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Droits humains, racisme, antisémitisme, etc.
Antisémitisme

Israël et les antisémites, par Gabriel Schoenfeld
14/06/2002

Article paru en anglais dans Commentary, juin 2002.

Traduction par Koira pour reinfo-israel.com, entièrement révisée par Menahem Macina sur base d'une première traduction réalisée par Virine Moulin. (Diffusion autorisée sous réserve des mentions d'usage. Reproduction sur site interdite sauf autorisation spéciale.)

Une nouvelle forme, puissante, d'antisémitisme, vient-elle de naître au monde ? Et si oui, qu'augure-t-elle ?
Mettons pour l'instant entre parenthèses le monde musulman. Les manifestations de la haine anti-juive dans cette immense poche d'humanité sont copieusement recensées, et sont trop écrasantes pour justifier un débat de quelque ampleur. Non, la question la plus saillante, c'est l'Europe qu'elle intéresse. C'est un continent que la plupart présumaient vacciné contre un virus qui, il y a un quart de siècle, l'avait couverte de ruines et qui, au cours des décennies qui ont suivi la Seconde guerre mondiale, avait été refoulé dans les recoins obscurs de la vie politique.

Or, les événements de ces derniers mois montrent qu'il en va autrement. Pas plus tard qu'en février dernier, Hillel Halkin, décrivant, dans Commentary, que l'on notait, de par le monde, «une série d'incidents antisémites qui s'aggravent», rappelait cependant que les indices d'une résurgence substantielle en Europe demeuraient jusqu'à présent "épisodiques" ([url]http://pqasb.pqarchiver.com/commentary/abstract/101530643.html?did=101530643&FMT=ABS&FMTS=FT:PAGE&desc=The+return+of+anti-semitism[/url] ).
Depuis, le visage du continent s'est mis à changer à une vitesse étourdissante.

L'occasion immédiate de cette mutation a, bien entendu, été l'incursion israélienne en Cisjordanie, à la fin mars et au début d'avril. L'urgence de cette opération militaire avait été justifiée par le terrorisme au quotidien qu'Israël subissait au cœur de son territoire depuis des mois et des mois, et qui avait culminé dans l'explosion d'une bombe dans la salle de bal d'un hôtel à Netanya, où 29 Israéliens sont morts et plus de 140 ont été blessés, alors qu'ils étaient assis à la table du Seder [repas festif rituel de Pesah. Ndlr], au premier soir de la Pâque juive. Pour mettre fin à cette incessante campagne de terreur, le gouvernement israélien d'unité nationale avait dépêché l'armée dans les villes et les "camps" palestiniens, afin de démasquer et de détruire les fabriques de bombes et d'appréhender les responsables de l'assassinat massif de civils israéliens.
«Au mois de mars, nous avions déploré plus de 126 morts,» expliquait Shimon Peres, ministre modéré des affaires étrangères - nous n'avions vraiment pas d'autre choix.»

Quoique cette incursion n'ait pas réalisé l'ensemble des objectifs affichés du gouvernement, un résultat patent en a été la quasi cessation des attaques terroristes sur le territoire d'Israël. Un autre a été la saisie d'une véritable mine de renseignements, y compris des documents confirmant (pour quiconque aurait encore pu en douter) que Yasser Arafat, partenaire ostensible d'Israël dans le processus de paix d'Oslo, était en possession d'armes que les susdits accords d'Oslo lui interdisaient, et qu'il finançait et dirigeait personnellement les missions d'au moins un des groupes d'attaque-suicide contre les civils, la Brigade des Martyrs d'El Aqsa.

Qu'il se soit trouvé, en Europe, des milieux pour critiquer toute opération militaire d'Israël contre l'Autorité Palestinienne d'Arafat, même quand elle est aussi manifestement défensive que celle-ci, ne devrait surprendre personne ; après tout, mettre sur pied un État palestinien est l'objectif favori des projets diplomatiques et politiques de l'Europe. Cependant, l'ampleur et la malignité de la réaction, aussi bien de la part des élites qu'au niveau populaire, c'était vraiment chose nouvelle. A présent, au moins, on peut voir les choses comme elles sont.

