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Christianisme

Réponse à un chrétien perplexe, Michel Remaud
10/06/2005

www.un-echo-israel.net/article.php3?id_article=1245

Courrier adressé à la Rédaction par un lecteur de France :

Bonjour et merci pour votre excellent travail. Je vous écris de Paris pour vous faire part de questions qui se posent. A l'occasion du retour d'un pèlerinage chrétien en Terre sainte, on entend des commentaires très durs sur Israël. Notamment, les gens sont choqués par l'état de pauvreté et de détresse des chrétiens de Bethléem, qu'ils attribuent au mur et à l'enfermement des "checks-points". L'hôpital visité est dans un état de dénuement extrême. Les visiteurs ont également l'impression que l'Etat d'Israël pratique une politique discriminatoire et d'apartheid à l'égard des non-Juifs. On entend des commentaires du genre : l'Etat d'Israël n'est pas un Etat démocratique, c'est un Etat juif. Il est impossible ici de se faire une idée juste. Que répondre ? Où se situe le juste milieu ? Car il est vrai aussi que la politique d'Israël peut prêter à des incompréhensions, pour le moins. N'y a-t-il aucune possibilité de faire un état des lieux, de s'informer, plutôt que de laisser des jugements se répandre, par ignorance, et du fait même que personne ne semble disposer du moindre élément d'information équilibrée ? Les retombées sont graves et démultipliées par les impressions rapportées, au fur et à mesure que ces personnes, révulsées par ce qu'elles ont vu de la détresse des chrétiens, diffusent leur constat autour d'elles. Où et comment trouver des éléments de réponse ? Ne pourriez-vous faire un article ? Ou bien le fait de chercher à comprendre et à expliquer est-il devenu inamical du fait du climat actuel ?
Merci de me donner quelques pistes, si elles existent, et, dans ce cas, de veiller à fournir aux pèlerins une information qui les aide à comprendre, plutôt que [de les laisser] se débrouiller tout seuls.

B.C.


Réponse à un chrétien perplexe

Votre lettre soulève une série de questions auxquelles il n'est pas possible de répondre en quelques lignes. Vous nous suggérez d'écrire un article pour faire un état des lieux. C'est ce à quoi nous nous employons depuis deux ans, par une série d'articles qui essaient d'éclairer de façon nuancée les différents aspects d'une situation complexe et en perpétuelle évolution. Mais le tout n'est pas d'écrire, il faut encore être lu. C'est une première difficulté. Si on est trop discret, ce qu'on écrit ne sert à rien. Si on fait un effort de diffusion, on est accusé de propagande.

Revenons quand même à vos questions.

Les chrétiens de Bethléem vivent dans la détresse et la pauvreté. Nous n'aurons pas la mauvaise foi de dire le contraire. Leur pauvreté est-elle plus grave que celle des autres Palestiniens ? On entre déjà sur un terrain délicat. Il ne fait quand même aucun doute que, si la situation des chrétiens est pire que celle des musulmans, c'est à cause de la pression, de plus en plus étouffante, que les seconds font peser sur les premiers. Sur ce point et malgré les démentis officiels, les témoignages sont trop nombreux pour pouvoir être mis en doute. En même temps, les chrétiens, qui sont souvent d'un niveau culturel et économique plus élevé que les musulmans - en grande partie grâce aux institutions éducatives chrétiennes - peuvent plus facilement émigrer, et ce mouvement s'entretient de lui-même, puisqu'ils sont de plus en plus nombreux à avoir de la famille à l'étranger. Je vous recommande à ce sujet la lecture du livre de Jean Rolin, Chrétiens, Pol, 2003.

Cela dit, les témoignages récents montrent que la situation des chrétiens palestiniens est plus complexe encore qu'on ne le pense. Je n'en donnerai que deux exemples.

Il y a quelques semaines, la presse s'est fait l'écho (quoique discrètement) d'un événement survenu à Ramallah, lorsqu'un chrétien a tué sa fille pour l'empêcher d'épouser un musulman. Ce drame illustre un malaise plus général. Aujourd'hui, des jeunes chrétiennes épousent des musulmans. Je ne peux rien dire sur leur degré de liberté, mais il est certain qu'une chrétienne qui épouse un musulman passe, du même coup, sous la loi musulmane, et que sa famille n'y peut rien. La situation inverse, on le sait, est impossible. Par ailleurs, certains chrétiens n'hésitent pas à faire cause commune avec le Hamas. D'autres veulent résister à ces phénomènes et refusent d'être à la remorque de l'Islam, et c'est cette résistance que voulait exprimer, semble-t-il, une assemblée qui s'est tenue, il y a un peu plus d'un mois, dans la basilique de Bethléem.

