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Israël (Société - mentalités)

ZAKA et les religieux d'Israël, R. Jerusalmy
09/10/2003

08/10/03

La popularité des gens dévoués de ZAKA a aussi un impact sur la société israélienne. L'image des religieux a évolué de façon dramatique au sein du monde laïque israélien. Certes, des tensions persistent, mais on remarque une démarcation de plus en plus nette entre la gauche israélienne traditionnelle et la gauche juive de Diaspora, plus acerbe. D'où provient ce revirement ?
  1. Une franche reconnaissance du travail de ZAKA met en évidence les autres domaines qui rapprochent les publics religieux et non-religieux d'Israël: les unités d'élite composées d'étudiants de Yeshivot ("Hesder"), le service national social ("sherout leoumi") des filles religieuses travaillant, en uniforme, dans les hôpitaux, les centres pour femmes molestées, les quartiers défavorisés, les séminaires d'information et de dialogue entre laïcs et croyants, le consensus autour du problème de Jérusalem...
  2. Le maire religieux de Jérusalem qui fait preuve d'ouverture d'esprit et tente de permettre à chacun de vivre comme il l'entend (quartiers animés le vendredi soir, pour la jeunesse laïque)
  3. L'attentat de la mi-août où des familles de religieux furent décimées alors qu'elles revenaient paisiblement d'une cérémonie a profondément touché le coeur de la population et mis en évidence la communauté de destin.
  4. Le fait que la couche pauvre soit en majorité issue des milieux religieux et des milieux traditionalistes est accentué par le fait que ce sont les religieux qui sont le plus touchés par les coupures budgétaires d'austérité: allocations aux familles nombreuses, subsides publics aux centres d'études religieuses, affermissement des conditions d'exemption de service national.
  5. A Tel-Aviv, aujourd'hui, le quartier Sheinkin est habité, pour moitié, par un public très religieux (les "barbus") et par une faune intellectuelle et estudiantine (les "crânes rasés") qui font bien plus que se tolérer les uns les autres. Ils se côtoient au quotidien et on peut voir un hassid discuter avec un jeune loup sur le bord du trottoir. Quelques cafés "in" du quartier sont devenus cachers.
  6. Le parti laïc "Shinouï", de Tomy Lapid, se montre beaucoup moins agressif à l'égard des religieux qu'on eût pu l'attendre. Il en va de même pour les démarches de penseurs tels que Amos Oz et A.B. Yehoshua. La nouvelle génération d'écrivains israéliens n'a plus pour dada ce sujet mais bien le quotidien, l'injustice sociale, la condition de la femme ou celle des citoyens arabes du pays, etc.
  7. Enfin, le regretté Ilan Ramon avait l'intention de laisser dans l'espace des objets symboliques relevant tant du national que du judaïsme. Il était laïc, oui, mais fier de son judaïsme, et son attitude, conjuguée avec sa popularité, ont sans doute fait plus pour Israël que sa mission scientifique.
    Est-ce être naïf et trop optimiste de constater, comme l'a fait la presse israélienne au lendemain des attentats à Jérusalem touchant tant les yuppies du café Hillel que les hassidim de Beit Végan, que les choses prennent une bonne tournure? Il n'y a pas que la gauche israélienne qui se soit récemment remise en question, suite à l'échec d'Oslo. Les religieux ont aussi compris qu'ils se coupaient tragiquement du reste d'Israël, et des fonds vont aujourd'hui à une campagne (certes, modeste) de hasbara et d'image de marque auprès du public.

    Que les rabbins et autres prêtres progressistes de Diaspora méditent sur ce sujet, car c'est tout de même ici, et pas ailleurs, que se joue l'avenir du peuple d'Israël. Ici, laïc ou non, de droite ou de gauche, riche ou pauvre, une chose est sûre: on bâtit le futur. Ce n'est pas facile. C'est fascinant.

    © Raphy Jerusalmy 2003 pour www.desinfo.be

    Mis en ligne le 9 octobre 2003 sur le site www.upjf.org