Commençons par l'aspect populaire : il y a eu, pour commencer, une éruption d'agressions physiques contre des symboles et des institutions du judaïsme, et finalement contre les juifs eux-mêmes. Depuis les deux premières semaines d'avril, la seule liste de ces incidents violents est trop longue pour qu'on puisse la résumer de manière adéquate.

A Kiev, capitale de l'Ukraine, par exemple, une cinquantaine de jeunes gens qui scandaient "mort aux juifs" ont fondu sur une synagogue, un samedi soir, cassé une vingtaine de vitres et lapidé le directeur de l'école religieuse. En Grèce, des cimetières juifs ont été saccagés dans ce que la presse a nommé des "actes de vengeance anti-juive", et le Mémorial de l'Holocauste de Salonique, ville dont les 50 000 juifs furent raflés et déportés vers des camps de la mort nazis en 1943, a été barbouillé de slogans pro-palestiniens. En Slovaquie, on a profané des cimetières juifs dans ce qu'une autorité a décrit comme la "plus grande offensive contre la communauté juive depuis l'Holocauste".

En Europe Occidentale - si pacifique, si démocratique, cette partie du monde qui ne cesse de se prévaloir de la sécurité personnelle qu'elle garantit à ses habitants - les événements se sont déroulés de la même manière. La Hollande a été le théâtre de violentes manifestations contre Israël, au cours desquelles les protestataires lançaient des bouteilles et des cailloux, et où, au coeur même d'Amsterdam, de petits commandos cyclistes cassaient les vitrines à coups de moellons. En Belgique toute proche, cinq bombes incendiaires ont été lancées contre une synagogue dans un quartier ouvrier de Bruxelles, et une librairie juive a été gravement endommagée par des incendiaires. Une synagogue d'Anvers a été attaquée à coups de cocktails Molotov, tandis que, dans la même ville, on incendiait une agence de voyages spécialisée dans les séjours en Israël .

En Allemagne, deux juifs orthodoxes ont été passés à tabac, alors qu'ils déambulaient sur le très chic Kurfürstendamm, centre du quartier commerçant de la ville. Une femme portant une étoile de David en pendentif a été attaquée dans le métro. Des monuments juifs de Berlin ont été couverts de svastikas [croix gammées, ndlr], et une synagogue a été taguée d'un : «Six millions c'est pas assez – OLP». Tout en défilant, les manifestants anti-israéliens lançaient des briques dans les fenêtres.

En Angleterre, comme le rapporte l'Express de Londres, «les attaques racistes se développent contre la communauté juive». Au cours des dix premiers jours d'avril, il y a eu quinze incidents antisémites, dont huit agressions physiques. La plupart des agressions commises en Grande-Bretagne étaient le fait de petites bandes de rôdeurs, qui attaquaient et rossaient les juifs marchant seuls dans la rue. Au moins deux des victimes ont dû être hospitalisées.

Cependant, c'est la France qui a été l'épicentre de l'agression. Des bandes d'individus en cagoule ont fondu sur des victimes juives et les ont frappées à coups de barres de fer. On a lapidé les bus scolaires d'enfants juifs. On a profané des cimetières ; on a souillé, endommagé et incendié des synagogues, des écoles juives, des lieux d'étude et des boucheries casher. Le 1er avril, la synagogue Or Aviv de Marseille a été complètement brûlée, y compris ses livres de prière et les rouleaux de la Torah. Mais ce n'était qu'une des cinq synagogues victimes d'une attaque. Pendant la première moitié de ce mois-là, on a, d'après le Ministère français de l'intérieur, commis "près de 360 crimes contre les juifs et les institutions juives" - ce qui représente, d'après le New York Times, la pire éruption de violence anti-juive depuis la seconde guerre mondiale".

