Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Éditorialistes
Menahem Macina

Vous voyez, Macina: Arafat se meurt. Il est mort ! Menahem Macina
04/11/2004

04/11/04

Je ne savais pas que certains me lisaient comme un oracle. En effet, ce matin, quelques mails cinglants polluaient mon lourd courrier habituel – dans le genre : « Vous avez perdu une bonne occasion de vous taire ; ou encore : Vous croyez tout savoir, eh bien, les faits vous donnent tort ! » ; etc.

Et tout ça pourquoi ? Parce que j'ai émis un "Billet d'humeur", dans lequel j'écrivais ne pas croire qu'Arafat fût à l'article de la mort.

Et voilà que les communiqués s'affolent : Arafat serait dans le coma, voire à l'agonie.

C'est fou ce que les gens peuvent être émotifs. Bon, certains communiqués donnent Arafat comme mourant. Oui, mais pas tous. Je lis dans Le Monde d'aujourd'hui que le premier ministre palestinien, Ahmed Qoreï, a démenti, jeudi dans l'après-midi, lors d'une conférence de presse à Ramallah, que M. Arafat fût dans le coma. « Il est en traitement, son état ne s'est pas dégradé, il n'est pas dans le coma. »

On sait que l'état de santé des grands (ou considérés tels) personnages excite la bile des folliculaires. Surtout lorsque 'filtrent' des informations où figurent les mots sinistres : "unité de soins intensifs".

Bon, Arafat est dans une unité de soins intensifs, mais des centaines de milliers de gens de par le monde, moi y compris, sont entrés dans une unité de soins intensifs et… n'en sont pas tous sortis, pour autant, les pieds devant.

Par ailleurs, on lit dans le même journal, à la réputation sérieusissime : « Selon une source médicale française, M. Arafat serait intubé dans le service de réanimation de l'hôpital militaire Percy, où il est hospitalisé depuis vendredi 29 octobre. »

Intubé ! Annonce dramatique, suivie des propos non moins dramatiques suivants, donnés comme émanant d'une source qui ne se contente plus d'informer, mais "pronostique" : « Il est toujours dans le coma, il ne se reprendra pas…. Et encore : Le chef historique de la cause palestinienne ne réagit pas aux traitements. »

Sans doute soucieux d'enfoncer le clou (dans le cercueil d'Arafat), mais surtout de risquer un scoop, le journaliste y met du sien : « Cette source a donc [sic] laissé entendre que les chances d'un rétablissement de M. Arafat étaient réduites… »

Qui c'est "la source" ? Un médecin, une infirmière, un employé au nettoyage, un fakir de passage ?... Mais oui, bien sûr ! Comment n'y avais-je pas pensé plus tôt : c'est un Palestinien – ou un pro-palestinien - de faction dans les parages. A moins que ce ne soit le rédacteur (anonyme) de service du Monde.

Sur quoi me basé-je ? Lisez plutôt la suite (je cite à nouveau le "quotidien de référence" Le Monde (C'est moi qui souligne) :

« Toujours selon cette source, M. Arafat n'a pas reçu les soins appropriés pendant les dernières années, alors qu'il était confiné dans son quartier général de Ramallah, en Cisjordanie, assiégé par l'armée israélienne. »

Si vous n'avez pas compris, il faut suivre d'urgence un cours sur les méthodes d'intoxication de l'information, indispensable en temps de guerre psychologique et de guerre tout court.

Il se peut qu'Arafat contredise mes pronostics optimistes en ayant le mauvais goût de mourir. Il se peut même qu'ayant appris qu'on l'accuse de mise en scène, il fasse exprès de quitter ce monde, ne serait-ce que pour montrer qu'une fois de plus, on aurait dû le prendre au sérieux, et pour faire un dernier pied de nez à ses détracteurs…

En tout cas, si je me suis trompé, j'espère bien ne pas être le seul à encourir l'infamie. Il serait honnête de se moquer tout autant de deux des porte-parole accrédités d'Arafat (source : Le Monde) :

- Mme Shahid, qui soulignait, ce matin, que la santé de M. Arafat avait connu « plusieurs développements positifs. »

- M. Mohammed Rachid, un conseiller d'Arafat (d'origine normande ?), qui annonçait, mercredi, que « depuis six jours, le président (de l'Autorité palestinienne) subit des examens et un traitement intensif. Et que Parfois son état de santé connaît une certaine détérioration, et parfois il s'améliore. » Soulignant que M. Arafat était conscient, et appelant à ne « pas paniquer. »

Quant au sérieux de ces communiqués, je dirais seulement ceci : ils me rappellent ceux du ministre de l'information de Saddam Hussein, qui criait victoire, à quelques dizaines de mètres de positions américaines avancées, alors que la ville de Bagdad était déjà tombée.

A cet égard, et pour finir, je vous laisse méditer cette énormité, dont on doit la teneur à l'inénarrable Monde : (C'est moi qui souligne)

« M. Rachid avait par ailleurs indiqué que le leader palestinien avait suivi l'élection américaine de son lit d'hôpital et qu'il avait salué la victoire de George Bush. »

C'est vrai, quoi ! Vous n'allez pas apprendre l'art de la désinformation aux politiques palestiniens - orfèvres en la matière. Qui mieux qu'eux est en mesure de vous narrer l'amour délirant que porte à G. W. Bush un Arafat qu'il a délibérément snobé depuis deux ans ?

Menahem Macina

© upjf.org


--------------------------------

A 16h 04, un communiqué du site Proche-Orient.info, annonçait la mort d'Arafat (proche-orient.info/xjournal_pol_der_heure.php3?id_article=31879).

Annonce prématurée. En effet, à 17h15, ce jour, un responsable médical de l'hôpital militaire français de Clamart, après avoir reconnu que le leader palestinien avait été transféré, mercredi après-midi, dans une unité de soins appropriés à sa pathologie, concluait son bref communiqué par un démenti catégorique :

« Monsieur Arafat n'est pas décédé. »

Ni plus ni moins.


Mis en ligne le 04 novembre 2004 sur le site www.upjf.org.