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Islam

Témoignage d'une épouse égyptienne (2ème Partie)
26/03/2002

11/01/2002

Dépêche Spéciale - Egypte
Le 11 janvier 2002, N° 329

Témoignage d'une épouse égyptienne :
« Les Egyptiennes vivent exactement comme les Afghanes »


Deuxième partie

Voir Première Partie : www.reinfo-israel.com/documents/showthread.php?s=&threadid=237

L'hebdomadaire égyptien Akhbar Al-Yaum (subventionné par le gouvernement) a publié dernièrement une longue lettre provenant d'une égyptienne anonyme. Voici la suite de la lettre, dont nous avons retenu une série d'extraits :

L'instruction de mes filles (1)

Mon mari considérait qu'il était utile d'instruire les garçons, mais pas les filles. Il s'en expliquait en rappelant que moi, sa femme, diplômée de l'université, m'étais tout de suite mise à concevoir une fois mariée, à élever mes enfants dans l'islam, éducation qui n'avait rien à voir avec celle de la société infidèle… Mon mari a accepté que nos fils aillent à l'école et à l'université… mais pour nos quatre filles, il a choisi une école religieuse de quartier. Cette école pour filles était un appartement de rez-de-chaussée. Son programme ne ressemblait en rien au programme national officiel, de sorte que le diplôme qu'elle délivrait n'était pas reconnu et ne valait même pas le papier sur lequel il était fait !

C'est endroit a servi d'école primaire à mes deux filles aînées… Après quoi, mon mari décida qu'elles resteraient à la maison. Il fit appel au cheikh aveugle pour parfaire leur éducation religieuse… Mes deux autres filles sont encore petites et continuent d'aller à l'école, jusqu'au jour où elles seront en âge de rester à la maison pour achever leur éducation religieuse.

Ne me demandez pas ce que mes filles apprennent. Elles ne savent rien du contenu du programme national, sans parler du programme des écoles privées, dont le niveau est meilleur que dans les écoles publiques. Mes filles savent tout juste lire et écrire… bien qu'elles connaissent par cœur le Coran et les hadiths [traditions]… Nos fils, qui vont à l'école publique et à l'université, où ils excellent, sont dans une situation différente.

Au début, j'étais bouleversée par la vie imposée à mes deux fils ; je me suis mise à pleurer en voyant qu'ils ne pourraient pas jouer avec les gosses des voisins, aller au club le vendredi et pendant les vacances, ou au cinéma… Parfois… il m'arrivait de les amener chez une voisine pour leur montrer un peu la télé et leur permettre d'écouter la radio. Mais quand mon mari a découvert cela, il nous a sévèrement punis, moi et mes enfants, qui n'avions rien fait de mal. Cela a mis un terme à ces activités.

Ma tentative de suicide

Il arrivait fréquemment à mon mari d'exiger que nous fassions tout notre possible pour diriger nos parentes proches et nos voisines [dans le droit chemin], afin d'augmenter leur mérite au Jour du Jugement. Nous lui obéissions… Un jour, en rentrant à la maison, il me dit : « J'ai vu ta voisine à sa porte, à moitié nue, en train de parler à un homme ! Rends-toi chez elle demain, quand tu seras certaine de la trouver seule, et fais tout ce que tu peux pour la guider [sur le droit chemin] et la sauver.

Le jour suivant, j'ai envoyé mes deux petites filles, enveloppées de leurs voiles, demander à ma voisine la permission de lui rendre visite pendant quelques minutes. Une fois qu'elle accepta de m'accueillir et que je me fus assurée de l'absence de son mari, je me suis assise avec elle. Je fus surprise de voir qu'elle portait une robe ordinaire, décente, identique à celle qu'elle avait portée le jour précédent en ouvrant la porte à un employé de la compagnie d'électricité qui lui demandait de payer sa note !

Je parcourai du regard le corps de ma voisine, en quête de la nudité qui avait tant alarmé mon mari, ce dernier ayant affirmé qu'elle s'était trouvée à moitié nue en compagnie d'un étranger. Mais elle n'était absolument pas dénudée, mis à part son visage et ses mains…

Je lui demandai : « Pourquoi ne portez-vous pas de niqab ? » Cette question indiscrète - que j'eus plus de mal à poser qu'elle n'en eut à y répondre - la surprit. Elle répliqua instantanément : « Et pourquoi devrais-je porter un niqab ? Citez-moi un seul verset du Coran qui demande à une musulmane pieuse qui suit la sharia de porter un niqab. Notre religion fait des concessions ; elle n'est pas stricte… »