Certains observateurs ont voulu faire un parallèle entre cette violente vague de crimes et la fameuse Nuit de cristal - le pogrom déclenché par les Nazis contre les juifs d'Allemagne, les 9 et 10 novembre 1938. Cependant, à la différence des années 1930, il n'y avait, derrière ces agressions, aucun pouvoir établi, a fortiori étatique, et dans tous les pays européens, la police, pour autant que l'on sache, a fait ce qu'elle devait faire (même si les autorités politiques se sont souvent tenues à l'écart, tant qu'elles ne craignaient pas de perdre le contrôle de la situation). Il n'empêche, la violence ouverte contre les juifs est indéniablement devenue un phénomène paneuropéen, observable dans tous les pays, au Nord comme au Sud, à l'Est comme à l'Ouest. En outre, où que l'on se tourne, cette violence physique s'accompagne d'une explosion de violence verbale qui l'encourage.

Les thèmes, encore une fois, sont les mêmes partout. Israël, pays qui est victime du terrorisme, se retrouve lui-même accusé de terrorisme. Les juifs, qui ont subi le génocide le plus déterminé et la plus systématique de l'histoire, se voient accusés de perpétrer un génocide. Le langage qui véhicule ces accusations exhale une haine extravagante, qui emprunte au vocabulaire de l'Holocauste et de la Seconde guerre mondiale, mais en l'inversant complètement de manière grotesque, avec les juifs dans le rôle des Nazis et les Arabes dans le rôle des juifs sans défense.

Toujours au niveau populaire, les événements du début d'avril ont été, une fois encore, particulièrement instructifs. Pendant deux semaines, les manifestations de rue contre Israël se sont déroulées non seulement dans toutes les grandes capitales d'Europe, mais dans des centaines de petites villes et bourgades. A Tuzla, ville de Bosnie, quelque 1 500 manifestants agitaient des panneaux où l'on pouvait lire : «Sharon et Hitler, deux yeux dans la même tête», et «Israël - le vrai visage du terrorisme». À Dublin les banderoles, dont plusieurs représentaient des croix gammées incrustées dans des étoiles de David, clamaient : «Halte à l'Holocauste des Palestiniens», et «Jérusalem: à jamais aimée, à jamais palestinienne». À Barcelone, les manifestants brandissaient des panneaux où l'on pouvait lire : «Israël Assassin, USA complice» et «Non au génocide !» À Paris, les affiches portaient : «Hitler a un fils : Sharon» ; en Belgique, c'était : «Hitler a deux fils : Bush et Sharon». A Salonique, on organisait un concert de solidarité avec, pour slogan : «Halte au génocide maintenant - Nous sommes tous Palestiniens». À Bilbao, ils étaient des milliers à défiler dans les rues en scandant : « Non au terrorisme sioniste». À Berlin, les panneaux affichaient : «Halte au génocide en Palestine», et «Sharon, assassin d'enfants». Dans les villes et les bourgades de France, «mort aux juifs» et «juifs assassins» sont les refrains que l'on pouvait entendre dans une foule de meetings.

Ce catalogue pourrait s'étendre à l'infini, car non seulement il est incomplet, mais chaque jour qui passe apporte son lot de nouveaux actes de violence, de nouvelles manifestations, et de nouveaux slogans, toujours plus haineux. Qui se trouve derrière toute cette agitation de rues ?

La violence physique ouverte contre les juifs a été, pour l'essentiel, le fait de musulmans. D'après le Ministère français de l'Intérieur, les agresseurs étaient généralement de "jeunes Arabes d'origine nord-africaine". Issus de sociétés où la haine des juifs est encouragée par l'État et les médias qu'il contrôle ainsi que par les religieux extrémistes, ces immigrés s'alimentent au riche et stimulant régime que leur sert la presse, en langue arabe et en langues européennes, dont l'antisémitisme affiché est aussi délirant, hallucinatoire, que tout ce qu'a jamais pu colporter un Julius Streicher, dans le Stürmer, organe du parti nazi.

