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Droits humains, racisme, antisémitisme, etc.
Antisémitisme

L'antisémitisme "une tarte à la crème", G. Durand, dans 'Campus'
06/12/2003

Titre de l'émission "Foulard et enseignement".

Compte-rendu de l'émission, par Jane B.



Guillaume Durand présente ses invités et termine par : "[…] et nos amis, évidemment Tariq Ramadan et Claude Allegre".

Tariq Ramadan, ami incontournable?

Guillaume Durand dira, un peu plus tard : "l'importation du conflit du Proche Orient, l'antisémitisme, c'est une tarte à la crème de le dire"

Drôle d'expression sur une chaîne qui a tant fait pour l'incitation à la haine antijuive.
Il dira aussi, en s'adressant à Tariq Ramadan: "répondez à mes questions […] je n'ai pas une mentalité de flic…"

C'est quoi, au juste, une mentalité de flic par rapport à une mentalité de journaliste qui a fait de la publicité à un livre, criblé de mensonges et de haine, comme celui de Kénizé Mourad?

Le souci, qu'a G. Durand, de ménager sa réputation d'intégrité - à laquelle il est le seul à croire -, en ménageant surtout son invité-vedette, Tariq Ramadan [1], a été balayé par les autres intervenants, qui, pour une fois, n'ont pas mâché leurs mots.

Xavier Darcos [2] - qui avait commencé par dire: "il n'est pas question de faire une loi sur le voile à l'école […] (sous entendu - on le verra, plus loin - une loi qui traiterait uniquement du voile). Tout change, les politiques évoluent, on ne touche pas à la loi 1905" ; puis : "quand on refuse les règles, on risque d'être exclu" -, dira plus tard: "la loi ne sera pas seulement sur le voile, mais aussi sur les cours […] Les professeurs doivent pouvoir parler de la Shoa, les filles aller à la piscine […] La nation doit se ressaisir et faire appliquer concrètement la loi […] afin d'être plus à l'aise pour décider." "On n'a pas à consulter le CFCM [Conseil des Musulmans de France] sur le voile pas plus qu'on ne consulte les catholiques. Lisez plutôt le constat amer de Fadela Amara et de Djavann."

Claude Allègre [3]: " La laïcité est une conquête historique qui fait partie de notre histoire […] on ne se laissera pas faire […] la lutte menée, on la mènera avec tous les moyens qu'il faudra […] ce ne sont pas des habitudes qui viennent d'ailleurs qui vont modifier notre pratique […] Si nous ne renforçons pas le dispositif législatif, nous aurons des problèmes"

Et, plus tard: " le CFCM est une erreur, c'était aux musulmans eux-mêmes à s'organiser avec le CFCM. On a rompu le pacte de laïcité […] Dans tous les pays du monde où on mélange la politique et les Musulmans, il n'y a pas de démocratie. Les Français ne veulent pas de régression. Nous devons nous en tenir au problème de la laïcité".
(Là, le mot problème semble un lapsus, la laïcité n'est pas un problème mais une solution.)

Quand Guillaume Durand veut interroger Ramadan sur l'Islam, Dalil Boubakeur [Recteur de la Grande Mosquée de Paris], s'insurge, à juste titre : "C'est à nous de dire ce que nous pensons, le foulard touche la communauté musulmane, s'il y a quelque chose à dire, c'est au représentant de le dire".
"Le CFCM s'est prononcé à plusieurs reprises: une loi aurait un caractère discriminatoire, mais s'il y en a une, nous serons tenus de l'observer, nous réfléchissons sur le port du voile à l'école. Nous voulons un signe discret, nous cherchons […] Si la loi est votée, nous sommes prêts à modifier la loi musulmane" […] "laissez nous convaincre nos filles au cas par cas, le foulard est une prescription religieuse".

"Qui enseigne les valeurs de la laïcité? Quand on ne trouve pas, on va chercher ailleurs […] Le grave défaut est le manque d'information des jeunes musulmans".

Valse-hésitation, que Tariq Ramadan a esquivée, sachant l'accusation de double langage qui lui est adressée : "L'Europe est judéo-chrétienne, les musulmans ne sont pas des immigrés, ce sont des Français […] la loi de 1905 n'a pas exclu le religieux, il faut l'appliquer telle qu'elle est."

Il conteste l'accusation de double discours et critique l'hypocrisie des relations avec l'Arabie Saoudite (hors sujet, élève Ramadan !). Il affirme son respect de la République et nie sa propagande fondamentaliste.

