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Islam

La nature totalitaire de l'Islam, Ibn Warraq
25/03/2002

Le bolchevisme combine les caractéristiques de la révolution française avec celles de l'essor de l'islam. Marx a enseigné que le communisme était fatalement prédestiné à prendre le pouvoir ; cela engendre un état d'esprit peu différent de celui des premiers successeurs de Muhammad.

Parmi les religions, le bolchevisme doit être comparé à l'islam plutôt qu'au christianisme ou au bouddhisme. Le christianisme et le bouddhisme sont avant tout des religions personnelles, avec des doctrines mystiques et un amour de la contemplation. L'islam et le bolchevisme ont une finalité pratique, sociale, matérielle dont le seul but est d'étendre leur domination sur le monde.

Russell


Charles Watson fut probablement le premier à accuser l'islam de totalitarisme et il eut à coeur de démontrer comment «par un million de ramifications, pénétrant chaque aspect de la vie, toutes avec une signification religieuse, il maintient son emprise sur les musulmans.» Bousquet, une des plus grandes autorités en matière de loi islamique, juge que l'islam est totalitaire sous deux aspects : la loi islamique et la notion de jihad qui n'ont d'autre objet que de conquérir le monde pour le soumettre à sa seule autorité.

De toute évidence, la charià veut «contrôler dans leurs moindres détails les activités politiques et sociales des individus, sans aucune restriction, la vie des fidèles, et s'assurer que les autres religions ne puissent pas gêner l'islam.» L'omniprésence de la loi islamique est perceptible dans l'absence de distinction entre le rituel, la loi (telle que l'Occident la conçoit), l'éthique et les bonnes manières. En principe, cette législation contrôle toute la vie du croyant et de la communauté. Elle s'immisce partout, traite des taxes de pèlerinage aux soins à donner aux animaux, en passant par les contrats agricoles, la nourriture et l'hébergement des esclaves, les invitations pour les noces, l'interdiction faite aux hommes de porter des anneaux d'or ou d'argent, l'usage du cure-dents ou encore la manière dont les besoins naturels doivent être satisfaits.

La loi islamique est une doctrine de devoirs, de devoirs extérieurs, c'est-à-dire, de devoirs qui, «institués par Dieu, sont contrôlés par une autorité humaine. Sans exception, ces devoirs sont fondés sur l'impénétrable volonté de Dieu et ne s'exercent qu'à son profit. Toutes les obligations que l'on peut imaginer y sont traitées, toutes les obligations imposées aux hommes dans n'importe quelle circonstance et en rapport avec n'importe quelle tierce personne.»

Pas de séparation de l'Eglise et de l'Etat

Jésus-Christ lui-même énonça un principe fondamental de la pensée chrétienne : «Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.» Ces deux autorités, Dieu et César, s'occupent de questions différentes, régissent des royaumes différents, chacun ayant ses propres lois et ses propres institutions. Pareille séparation de l'Eglise et de l'Etat n'existe pas dans l'islam, même si l'arabe possède différents mots qui permettent de faire la distinction entre laïc et ecclésiastique, entre sacré et profane, entre spirituel et temporel. Muhammad n'était pas seulement un prophète mais aussi un homme d'Etat. Il avait fondé une communauté religieuse et une nation politique. C'était un chef militaire qui faisait la guerre ou la paix, un législateur qui rendait la justice. Des victoires spectaculaires prouvèrent aux premiers musulmans que Dieu était de leur côté. Ainsi, dès le début, il ne pouvait être question de différencier entre l'histoire sacrée et l'histoire séculière, le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, à la différence du christianisme qui dû subir trois siècles de persécutions avant d'être adopté par César.

La loi Islamique

La charià ou loi islamique est basée sur quatre principes ou racines (usul en arabe) : le Coran, les Haddits de la sunna, l'ijmà (les consensus de la communauté orthodoxe) et le qiyas (méthode de raisonnement par analogie.)

Le Coran

Le Coran est, pour les Musulmans, la parole même de Dieu. Bien qu'il contienne des règles destinées à la première communauté sur des questions comme le mariage, le divorce ou l'héritage, il ne formule aucun principe général. De nombreuses questions sont traitées de manière superficielle, et un nombre encore plus grand de questions vitales ne sont même pas abordées.


