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Menahem Macina

Prendre au sérieux le 'désengagement unilatéral' israélien? M. Macina
29/12/2003

Mise à jour du 25 février 2005. Voir :

Rappel des faits

On se souvient sans doute de l'alternative à la 'Feuille de Route', exposée dans la partie du Discours d'Ariel Sharon, à Hertzliya, du 18 décembre 2003, consacrée au 'Désengagement' :

«Nous souhaitons accélérer la mise en oeuvre de la 'Feuille de Route' en vue d'une paix tranquille et véritable. Nous espérons que l'Autorité palestinienne fera sa part. Toutefois, si, dans quelques mois, les Palestiniens continuent encore à négliger ce qui leur incombe dans la mise en oeuvre de la 'Feuille de Route', alors, Israël prendra une mesure unilatérale de sécurité en se séparant des Palestiniens… Le «Plan de Désengagement» inclura le redéploiement des forces de Tsahal sur de nouvelles lignes de sécurité et un changement de déploiement des implantations, pour réduire autant que possible le nombre d'Israéliens qui se trouvent en plein coeur de la population palestinienne. Nous tracerons des lignes temporaires de sécurité et Tsahal sera déployé le long de ces lignes. La sécurité sera assurée par le déploiement de Tsahal, la clôture de sécurité et d'autres obstacles matériels. Le «Plan de Désengagement» réduira les frictions entre nous et les Palestiniens … Dans le cadre d'un futur accord, Israël ne restera pas dans tous les lieux où il se trouve aujourd'hui. La relocalisation des implantations se fera, en premier lieu, pour tracer la ligne de sécurité la plus efficace possible, créant de la sorte cette déconnection entre Israël et les Palestiniens… Tsahal sera déployé le long de cette ligne…»

Fraîchement accueillie par la Maison Blanche, cette annonce s'est heurtée à l'indifférence générale ou au scepticisme. Même l'éminent spécialiste des problèmes du Moyen-Orient, qu'est Daniel Pipes, a du mal à croire qu'il s'agisse d'autre chose que d'une démonstration de force rhétorique. (Cf. "Savoir lire la pensée de Sharon").

Plus positif, David Warren, estime que c'est une bonne mesure, de nature à faire réfléchir les Palestiniens. Et il en donne deux raisons principales :

«la première… la suppression d'une tentation, dont l'effet sur la société palestinienne a été moralement destructeur à une échelle colossale. Quand on permet à des gens de rêver que leurs problèmes peuvent être résolus en assassinant des innocents, ils perdent tout discernement. Mais la seconde raison va plus loin. Une Palestine, privée de possibilités de contrarier Israël et d'extérioriser tous ses échecs… devr[a] faire face à des problèmes sociaux, économiques, et politiques, dont Israël - une fois qu'il s'en sera débarrassé - ne pourra plus être tenu pour responsable par "l'étranger". La Rive occidentale a des terres aussi cultivables que celles d'Israël, et (si l'on fait abstraction du désert du Négev) sa densité de population n'est pas plus importante. Que feront les Palestiniens de ce qu'ils ont ?» (Cf. D. Warren, "'Herzliya', analyse du 'désengagement' d'A. Sharon".)


Quand un Premier ministre de droite reprend les idées d'un Premier ministre de gauche

Il faut savoir que l'idée est dans l'air depuis des années. Elle a, en son temps, été sérieusement envisagée par le Parti Travailliste.

  • Le Monde du 20 octobre 2000 en faisait déjà état :

    «Le plan de "séparation", conçu par le gouvernement d'Ehoud Barak, révélé le mercredi 18 octobre [2000] par le quotidien Haaretz, ne devrait donc pas surprendre. A ceci près que l'adjectif "unilatérale", qui lui est désormais attaché, en modifie considérablement l'essence. Une séparation non négociée risquant d'être douloureuse pour les Palestiniens. La "séparation unilatérale" serait, au droit international, ce que le divorce pour faute est au droit de la famille : la source d'une rancoeur quasi inextinguible. Au lieu d'apaiser les esprits, la déclaration d'indépendance suivie ou précédée de la séparation, sans consentement mutuel, pourrait être la source de nouveaux conflits. »

  • Le Yediyot Ahronot du même jour rapportait la même information, avec cette particularité de nous faire découvrir, a posteriori, que deux phrases du discours de Sharon, à Hertzliya, reprennent, presque mot pour mot, celles d'Ehud Barak sur le même sujet:
    - Barak (2000) : "…nous n'avons pas l'intention d'attendre la décision palestinienne" ;
    - Sharon (2003) : "… je n'ai pas l'intention de les attendre indéfiniment [les Palestiniens]" ;
    - Barak (2000) : "… tous les pas dans cette direction seront coordonnés avec les Etats Unis" ;
    - Sharon (2003) : "… Les mesures unilatérales qu'Israël prendra… seront entièrement coordonnées avec les Etats-Unis".