(Le CFCM était le thème d'une conférence, prévue ce jeudi, à l'Institut du Monde Arabe. Je m'y suis rendue. Etaient présents Alain Billon, ancien conseiller technique de Pierre Chevènement, Eric Geoffroy, membre minoritaire du CFCM et Imam soufi, et Vianey Sevestre, chef du Bureau central du Culte, au Ministère de l'Intérieur. Les principaux intéressés : Fouad Alaoui, de l'UOIF, Mohamed Bechari, du FNMF, étaient absents! Dalil Boubakeur devait y participer, sous réserve) Le public est donc resté sur sa faim.

Jack-Alain Léger [4], auteur du livre Tartuffe et Ramadan, dira avec force à Tariq Ramadan: "Vous êtes antisémite, quand on dresse une liste de juifs on est antisémite, vous avez un double langage."

Caroline Fourest [5], auteur du livre, Tirs croisés, où elle s'en prend à tous les fondamentalismes (ce qui est malheureusement le gage d'honnêteté dont se parent les journalistes, et qui renvoie dos à dos des extrêmes, certes, mais dont les agissements ne sont pas comparables) : "Monsieur Ramadan veut paraître sympa, il n'a pas un double discours, il a un discours ambigu, c'est un salafiste et le meilleur ambassadeur des Frères musulmans, il recommande d'étudier les laïcs afin de mieux connaître l'ennemi" ; il dit: "On ne peut les attaquer de face, quand la communauté aura grandi, la République devra changer". "Boutin et Ramadan sont contre la loi, il y a des musulmans éclairés, Tariq Ramadan leur barre la route".

Pascal Bruckner [6]: "Je n'étais pas favorable à une loi, il y a 6 mois, mais aujourd'hui je pense qu'il faut légiférer, et vite! Sarkozy sifflé […] les voiles qui se multiplient […] Les enseignants débordés […] des filles qu'ont oblige à baisser les yeux quand elles croisent un garçon […] Pourquoi stigmatiser les femmes, pourquoi pas les hommes […] la conquête de l'Occident c'est l'égalité des hommes et des femmes, quand cette loi sera votée, on pourra passer aux problèmes sociaux."


Après quelques moments houleux où tout le monde vociférait en même temps contre Ramadan, Guillaume Durand a bien été obligé d'en déduire que celui-ci fabriquait du radicalisme!

Jane B.

© upjf.org


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Notes de la Rédaction d'upjf.org]

(Avertissement : les biographies citées ci-après figurent sur la page de l'émission "Campus" du site de France2. Nous les avons complétées, corrigées et mises à jour, là où c'était nécessaire.)

[1] Docteur ès Lettres (arabe-islamologie), Tariq Ramadan est professeur de philosophie au Collège de Genève et d'islamologie à l'université de Fribourg. Depuis longtemps engagé dans le débat concernant l'islam au sein du monde contemporain (dans les pays musulmans comme en Occident), il est très actif dans le tissu associatif musulman européen. Il participe, en tant qu'expert, à diverses commissions attachées au parlement de Bruxelles et est membre de plusieurs groupes de travail en Europe se rapportant à l'islam dans le monde et sur le continent : Deutsches Orient-Institut, British Council, Vienna Peace Summit, Barcelona 2004. Il a notamment publié : Les musulmans dans la laïcité : Responsabilités et droits des musulmans dans les sociétés occidentales, Islam, le face à face des civilisations : Quel projet pour quelle modernité ?, Être musulman européen, tous publiés chez Tawhid. Tariq Ramadan s'est récemment illustré en participant à l'émission "100 minutes pour convaincre", consacrée à Nicolas Sarkozy, sur France2. Il s'est entretenu avec le Ministre de l'Intérieur sur la question du foulard à l'école. Tariq Ramadan est egalement l'auteur de Les musulmans d'occident et l'avenir de l'islam (Sindbad/Actes Sud), L'islam en question, avec Alain Gresh (Actes Sud/Babel) et Western Muslims and the Future of Islam.