Autre exemple. Le retour de la sécurité a entraîné une reprise du tourisme, qui bénéficie, non seulement aux hôteliers et commerçants israéliens, mais aussi à ceux de la Vieille Ville de Jérusalem et à ceux de Bethléem. L'existence de la clôture de sécurité n'est pas pour rien dans cette situation, dont profitent même ceux qui sont de l'autre côté du mur. Mais, ici encore, les choses ne sont pas simples. Au temps où les territoires étaient sous administration israélienne, les touristes avaient librement accès à tous les magasins. Aujourd'hui, la situation est différente. Les chauffeurs et guides israéliens ne pouvant plus passer les points de contrôle, les touristes sont pris en charge, de l'autre côté des barrages, par des guides et des chauffeurs palestiniens, qui les conduisent à des magasins où ils sont certains de recevoir des commissions importantes. Si l'on ajoute à cela que les pèlerins, en territoire palestinien, sont désormais "fliqués" par la police palestinienne dans tous leurs déplacements (pour leur sécurité, bien entendu), on ne sera pas étonné d'apprendre que de grandes surfaces spécialisées dans le commerce des souvenirs sont en train de ruiner les petits commerçants. Or, la ligne de partage entre grandes surfaces et petit commerce ne coïncide pas forcément avec la ligne de partage entre le monde chrétien et le monde musulman...

Parlons, une fois de plus, de la clôture de sécurité, qui a fait dans ce bulletin l'objet de plusieurs articles ("Un mur et une polémique" ; "Pas si simple..." ; "A propos du mur de l'apartheid"). Pas plus tard que cette semaine, j'ai dû expliquer à des chrétiens, qui l'ignoraient, que cette clôture était constituée d'un grillage métallique sur la plus grande partie de sa longueur, et qu'elle ne prenait la forme d'un mur que dans certaines zones urbaines. Apparemment, les agences qui mettent le «mur» au programme de leurs circuits n'ont jamais emmené les groupes prendre des photos du grillage. Et quand je leur ai appris que ce mur était construit par des ouvriers palestiniens, avec du ciment importé d'Égypte par l'intermédiaire d'une société palestinienne, dont le P.D.G. est un parent d'Arafat, ils ont écarquillé de grands yeux. Qui se souvient encore de l'affaire des ciments égyptiens, dont la presse avait pourtant parlé ? Six mois, c'est vieux.

Ce mur est désormais au programme des circuits touristiques. Je voudrais quand même souligner ici une dissymétrie. Le mur est permanent. Il est visible, jour et nuit, le dimanche et la semaine. Les attentats sont ponctuels et imprévisibles, et il n'est jamais arrivé que des touristes ou des pèlerins se trouvent sur les lieux au "bon" moment. Je ne pense pas non plus qu'on leur ait jamais décrit l'horreur insoutenable des attentats, dont des milliers d'Israéliens porteront les traces toute leur vie. À ma connaissance, jamais une agence n'a inclus dans son programme ne serait-ce qu'une minute de silence devant une plaque, ou une stèle, à la mémoire des victimes. Et pourtant, ces mémoriaux ne manquent pas à Jérusalem.

Faut-il parler aussi des chrétiens israéliens, Arabes pour la plupart ? Sont-ils victimes d'une discrimination qui les mettrait en état d'infériorité par rapport aux musulmans ? Un chrétien de Galilée me disait, l'an dernier : «Je suis un Israélien de deuxième catégorie ; mais si j'ai des problèmes avec mes voisins musulmans, je peux appeler la police, alors que je ne le pourrais pas si je vivais dans les territoires.» Sait-on que les jeunes chrétiens arabes sont de plus en plus nombreux à s'engager dans l'armée israélienne ? À ce jour, ils sont plusieurs milliers. Une enquête sur leurs motivations nous ferait déborder largement le cadre de cette lettre.

Dernière remarque. Quels guides les chrétiens qui reviennent d'Israël ont-ils entendus ? Quand une agence limite les contacts de ses clients au monde arabe et palestinien, et exclut, par principe, tout contact avec la société juive, il ne faut pas s'étonner si l'information est unilatérale et tendancieuse.

On ne peut pas résumer des situations complexes par des slogans. Le slogan est un instrument de propagande. La propagande ne fait qu'attiser les passions et ne sert pas la cause de la paix.

Michel Remaud

© "Un écho d'Israël"


Mis en ligne le 10 juin 2005, par M. Macina, sur le site www.upjf.org.