La Sunna

La Sunna désigne les coutumes ou la manière de vivre des musulmans, selon l'exemple des actes et des paroles du Prophète, ou encore ce qui fut fait ou dit en sa présence, et ce qu'il n'a pas interdit. La Sunna fut enregistrée dans les « Haddits », mais celles-ci sont en grande partie des faux. Quoi qu'il en soit, pour les musulmans, la Sunna complète le Coran et elle est indispensable à sa compréhension, pour clarifier ses imprécisions ou pour combler ses silences. Sans la Sunna, les musulmans n'auraient plus aucun repère pour régler les menus problèmes de leur vie quotidienne. Le Coran et la Sunna sont l'expression des commandements divins, la volonté irrévocable et impénétrable d'Allah, à laquelle on doit obéir aveuglément, sans hésitation, sans question ni réserve.

Etant donné leur imprécision intrinsèque, nous avons toujours besoin d'interpréter la Sunna et le Coran et c'est la fonction de la charià (fiqh). Les docteurs de la loi s'appelaient les faqihs. Ils fondèrent plusieurs écoles d'interprétation, dont quatre survivent encore aujourd'hui et se partagent la population des musulmans orthodoxes sunnites. Assez curieusement, les interprétations divergentes de ces quatre écoles sont reconnues à égalité valables.

1 - Malik ibn Abbas (mort en 795) fonda l'école malikite de Médine, où, dit-on, il aurait connu un des derniers compagnons vivants du Prophète. Sa doctrine, contenue dans le livre appelé Muwatta, a été adoptée par la plupart des musulmans d'Afrique, à l'exception de la Basse-Egypte, de Zanzibar et de l'Afrique du Sud.

2 - Abu Hanifa, né à Kufa vers 696 et mort à Bagdad en 767 est le fondateur de l'école hanifique qui privilégie la raison et la logique. Cette école est en faveur aux Indes, en Turquie et chez les Afghans.

3 - Al Chafi'i (mort en 820) est un modéré qui s'appuie presque exclusivement sur les « Traditions » du Prophète, telles qu'elles existent dans les Hadiths. Il enseigna à Bagdad puis en Egypte. Ses préceptes sont en vigueur en Indonésie, en Malaisie, au Yémen et dans les régions de la Basse Egypte.

4 - Ahmad ibn Hanbal (mort en 855) est né à Bagdad. Il suivit les cours d'Al-Chafi'i, qui lui enseigna également les «traditions». Il fut persécuté sous le califat abbasside d'al-Mamun pour être resté fidèle au dogme orthodoxe du Coran incréé. En théorie, la secte fondamentaliste des Wahhabites d'Arabie Saoudite applique sa doctrine.

Lorsque l'on reprocha aux diverses écoles d'avoir introduit des innovations sans les justifier, d'avoir adapté la loi religieuse aux intérêts matériels, d'avoir toléré des abus, les docteurs de la loi développèrent la doctrine de l'infaillibilité du consensus (ijmà) qui est le troisième fondement de la loi islamique.

Ijmà

Les paroles attribuées au Prophète, «Ma communauté ne s'accordera jamais sur une erreur.» devaient faire des docteurs reconnus par l'ensemble de la communauté, une Eglise infaillible. Comme le dit Hurgronje : «C'est l'équivalent musulman de la doctrine catholique de la tradition ecclésiastique : quod semper, quod ubique, quod ab omnibus creditum est - ce qui est accepté partout, par tous et pour toujours». La doctrine du consensus n'a rien de démocratique : c'est le consensus d'une intelligentsia ; le peuple en est exclu.

Cependant le choix de l'ijmà était source de différents : certains n'acceptaient que l'ijmà des compagnons du Prophète tandis que d'autres n'acceptaient que celui des descendants du prophète.

La doctrine du consensus, loin d'accorder un semblant de liberté de pensée comme on aurait pu s'y attendre, travailla «en faveur d'un durcissement progressif de la doctrine et, un peu plus tard, la doctrine qui niait la possibilité d'un raisonnement indépendant entérina un état de fait qui perdurait.»

La loi islamique fut définitivement fixée au début du neuvième siècle parce que, pour citer Schacht :

« On était arrivé à un point où les docteurs pensaient que toutes les questions essentielles avaient été suffisamment débattues. Petit à petit un consensus avait vu le jour. Désormais, personne ne pourrait avoir les qualifications nécessaires pour mener une réflexion indépendante en matière de loi et toute activité future devrait être limitée à l'explication, l'application et, au pire, à l'interprétation de la doctrine, telle qu'elle avait été fixée une fois pour toute. »

Cette censure imposée à toute réflexion indépendante, signifiait en pratique la soumission inconditionnelle aux doctrines professées par l'autorité et les écoles officiellement reconnues. La loi islamique avait jusque là fait preuve de souplesse et de dynamisme, mais désormais elle devint de plus en plus rigide et prisonnière de son moule finale. L'ossification de la loi islamique explique sa stabilité au cours des siècles, alors même que les institutions politiques de l'islam déclinaient. Tout n'était pas entièrement immuable, mais les changements qui s'opéraient concernaient plus la théorie légale et la superstructure systématique que la loi positive. Pris dans son ensemble, la loi islamique reflète et s'accorde aux conditions socio-économiques de la première période abbasside, mais elle fut de moins en moins adaptée au développements ultérieurs de la société et de l'Etat.

