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Christianisme

Pax Christi et le conflit israélo-palestinien, déclaration des évêques et Présidents
28/03/2002

14/11/2001

Une déclaration des évêques et des présidents du mouvement
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Voir : Liste des Signataires de la Déclaration
Voir : Réaction énergique de Rabbi Rosen, Directeur international pour les Relations Interreligieuses, à l'American Jewish Committee
Voir : Le Père Prof. John Pawlikowski résilie son affiliation à Pax Christi International, en réaction à la déclaration partiale de cette Organisation sur le conflit palestino-israélien, au détriment d'Israël
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Bruxelles, 14 novembre 2001 (CIP)

« Si vous voulez la paix, oeuvrez pour la justice », soulignait le pape Paul VI dans son message en vue de la veille de la Journée mondiale de la paix de 1972. Trente ans plus tard, les évêques et les présidents du mouvement international Pax Christi ont placé cette phrase en exergue d'une déclaration qu'ils viennent de publier sur le conflit israélo-palestinien.

La déclaration est signée par une trentaine de personnes, à commencer par Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem et président international du mouvement, et vingt-trois autres évêques.

Cette prise de position s'inscrit dans la ligne du rapport publié par Pax Christi au printemps dernier. Le rapport faisait suite à la visite d'une délégation internationale du mouvement en Terre Sainte, conduite par Mgr Adrianus Van Luyn évêque de Rotterdam et président de Pax Christi Pays-Bas. Les évêques et les présidents du mouvement reviennent aujourd'hui sur ce rapport pour appuyer ses principaux enseignements et pour renouveler les appels du mouvement à propos du conflit israélo-palestinien.

La déclaration met en avant l'exigence du « respect du droit international ». Cette perspective implique « le retrait israélien complet des territoires occupés en 1967 », la concrétisation du « droit au retour des réfugiés palestiniens », et bien entendu le respect des droits humains par toutes les parties.

Tout en soulignant l'importance du point de vue juridique, Pax Christi cependant ne s'y arrête pas. Car la paix véritable, précise le mouvement en écho à bien des prises de position de l'Église, ne peut se construire sans des efforts de respect, de compréhension réciproque et de dialogue manifestés par tous. Un appel est donc lancé en ce sens à toutes les personnes de bonne volonté. Pour soutenir ces efforts et pour les dynamiser dans le respect des résolutions de l'ONU, Pax Christi compte aussi sur les initiatives diplomatiques et sur l'aide économique de l'Union Européenne. On lira ci-dessous le texte intégral de cette déclaration (1).

« Si vous voulez la paix, oeuvrez pour la justice »
(1) Le 28 septembre 2000 éclatait la deuxième Intifada. Tout en nous inquiétant de cette récente spirale de la violence et de la rupture des entretiens en vue d'un règlement négocié du conflit entre Israël et la Palestine, nous nous sommes rappelé les paroles prophétiques du pape Paul VI, « Si vous voulez la paix, oeuvrez pour la justice. »

(2) L'avenir des Israéliens et des Palestiniens ne peut être qu'un avenir commun où chaque partie respectera les droits et les traditions de l'autre. Il est temps de retourner aux principes du droit inter­national : l'interdiction d'acquérir des territoires par la force, le droit des peuples à l'autodétermination, le respect des résolutions des Nations Unies et des Conventions de Genève. L'Église devrait exiger avec tous les moyens à sa disposition de redéfinir le conflit. Le cœur du problème est l'occupation militaire israélienne en Palestine et ce que revendique les Palestiniens : leur liberté et un territoire.

Le Respect du droit international, condition préalable pour une paix juste
(3) Pour qu'il y ait une paix véritable et durable dans la région, nous croyons que des négociations devraient finalement mener à un État palestinien souverain et viable, où Jérusalem serait la capitale de deux États et accessible aux adeptes des trois religions monothéistes. Pax Christi International a toujours souligné que le respect du droit international est la seule manière d'arriver à une paix juste et durable. Nous croyons que le cadre des négociations de paix devrait inclure les quatre principes suivants du droit international : 1) la reconnaissance du droit à l'autodétermination des Palestiniens ainsi que le droit d'Israël à des frontières sûres et reconnues ; 2) Le retrait complet d'Israël des territoires occupés depuis 1967 ; 3) le droit au retour des réfugiés palestiniens ; 4) le respect des droits humains par toutes les parties.

