valeurs auxquelles s'opposent le terrorisme et l'antisémitisme. Nous devons réaffirmer la valeur de chaque vie humaine et reconnaître la vérité profonde et douloureuse qui est qu'en laissant souffrir les autres, nous nous diminuons nous-mêmes. Nous devons demeurer tolérants. Dans ces moments de peine et d'angoisse, alors que nous sommes attirés vers des idées préconçues et des sentiments de haine, nous ne devons pas oublier notre vision de l'humanité d'autrui. Parce que, même face à ces attentats continuels, nous devons nous rappeler que notre plus grand acquis n'est pas notre force militaire, mais la conviction que nos actions sont justes et humaines.

Tels sont les tenants de ma foi, qui m'ont conduit de Norvège en Israël, du rabbinat à la politique. Mais, je dois franchement l'avouer, ces tenants sont mis à l'épreuve aujourd'hui comme ils ne l'avaient jamais été auparavant.

Nous n'avons pas choisi de nous trouver dans cette terrible situation. Au contraire, le dernier gouvernement israélien dont j'étais membre, a fait des propositions de paix d'une portée considérable qui reconnaissaient que sans frontières sûres pour les Palestiniens il ne pourrait y avoir de frontières sûres pour Israël, sans dignité pour le peuple palestinien, il ne pourrait y avoir de vraie dignité pour les Israéliens, et sans paix pour les Palestiniens, il ne pourrait y avoir de paix pour Israël. Toutefois, bien que la communauté internationale ait soutenu ces propositions, les dirigeants palestiniens les ont rejetées et ont réagi par une vague de violence brutale qui n'a fait que s'intensifier.

Cette violence a créé des défis sans précédents pour toute personne voulant maintenir un semblant d'humanité dans ce conflit. Il n'a jamais été aussi dur de trouver un juste équilibre entre la protection d'Israéliens innocents menacés par le terrorisme et la violence, et la protection de Palestiniens innocents vivant dans ces zones desquelles émanent les actes terroristes. Il n'a jamais été aussi dur de trouver une manière d'assurer la sécurité tout en facilitant les conditions de vie des Palestiniens vivant sous notre contrôle ; d'évaluer les risques d'un attentat terroriste aujourd'hui face au risque de la probabilité grandissante d'un attentat demain. Et face à l'incitation croissante à la violence et à son soutien officiel de la part des Palestiniens, il n'a jamais été aussi dur de maintenir une vision de dialogue et de tolérance entre Juifs et Arabes. Il n'a jamais été aussi dur de garder à portée de vue une vacillante éventualité de paix.

Il n'y a pas de réponse simple à ces douloureux dilemmes. Israël pourrait bénéficier de l'expérience partagée et d'un franc dialogue. Mais malheureusement, ces forums qui auraient dû proposer ce genre de discussions gaspillent leur temps en propagande politique.

Pourrait-il y avoir un forum plus adéquat que la Commission des droits de l'homme pour qu'Israël effectue une vraie introspection et mène une discussion constructive sur ces sujets? Et pourtant, ce forum a montré, à plusieurs reprises, que les caprices des échéances politiques priment sur les droits de l'homme.

Comment sincèrement discuter des mesures appropriées qu'Israël devrait prendre face aux attaques du Hezbollah au Liban, quand, nonobstant le retrait d'Israël jusqu'au dernier centimètre du sud Liban en application de la résolution 425 du Conseil de sécurité, cette Commission ne fait pas cas des attaques du Hezbollah au Liban contre Israël et du triste sort des Israéliens kidnappés ?

Comment discuter des relations difficiles et sensibles avec les Palestiniens quand le Rapporteur spécial de la Commission dans les territoires possède un mandat illimité qui ne lui permet même pas de réfléchir au problème du terrorisme palestinien et aux abus des droits de l'homme et qui déclare Israël coupable avant même de se rendre sur place ? Un Rapporteur spécial qui, dans son dernier rapport, vilipende Israël pour ses mesures de sécurité mais décrit les terroristes palestiniens comme faisant preuve de « détermination, audace et succès » ?

Sur quelle base peut-il y avoir un franc dialogue entre nous, quand, à l'encontre du principe d'impartialité, qui est un principe humanitaire de base, les actions israéliennes sont classées dans une catégorie à part des autres pays ? Un pays peut-il être diabolisé si ostensiblement ? Peut-il y avoir quelque chose de plus destructeur pour le respect des droits de l'homme que ce refus d'admettre que si le calendrier des droits de l'homme est dicté par des considérations politiques et non par les besoins de ceux qui souffrent, alors il s'agit de politique et non de droits de l'homme et que si on n'est pas préoccupé par les droits de l'homme de tous les êtres humains, alors on ne peut affirmer être vraiment concerné par les droits de l'homme.