Kiyas

Le Kiyas, ou raisonnement par analogie, est considéré par beaucoup de docteurs comme étant subordonné aux trois fondements de la loi islamique et a, par conséquent, moins d'importance. Son ajout pourrait bien avoir été un compromis entre une liberté d'opinion sans contrainte et le rejet de toute réflexion humaine dans la loi religieuse.

La nature de la loi islamique

1 - Tous les rapports humains et les actions sont jugés et classés dans les catégories suivantes : obligatoire, recommandé, neutre, répréhensible, prohibé. La loi islamique est un système d'obligations religieuses mélangées à des éléments qui n'appartiennent pas au domaine juridique.

2 - L'aspect irrationnel de la loi islamique provient de ses deux sources officielles, le Coran et la sunnah qui tous deux sont l'expression des commandements divins. Il s'ensuit que ces règles s'imposent non pas par le bon sens ou la logique mais simplement par ce qu'elles existent. Puisque l'origine surnaturelle de la charià et la logique divine sont impénétrables, la loi islamique appelle à l'observance de la lettre plutôt que de l'esprit. Tout au long de l'histoire, ce fait a favorisé le développement d'une rhétorique juridique qui fait largement appel à la fiction. Par exemple, le Coran prohibe formellement l'usure, ce qui fait dire à Schach:

« Cette prohibition religieuse était suffisamment forte pour que le peuple ne souhaitât pas la transgresser ouvertement, mais en même temps les prêts usuraires étaient vitaux pour le commerce. Pour satisfaire ce besoin tout en observant la lettre de la prohibition religieuse, on inventa un certain nombre de stratagèmes. L'un deux consistait à garantir la dette par un bien immobilier tout en autorisant le créditeur à l'occuper en guise d'intérêt pour le principal. Une double vente représentait un autre moyen : par exemple le débiteur vend une esclave au créditeur et la rachète immédiatement à un prix plus élevé, payable à une date ultérieure. La différence entre les deux prix représente l'intérêt. »

Comment pouvons nous qualifier de telles pratiques ? D'élucubrations juridiques ? Nous serions encore trop indulgents. Manque de scrupule ? Hypocrisie morale ? Ou tout simplement malhonnêteté ?

3 - « Bien que la loi islamique soit une loi religieuse, elle n'est aucunement irrationnelle. Elle n'est pas le résultat d'un processus ininterrompu de révélations divines, mais celui d'une méthode d'interprétation. De là proviennent ses aspects intellectualistes et dogmatiques. Mais, alors que la loi islamique se considère comme un système rationnel basé sur des considérations matérielles, son cadre légal est peu développé. Elle cherche à donner une norme matérielle concrète et non pas à imposer des règles formelles pour arbitrer des intérêts opposés [ce qui est le but des lois séculaires]. Ceci fait que la bonne foi, l'équité, la justice, la vérité ne jouent qu'un rôle subalterne dans ce système. »

4 - A la différence du droit romain, la loi islamique introduit des considérations juridiques dans un problème donné au moyen d'analogies, par association ou parataxe. A cette façon de procéder s'ajoute un raisonnement de casuiste, qui est un des aspects saillants de la loi coranique traditionnelle. «La loi islamique ne s'attache pas autant à dégager les éléments juridiques importants de chaque cas et de les rattacher à des règles générales que d'établir une échelle de valeur.» Par exemple, dans le domaine des successions, on trouve le cas d'un individu qui laisse comme seul héritier son trente deuxième arrière grand-père ; les droits de succession des hermaphrodites (car les deux sexes n'ont pas les mêmes droits), la succession d'un individu qui a été changé en animal, et en particulier, la succession de ce même individu lorsqu'il n'a été qu'à moitié transformé, que ce soit dans le sens de la hauteur ou de la largeur. C'est ainsi qu'un pédantisme destructeur de l'âme, qu'un esprit de casuiste a triomphé.

