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Christianisme

Islam : vers un changement d'attitude du Vatican ? P. Lurçat
02/11/2003

02/11/03

Il semble faire peu de doute que l'article du Jésuite Giuseppe Rosa, paru récemment dans la Civiltà Cattolica – revue des Pères Jésuites de Rome, qui passe pour refléter l'opinion de la Secrétairerie d'Etat du Vatican -, constitue l'annonce d'un tournant significatif de l'attitude de l'Eglise à l'égard de l'Islam [1], même si l'analyse du P. Rosa vise essentiellement l'Islam intégriste et terroriste. Nous donnons ici la parole sur cet événement à Pierre Lurçat, spécialiste des rapports entre l'Islam et l'Europe [2]. A ma connaissance, son article est le seul, sur le sujet, en langue française [3]. On peut s'interroger sur ce silence assourdissant de la presse française à ce propos. Doit-on en déduire 1) que les journalistes ne lisent pas les revues de presse ; 2) qu'ils ignorent l'italien et l'anglais ; 3) qu'ils ne se servent pas des moteurs de recherche présents sur la 'Toile' ? [4] A moins que – courageux mais pas téméraires -, ils estiment dangereux de rompre le consensus majoritaire, au moins en France, selon lequel l'Islam est une religion de paix et n'a jamais persécuté personne, ni causé du tort aux autres religions, et que braquer les projecteurs sur les mouvements et les partis musulmans intégristes, c'est faire preuve d'"islamophobie", et tenter subrepticement de jeter l'opprobre sur TOUS LES MUSULMANS. Ce qui m'amène à proposer qu'au leitmotiv ironique - fort populaire mais erroné - selon lequel, aux yeux des Juifs, "critiquer Israël, c'est être antisémite", il convient d'opposer cet autre, selon lequel, aux yeux des musulmans et de leurs partisans,"critiquer l'Islam intégriste et terroriste, c'est être islamophobe". Menahem Macina.]



L'article publié le 18 octobre dernier par La Civiltà Cattolica constitue peut-être le premier signe d'un changement drastique dans la politique du Vatican vis-à-vis de l'Islam. Il est, en tout cas, en rupture totale avec l'idée du «dialogue avec l'Islam», dont Jean-Paul II a fait l'un des axes directeurs de sa politique étrangère (on se souvient qu'il fut le premier Pape à se rendre dans une mosquée, lors de son voyage à Damas en 2001). La Civiltà Cattolica, revue éditée par un groupe de Jésuites de Rome, exprime, de manière non officielle, le point de vue du Vatican, et ses articles sont soumis à la Secrétairerie d'Etat du Vatican avant publication. Dans son dernier numéro, la revue publie un long article consacré aux chrétiens dans les pays musulmans, signé par Giuseppe De Rosa [5]. La thèse centrale de cet article est que l'Islam a «tout au long de son histoire, présenté un visage belliqueux et conquérant», et que l'Europe a «vécu sous sa menace constante pendant près de mille ans».

L'article de Giuseppe De Rosa commence par un rappel historique de la situation des communautés chrétiennes dans les pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, avant la conquête musulmane. L'auteur mentionne les personnalités de premier plan de l'Eglise, qui ont vécu dans ces communautés florissantes : Tertullien, Saint Cyprien, évêque de Carthage, Saint Augustin. Après la conquête arabe, ces communautés ont quasiment disparu, sauf en Egypte et au Liban. La disparition de ces communautés est due, selon l'auteur, au «visage guerrier» de l'Islam, qui s'exprime dans le concept du Djihad. «L'obéissance au précepte de la guerre sainte explique pourquoi l'histoire de l'Islam est celle d'une guerre perpétuelle pour conquérir les pays infidèles».

L'auteur rappelle ensuite quelles sont les caractéristiques principales du régime de la «dhimma», imposé aux Chrétiens et aux Juifs vivant en terre d'Islam. Le droit musulman ignore les concepts de nation et de citoyenneté, et ne connaît que la «Oumma», la communauté des croyants musulmans. Il accorde une protection aux «peuples du Livre» (Ahl al-Kitab), en échange du paiement d'un impôt (jizya). La liberté du culte est restreinte, l'Islam interdisant toute manifestation extérieure comme les sonneries des cloches des églises, ou les processions avec la croix [6]. Le «dhimmi», juif ou chrétien, est autorisé à réparer les édifices religieux existants, mais pas à en construire de nouveaux.

Ce statut de dhimmi a conduit à l'extinction inexorable du christianisme en terre d'Islam, l'état d'infériorité civile et religieuse poussant les chrétiens à émigrer ou à se convertir. De Rosa mentionne également les nombreuses divisions des églises et des rites chrétiens, facteur important de leur décadence. Le régime de la dhimma a duré près d'un millénaire, et il existe encore de nos jours, même s'il a subi quelques modifications à l'époque moderne. Mais l'apparition d'un Islam radical, dans la seconde moitié du vingtième siècle, a de nouveau suscité une émigration massive des Chrétiens qui subsistaient encore en terre musulmane.

