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Islam

Interview de Ibn Warraq
25/03/2002

Vous dénoncez le fascisme religieux de l'islam, sa nature totalitaire: cela fait-il de vous aujourd'hui un homme à abattre?

Pour le fondamentaliste islamique, nul n'a le droit de changer de religion. Un apostat doit être tué. Cela explique les précautions que je dois prendre au quotidien, et les difficultés que j'ai eues à faire publier mes travaux. Si très vite j'ai pu intéresser un éditeur pour le marché anglo-saxon, une quarantaine de maisons en France ont, d'emblée, refusé mon livre. Certaines ont quand même eu le courage de me dire qu'ils redoutaient une nouvelle affaire Rushdie.

L'amorce de votre réflexion réside dans la distinction de trois islams...

L'islam 1, qui est l'enseignement du prophète: le Coran. L'islam 2, à savoir son interprétation par les théologiens à travers les traditions, qui comprend la charia et la loi coranique. Et l'Islam 3, qui est ce que les musulmans réalisent, c'est-à-dire la civilisation islamique. Je démontre que la philosophie, les sciences, la littérature et l'art islamiques n'auraient jamais atteint leurs sommets s'ils avaient uniquement reposé sur l'islam 1 et 2.

Votre livre évoque le destin tragique des intellectuels massacrés à travers les âges au nom d'Allah. Il est d'ailleurs dédié à la mémoire du Pr Hitoshi Igarashi, poignardé en 1991 pour avoir traduit en japonais les "Versets sataniques", de Salman Rushdie...

Il est rare pour un humaniste laïc comme moi de pouvoir défendre ouvertement son point de vue sur un enjeu crucial. Au moment de l'affaire Rushdie, je n'ai eu aucun mérite à le faire: ça m'a submergé. C'était mon propre effort de guerre.

Avec une thèse coup de poing: "Le problème n'est pas simplement l'intégrisme musulman, mais l'islam lui-même..."

Je n'en peux plus de ce mythe occidental qui distingue le barbarisme et le terrorisme de prétendus intégristes musulmans, et un soi disant islam vrai et, lui, pacifique, qui respecterait les droits de l'homme, les femmes, les non-musulmans. Cette analyse est juste bonne à soigner la conscience post-coloniale des Occidentaux. Parce que, de fait, le vrai musulman se doit de conquérir le monde et de traquer les infidèles, les juifs, les chrétiens. De considérer la femme comme un être inférieur. Tout cela figure dans les textes fondateurs. Ne vous trompez pas: il existe des musulmans modérés, mais l'islam n'est pas une religion modérée. Ainsi les musulmans qui osent émettre des critiques sont habituellement accusés d'hérésie puis décapités, crucifiés ou brûlés. Le prophète lui-même s'abaisse à l'assassinat politique, à l'élimination systématique de tout opposant.

Pourquoi les musulmans ne parviennent-ils pas à s'affranchir d'une lecture littérale du Coran, alors que les chrétiens ont admis depuis longtemps l'exégèse critique et scientifique de la Bible?

Tous les musulmans, et pas seulement un petit groupe d'intégristes, croient fermement que le Coran est réellement la parole de Dieu! Et leur clergé a torturé, exterminé tous les penseurs qui ont tenté de réformer ce message. Il n'y a hélas pas eu de Luther dans l'islam, et la pression sociale et politique exercée sur les musulmans modérés les a empêchés d'imaginer, d'oser une sorte de Vatican II où l'on aurait humanisé, modernisé cette religion en tenant compte du droit à l'éducation, de l'égalité entre hommes et femmes, du droit de tous les peuples à vivre leur foi en paix.

Islam et démocratie: le mariage est-il seulement possible?

Non, parce que la loi islamique entend régenter tous les aspects de la vie d'un individu. Ce dernier n'est pas libre de penser ou de décider par lui-même. Regardez le sort tragique des femmes en Afghanistan sous le régime taliban! Regardez le sort des minorités religieuses dans ce pays, contraintes d'arborer des signes distinctifs, comme les juifs au temps des nazis. La vérité, c'est qu'aussi longtemps qu'il s'en tiendra à la charia, et qu'il n'y aura pas de séparation entre Eglise et Etat, l'islam ne parviendra ni à la démocratie ni aux droits de l'homme. Mais ils n'en veulent pas, car une religion réformée remettrait en cause l'autorité divine sur laquelle les institutions islamiques asseyent leur pouvoir.

Vous ne craignez pas que votre travail soit récupéré en Occident par les fascistes et racistes de tous poils?

Le risque existe. Toutefois, la bataille finale ne sera pas entre islam et Occident, mais bien entre ceux qui attachent du prix à la liberté et ceux qui n'en attachent aucune.

(Reproduction interdite.)

"Pourquoi je ne suis pas musulman", d'Ibn Warraq, est paru en français dans la collection "Mobiles théopolitiques", aux Editions L'Âge d'Homme.