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Droits humains, racisme, antisémitisme, etc.
Antisémitisme

Le nouvel axe antisémite, par Menahem Milson *
22/04/2003

Voir aussi : "Les Arabes ont fait leurs les mythes antisémites de l'Europe"


Jerusalem Post du 30 mars 2003.

Traduction française par Albert Soued **


La nouvelle résurgence antisémite, notamment en France, contient des éléments nouveaux. Elle est présentée comme une réponse au conflit israélo-palestinien et les médias arabes sont à l'origine de cette haineuse propagande antijuive.

L'antisémitisme arabe, en tant que phénomène politique, idéologique et médiatique moderne, n'est pas nouveau. Il est né avec le sionisme et avec Israël devenu nation souveraine. Il est donc erroné de le faire dériver du conflit israélo-arabe.

Que pouvons-nous faire? Il faut d'abord analyser ce phénomène et diffuser les conclusions, comme nous le faisons ici. On peut espérer que des pressions internationales sur les gouvernements arabes pourront juguler ces incitations à la haine. Jusqu'à ce jour, à quelques exceptions près, les universitaires israéliens ont évité d'en parler. Cette réticence est due à une combinaison de raisons d'ordre psychologique et politique. Car, après tout, l'aventure sioniste toute entière avait pour but d'enrayer ou de résoudre ce problème de l'antisémitisme. Par conséquent, la résurgence de ce fléau au Moyen-Orient est quelque chose que les gens préfèrent taire ou nier.

Mais il y a peut-être d'autres facteurs, d'ordre politique, pour expliquer la répugnance à affronter ces attitudes arabes antijuives. La peur que l'étalage de ces sentiments antijuifs ne renforce l'intransigeance politique et ne devienne un argument pour refuser toute concession territoriale. Et c'est un argument recevable.

Mais pour ceux qui, comme moi, sont en faveur d'une politique d'ouverture, nous devons reconnaître que fermer les yeux sur ce phénomène d'antisémitisme arabe n'est pas seulement une erreur intellectuelle, mais est également contreproductif sur le plan politique.

Il faut reconnaître que, depuis les années ‘30, ce phénomène apparaît aujourd'hui comme la forme de haine la plus dangereuse à l'égard des Juifs. Car elle résulte de la symbiose entre un antisémitisme arabe et sa contrepartie occidentale. Qu'est-ce qui caractérise cet antisémitisme arabe?

Nos conclusions résultent des forums de Memri et de l'analyse des médias arabes.


La composante islamique

L'insulte la plus commune contre les Juifs est proférée non seulement dans les sermons du vendredi, mais aussi dans les articles politiques: "les Juifs descendent des singes et des porcs", insulte tirée de plusieurs versets du Coran.

Cette image a imprégné la conscience des gens, même les enfants. En mai 2002, Iqraa, la chaîne de télévision saoudienne par satellite, interviewe une "vraie jeune musulmane" de 3 ans, à propos des Juifs, dans l'émission "le magazine de la femme musulmane".
L'enfant dit qu'elle n'aime pas les Juifs. Quand on lui demande pourquoi, elle répond que "ce sont des singes et des porcs". L'animateur lui demande: "Qui a dit cela?". La fille répond: "Allah!". "Où?". " Dans le Coran". À la fin de l'interview, l'animateur la félicite : "Aucun parent ne peut espérer avoir une fille aussi croyante que celle-ci… qu'Allah la bénisse, ainsi que son père et sa mère!" [1]

Il ne faut pas croire que cette insulte soit une simple invective, ou que cette transmutation animale soit le simple signe d'une pensée magique ou primitive. Répétée, cette image assimilant les Juifs à des bêtes, les déshumanise et peut fournir une justification à leur destruction (1).

Une autre image antijuive très populaire provient du h'adith, ou tradition coranique musulmane, et concerne "La promesse de la pierre et de l'arbre". La veille du jour du Jugement dernier, les Musulmans combattront les Juifs et les tueront. Cherchant un refuge, les Juifs se cacheront derrière des arbres et des rochers, et ceux-ci les dénonceront et crieront : "Ô musulman! Ô serviteur d'Allah! un Juif se cache derrière moi; viens et tue-le!". Il n'y a pas très longtemps, dans la plus grande mosquée de Bagdad, un prédicateur invoqua ce "hadith" à la télévision, brandissant un long sabre. Son hurlement : "Nous leur couperons la tête!" extasia son auditoire (2).

Les composantes occidentales

L'antisémitisme arabe a adopté les mythes européens, même après que les antisémites occidentaux les aient abandonnés, parce que surannés. Les exemples les plus évidents sont le "Protocoles des sages de Sion" et l'accusation selon laquelle "les Juifs ont tué Jésus", aussi étrange que cela puisse paraître pour un Musulman [2].