    «Barak a organisé une réunion spéciale de conseillers pour parler de l'idée d'une séparation unilatérale d'avec les Palestiniens. Solution de repli à utiliser si le renouvellement des pourparlers de paix était rejeté. D'après le plan, Israël annexera certaines colonies juives de la Rive occidentale [Judée-Samarie] et proclamera ses propres frontières définitives sans consulter les Palestiniens, laissant non résolus les désaccords autour du statut final. Barak a décidé que tous les pas dans cette direction seront coordonnés avec les Etats Unis. Un haut fonctionnaire du gouvernement a affirmé que le plan de séparation est nécessaire à la sécurité d'Israël. Le fait que nous tenions cette discussion maintenant montre bien que nous n'avons pas l'intention d'attendre la décision palestinienne

L'idée d'une séparation unilatérale fait son chemin dans la population

Un mouvement apolitique de citoyens israéliens, du nom de «Hipardout» (désengagement), s'est même constitué, depuis 3 ans, autour de cette perspective, arguant, entre autres :

«Les citoyens d'Israël resteront otages d'une terreur continuelle tant que nous ne serons pas séparés des Palestiniens par des frontières claires et défendables. Le défaut de barrière empêchant les incursions a rendu le peuple d'Israël vulnérable comme jamais auparavant. Pire, l'existence des implantations juives, dispersées au milieu d'une population palestinienne hostile, expose leurs habitants - hommes, femmes et enfants – aux mines, aux explosifs, aux tirs, et aux tueurs-suicide. La dispersion des implantations a obligé l'armée à prendre position dans des endroits indéfendables, ce qui met en péril les soldats mêmes qui sont chargés de protéger les colons. Nos soldats, militaires de carrière comme réservistes, sont devenus les victimes de la terreur. Les vains efforts en vue de sauvegarder les implantations ont miné l'économie et menacent de faire sombrer le pays dans la tragédie du chômage et de l'injustice sociale. La situation actuelle nous empêche de bâtir la société juste que nous nous efforçons de créer. C'est pourquoi nous devons nous séparer physiquement des Palestiniens et nous désengager unilatéralement de la violence qui nous atteint. Notre but est double: ôter la menace immédiate qui pèse sur notre sécurité personnelle et renoncer à l'inutilité de conserver les territoires; l'occupation ininterrompue ne fait que ternir l'image que nous avons de nous-mêmes, tout en suscitant la haine de la population palestinienne.» (Cf. Charte du Mouvement de désengagement israélien 'Hipardut'.)

Même si ce mouvement d'idées est loin d'avoir un large soutien populaire, il a au moins le mérite d'exister, de disposer d'un site Internet et de mettre à la disposition des Internautes un éventail d'arguments présentés et défendus de manière intelligente et convaincante. (Cf. Désengagement Unilatéral d'Israël - Questions et Réponses.)


Passage à l'acte ou bluff... Tout dépendra des Américains

En ce qui me concerne, je suis convaincu que l'actuel gouvernement israélien est réellement déterminé à mettre en oeuvre ce plan de désengagement unilatéral. J'en veux pour preuve un communiqué du gouvernement, rendu public le 28 décembre, annonçant que le Premier ministre avait chargé le général Giora Eiland, responsable de la Direction de la Planification, à l'état-major de Tsahal, de diriger une commission destinée à élaborer le plan de séparation unilatérale. Et le communiqué de préciser, que le général Eiland "coordonnera l'équipe qui va préparer un nouveau déploiement sécuritaire, s'il s'avère impossible de faire avancer la Feuille de route".

Je doute qu'il s'agisse là d'une mise en scène destinée à montrer aux Palestiniens qu'Israël est sérieux lorsqu'il brandit la 'menace' d'une séparation unilatérale. Et même si c'était le cas, l'expérience des guerres d'Israël a prouvé que lorsque le gouvernement prend des mesures concrètes sur le terrain, c'est qu'il considère déjà la situation à laquelle il se prépare comme inéluctable.

Reste qu'il faudra tenir compte du pressentiment pessimiste de D. Warren (article cité) :

«Le gouvernement Sharon et Israël en général seront soumis à une énorme pression, pour qu'ils ne fassent pas ce qu'ils doivent faire. La plus importante viendra de leur seul véritable allié, les Etats-Unis. Si l'on se réfère à l'expérience passée, il est probable que M. Sharon pliera.»

Car, en cette matière comme dans d'autres, le destin d'Israël est toujours suspendu à un fil : le veto américain, qui dépend non pas de ce qui est bon pour Israël, mais de ce qui est bon pour les Etats-Unis.

Menahem Macina

© upjf.org


Mis en ligne le 29 décembre 2003 sur le site www.upjf.org