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Menahem Macina

N. Sarkozy: prestation exemplaire d'un 'Juste des nations', M. Macina
21/11/2003

20/11/03

Cet éditorial a atteint un taux élevé de lecteurs (plus de 1200 en moins de 48 heures), toutefois, il a suscité assez peu de réactions. On en lira une, néanmoins, à la suite du texte ci-dessous. (M. Macina, 24 nov. 2003)



Comme vous y allez ! me dira-t-on sans doute. Utiliser, pour louer le ministre de l'Intérieur français, une expression réservée à ceux et celles qui prirent des risques considérables pour sauver des Juifs durant la Shoah, est-ce raisonnable ? Est-ce même acceptable ?

Eh bien, je persiste et signe. J'estime, en effet, que, dans sa prestation exemplaire, hier soir, au cours de l'émission "100 minutes pour convaincre", sur France 2 (1), Nicolas Sarkozy, s'est profilé non seulement comme un politicien d'une stature exceptionnelle, un homme intègre, droit et profondément sincère – qualités rarissimes, voire inédites, dans le monde politique -, mais comme un adversaire intrépide de l'antisémitisme.

Il convient de remarquer que cette dimension de son action n'était ni conventionnelle, ni accidentelle : elle revenait trop, au fil de l'émission, pour qu'on puisse la considérer telle. A titre d'illustration, je voudrais m'attarder un instant sur la passe d'armes mémorable - et qui, à mon avis, fera date – entre l'idéaliste Sarkozy et le tacticien islamiste sophistiqué, Tariq Ramadan. Il faudrait retranscrire l'intégralité de l'échange (2) entre les deux adversaires pour comprendre ce qui s'est passé là de décisif et de capital, au point qu'il y aura, je crois, un AVANT ces "100 minutes pour convaincre"… convaincantes de Nicolas Sarkozy - où un intellectuel arabe extérieurement européanisé, raffiné, insaisissable comme une anguille, pouvait tenir, sans coup férir, un discours subtil, voire retors, et, avec toutes les ressources d'une sophistique occidentale parfaitement maîtrisée et perfidement retournée contre ceux qui la lui ont inculquée, éviter de confesser publiquement son antisémitisme -, et un APRES cette émission mémorable, où Tariq Ramadan a finalement été démasqué, devant des millions de téléspectateurs.

Je dis "démasqué", mais N. Sarkozy a employé un terme beaucoup plus prégnant. Interrogé, en fin de parcours, sur ses empoignades oratoires avec le Pen et Ramadan, par un Alain Duhamel - redoutable et incisif, comme à son habitude - qui s'enquérait de savoir lequel des deux avait donné le plus de fil à retordre au Ministre de l'Intérieur, sa réponse avait jailli, franche et nette, presque naïve - comme la plupart des réactions de N. Sarkozy, au cours de cette émission – (je cite de mémoire) : "Avec Le Pen, c'est physique, mais avec Tariq Ramadan, ce n'est pas facile de le débusquer".

Pourtant, N. Sarkozy y est parvenu, il a bien "débusqué" l'anguille, malgré ses contorsions et ses tentatives de fuir la nasse de vérité dans laquelle l'avait enfermé le redoutable idéaliste qu'est ce fervent Catholique, entré en politique, comme on entre dans les 'ordres', et qui entendait bien, en la circonstance, contraindre l'insaisissable dialecticien islamiste à condamner publiquement l'antisémitisme. Ayant brillamment réussi sur ce point difficile, l'impitoyable Sarkozy voulut aller plus loin et somma l'intellectuel piégé, d'adresser, par le truchement de la télévision, un appel à tous les Musulmans d'avoir à répudier le port du voile… Et là, comme il fallait s'y attendre : échec. Nullement découragé, Sarkozy lança alors, sans que l'infortuné Ramadan puisse s'y attendre, l'ultime attaque : "Êtes-vous prêt à présenter des excuses publiques pour votre article ?" (il s'agit de "Critique des (nouveaux) intellectuels communautaires".) A nouveau, atermoiements et dérobades de l'intéressé. Et Sarkozy, après avoir planté maintes banderilles dans la peau du taureau voué à la mort (qu'on me pardonne ce changement de métaphore), de l'achever avec l'épée impitoyable de l'argument suivant – auquel trop peu de nos intellectuels juifs recourent, ou si rarement - (je cite à nouveau de mémoire):

"Vous savez, la création de l'Etat d'Israël remonte à 1948, mais l'antisémitisme existait bien avant lui. Ce n'est donc pas le conflit israélo-palestinien qui est la cause de l'antisémitisme actuel."

