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Déclenchement de l'attaque américaine contre Falloujah, J. Spinner et K. Vick
08/11/2004

Lundi, 8 novembre 2004, 11h 50

Les Marines, la première Division d'infanterie de l'armée américaine dirigent l'opération Phantom Fury.

Washington Post, Service nouvelles de l'étranger

Original anglais : “U.S. Forces Launch Attack on Falloujah”
www.washingtonpost.com/wp-dyn/articles/A33546-2004Nov8_2.html

Traduction française : Menahem Macina.


FALLOUJAH, 8 novembre - Les forces américaines ont pénétré dans le bastion sunnite de Falloujah, lundi, lançant une offensive urbaine prévue de longue date, dont on s'accorde à dire qu'elle sera la bataille la plus significative et la plus controversée depuis l'invasion de l'Iraq par les Etats-Unis, il y a 19 mois.

Le nom de code de l'offensive est Phantom Fury [Fureur fantôme]. Elle a été déclenchée par des marines américains et des éléments de la 1ère division d'infanterie de l'armée, après des semaines de bombardements aériens américains. Elle a débuté vers 11 heures du matin, après que le Premier ministre par intérim de l'Iraq, Iyad Allaoui, ait annoncé qu'il avait formellement autorisé l'attaque.

« J'ai délégué mon autorité aux forces multinationales et aux forces iraqiennes. Nous sommes déterminés à nettoyer Falloujah de ses terroristes, a déclaré Allaoui, dans la matinée de lundi, à Bagdad. Je suis parvenu à la conviction que je n'ai d'autre choix que de recourir à des mesures extrêmes pour protéger les Iraqiens de ces tueurs et libérer les habitants de Falloujah, de sorte qu'ils puissent retourner dans leurs maisons », a-t-il dit, au cours d'une conférence de presse.

Il a affirmé qu'il décrétait le couvre-feu dans la ville, à partir de 18 h, heure d'Iraq, et la fermeture de l'aéroport international de Bagdad pendant 48 heures.

Falloujah, ville musulmane sunnite d'environ 300.000 habitants, située à l'ouest de Bagdad, est sous le contrôle d'un mélange explosif d'insurgés locaux et de combattants étrangers, depuis avril, époque où une offensive des Marines a été brusquement interrompue sur ordre de la Maison Blanche. Du fait que l'autorité politique a été rendue aux Iraqiens, en juin, le dernier mot en matière d'opérations militaires majeures de la part des Etats-Unis est du ressort du gouvernement d'Allaoui.

Parmi les éléments actifs à Falloujah on trouve le militant d'origine jordanienne Abou Mous‘ab Al-Zarqaoui, dont le groupe a revendiqué la responsabilité des kidnappings, des décapitations, des explosions de voitures piégées, et d'autres attaques-suicide en Iraq, y compris d'explosions à l'intérieur de la zone verte, puissamment fortifiée, de Bagdad, qui ont récemment tué trois civils américains et six Iraqiens.

Les Marines américains ont pilonné la ville durant des semaines, visant ce que les officiels ont appelé des maisons et des lieux de réunion sûrs pour les combattants fidèles à Zarqaoui. Le bombardement est censé avoir causé le départ d'une grande partie de la population que la peur incite à fuir la ville.

La perspective d'une attaque sur Falloujah a fait l'objet d'une intense controverse internationale. Le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a averti la semaine dernière qu'une offensive militaire pourrait compromettre la crédibilité des élections prochaines en Iraq.

Dans des lettres datées du 31 octobre et adressées au Président Bush, au Premier ministre britannique Tony Blair et à Allaoui, Annan affirme que le recours à la force militaire contre les insurgés de la ville contribuerait à aliéner plus encore les musulmans sunnites, qui se sentent déjà mis à l'écart d'un processus politique, orchestré en grande partie par Washington.

« Je souhaite vous faire part de ma préoccupation croissante à l'égard de la perspective d'une escalade de la violence, dont je crains qu'elle ne soit cause d'une extrême confusion dans la transition politique de l'Iraq, a écrit Annan aux trois dirigeants.

« Je m'inquiète également de l'impact négatif que des attaques militaires importantes, dont le poids principal semble devoir être supporté par les forces américaines, sont susceptibles d'avoir sur les perspectives visant à encourager une plus large participation des Iraqiens au processus politique, y compris aux élections. »

Les commentaires et la critique d'Annan ont suscité colère et frustration chez les officiels américains, britanniques et iraqiens.

Les forces américaines et iraqiennes ont pénétré dans l'hôpital général de Falloujah, tard dans la soirée de dimanche, et ont immédiatement commencé à faire l'inventaire des fournitures et de l'équipement médical, a indiqué le Colonel John R. Ballard, commandant du 4ème groupe de Marines en charge des Affaires civiles, basé à Washington, D.C.

« Nous l'avons encerclé pour le protéger, affirme Ballard. Le mot-clé, ici, est de protéger. »

Ballard a indiqué que les militaires avaient tout organisé, depuis des semaines, en vue de sécuriser l'hôpital, en prélude à une bataille potentielle. Il a précisé que les ponts étaient étroitement surveillés afin d'empêcher les insurgés de les utiliser pour attaquer l'hôpital.

« Nous ne voulons pas que des sales types utilisent des ambulances pour attaquer nos troupes et des civils innocents », a dit Ballard.

« Les militaires se sont emparés de l'hôpital sans tirer un seul projectile », a affirmé le lieutenant Lyle Gilbert, porte-parole de la 1ère force expéditionnaire des Marines.

Mais ensuite, des insurgés ont tiré des missiles contre le bâtiment, et quand les Marines qui sécurisent les ponts ont tenté de progresser un peu, les combattants rebelles ont lancé une contre-offensive qui a entraîné un échange de tirs de cinq heures, ont raconté des témoins.

Des membres de l'entourage d'Allaoui, à Bagdad, ont affirmé que 38 insurgés ont été capturés dans cette bataille. Auparavant, Allaoui avait indiqué que ces 38 insurgés avaient été tués, mais ensuite ses collaborateurs, ont dit qu'il s'était mal exprimé.

Rafe Hyad, directeur général de l'hôpital de Falloujah, a affirmé que des soldat l'avaient enfermé dans une chambre après avoir enfoncé les portes.

« Ils m'ont ordonné de ne pas sortir, a-t-il dit. Ils ont fouillé toutes les salles, s'enquérant de la raison pour laquelle chacun des patients était ici. Nous avons beaucoup de femmes enceintes et des enfants prématurés à l'hôpital. »

Des témoins ont dit que des attaques aériennes américaines avaient atteint également l'hôpital des Émirats Arabes Unis, qui a été construit il y a environ trois mois, grâce à un financement de l'ancien président des Émirats Arabes Unis.

Kamal Hadithi, directeur général de l'hôpital de Jamhouriya, qui sert maintenant de relais à l'hôpital de Falloujah, a indiqué que le service a reçu 14 personnes qui avaient été tuées au combat durant la nuit.

Les sources de l'armée de Mohammed, un groupe d'Iraqiens baathistes et de combattants étrangers qui sont sous le commandement des chefs de la ville, affirment que 7 des 14 morts étaient des combattants arabes qui ont été tués dans la zone industrielle de l'est de Falloujah.

Jackie Spinner et Karl Vick *

© Washington Post pour l'original anglais et upjf.org pour la version française



* Le reportage de Karl Vick provient de Bagdad.

Mis en ligne le 08 novembre 2004 sur le site www.upjf.org.