(4) Israéliens et Palestiniens doivent tous deux reconnaître leurs droits respectifs à disposer de leur propre État, où leur population puisse vivre en paix et en sécurité. Nous croyons que les droits des Pales­tiniens et que la sécurité israélienne ne s'excluent pas mutuellement, mais qu'ils dépendent l'un de l'autre.

Le retrait israélien complet des territoires occupés en 1967
(5) Le retrait israélien complet des territoires occupés en 1967 et le démantèlement de toutes les colonies comme le stipulent les résolutions 242 et 338 du Conseil de Sécurité de l'ONU ainsi que le droit à la protection contre une annexion ultérieure des territoires occupés et contre les changements forcés de la composition démographique de Jérusalem, tout cela est fondamental pour bâtir une paix durable.

(6) La création et la gestion des colonies israéliennes dans les territoires occupés et dans la Bande de Gaza est une violation des dispositions de la quatrième Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre. L'article 49 affirme que la puissance occupante ne pourra déporter des résidents hors du territoire occupé, ni y transférer une partie de sa propre population civile.

(7) Nous croyons que le retrait des territoires occupés augmenterait la sécurité d'Israël, les militaires n'ayant plus à défendre des colonies isolées ni des avant-postes militaires.

Le droit au retour des réfugiés palestiniens
(8) La résolution 194 des Nations Unies touche spécifiquement le droit au retour des Palestiniens, devenus réfugiés en 1947-48. Elle affirme que les réfugiés ont droit soit à des compensations soit à rentrer chez eux.

(9) Tout en maintenant que les États multiculturels sont à nos yeux l'idéal, nous reconnaissons la crainte qu'éprouve Israël : autoriser un grand nombre de réfugiés palestiniens à revenir en Israël aurait sans doute un sérieux impact démographique sur l'État d'Israël. Mais l'application du droit au retour serait sans doute plus facile à discuter et des solutions diverses pourraient être trouvées si Israël reconnaissait ces deux principes : Israël a joué un rôle dans la création de la situation des réfugiés et il y a un droit au retour.

Le Respect des droits de l'Homme par toutes les parties
(10) Israël et les zones palestiniennes se sont laissés entraîner dans une spirale de violence désespérée. Il est vrai que les difficultés économiques et militaires imposées en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, ainsi que barrages routiers et les attaques des militaires israéliens ont considérablement aggravé la situation ; il est vrai aussi que l'Autorité nationale palestinienne a éprouvé des difficultés à exercer pleinement son pouvoir ; néanmoins, nous appelons les Palestiniens à faire tout leur possible pour mettre fin à la violence. En même temps, nous estimons que le gouvernement israélien doit faire davantage pour arrêter la violence de son côté, par exemple la violence exercée contre les Palestiniens par les colons dans les territoires occupés.

Aller au-delà du cadre juridique
(11) Bien que le respect du droit international soit la seule manière de parvenir à une paix juste et durable, nous croyons qu'un cadre juridique ne suffira pas par lui-même à instaurer la paix dans ces territoires troublés. Comme le pape l'a souligné à juste titre, « nous savons tous que la paix véritable n'adviendra que s'il y a une nouvelle attitude de compréhension et de respect entre les peuples de la région, entre les disciples des trois religions des fils d'Abraham.

(12) C'est pourquoi nous condamnons l'utilisation abusive de l'enseignement religieux et des passions pour susciter la haine et la méfiance et pour inciter à la violence envers les autres. Nous rejetons l'utilisation des Écritures que font certains juifs pour justifier l'expropriation des terres et des propriétés palestiniennes au nom du « Grand Israël » ainsi que l'usage qu'en font ceux qui prêchent la haine des Arabes palestiniens. En même temps, nous rejetons la manière dont l'Islam est utilisé par certains pour susciter la haine du peuple juif. Nous condamnons tous ceux qui prêchent la haine des Arabes palestiniens ou du peuple juif.

(13) Chrétiens, nous avons une longue et malheureuse histoire d'antisémitisme. Nous reconnaissons aussi que certains chrétiens jouent un rôle dans l'utilisation abusive de l'enseignement religieux et des passions pour susciter la haine et la méfiance. C'est pourquoi nous rejetons la conception de certains chrétiens, qui abusent de la Bible pour justifier l'occupation israélienne de Jérusalem et des Territoires occupés, en croyant à tort que la reconstruction du temple juif serait une condition préalable à la Seconde Venue de Jésus.

