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Menahem Macina

Entre histoire, mythe et épopée: haine palestinienne d'Israël, M. Macina
06/10/2004

Voir aussi :

- "Première 'mythologie réaliste' des Palestiniens: La porte du soleil (ARTE)"
- Jean-Pierre Bensimon : "Vers la République antisémite".
- Claude Weil-Raynal, "Arte diffuse un film qui assimile sionisme et nazisme"


Dans sa présentation des deux épisodes du film "La porte du soleil" (1), qu'elle diffusera successivement les 7 et 8 octobre, la chaîne dite "culturelle", ARTE, utilise, sur son site, trois expressions contradictoires pour définir cette œuvre :

  1. évocation de l'histoire palestinienne
  2. épopée mythique
  3. mythologie réaliste On peut s'interroger sur ce qui apparaît, de prime abord, comme une inconséquence.
    En réalité, quiconque a eu, comme moi, le privilège douteux de voir ce film en avant-première sur TV5, le 30 septembre, a pu constater que de ces trois définitions, seules les deux dernières sont recevables.

    Car d'histoire à proprement parler, il n'est pas question dans cette œuvre épique - qui déroutera sans aucun doute le spectateur occidental.

    Par contre, la fiction et le mythe constituent le carburant essentiel du récit.

    A cet égard, je ne puis que citer l'analogie fort pertinente à laquelle recourent Philippe Azoury et Didier Peron pour caractériser ce film, dans leur article, "La Palestine en mille et une vies", paru dans Libération du 6 octobre:

    "Le récit n'est engendré que par l'effervescence, tour à tour clairvoyante et trompeuse, de la mémoire. Le film, dans sa volute autoréflexive, finit par ressembler à un rêve éveillé, à une fantasmagorie, au sens où Barthes a pu l'entendre, commentant le corpus marxiste comme un «corps contemporain philosophique du présent» qui ne serait pas son contemporain historique, «contemporain de ses langages, de ses utopies, de ses systèmes (c'est-à-dire de ses fictions), bref, de sa mythologie ou de sa philosophie, mais non de son histoire dont il n'habite que le reflet dansant»" (2).

    Par contre, je n'ai guère apprécié l'affirmation des deux critiques - qui contredit d'ailleurs violemment leur propre application de l'analyse de Barthes à la mythologisation du "récit" du film : "la pénurie d'images sur les Palestiniens ne sera sans doute jamais comblée, mais un travail de rattrapage est désormais entamé", estiment-ils, donnant à comprendre que cette fiction, souvent débridée, et les nombreuses scènes grotesques qui l'illustrent, contribuent à combler les lacunes documentaires et filmographiques sur ce qui s'est réellement passé durant la période dont traite le film.

    J'en viens maintenant à ce qui me concerne le plus, en tant que Juif, ayant, de surcroît, vécu plus d'une décennie en Israël, et étudié scrupuleusement l'histoire mouvementée de la réimplantation d'une partie de mon peuple sur la terre qui fut et demeure celle de nos ancêtres : l'antisionisme – pour ne pas dire l'antisémitisme - du film.

    Une grande partie du premier épisode est consacrée à une relecture pathologiquement antisioniste des événements de cette période troublée.

    Seule consolation, si l'on peut dire : l'excès même de la présentation des faits et de leur mise en scène risque de s'avérer contreproductive, au moins, pour un public mature et non acquis corps et âme à la cause arabo-palestinienne.

    Quelques exemples.

    Le retour lancinant de scènes montrant des Palestiniens errants, refoulés de tous les lieux vers lesquels ils se dirigent, sur fond de menaces proférées par haut-parleur, dans un hébreu à fort accent arabe : «Partez, ou vous mourrez», «zone interdite aux Arabes».

    On assiste à la débandade affolée de femmes, d'enfants et de vieillards qu'on pousse vers le Liban à coups de rafales d'armes automatiques, dont les balles meurtrières font des victimes, ce qui déclenche pleurs et hurlements de la foule alentour.

    Une scène 'décrit' l'attaque d'un village, au cours de laquelle des soldats de la Haganah abattent froidement femmes, enfants, vieillards, malgré les appels à la pitié des victimes et de leurs proches.

    Comme l'a justement noté Clément Weil-Raynal, "à chaque séquence, la barbarie des «juifs» est soulignée avec la volonté évidente d'effectuer un parallèle avec celle des nazis… Le kibboutz, entouré de barbelés et de miradors, est une sorte de camp de concentration où les femmes palestiniennes sont contraintes de travailler sous la menace de soldats israéliens en armes… Younès, le héros palestinien, porte un numéro tatoué sur le bras, «15 mai 1948», qu'il s'est gravé lui-même [au couteau], le jour de son expulsion." Etc.