Quand je disais que N. Sarkozy méritait le titre de "Juste des nations", c'est à ce courage-là que je faisais allusion.

Soyons clairs. Aujourd'hui le 'fonds de commerce électoral' – j'allais écrire "le vivier électoral" - des hommes politiques est, sans conteste, la population d'origine immigrée. Or, l'exécution médiatique, par Nicolas Sarkozy, de l'une des figures de proue de la Oumah musulmane (et peu importe ici, si Tariq Ramadan est de nationalité suisse), sans parler de la véritable déclaration de guerre aux "bandes maffieuses" des banlieues – dont on sait qu'elles sont majoritairement composées d'originaires de l'immigration – lui coûtera sans aucun doute cet immense électorat.

On ne peut, en effet, taxer d'électoraliste ni de démagogique cette posture du Ministre de l'Intérieur, quand on sait que, même si tous les Juifs en âge de voter mettaient dans l'urne un bulletin en sa faveur (et peu importe ici de quel type d'élection il sera éventuellement question), le poids quantitatif du vote juif est relativement négligeable si on le compare à celui que d'aucuns appellent "le vote maghrébin", ou "le vote communautaire musulman".

Ces considérations m'amènent donc à affirmer, sans grand risque d'erreur, que ce à quoi nous avons assisté, au cours de l'émission "100 minutes pour convaincre", n'a pas été - au moins en ce qui concerne la défense du peuple juif en général et l'opposition à la criminalisation perverse de l'Etat d'Israël en particulier -, une prestation politique, au sens habituel de l'expression, mais un véritable témoignage de foi.

En cela, et a fortiori dans les circonstances actuelles, où l'on vilipende ou accable de sarcasmes quiconque – Juif ou non - plaide pour le droit du peuple israélien à l'autodéfense, et s'oppose, avec fermeté, à la diffamation quasi universelle de ce peuple, j'estime que Nicolas Sarkozy s'est profilé comme un homme et un croyant soucieux de justice, en général, et tout particulièrement d'équité envers Israël – qualités qui font si cruellement défaut, dans le monde d'aujourd'hui.

A mon avis, il mérite donc amplement d'être mis au nombre des "Justes des nations", pour avoir pris courageusement la défense du peuple le plus décrié de la terre, qui ne peut compter que sur un nombre infime de défenseurs non-Juifs, lucides et intrépides, de cette trempe - celle d'un Chrétien qui fait honneur à sa foi, et d'un Ministre qui fait honneur à la République.

Menahem Macina

© upjf.org


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(1) Le magazine d'information mensuel de France 2 présenté par Olivier Mazerolle, avec la participation d'Alain Duhamel
rédacteur en chef: Pierre Géraud
préparé par: Farida Setiti
assistés de: Franck Bardou
réalisateur: Jean-Jacques Amsellem
Pour écrire aux responsables de l'émission : 100minutes@france2.fr

(2) En attendant, on lira avec intérêt le récit des "Moments forts de l'émission", mis en ligne sur le site de France 2 : www.france2.fr/semiStatic/61-NIL-NIL-278506.html

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Mis en ligne le 20 novembre 2003 sur le site www.upjf.org ----- Original Message -----
From: Serge ATTALI
To: macina (dernier)
Sent: Friday, November 21, 2003 8:50 PM
Subject: France 2 Sarkozy

Je vous fait part de ce que j' ai dit dans un forum, concernant la question de Duhamel.

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Il faut le reconnaître, Sarkozy a été bon avec tous ses contradicteurs, même les journalistes.

Il a démonté Aguitton (Attac), Colomb (le maire de Lyon), Le Pen et même Ramadan - qui s' est trouvé piégé et accusé de double discours (Il n' a pas répondu à la question êtes-vous contre le port du voile islamique à l' école?).

Sarkozy s' est même vanté d'avoir débusqué Ramadan.
Mais, mais, le journaliste Duhamel à débusquer Sarkozy avec la question: "Pouvez vous nous dire si le CFCM (Conseil Français des Communautés Musulmanes) a condamné fermement et publiquement, auprès des musulmans, l'antisémitisme en France?", il a répondu avec conviction : OUI !

On est donc très heureux de le savoir, car on peut imaginer ce qu'aurait pu être le déchainement de l'antijudaisme des Arabo-musulmans de France depuis 3 ans, si le CFCM n'avait pas condamné l'antisémitisme.


Mis en ligne le 24 novembre 2003 sur le site www.upjf.org