Appel à toutes les personnes de bonne volonté
(14) Évêques et présidents de Pax Christi, nous lançons à tous les catholiques et à toutes les personnes de bonne volonté un appel à la prière, à l'étude et à l'action pour la paix au Moyen-Orient dans l'esprit du Pape Jean Paul II qui nous a appelés « à briser les murs de l'hostilité et de la division et à construire ensemble un monde de justice et de solidarité ».

(15) Nous invitons les gens à étudier la situation actuelle au Moyen-Orient, et si possible, à participer à des délégations au Moyen-Orient pour nouer des relations avec nos frères et sœurs israéliens et arabes.

(16) Nous lançons également un appel à l'action pour la paix et au soutien de ceux qui poursuivent cette action dans la société israélienne et palestinienne. En particulier, nous appelons toutes les personnes de bonne volonté à offrir une aide financière aux Églises chrétiennes et aux réfugiés palestiniens du Moyen-Orient, ainsi qu'à ceux qui continuent à souffrir de l‘occupation. Nous invitons les personnes à organiser des dialogues interreligieux entre chrétiens, musulmans et juifs pour favoriser une meilleure compréhension et des relations plus solides. Nous encourageons les paroisses à organiser des séances de formation pour présenter les déclarations du pape et des Conférences épiscopales sur le Moyen-Orient. Nous invitons toutes les personnes à s'exprimer publiquement contre toutes les formes d'antisémitisme. Nous encourageons également l'organisation d'actions publiques et non-violentes pour promouvoir conjointement la paix et la justice au Moyen-Orient.

Appel aux gouvernements des États-Unis et de l'Union européenne
(17) Enfin nous invitons tous les catholiques et toutes les personnes de bonne volonté à nous rejoindre pour faire pression sur nos gouvernements afin qu'ils prennent les mesures suivantes :

1. Fournir un appui financier et diplomatique à ceux qui, en Israël et en Palestine, accomplissent avec des moyens non-violents un travail inlassable pour la paix par la justice avec des moyens non-violents. Nous croyons que leurs appels à lutter de façon non violente doivent être répercutés et encouragés de toutes les façons possibles.

2. Mettre entièrement en application la résolution 1322 du Conseil de Sécurité de l'ONU, qui réclame la création d'une Commission d'enquête internationale indépendante pour découvrir les causes de la crise actuelle et pour établir les responsabilités de toutes les parties dans la violence.

3. Faire des résolutions #242 et #338 de l'ONU les pierres d'angle de la politique américaine et européenne au Moyen-Orient, en pratique comme en théorie. La négociation devrait mettre en application ces principes fondamentaux pour la paix et non se substituer à eux ; elle ne devrait pas exiger des sacrifices supplémentaires de la partie la plus faible au nom d'une mentalité trompeuse du « compromis ».

4. Appuyer la mise en place d'une force internationale d'observateurs dans les territoires occupés pour exercer un effet dissuasif sur la violence des uns et des autres.

5. Faire pression sur Israël et sur l'Autorité nationale palestinienne pour qu'ils s'en tiennent en toutes circonstances aux normes internationales en matière de droits humains et à la règle de droit.

6. Appuyer une approche vraiment internationale des négociations à susciter par l'Assemblée générale des Nations Unies et fonder sur le cadre juridique décrit plus haut.

7. En conclusion, pour la période qui suivra le conflit, nous invitons nos gouvernements à soutenir la réconciliation et le dialogue entre Israël et les Palestiniens pour préserver à long terme la paix et la sécurité. Nous appelons également nos gouvernements à fournir une aide au développement économique dans la région afin d'encourager le commerce équitable entre toutes les nations, basé sur le concept du développement durable.

Des raisons d'espérer
(18) Malgré tous les reculs diplomatiques et la spirale continuelle de la violence, nous estimons, en tant que croyants, qu'il y a des raisons d'espérer la paix en Terre Sainte. Nous y sommes encouragés par les nombreux groupes d'artisans de paix israéliens et palestiniens qui ont pris de grands risques pour la cause de la paix.

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(1) Pax Christi International, Rue du Vieux Marché aux Grains, 21 – 1000 Bruxelles
(tél. 02/502.55.50 ; fax 02/502.46.26 ; courriel : paul@paxchristi.net ; site Internet : www.paxchristi.net).



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