L'accusation diffamatoire relative au " pain azyme imprégné de sang chrétien" est très couramment reproduite dans les médias arabes, à l'occasion de critiques des actions d'Israël contre les Palestiniens. En août 2002, la Cour de Justice de Paris a condamné l'éditeur du journal égyptien Al Ahram, Ibrahim Naafi, pour incitation à l'antisémitisme et à la haine raciale. Il avait autorisé la publication d'un article ayant pour titre: "La matsa juive est faite avec du sang arabe", en relation avec la sinistre diffamation de Damas de 1840! [3]

"Les protocoles des Sages de Sion", le faux réalisé par la police tsariste, au début du XXème siècle, est devenu un thème habituel de discussion dans les médias arabes, depuis la diffusion mondiale de la série égyptienne "Un cavalier sans monture", lors de la fête du Ramadan. Son authenticité n'est pas mise en question dans les médias [arabes]. Pourtant, l'auteur de cette série télévisée sait pertinemment qu'il s'agit d'un faux. Mais, dit-il : "Peu importe que cela soit la réalité ou une fiction, de toute manière, leur contenu s'est révélé vrai depuis"


"Les Juifs ont tué Jésus"

L'antique accusation chrétienne est devenue un cliché récurrent dans le discours antisémite arabe. Un exemple: le conseiller d'Arafat, Bassam Abou Sharif, se référant à la statue de la Vierge Marie, endommagée lors du siège de l'Eglise de la Nativité à Bethlehem, écrit, dans le quotidien saoudien Al Sharq al Awsat paraissant à Londres, le 20 mars 2002: "Le triste sourire de la Vierge Marie protégeant son fils, le Messie, n'a pas empêché les soldats de l'occupant israélien de prendre position et de viser le visage de cet ange palestinien (c'est à dire Jésus) et d'assassiner ce sourire… A Bethléem, un nouveau crime a été commis. Mais, bien sûr, cette tentative de tuer la paix, l'amour et la tolérance a échoué, tout autant que celle de leurs ancêtres qui ont essayé de tuer le message prophétique, quand ils ont crucifié le corps du Messie sur la croix en y enfonçant les chevilles et les clous de fer".

Autres poncifs

La tendance la plus commune aujourd'hui, dans le monde arabe, est d'affirmer l'équivalence entre le sionisme et nazisme. Les articles et les débats publics ne cessent d'assimiler les idéologies des deux mouvements.

Une autre accusation concerne la soi-disant collaboration entre "les sionistes et les nazis" pour détruire le peuple juif! Cette accusation est au centre d'une thèse de doctorat, présentée au Collège oriental de l'Université de Moscou, en 1982, par un responsable de l'OLP, connu sous le nom de Abou Mazen, aujourd'hui premier ministre d'Arafat. La version arabe de cette dissertation a été publiée en 1984.
Le but politique de telles diffamations est clair : la négation de l'Holocauste, et la déculpabilisation des Allemands vis-à-vis des Juifs. De même s'il n'y a pas eu d'Holocauste, alors, les Européens ont une dette envers les Palestiniens…
Et puisque les Juifs font subir aux Palestiniens ce que les Nazis ont fait subir aux Juifs, alors, les Allemands n'ont pas à avoir honte. Tel est le lien entre l'antisémitisme arabe et l'antisémitisme européen: il crée "un nouvel axe stratégique".

L'histoire récente montre néanmoins que les gouvernements arabes et leurs intellectuels ne sont pas insensibles aux protestations et aux pressions extérieures. Les articles d'Osama el Baz, en décembre 2002, où il dénonçait l'antisémitisme, sont un premier pas bienvenu.
Il en est de même de la recommandation, faite aux prédicateurs par l'Institut d'Etudes Islamiques de l'Université d'el Azhar du Caire, de s'abstenir de "comparer les Juifs aux singes et aux porcs". (Voir Al Watan, du 14 mars 2003).

Il est peu probable que ces premiers pas eussent été faits sans les protestations et les critiques récentes du Congrès et des médias américains.


Menahem Milson *

* Professeur de littérature arabe à l'Université hébraïque de Jérusalem et conseiller de Memri - www.memri.org

© 2003 Jerusalem Post, pour le texte anglais original.
upjf.org et Albert Soued pour la traduction française.


Notes du traducteur ** :


(1) Avant l'holocauste, les nazis comparaient les juifs à des insectes nuisibles…
(2) Deux autres diffamations sont courantes en Islam:
- Un juif converti, Saba Ibn al Sawda, serait responsable du schisme entre sunnites et shii'tes.
- Selon l'Islam Shii'te, l'antéchrist - qui doit précéder la réapparition du Mahdi et est appelé Dajjal, le borgne, serait également Juif…

** Albert Soued, est écrivain et gère deux sites Web : www.chez.com/soued et www.nuitdorient.com


Notes de la Rédaction d'upjf :

[1] Voir : "Les Juifs sont des singes et des porcs": une musulmane de 3 ans à la TV.
[2] Selon la tradition islamique, en effet, ce n'est pas Jésus qui a été mis à mort mais quelqu'un qui lui ressemblait.
[3] Sur ce procès, voir "Matzot faites de sang chrétien : plainte contre Al-Ahram". Quant à l'affaire de Damas, en voici un résumé : En février 1840 disparaît à Damas un moine capucin, le père Thomas. Les Juifs de la ville sont accusés de l'avoir assassiné afin d'utiliser son sang dans la préparation du pain azyme pour la Pâque. Le religieux étant français, le consul de France mène l'enquête dans un contexte international complexe. Les Juifs d'Europe occidentale se mobilisent contre cette résurgence d'une calomnie médiévale. Cette affaire est considérée par les historiens comme l'un des premiers signes de l'antisémitisme contemporain.