Une partie de cette production trouve sa source en Arabie Séoudite, fontaine immense et inépuisable de vitriol anti-juif débridé. Al-Riyadh, journal contrôlé par l'État, a, par exemple, exploité le filon d'une ancienne calomnie pour mieux effrayer et exciter ses lecteurs : ce n'est plus pour les matzot [pain sans levain, ndlr] de la Pâque que les juifs se servent désormais du sang des enfants non-juifs : non, c'est pour les pâtisseries de Pourim.
"Voyons maintenant comment on extrait le sang de la victime : à cette fin, on se sert d'un tonneau hérissé d'aiguilles. Le tonneau a à peu près la taille d'un corps humain, et on y plante sur tous les côtés des aiguilles extrêmement pointues qui transpercent le corps de la victime dès qu'elle a été placée dans le tonneau. Les aiguilles font leur oeuvre, et le sang de la victime s'écoule lentement. Ainsi, la victime souffre de terribles tourments - qui procurent une grande joie aux vampires juifs, à mesure qu'ils observent chacun des détails de l'horrible saignée - avec un plaisir et une délectation qu'on a peine à comprendre." (1)


Etc., etc. la leçon que les lecteurs sont censés tirer de ce fantasme atroce est, bien entendu, tout aussi incendiaire : voici à quoi un religieux séoudien exhortait ses frères musulmans, lors d'un récent sermon sponsorisé par l'État :
«N'ayez aucune pitié ni compassion pour les juifs, ni pour leur sang, ni pour leur argent, ni pour leur chair. Leurs femmes sont à vous, prenez-les en toute justice : c'est Dieu qui vous les a données. Que ne réduisez-vous leurs femmes en esclavage ? Que ne faites-vous le Djihad ? Que ne les mettez-vous au pillage ?"

Le fait que ce sont les immigrés musulmans qui se trouvent derrière toutes les agressions physiques contre les juifs d'Europe ne milite pas en faveur d'une solution facile du problème. Grâce aux bienveillantes politiques d'immigration en Europe, et grâce à leur propre fécondité, les musulmans constituent désormais un facteur démographique important en Europe. Moins d'un million en 1945, ils sont aujourd'hui plus de quinze millions, dont deux en Grande-Bretagne, plus de quatre millions et demi en France, trois en Allemagne, près d'un million en Italie, en Espagne et aux Pays-Bas, et le reste dispersé dans plus d'une douzaine de pays. Il s'agit bien sûr d'une population hétérogène, et il est certain que la plupart ne sont pas dans sous la coupe de l'islamisme radical ni sensibles aux appels à la violence. Mais un nombre significatif le sont, et la menace qu'ils représentent ne peut que grandir.

Dans tous les cas, si ce sont des musulmans qui ont pris l'initiative de l'agression physique, c'est avec enthousiasme que d'autres leur ont emboîté le pas, et leur ont brillamment ouvert la voie pour ce qui est des insultes et de l'incitation à la haine. Diverses manifestations l'ont bien illustré. C'est ainsi que lors du happening de Dublin, organisé par un groupe connu sous le nom de Ireland-Palestine Solidarity Campaign, on rapporte que la moitié des manifestants étaient des Irlandais. De même à Bruxelles, où ce n'étaient pas seulement des étudiants arabes mais aussi les représentants d'organisations sociales et politiques de Belgique, y compris le mouvement catholique Pax Christi, le Parti Socialiste de Belgique et le Parti des Verts. À Salonique, le concert de solidarité était organisé, entre autres, par deux syndicats grecs ; le doyen de l'Université d'Athènes avait également manifesté son soutien en publiant une déclaration condamnant Israël pour ses «violations constantes et cruelles des droits de l'homme en Palestine». À Barcelone, où quelque 10 000 personnes se sont rassemblées, des syndicats, des partis politiques et des ONG ont fait campagne contre le «génocide» israélien et mis le feu à une étoile de David. En France, dans des manifestations où l'on entendait hurler : «mort aux juifs !», on pouvait aussi trouver, selon l'Agence France Presse, non seulement les Étudiants Musulmans de France et le Comité des Travailleurs Marocains mais aussi des dirigeants de syndicats divers, des membres de la Ligue Communiste Révolutionnaire, les Verts, et le Parti Communiste Français, de même que des représentants de la Ligue des Droits de l'Homme. Dans les premiers rangs, se trouvait José Bové, le Luddite* français déjà connu pour avoir saccagé un Mac Donald.

