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Menahem Macina

Ils n'épargnent même pas celles qui militent en leur faveur, M. Macina
16/02/2005

16/02/05

En larmes, la journaliste italienne Giuliana Sgrena, 56 ans, enlevée le 4 février à Bagdad, a demandé le départ des troupes italiennes, dans une vidéo diffusée par les télévisions italiennes. Ci-dessous, le texte de sa déclaration, faite, sous la contrainte, comme on s'en doute.


Giulana Sgrena avant son enlèvement, et aux mains de ses ravisseurs

« Je suis Giuliana Sgrena du quotidien "Il Manifesto".

« Je suis arrivée en Iraq à la fin de janvier pour témoigner de la situation.

« Ici la situation est dramatique, les gens meurent tous les jours. Ils n'ont pas les moyens pour vivre. Ils sont des milliers dans les prisons, les femmes sont violées, les enfants même sont en prison, les vieux… Tout le monde souffre de l'occupation. Il faut mettre fin à l'occupation.

« Alors je demande au gouvernement italien, au peuple italien qui s'est battu contre la guerre et contre l'occupation, je demande à mon mari: 's'il te plaît aide-moi'. Tu dois dire, tu dois faire le possible pour demander la fin de l'occupation.

« Je compte sur toi, tu peux m'aider, comme tous les amis qui ont lutté avec moi contre la guerre et l'occupation. Ce peuple ne veut pas d'étrangers ici. Personne ne doit rentrer en Iraq en ce moment, même pas les journalistes, personne. Ici ils ne veulent pas des étrangers, pas des Italiens, pas des autres étrangers aussi.


[On voit Giuliana Sgrena commencer une phrase,
la bande s'interrompt puis la journaliste italienne reprend]

« Les écoles bombardées, les hôpitaux détruits, les prisons sont pleines de gens, des milliers. Il n'y a pas seulement des jeunes, il y a des enfants, il y a des vieux. Il y a des femmes qui ont été violées. La situation est catastrophique. Les gens n'ont pas d'électricité. Ils n'ont pas d'eau. Ils n'ont pas de quoi manger. Vraiment la situation ici c'est insupportable pour le peuple iraqien. Vous devez mettre fin à l'occupation. Seulement comme ça on peut sortir de cette situation. »
(Libération du 16 février)


Ironie du sort : cette journaliste italienne travaille pour un quotidien communiste, Il Manifesto. Elle y publiait même, récemment, le "témoignage", débordant d'un anti-américanisme primaire, d'une iraqienne, dont elle rapportait complaisamment les affabulations sans les mettre en perspective. Extrait :

« La maison de Mithal est barricadée, les grilles fermées avec une chaîne en fer. Elle a du déménager chez son fils, dans un immeuble voisin, parce qu'elle n'avait plus d'argent pour payer son loyer. Sa mésaventure a commencé le 28 février de l'année dernière, quand les Américains l'ont traînée dehors en pleine nuit, avec son fils Jasem, et lui ont soutiré 7 millions de dinars (plus de quatre mille dollars) qu'elle avait obtenus de la vente de deux voitures, et qui devaient servir à payer des dettes accumulées avec son commerce…
« Ici, il n'existe plus de loi ; souvent les américains arrivent, s'installent dans un appartement, pour des motifs de sécurité, disent-ils, et ensuite quand ils partent, au lieu de le restituer aux propriétaires légitimes ils le cèdent à d'autres, qui seraient désignés par le Ministère de l'Intérieur…
« Elle a réagi avec beaucoup de fierté même aux tortures subies à Abu Ghraib : quand elle est sortie, après quatre-vingts jours d'horreurs, elle a dénoncé les sévices qu'elle avait subis, sans céder aux chantages d'une société qui impose aux femmes victimes de violences de se cacher. »

(Bellaciao.org)

Ce que commente, avec une dérision amère, le sociologue Oulahbib, en ces termes :

« L'otage italienne pleure. En direct. Et c'est rageant. Parce qu'elle est sans doute venue en Iraq pour démontrer que tout va mal à cause de Bush, alors que tout va mal à cause de ses propres amis islamistes, qui sont loin de représenter une alternative au capitalisme […] il est regrettable que les gauchistes ne s'aperçoivent pas qu'à force de jouer avec des allumettes, on prend feu soi-même... »
(LSA Oulahbib, "Otage italienne : les limites de l'alliance alterislamiste")


Une autre femme, très critique elle aussi à l'égard des États-Unis, et qui avait consacré son existence au bien-être des Iraqiens malades et nécessiteux, Margaret Hassan, mariée à un Iraqien, directrice, pour l'Iraq, de l'ONG humanitaire Care, et vivant en Iraq depuis une vingtaine d'années, n'a pas été épargnée pour autant par ses barbares ravisseurs, pour lesquels elle servait uniquement de chair à chantage…


Margaret Hassan, avant son enlèvement et peu de temps avant son exécution

Il reste à souhaiter que la journaliste italienne, Giuliana Sgrena, ne subisse pas le même sort !

Menahem Macina

© upjf.org


Mis en ligne le 16 février 2005 sur le site www.upjf.org.