De Rosa examine ensuite la situation actuelle des minorités chrétiennes dans les pays musulmans. Rappelant les attaques et les assassinats commis en Algérie, au Pakistan, au Nigéria, aux Philippines et en Indonésie, il termine par le pays où la situation est la plus tragique - et oubliée du monde occidental : le Soudan. Dans le contexte de guerre civile entre le Nord musulman et le Sud chrétien et animiste, des villages chrétiens entiers ont été détruits, des jeunes filles enlevées, violées et vendues comme esclaves. Deux millions de personnes auraient été tuées, dans cette guerre passée sous silence. L'auteur conclut son article par le cas de l'Arabie saoudite, où tout culte non musulman est interdit et où des peines sévères sont infligées à toute personne affichant un signe quelconque de la foi chrétienne. Ce qui n'empêche pas ce pays de dépenser des milliards de pétrodollars, «non pas au profit de ses citoyens pauvres ou d'autres Musulmans dans le besoin, mais pour construire des mosquées et des écoles coraniques, en Europe, et pour financer les imams des mosquées de tous les pays occidentaux». C'est ainsi que la plus grande mosquée d'Europe a été récemment construite à Rome et financée par l'Arabie saoudite.

L'article de Giuseppe De Rosa est un véritable réquisitoire contre l'attitude intolérante et belliqueuse de l'Islam, au cours des siècles et aujourd'hui. Il constitue peut-être les prémices d'un changement d'attitude de la part du Vatican, et le signe d'un esprit de résistance face à la volonté de conquête, manifestée actuellement par l'Islam radical en Europe.

Le Djihad mondial n'est pas seulement une guerre menée avec des armes. Il est aussi - et peut-être avant tout - une bataille d'idées, une guerre de propagande et un affrontement idéologique. Dans cette bataille-là, le Vatican représente certainement une force à prendre en considération.

Pierre Lurçat
Centre de Recherche sur l'Islam en Europe - Jérusalem


© upjf.org et Pierre Lurçat


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Remarques de la Rédaction d'upjf.org


[1] Nous en avons mis en ligne la version anglaise, sous le titre "Islam-Eglise: La Civiltà Cattolica Breaks the Ceasefire".

[2]Pierre Lurçat est à la tête d'un projet visant à fonder, à Jérusalem, un Centre de Recherche sur l'Islam en Europe.

[3] A l'exception, toutefois, d'une brève revue de presse mise en ligne sur le site de Proche-Orient.info (POI), sous le titre sensationnaliste et tendacieux (outre qu'il est inexact!) "Le Vatican se déchaîne contre l'islam". Il s'agit de la traduction littérale et partielle de l'introduction à l'article du P. Giuseppe Rosa, rédigée par la Revue électronique "L'Espresso", sous le titre, lui aussi sensationnaliste "Le Vatican rompt la trève", alors que le titre donné par le P. Rosa à son article est "Les Chrétiens dans les pays islamiques". On peut regretter que POI n'ai pas cru utile de mettre cet article en situation par rapport à la focalisation actuelle de la presse sur ce que l'on peut bien appeler "la question musulmane", tant elle divise, et souvent inquiète l'opinion publique. (www.proche-orient.info/xjournal_pol_der_heure.php3?id_article=17760).

[4] Une simple recherche, sur les termes "Civilta Cattolica, Giuseppe, Rosa, Islam", dans le moteur de recherche Google donne plus d'une dizaine de liens utiles, dont deux, au moins, m'ont permis de rédiger ces remarques.

[5] Signalons que le P. G. Rosa n'en est pas à son coup d'essai, en matière de critique de l'Islam intégriste. En effet, dans son article intitulé "Il terrorismo suicida nella Palestina di oggi" [Le terrorisme-suicide dans la Palestine d'aujourd'hui], (La Civiltà Cattolica, 3668, 19 avril 2003, pp. 134-141), il resitue le phénomène dans le cadre des mouvances extrémistes de l'Islam – Frères Musulmans, Hamas, etc. On peut lire le texte de cet article (en italien), sur le site du CESNUR (Center for Studies on New Religions): www.cesnur.org/2003/hamas_12.htm. Rosa est également l'auteur d'un article intitulé "Sul matrimonio tra Musulmani e Cristiani" [A propos du mariage entre musulmans et chrétiens], publié dans La Civiltà Cattolica, n. 3595, 2000, pp. 43-5.

[6] La plus frappante illustration de cette intolérance religieuse wahhabite est la nécessité où se sont trouvés (et se trouvent encore) les militaires américains, chrétiens pratiquants, stationnés en Arabie Saoudite, dans le cadre des opérations militaires contre l'Iraq, de célébrer leurs fêtes religieuses (et spécialement Noël) à l'abri de leurs tentes, "afin de ne pas heurter la sensibilité des Musulmans".


Mis en ligne le 02 novembre 2003 sur le site www.upjf.org