    On peut se demander quel effet produiront sur le spectateur les nombreuses scènes de déplacement de Palestiniens, qui, comme celle-ci, ont tout de citations visuelles du film mythique «Les Dix Commandements».




© Ognon Pictures


Images bibliques, bucoliques, parfois à la limite du ridicule, comme celle de cette vache, dont le lait qu'on vient de traire est distribué aux enfants, avant qu'elle ne soit abattue malignement par les tirs de ces "juifs barbares" qui, décidément, ne respectent rien.

Ou encore comme la scène burlesque et tragi-comique de cet officier syrien brutalisant les pauvres "paysans" palestiniens qui n'astiquent pas avec assez de zèle, à son gré, "son" unique canon, et qui se suicide, dans des circonstances mélodramatiques, en s'écriant : "Nos dirigeants nous ont trahis !".

Gageons que rares seront ceux qui réaliseront que ce tour de passe-passe cinématographique escamote la réalité historique: l'invasion de milliers de combattants des pays arabes voisins et de leurs engins motorisés, incluant quelques chars et un abondant armement, qui faillit décimer les maigres forces israéliennes constituées majoritairement d'immigrés de fraîche date, dont de nombreux rescapés des camps, mal équipés et manquant souvent d'armes et surtout de munitions.

On peut comprendre qu'un peuple qui n'a que quelques décennies d'existence, et qui voit se profiler, dans un avenir proche, la reconnaissance internationale de sa souveraineté sur une portion donnée de la planète-terre, ait besoin de mythes fondateurs – glorieux et dramatiques. Mais un peuple qui ne peut concevoir son existence sans la disparition d'un autre peuple auquel il dénie toute souveraineté sur une terre, qu'il veut pour lui tout seul, est voué à une jalousie et à une haine, aussi mortelles que celles de Caïn envers Abel.

En effet, depuis qu'Israël a accepté, sous la pression de la Société des Nations, de partager avec les Arabes de Palestine l'héritage ancestral de sa Terre Sainte, alors que ces derniers ont, jusqu'à ce jour, refusé d'accepter cette décision internationale, que constatons-nous ?

  • Faute de passé historique autre qu'imaginaire (ils descendraient, tour à tour, des Cananéens, des Philistins, d'Abraham, d'Ismaël), les Palestiniens s'efforcent d'arabiser la Terre Sainte, les sanctuaires patriarcaux, les noms des villes antiques, et jusqu'à la Bible et Jésus eux-mêmes.
  • N'ayant pas de lieux saints remontant à l'époque biblique, ils nient jusqu'à l'existence des Temples juifs à Jérusalem, et en détruisent jusqu'aux moindres vestiges, quand ils en trouvent.
  • N'ayant pas été victimes de la Shoah, ils se sont inventé une Nakba, terme dont le sens, à défaut de correspondre, en ce qui concerne les Palestiniens, à la réalité qu'il connote, est à peu près équivalent, à savoir : catastrophe (celle du partage).
  • N'ayant jamais eu de capitale musulmane en Terre Sainte, ils veulent en déposséder les Juifs, et appellent Jérusalem Al-Quds (ce que ne fait pas le Coran, qui ne cite jamais Jérusalem).
  • N'ayant pas de droit antique à un retour dans un pays dont leurs ancêtres arabes se sont emparés par la force, ils ont copié la loi du retour (en hébreu : hoq ha-shvout), en exigeant, depuis quelques années, un "droit au retour" jusque dans la portion congrue des quelques territoires qu'a finalement concédés aux Juifs l'assemblée des Nations unies, en violation de ses engagements antérieurs.
  • Incapables de reconnaître que les Juifs ont le droit à une part des territoires jadis souverainement possédés par leurs ancêtres, les Palestiniens extrémistes cherchent à s'accaparer la totalité de la Terre Sainte et à en expulser ceux qu'ils osent qualifier d'envahisseurs, d'occupants, de nazis, voire de chiens et de singes.
  • Bref, dans leur soif d'exister, ces gens veulent s'emparer de l'identité même de ceux qu'ils jalousent.

Si ce film est un chef-d'œuvre,
comme l'affirment les fans de la cause arabo-palestinienne,
c'est un chef-d'œuvre de haine.


Menahem Macina

© upjf.org


Notes

(1) La "porte du soleil" - en arabe, Bab el-Chams, est le nom donné à une grotte où se donnent rendez-vous les héros de l'épopée, comme en une espèce de paradis, en marge du monde et des événements qui s'y déroulent. On trouvera de nombreux détails sur le réalisateur - Yousry Nasrallah, un chrétien égyptien qui a vécu au Liban de 1978 à 1982 -, et à propos de la production et du financement de ce film, sur le site du Ministère des affaires étrangères.

(2) Roland Barthes par Roland Barthes, Seuil, page 62.


Mis en ligne le 06 octobre 2004 sur le site www.upjf.org.