Que cette discrimination institutionnalisée soit néfaste à Israël sur le plan politique est le moindre de mes soucis. Mais je me sens trompé et trahi par le fait qu'en détruisant la confiance entre nous, cette Commission ait privé Israël de la possibilité d'engager un dialogue sincère qui aurait pu réellement faire progresser les droits de l'homme dans notre région. Et cette Commission s'est désintéressée de toutes les victimes des abus, dont les griefs ne seront jamais entendus, parce que les Etats responsables ont réussi à détourner l'attention sur Israël et loin de leurs propres forfaits.

La Commission, n'ayant pas abordé le problème des abus des droits de l'homme dans le monde arabe, s'est, à mes yeux, rendue responsable d'une forme abjecte de discrimination inversée, qui est en réalité une forme de racisme. La suggestion selon laquelle ces nations ont des normes de comportement différentes et que les atrocités commises par elles sont moins graves, implique que leurs peuples sont moins humains, méritent moins de droits. Ceci est fondamentalement opposé au principe d'humanité universelle sur lequel doit se fonder le travail de la Commission.

Telles sont les préoccupations israéliennes depuis quelques années, en observant le travail de la Commission. Mais, aujourd'hui, ces sujets relèvent de l'urgence. A cet instant même, il semble y avoir une progression qui puisse mettre fin au carnage et aux effusions de sang qui ont coûté la vie à d'innocents Israéliens et Palestiniens. Mais il faut encourager ces progrès et tenter d'établir la confiance. Il est tragique que cette Commission, investie de la tâche sacrée de protéger les droits et libertés de l'homme, doive les mettre en danger en adoptant une attitude partiale dictée par le calendrier politique.


M. le Président,

Même quand les forces les plus obscures règnent dans notre région, et qu'il semble qu'il n'y a presque plus d'espoir, le don humain le plus précieux est l'imagination ; imaginer comment demain sera différent d'aujourd'hui et les vies de nos enfants différentes des nôtres. Je prie cette Commission de faire preuve d'imagination, de considérer de quelle façon les choses pourraient être différentes, quelle influence elle pourrait avoir si les droits de l'homme étaient vraiment une priorité dans son calendrier, si les abus étaient recensés de façon impartiale et si elle parvenait à instaurer la confiance et la crédibilité requise pour mener la coalition de tous ceux qui partagent les valeurs qu'elle s'est engagée à promouvoir.

Car finalement, de même que terroristes et antisémites ont appris à dépasser leurs divergences, à construire des coalitions et des ressources communes pour arriver à leurs fins, nous devons apprendre à faire de même.

Si les deux dates que j'ai mentionnées m'ont mis au désespoir cette année, il y a une date au moins qui m'a insufflé du courage et de l'espoir. Le 21 janvier, il y a de cela deux mois, j'ai eu le privilège d'organiser et de participer à la 1ère Conférence de dirigeants religieux de la Terre Sainte, qui s'est tenue à Alexandrie et qui s'est conclue par l'élaboration de la Déclaration d'Alexandrie.

Ce court document contient peu, voire aucun élément novateur. Pourtant, son importance réside dans le fait qu'il est le produit d'un dialogue entre dirigeants musulmans, chrétiens et juifs. S'étant réunis au moment où un terroriste suicidaire palestinien se faisait exploser au cœur de Jérusalem et où des chars israéliens pénétraient dans la ville palestinienne de Toulkarem, ces dirigeants ont trouvé le courage de déclarer publiquement leur croyance qui est que nous devons respecter l'intégrité historique et l'héritage religieux d'autrui, appeler à la fin de l'incitation à la violence et à la haine, et exhorter à la création d'une atmosphère dans laquelle les générations présentes et futures pourront coexister dans la confiance et le respect mutuel.

Cette rencontre hors du commun a renforcé ma conviction que les choses pouvaient changer ; que ces haines, même millénaires, pouvaient être surmontées, et que notre région, bien que voyant couler tant de sang, pourrait devenir une région de lait et de miel.

Je vous prie, membres de cette Commission, de concert avec nos voisins, de nous rejoindre dans cet effort.

Merci.