Toutefois, ces phénomènes de rue ne sont que le début ; c'est dans le monde de la politique et de l'opinion "éclairée" que la nature de cet antisémitisme proliférant à l'européenne se révèle complètement. Et «antisémitisme», incidemment, est le mot approprié et le seul qui convienne pour cet antisionisme si partial, si fanatiquement enclin à mettre en accusation Israël, alors qu'il lave ses adversaires de toute faute, si honteusement expert dans l'art des deux poids et des deux mesures, si prompt à propager des accusations mensongères dépourvues de tout fondement, si disposé à détourner les mots de l'Holocauste et à représenter Israël et les juifs comme le mal incarné.

On peut lire une expression modérée (tout est relatif) de ce courant dans les termes d'une pétition qui circule en ce moment dans les milieux universitaires d'Europe. Passant sous silence les attentats-suicide à la bombe qui saccagent la vie des civils israéliens - sans parler des dix-huit mois de violence incessante qui constituent la réponse d'Arafat à l'offre du premier ministre Ehud Barak : 97 % du territoire de la Cisjordanie et le partage de Jérusalem - ladite pétition dénonçait le gouvernement israélien comme «insensible aux appels à la morale», pour appeler ensuite à la suspension des bourses attribuées aux universitaires et chercheurs israéliens par les institutions d'enseignement européennes (la raison en étant probablement leur complicité tacite avec le génocide). Parmi les centaines de signataires de cette imposture intellectuelle se trouvaient des universitaires et des savants de pratiquement tous les pays du continent, y compris le fameux darwinien britannique Richard Dawkins [On peut y ajouter l'astrophysicien Hubert Reeves et le biologiste Albert Jacquard, tous deux très médiatisés en France! Ndlr.]

De même, en Norvège, où, en 1994, le Comité Nobel avait attribué son Prix de la paix à Yitzhak Rabin, Shimon Peres et Yasser Arafat. À l'époque, un membre honnête dudit Comité, Kåre Kristiansen, avait donné sa démission en signe de réprobation, qualifiant, à juste titre, Arafat de terroriste, indigne de recevoir une telle distinction. Mais aujourd'hui, ce sont d'autres membres, dont un évêque luthérien, qui veulent priver de son prix non pas Arafat mais Shimon Peres. Son crime : faire partie d'un gouvernement qui aurait violé l'«intention et l'esprit» de la distinction. Pour ne pas être en reste, le chef du parti de la Gauche Socialiste a exigé des réparations d'Israël pour avoir détruit des infrastructures palestiniennes payées par l'aide norvégienne - et qu'importe que ce genre d'«infrastructure» subventionnée abrite régulièrement des terroristes palestiniens armés et leurs activités.

Au Danemark, un autre évêque luthérien a prononcé, dans la cathédrale de Copenhague, un sermon où il comparait Ariel Sharon au roi Hérode, qui avait ordonné de tuer tous les enfants mâles de moins de deux ans dans Bethléem. Per Stig Møller, ministre des affaires étrangères du Danemark, a dénoncé l'incursion anti-terroriste israélienne comme une «guerre contre une population civile». L'écrivain portugais Jose Saramago, Prix Nobel de littérature, a pondu ce délicat parallèle : «Ce qui est en train de se passer dans les territoires palestiniens peut se comparer à Auschwitz».