Ma voisine ne s'arrêta pas là. Elle poursuivit : « J'ai versé beaucoup de larmes pour vous, vos filles et vos fils. Nous tous dans l'immeuble sommes témoins de la souffrance que votre mari vous inflige ; elle nous fait mal et nous choque. Nous avons parlé à plusieurs reprises du drame que vous traversez. Mon mari m'a demandé, étonné : ‘Pourquoi ta voisine reste-t-elle avec cet homme ? Pourquoi ne retourne-t-elle pas chez ses parents ou ailleurs ? Peu importe leur niveau de vie : elle sera mieux là-bas que chez lui…' Personnellement, je ne comprends pas comment vous pouvez tolérer cela. Je ne comprends pas comment vous pouvez accepter que vos enfants soient démunis de leurs droits les plus élémentaires, comme le droit de rire et celui de jouer avec les autres enfants. Peut-être ne me croirez-vous pas, mais moi, mon mari, mes enfants et tous les locataires de l'immeuble parlons de votre mari avec colère et plaignons vos enfants. Et en même temps, nous vous en voulons d'accepter de ne passer qu'un jour avec cette créature tout droit sortie de sa grotte préhistorique. »

Je ne me fâchai pas contre les paroles… de cette voisine, injustement accusée par mon mari de mener une vie dépravée parce qu'elle ne portait pas de niqab, et s'était montrée tête et mains nues au représentant de la compagnie d'électricité… Au contraire. Elle fut surprise d'apprendre que j'étais d'accord avec elle, et qui plus est, partageais sa colère à l'encontre de ma faiblesse de caractère. Je lui dis : « Ne m'en voulez pas. Je suis consciente de ma situation, et je suis plus dure envers moi-même que vous ne pouvez l'être. Je reconnais que si je ne m'étais pas prise au jeu…, si je n'avais pas été si faible et démunie, mon mari se serait montré moins cruel, et mes enfants n'en seraient pas où ils en sont aujourd'hui. Je suis seule responsable de cette situation, de cette vie brisée qui est la mienne, et du fait que je préférerais mourir à continuer de vivre une vie qu'aucune femme normalement constituée n'accepterait…

Mon mari a façonné sa propre religion, posant des conditions qui vont toutes, de A à Z, à l'encontre de l'éducation religieuse que j'ai reçue… Je suis une fidèle musulmane, et pourtant j'ai accepté de suivre cet ignorant auquel le destin m'a liée, et dont il m'a donné six enfants ! »

Après cette visite à ma voisine, la colère que je ressentais à l'encontre de ma propre personne devint de plus en plus forte, ainsi que le dégoût de la vie. Je décidai de faire ce que j'avais projeté de faire des dizaines de fois. A chaque fois, j'y avais renoncé, de peur d'éveiller la colère d'Allah. Plus de vingt fois, j'avais voulu me suicider pour en finir avec cette vie. La 21ème fois, en quittant la demeure de ma voisine, je fus envahie du sentiment profond qu'Allah me pardonnerait si je mettais à exécution mon projet de mettre fin à mes jours. Je ne pensais pas que les tourments subis pendant ces années de mariage à mon bourreau puissent être moins terribles que ceux qui m'attendaient dans l'au-delà pour avoir commis cet acte… acte qu'Allah le miséricordieux a interdit à ses serviteurs.

Je choisis le moment où mon mari et mes enfants vont prier à la zawiya [petite mosquée] du quartier, où mon mari rencontre des gens qui partagent ses idées… Je m'enfermai dans la cuisine. Je pris un couteau acéré et me coupai les veines. Je m'assis sur une petite chaise en bois et regardai le sang couler, remplie d'un sentiment de soulagement tel que je n'en avais pas ressenti depuis un demi-siècle… Je me mis à prier doucement Allah qu'Il me pardonne… Mais Allah a voulu que je retourne à la vie, au moment même où je crus m'en être finalement débarrassée.

Mes enfants et mes proches étaient rassemblés autour de mon lit ; leurs visages exprimaient la joie qu'ils ressentaient à me voir reprendre conscience. Par contre, le visage de mon bourreau était comme toujours glacé, coléreux, furieux. Il ne me dit pas un seul mot d'encouragement, même pas « Loué soit Allah que tu ailles bien ». Il continua à blesser mes sentiments et ceux de mes frères, sœurs et filles en décrétant : « Tu as commis un crime impardonnable. Ne pense pas qu'Allah… t'a pardonné du fait qu'il t'a rendu la vie. Tu es revenue pour passer le restant de tes jours à essayer d'expier ton terrible péché, et nous prions Allah qu'il accepte ton repentir et fasse de toi une de ces femmes bonnes et croyantes. »

Prendre le volant

Le plus étrange est que mon bourreau crut, pour la première fois en un quart de siècle, qu'il devait essayer de me remonter le moral. Il me dit : « Je sais que tu m'en as voulu de t'interdire de conduire après notre mariage, [bien que je l'aie fait] pour te protéger et obéir strictement aux préceptes du Créateur du ciel et de la terre. Mais maintenant que j'ai entendu un certain précepte du prédicateur A.P., je t'autorise à conduire… Il permet aux femmes de conduire à condition qu'elles soient chaperonnées, par exemple par l'un de leurs fils. Je t'ai acheté une nouvelle voiture ; elle est garée dehors. Descendons immédiatement l'essayer.