« La tâche d'interpréter la parole de Dieu et de réglementer la vie courante conformément à ses décrets, se perdit dans d'absurdes sophismes et d'effrayants ergotages exégétiques. On spéculait, on pinaillait avec la dernière mauvaise foi et les plus téméraires envolées imaginatives, sur des éventualités qui ne se produiraient jamais. Les gens discutaient de problèmes juridiques tirés par les cheveux, de cas théoriques bien éloignés du monde réel. Les superstitions fournissaient aussi aux juristes l'occasion de satisfaire leur marotte. Puisque les démons prennent fréquemment l'apparence humaine, les juristes évaluent les conséquences de telles transformations : ils débattront avec force arguments et contre-arguments pour savoir si ces êtres maléfiques peuvent être comptés pour atteindre le quorum de participants nécessaires au service du vendredi. Un autre cas problématique que la loi divine doit traiter est celui de la descendance d'une union entre un être humain et un démon déguisé en homme... Quelles sont les conséquences d'un tel mariage dans les lois familiales ? Bien entendu le problème des mariages avec les djinns est traité dans les cercles des docteurs de la loi avec le même sérieux que n'importe quel autre point important de la loi religieuse. »

5 - Dans ce que nous pourrions appeler le droit pénal, la loi islamique fait la distinction entre les droits de Dieu et les droits de l'homme.

« Seuls les droits de Dieu ont un caractère pénal, c'est-à-dire d'une loi qui inflige des sanctions pénales au coupable. Même ici, au coeur de la loi pénale, l'idée d'une réparation pour un préjudice infligé à Dieu prédomine, exactement comme s'il s'agissait d'un préjudice causé à un plaignant humain. La partie proprement pénale de la loi coranique est exclusivement dérivée du Coran et des traditions (hadiths). La seconde partie de la loi pénale traite de la réparation des torts, une catégorie à cheval entre le code civil et le code pénal que la loi coranique a conservé des lois de l'Arabie pré-islamique. Quelle que soit la responsabilité encourue, les représailles, le prix du sang, le préjudice, sont l'objet d'une plainte à titre privé, regardant les droits des hommes. Dans ce domaine, l'idée de culpabilité criminelle est pratiquement inexistante et quand elle existe c'est uniquement dans un esprit de responsabilité religieuse. Aussi n'existe-t-il aucune pénalité contre les infractions aux droits d'un individu, à la violation de sa personne ou de ses biens, mais seulement la réparation exacte du dommage causé. Ceci conduit soit à des vendettas lorsqu'il y a eu meurtre ou agression, soit à l'absence de pénalité dans les autres cas. »

En résumé, la charia est un ensemble de lois théoriques qui s'appliquent à une communauté musulmane idéale, qui s'est entièrement soumise à la volonté de Dieu. Elle est fondée sur l'autorité divine, qui doit être acceptée sans critique. La loi coranique n'est donc pas le fruit de l'intelligence humaine et en aucun cas elle ne reflète l'évolution constante des réalités sociales (comme le font toutes les lois occidentales). Elle est immuable, et le fiqh constitue l'interprétation infaillible et définitive des textes sacrés. Elle est infaillible parce que la caste des docteurs de la loi a reçu le pouvoir de déduire du Coran et des traditions des solutions incontestables ; et définitive parce qu'après trois siècles, toutes les solutions avaient été données. Alors que les lois occidentales sont humaines et évolutives, la charria est divine et immuable. Elle dépend de la volonté impénétrable d'Allah, qui ne peut être appréhendée par l'intelligence humaine, elle doit être acceptée sans suspicion ni doute. Le travail des docteurs de la loi n'est qu'une simple application des paroles de Dieu ou de son Prophète. Ce n'est que dans des limites très étroites, fixées par Dieu lui-même, que l'on peut utiliser une sorte de raisonnement par analogie connu sous le terme de qiyas. Les décisions des docteurs ont force de loi et reposent sur l'infaillibilité de la communauté, une infaillibilité que Dieu lui-même conféra à la communauté par l'entremise de Muhammad. [Bousquet, Hurgronje, Schacht]

Critiques de la loi coranique

1 - Deux des fondements de l'islam sont le Coran et la Sunna qui est enregistrée dans les Hadiths. Nous avons déjà expliqué pourquoi le Coran ne peut pas être d'origine divine (il fut rédigé entre les septième et neuvième siècles et comporte de nombreux emprunts au Pentateuque, au Talmud, aux Evangiles apocryphes, au paganisme arabe pré-islamique et au zoroastrisme.) Il contient des anachronismes, des erreurs scientifiques, des fautes grammaticales, etc. Les doctrines qu'il professe sont incohérentes ou contradictoires et proprement indignes d'un Dieu qui serait miséricordieux. Il ne fournit aucune preuve de l'existence de Dieu. En revanche, il contient des principes moraux louables, même s'ils ne sont pas très originaux : la charité islamique, le respect des parents et ainsi de suite. Malheureusement, les mauvais préceptes sont plus fréquents : intolérance, appel à la violence et au meurtre, inégalité des femmes et des non-musulmans, la pratique de l'esclavage, punitions barbares et mépris pour l'intelligence humaine.