En Allemagne, Norbert Blüm, ancien ministre de Helmut Kohl, a qualifié l'offensive israélienne en Cisjordanie de «guerre d'annihilation illimitée», tandis que Jürgen Möllemann, dirigeant du FDP, défendait ouvertement la violence palestinienne contre les juifs : «moi aussi je résisterais, et j'emploierais la force pour le faire… non seulement dans mon pays mais aussi dans celui de l'agresseur». Un commentateur du Süddeutsche Zeitung a écrit :
«Cela faisait longtemps que la haine des juifs – une fois déguisée en anti-sionisme - n'avait pas été aussi socialement acceptable qu'elle l'est aujourd'hui».

En Italie, La Stampa, journal libéral, a ressuscité le plus ancien bobard chrétien contre les juifs : le déicide. Un dessin représentait l'enfant Jésus regardant, de sa crèche un tank israélien et s'exclamant : «Ne me dites pas qu'ils veulent me tuer une seconde fois». Certaines voix au sein du Vatican ont assorti leur indifférence totale au meurtre des juifs de l'accusation suivant laquelle les juifs se rendaient eux-mêmes coupables de génocide. «Barbarie indescriptible» fut l'expression des dirigeants franciscains de Rome pour décrire la tentative, faite par les Israéliens, d'arrêter les terroristes palestiniens qui avaient cherché refuge à Bethléem, dans l'Église de la Nativité. Dans la sainte «terre de Jésus», se plaignait L'Osservatore Romano, quotidien [officieux] du Vatican, Israël faisait preuve d'une «morgue irritante» et s'engageait dans une «agression qui tourne à l'extermination».

Si la France vient en tête de l'Europe pour la violence antisémite, la Grande-Bretagne pourrait être l'endroit où l'expression de l'antisémitisme par les élites est la moins inhibée. On se souvient de la citation de Petronella Wyatt, dans l'article que Hillel Halkin a publié en février dernier dans Commentary :
«Depuis le 11 septembre, l'antisémitisme et son expression ouverte sont devenus respectables dans les dîners britanniques». Ainsi, Claire Rayner, Président de la British Humanist Association, affirmait en avril que l'idée d'Israël comme foyer national pour le peuple juif n'était qu'une "connerie" ; en revanche, les attentats à la bombe contre les restaurants israéliens étaient à la fois compréhensibles et justifiables : «si vous traitez un groupe de personnes de la manière dont on a traité les Palestiniens, ils se serviront de la seule arme dont ils disposent : leur propre vie».
[[url]http://pqasb.pqarchiver.com/commentary/abstract/101530643.html?did=101530643&FMT=ABS&FMTS=FT:PAGE&desc=The+return+of+anti-semitism[/url]]

On a vu la plupart des personnalités de l'Establishment exprimer des sentiments tout aussi biscornus que ceux de Claire Rayner et, finalement, pires encore. L'automne dernier A.N. Wilson, romancier et biographe britannique honorablement connu, avait déclaré, «à regret» dans l'Evening Standard (de Londres) que l'État d'Israël n'avait plus le droit d'exister. Plus récemment, il a fait usage de ses talents pour accuser l'armée israélienne d'«empoisonner l'approvisionnement en eau» en Cisjordanie, reprenant ainsi à son compte la vénérable calomnie, qui remonte au XIVe siècle, et que l'on répète, depuis, en d'innombrables occasions pour justifier le massacre de masse des juifs.