[2] Ministre délégué à l'enseignement scolaire. Né le 14 juillet 1947, Xavier Darcos est agrégé de l'université, docteur de 3e cycle en études latines, et docteur es lettres et sciences humaines. Après ses études au lycée de Périgueux et à l'université de Bordeaux, il a enseigné à Périgueux, puis il a été professeur de khâgne au lycée Montaigne à Bordeaux (1982-1987) et au lycée Louis-le-Grand à Paris (1987-1992). Nommé inspecteur général en 1992 (par Jack Lang), Xavier Darcos a occupé, à partir de 1993, les fonctions de directeur du cabinet du ministre de l'éducation nationale (François Bayrou), de conseiller du Premier ministre (Alain Juppé), de doyen de l'inspection générale de l'éducation nationale (avec François Bayrou et Claude Allègre). Ancien professeur associé de littérature comparée à l'université de Sorbonne-Paris IV (1996-1999), il est l'auteur de plusieurs livres d'études littéraires, dont une "Histoire de la littérature française" (Hachette), une biographie de Mérimée qui a obtenu le prix France-Télévision (Flammarion) et d'un essai sur l'école intitulé "L'art d'apprendre à ignorer" (Plon). Adjoint (chargé de la culture) d'Yves Guéna de 1989 à 1997, Xavier Darcos lui a succédé comme maire de Périgueux en janvier 1997, puis a été élu sénateur de la Dordogne (apparenté RPR) en septembre 1998. Au Sénat, il est vice-président de la commission des affaires culturelles depuis septembre 2001 et trésorier de l'association parlementaire pour la francophonie. Membre dès l'origine de "Dialogues & initiatives", il a également participé à la création de "l'Union en Mouvement" qu'il préside en Dordogne. Honoré de la "Marianne d'or" des maires de France en 1999 (pour le projet "Périgueux 2010"), Xavier Darcos est chevalier de la Légion d'honneur, officier de l'Ordre national du mérite et commandeur des palmes académiques.

[3]Claude Allègre est professeur à l'Institut universitaire de France, à l'université de Paris-VII et à l'Institut de physique du Globe. Il a été ministre de l'Education nationale, de la recherche et de la technologie, de 1997 à 2000. Réputé pour son franc parler qui lui a joué des tours à la fin de son ministère, il donne son sentiment sur le désordre qui règne dans la vie politique française. Dans son dernier livre, Un peu de science pour tout le monde (Fayard), il met à la portée du grand public les grandes découvertes scientifiques en mettant en avant la démarche de la pensée qui a conduit au résultat que l'on connaît. Il replace les grandes découvertes dans leur temps et étudie la personnalité des découvreurs et des savants.

[4] Jack-Alain Léger est l‘auteur de nombreux romans dont On en est là, (Denoël, 2003), et Ali le magnifique (Denoël, 2001), publié sous le pseudonyme de Paul Smaïl. Ecrivain contestataire, il n'hésite pas à critiquer la société française, pour le plus grand bonheur des ses fans. Cette fois, c'est à l'Islam qu'il s'attaque : "Un spectre qui hante la France" [cf. son livre, Tartuffe fait ramadan (Denoël, 2003)]. Les quelques inconscients qui osent alerter leurs concitoyens sur les dangers du communautarisme islamique et la mainmise d'un clergé musulman obscurantiste sur des quartiers délaissés par la République, sont systématiquement taxés de racisme. Et cela au mépris de l'angoisse grandissante des enfants d'immigrés qui ont courageusement choisi d'être des Français comme les autres. Pour Jack-Alain Léger, Tariq Ramadan est un effrayant prédicateur islamiste, que les télévisions sont en train de transformer en star.

[5] Caroline Fourest est journaliste d'investigation. Elle travaille depuis des années sur les mouvements religieux, en particulier sur la droite religieuse américaine, à laquelle elle a déjà consacré le livre Foi contre Choix (Golias). Avec Fiammetta Venner, politologue, spécialiste du Moyen-Orient et des intégristes chrétiens européens, elle est la fondatrice de ProChoix, une revue notamment consacrée à l'information et à la réflexion sur l'intégrisme. C'est encore avec Fiammetta Venner, que Caroline Fourest co-signe son dernier livre Tirs croisés, la laïcité à l'épreuve (Calmann-Lévy). Les événements du 11 septembre et la menace d'Al Qaïda, relayée par les médias occidentaux, pourraient facilement nous faire croire que seul l'islam intégriste est capable d'engendrer la barbarie. Les deux journalistes se sont plongées dans les documents, les témoignages, les interviews et les textes sacrés. Elles apportent un cinglant démenti à cette illusion en démontrant que, sur bien des points (comme les droits des femmes, la sexualité, l'intolérance culturelle ou la violence), le monde dont rêvent les intégristes musulmans ressemble, à s'y méprendre, à celui prôné par les intégristes juifs et chrétiens.

[6] Pascal Bruckner est romancier et essayiste. Il connaît le succès notamment avec Lune de fiel (Seuil, 1981), Le Nouveau Désordre amoureux (Seuil, 1977), et Le Divin Enfant (Seuil, 1992). Pour son dernier ouvrage, il change complètement de registre et signe, avec le peintre Hervé di Rosa, un livre loufoque pour les enfants. Au secours, le Père Noël revient, une farce de Noël pleine d'humour pour ceux qui ont cessé depuis longtemps de croire au Père Noël et qui le regrettent.

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Mis en ligne le 06 décembre 2003 sur le site www.upjf.org