Je ne répondis rien à mon mari, constatant en silence que cet homme s'imaginait faire preuve d'une immense tolérance et être amené à d'énormes concessions simplement parce qu'il m'autorisait à reprendre le volant. Ou peut-être pensait-il que j'avais voulu me suicider parce que je ne pouvais plus conduire… et non à cause du poison qu'il avait insufflé dans ma vie et celle de mes enfants.

Quand il me demanda de me mettre au volant, je protestai : « Comment veux-tu que je conduise vêtue d'un niqab ? Tu sais bien que je n'ai pas une bonne vue : si je porte mes lunettes sous le niqab, je ne verrai plus rien à travers le Dharbat Mussa. » Mon mari ne répondit pas ; il me demanda simplement de conduire.

Nous avons conduit sur une ou deux rues. Je rentrais dans les piétons et les voitures. Le plus curieux et que nous sommes passés devant des gendarmes de la circulation, et qu'aucun d'eux ne trouva rien à redire à ce que je conduise vêtue d'un niqab et que je mette en danger la vie des personnes et leurs biens. Au contraire, ils me regardaient avec satisfaction et estime, l'air encourageant.

Que cela nous plaise ou pas, le port du niqab est respecté et soutenu par beaucoup. Personne n'ose l'interdire, même quand il s'agit d'identifier la personne que l'on a devant soi. Nous savons très bien que certaines femmes arrivent vêtues d'un niqab aux examens afin de ne pas être identifiées… Il en est de même pour le contrôle du passeport dans les aéroports… Les contrôleurs laissent passer ces femmes, renonçant aux discussions inutiles. Les gendarmes permettent aux femmes vêtues de niqabs de conduire, bien que le niqab empêche de voir sur les côtés et mette en danger leur vie et celle des autres.

Le 11 septembre

Le plus dur a été [la réaction de] mes deux fils… Ils sont devenus des copies de leur père et partagent ses idées… Mon fils qui se trouve à l'université est encore plus fanatique que son père, et cherche encore plus âprement que lui à sauver le monde du péché et de l'incroyance de ceux qui ne pensent pas que ses idées descendent tout droit du livre d'Allah et des traditions du Prophète. Mais alors que son père se contente de paroles, lui pense que ces idées ne peuvent pas être imposées par le moyen trop doux de la persuasion et qu'il faut avoir recours à la force.

J'ai passé des heures à pleurer quand mon fils, revenu de l'université, a vanté les événements du 11 septembre intervenus à New York ! J'ai pleuré pour ces milliers de victimes innocentes. Mais mes larmes étaient surtout dues à la violence, la haine, l'inimitié qui s'étaient enracinées dans l'esprit de mon fils, d'une intensité dont je n'aurais jamais cru capable le fruit de mes entrailles.

Vous pensez peut-être que mon fils est un cas pathologique, ou un cas à part, mais il m'a dit que des centaines de camarades glorifiaient aussi ces attentats, considérés par eux comme une guerre qui allait consumer tous les non-musulmans et ceux qui n'appliquent pas ce qu'eux veulent voir appliqué !

Je vous affirme avec certitude que ces opinions… ne sont pas limitées aux habitants des quartiers défavorisés, frappés par le chômage, comme le prétendent ceux qui veulent éluder ce grave problème, à chaque fois qu'ils entendent parler d'un nouvel attentat. J'habite dans un bon quartier ; tout ce qui intéresse mon mari…, après faire de la torture un art, c'est économiser l'argent que lui rapportent ses boutiques. Cet homme de confiance, pieux et convenablement vêtu, comme en témoignent sa grande barbe, sa robe islamique, et ses grains de prière qui ne quittent jamais sa main, ne paie pas d'impôts malgré ses importants bénéfices, et falsifie ses papiers afin de faire croire qu'il a souffert de pertes énormes et est au bord de la faillite.

Mes enfants, qui vont à l'école et à l'université, s'attendent à recevoir une coquette somme de leur père. Ils pourront ainsi vite se marier et faire des enfants dans les cœurs et les esprits desquels ils sèmeront les idées les plus violentes, héritées de leur père.

Les causes du phénomène

De plus en plus d'épouses égyptiennes sont prisonnières de bourreaux, et je considère que le « virus » de cette violence déguisée en religion détruit les esprits de nos jeunes. Ce phénomène a débuté après qu'on eut permis aux prédicateurs de propager leurs idées, après que les journaux, livres, micros, écoles, mosquées et foyers leur eurent donné la parole, leur permettant de laver le cerveau de nos garçons et filles. Le tort que mes enfants et moi avons souffert n'est que le résultat logique de ce qui se passe dans ce pays, sous les yeux de tous les défenseurs des droits de la femme.

La plus sotte de nos attitudes actuelles est celle qui consiste à ignorer ce qu'endurent les Egyptiennes, lesquelles vivent en ce moment même exactement comme vivaient les Afghanes… » (2)



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(1) Les sous titres sont ajoutés.

(2) Akhbar Al-Yaum (Egypte), le 29 décembre 2001
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