2 - Goldziher, Schacht et d'autres ont montré de façon convaincante que la plupart, et probablement toutes les traditions (hadiths) étaient des affabulations répandues dans les tous premiers siècles de l'hégire. Si ce fait est admis, alors les fondements de la loi coranique sont particulièrement précaires: l'ensemble de la charià n'est qu'une invention grotesque basée sur des mensonges et de pieuses fictions. Et puisque la loi coranique est considérée par beaucoup comme «la quintessence de la pensée islamique, l'aspect le plus représentatif du mode de vie des musulmans, le coeur même de l'islam,» les conséquences des conclusions de Goldziher et de Schacht sont, et c'est le moins qu'on puisse dire, écrasantes.

3.- Le pouvoir des clercs:« Qu'il y ait une volonté divine, une fois pour toutes, sur ce que l'homme doit faire et sur ce qu'il ne peut pas ; que la valeur des gens, d'un individu, soit mesurée sur combien ou combien peu la volonté de Dieu est obéie ; que la volonté de Dieu se manifeste dans le destin d'un peuple ou d'un individu, comme l'élément moralisateur, c'est-à-dire, en punissant ou en récompensant selon le degré d'obéissance [...] Un pas plus loin : la volonté de Dieu (c'est-à-dire, les conditions pour que le pouvoir des prêtres soit conservé) doit être connue : à cette fin la révélation est nécessaire. Pour parler clairement : une falsification littéraire devint nécessaire, une écriture sainte est découverte ; elle est rendue publique dans la plus grande pompe hiératique [...] Avec sévérité et pédanterie, le prêtre énonce une fois pour toutes [...] Ce qu'il veut avoir, ce que la volonté de Dieu est. Maintenant toutes les choses de la vie sont ordonnées de telle sorte que le prêtre est indispensable. »

Les apologistes et les musulmans eux-mêmes ont toujours prétendu qu'il n'y avait pas de clergé dans l'islam. En réalité il existe une sorte de classe de clercs qui, en fin de compte, possède le même genre d'autorité religieuse et sociale que le clergé catholique. C'est à cette classe que je me suis référé tout au long de ce chapitre en l'appelant les docteurs de la loi que l'on connaît aussi sous le nom d'Oulémas. Etant donnée l'importance que l'on attache au Coran et à la Sunna (et aux Hadiths), il fallait impérativement une classe de professionnels suffisamment compétents pour interpréter les textes sacrés. Comme leur autorité grandissait au sein de la communauté, ils acquirent de plus en plus de pouvoir et prétendirent exercer seuls un contrôle sur tous les sujets relatifs à la foi et à la loi. La doctrine de l'ijmà leur permit de consolider leur pouvoir absolu. «Une fois que l'ijma fut unanimement reconnue comme étant une doctrine et la source de la loi, il fut possible de mettre en application une protection légale contre l'hérésie. Toute interrogation sur la teneur d'un texte, qui remettait en doute la validité de la solution déjà donnée et acceptée par consensus, devenait une bid'ah, une innovation, c'est à dire une hérésie.» La mainmise des ulémas explique pourquoi il y eut si peu de progrès intellectuel dans les sociétés musulmanes, pourquoi la pensée critique ne s'est pas développée. Tout au long de l'histoire de l'islam, mais plus particulièrement au cours de ces dernières années, les ulémas ont activement gêné toute tentative pour introduire des notions de droits de l'homme, de liberté, d'individualisme et de démocratie libérale. Par exemple, les ulémas ont violemment réagi contre l'idée de liberté introduite dans la constitution iranienne de 1906-1907 qu'ils considéraient comme non islamique. Récemment, les ulémas ont activement participé au processus d'islamisation de l'Iran, du Soudan et du Pakistan. Dans tous ces pays, l'islamisation s'est effectivement traduite par la restriction ou la suppression des droits de l'homme, sur la base de critères islamiques.

(Reproduction interdite.)

Extrait de : "Pourquoi je ne suis pas musulman"
Ibn Warraq, L'Age d'Homme, 1999