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Le MRAP veut réprimer le blasphème, Anne Vigerie
06/02/2005

LE PITRE ET L'INQUISITEUR

 
15 janvier 2005

La déclaration hautement significative, effrayante, de Mouloud Aounit, président du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP), sur le blasphème (sur France 3, le 13 janvier 2005, journal de midi [1]) aurait dû faire les gros titres des journaux depuis deux jours : « Aujourd'hui si la liberté d'expression est un bien fondamental et fait partie des droits de l'homme, la liberté de blasphémer et la liberté d'ouvrir le champ au racisme doivent être réprimées avec la plus grande fermeté. »

Ce n'est ni plus ni moins que le rétablissement du délit de blasphème qui est demandé par un "défenseur des droits de l'homme". S'en indigne-t-on ? Mais non, ce sont les propos absolument grotesques et non crédibles d'un pitre politique (propos de Le Pen sur l'occupation), qui donnent lieu à force démonstrations d'indignation. Pas de panique, notre intelligentsia n'a jamais qu'une guerre de retard.

Le lendemain, Aounit précise : « Il ne fallait pas entendre dans blasphème un sens religieux : ce que je critique, c'est tout ce qui porte atteinte à l'intégrité de la personne […] le Mrap réaffirme que la critique des religions, de toutes les religions, y compris l'islam, est légitime » (AFP).

Voilà qui calmera notre intelligentsia, aux yeux de laquelle la répression du blasphème paraît [être] une impossibilité absolue. Cette tranquille certitude ne tient pourtant que par l'ignorance lourde de l'état actuel du droit dans le monde.

Pour comprendre l'extrême gravité de ces propos, il faut savoir d'une part qu'au niveau international, les États islamiques mènent campagne, au nom de la lutte contre "l' intolérance religieuse", contre la liberté de blasphémer et contre la liberté de changer de religion. Ils ont réussi à faire disparaître la mention du droit de changer de religion (crime d'apostasie selon l'islam) des dernières déclarations internationales de droits humains. Régulièrement, à l'ONU, ils martèlent que la haine de l'islam est un grand péché contre les droits humains [2].

Il faut savoir d'autre part, que dans presque tous les pays d'Europe, ainsi qu'en Alsace-Moselle, le blasphème est réprimé [3], et qu'en Angleterre, non content de la définition du blasphème, on discute actuellement de l'instauration d'un délit "d'islamophobie" [4]. Dans les pays européens, les définitions légales du blasphème peuvent être décrites exactement selon les termes du MRAP : elles ne comprennent pas (seulement) littéralement le sens purement religieux, mais font référence au respect des "sentiments" des croyants ou tenants d'autres convictions philosophiques…

« Staline, Hitler : assassins, salauds ! » de tels propos pourraient selon ces définitions être interdits pour ne pas heurter les "croyances" des communistes ou des nazis… « Mahomet : assassin, salaud ! » même punition. Pendant ce temps, les États islamiques peuvent, dans une même déclaration, écrire d'abord que l'islam est une religion de paix et d'amour, et ensuite, au nom de la réprobation contre l'intolérance religieuse, reprocher à l'Union européenne de critiquer la lapidation et autres peines relevant de la loi islamique ("charia"). Si l'Union européenne appliquait le droit du blasphème en vigueur dans nombre de pays européens, elle s'interdirait en effet une telle intervention contre la lapidation.

En France "de l'intérieur" (Alsace-Moselle exceptée), le délit de blasphème paraît moyenâgeux. Personne ne songerait à s'alarmer d'entrer dans une Europe fédérée qui, dans sa majorité, le condamne : nous ignorons cette répression, elle nous paraît im-pos-si-ble.

Or, la France "de l'intérieur" est à cet égard une exception, en Europe occidentale. À cause de cette exception, jusqu'à présent en France les attaques du combat islamique ("djihad") contre le blasphème ont été menées seulement au nom de la lutte contre "l'islamophobie", mot-valise semant la confusion entre critique des religions et incitation à la haine contre les musulmans réels ou présumés. C'est donc en France une nouvelle étape, extrêmement grave, dans la guerre de minage idéologique contre nos démocraties, qui vient d'être franchie. Et ce dès les premiers jours de l'année du centenaire de la loi 1905 de séparation de l'Église et de l'État, et quelques jours à peine après l'adoption de la loi anti-sexiste/homophobe, dont le CERF avait souligné qu'elle ouvrait la voie au délit "d'islamophobie".

"Nous", Français-e-s ne l'avons pas vu. Nous n'avons toujours pas compris la guerre idéologique de la théocratie musulmane contre les institutions démocratiques.

Anne Vigerie

Cercle d'Étude de Réformes Féministes.


Notes

[1] videojts.france3.fr/popupjt/popup.php3?journal=1214&date=13/01/2005&format=2&debit=2.
[Dans un communiqué publié le 15 janvier, le MRAP a réaffirmé que « la critique des religions, y compris l'islam, est légitime. Il ne fallait pas entendre dans blasphème un sens religieux : ce que je critique, c'est tout ce qui porte atteinte à l'intégrité de la personne, a expliqué à l'AFP le secrétaire général du Mrap, Mouloud Aounit. Pour lever toute ambiguïté, le Mrap réaffirme que la critique des religions, de toutes les religions, y compris l'islam, est légitime », a affirmé Mouloud Aounit dans un communiqué. Les déclarations de Mouloud Aounit avaient provoqué la colère de l'Union des familles laïques (UFAL), qui y avait vu une remise en cause du "droit de critiquer librement les religions". L'UFAL avait accusé le MRAP de se servir de l'islamophobie pour « faire passer pour des racistes, voire des fascistes, tous les citoyens qui osaient critiquer l'islamisme, mais aussi l'islam. » « Notre action sur l'islamophobie s'inscrit uniquement dans le cadre de la définition légale de la provocation à la haine raciale » a répondu M. Aounit. (Ajout de la Rédaction d'upjf.org)].
[2]. Cf. le livre Face aux obscurantismes (L'islamisme et les autres…) Le devoir de liberté, édité par le Cercle d'étude de réformes féministes, p. 103 et suivantes
[3] Id. (p. 116 et suivantes), Allemagne, Autriche, Danemark, Suisse, Grèce, Irlande, Islande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal.
[4] Le Monde du 8 décembre 2004, "Un projet de loi britannique réprimant l'".

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PS : Le 12 janvier, la Cour d'Appel de Toulouse confirme la condamnation de Aides pour avoir utilisé le slogan « Sainte capote protégez-nous. »
[ À Toulouse, en avril 2004, à la suite d'une plainte venant du côté chrétien, cette fois, une association de lutte contre le Sida, ayant montré une image de religieuse avec le slogan « Sainte-Capote, protégez-nous », a déjà été condamnée pour "injures publiques envers des personnes, en raison de leur appartenance à une religion déterminée…» Note du CERF] . Ainsi le "blasphème" est condamné, en France, au nom d'une lutte contre le "racisme anti-chrétien" :
www.aides.org/
www.aides.org/sites/actualites/?cmd=fichier&id=1582&id_dossier=1013
www.e-llico.com/content.php?section=actu&id=3614


Mis en ligne le 05 février 2005 sur le site www.upjf.org.