Wilson, qui se définit comme un «Anglican incroyant», est sûrement tout à fait au courant des épisodes déshonorants de l'histoire de l'antijudaïsme chrétien, à laquelle il a lui-même apporté une remarquable contribution personnelle. Tom Paulin est professeur à Oxford, critique d'art pour la BBC et poète, dont la dernière œuvre en vers inclut une élégie pour un jeune garçon palestinien «descendu par les SS sionistes» ». «Je n'ai jamais cru qu'Israël ait le moindre droit à l'existence», déclarait, en avril, ledit Paulin à l'hebdomadaire égyptien Al-Ahram ; quant aux juifs de Brooklyn qui se sont installés en Cisjordanie, «ce sont des nazis, des racistes… Ils doivent être fusillés."
Pour Al-Ahram, Paulin est ce «phénomène rare et précieux, dans la culture britannique contemporaine, 'l'écrivain comme conscience'». Certains Européens partagent apparemment ce jugement. L'Irish Times a vu en lui «un homme rigoureusement respectueux du langage», qui «ne mâche pas ses mots» tout en demeurant indemne de toute trace de préjugé personnel. Se joignant au choeur, A.N. Wilson l'a qualifié d'«universitaire et critique littéraire brillant», tout en notant que «nombreux sont, dans ce pays et dans l'ensemble du monde, ceux qui se feraient l'écho de ses opinions sur les tragiques événements du Moyen-Orient».

Sur ce dernier point, au moins, il se peut que Wilson ait raison. On pourrait consacrer beaucoup plus de pages encore, par exemple, affabulations malveillantes de la presse européenne et britannique dans sa couverture du prétendu «massacre» de Palestiniens à Jénine, où les Israéliens avaient pour but, s'il faut en croire l'Evening Standard, «la destruction quasi totale de la vie et des moyens d'existence des 15 000 personnes qui vivent dans le camp». Un «crime particulièrement répugnant», claironnait le Guardian à propos d'une opération où plus d'une vingtaine de réservistes israéliens ont perdu la vie dans une tentative, finalement réussie mais horriblement coûteuse, d'éliminer des terroristes tout en évitant des pertes parmi les civils palestiniens. On pourrait encore s'attarder sur la haine-réflexe envers l'État hébreu, qui s'avère fort répandu aujourd'hui au sein de l'Église anglicane : «Chaque fois que je publie quelque chose de sympathique à l'égard d'Israël», avoue le rédacteur en chef de l'organe officiel de cette Église», je suis inondé de réclamations m'accusant d'être sioniste et raciste». On pourrait encore citer les nombreux exemples mentionnés par Halkin, et qui sont librement accessibles dans les numéros parus de Commentary comme sur Internet. Mais nous devons poursuivre notre analyse.

Les Palestiniens qui s'efforçaient de faire croire qu'il y avait eu un massacre à Jénine avaient certainement leurs raisons pour inventer une telle histoire. Ces raisons ont, sans aucun doute un rapport avec la haine des juifs en tant que tels - car une telle haine existe, et en abondance. Mais elles sont aussi étroitement liées aux tactiques de la lutte palestinienne, qui se sont appuyées, avec succès, sur l'empressement d'un grand nombre d'Européens (et d'autres) à prendre ces fabrications pour argent comptant, à les diffuser et les amplifier, sans tenir aucun compte des preuves du contraire, et à mettre Israël au pilori sur base de mensonges qu'ils ont eux-mêmes fournis et alimentés.

Quant à savoir d'où provient cette ardent empressement, c'est une autre question. On a consacré de nombreux écrits à sonder la nature de cet éternel «problème juif» de l'Europe, et la flambée actuelle a déjà donné lieu à un nouvelle fournée d'explications théoriques sur ses causes fondamentales, anciennes et nouvelles. Parmi les facteurs régulièrement avancés, du moins par ceux qui veulent bien reconnaître que cela constitue un problème, figurent la marque, apparemment indélébile, laissée dans la conscience européenne par des siècles d'une mythologie anti-juive omniprésente ; des aversions ancrées dans des concepts théologiques chrétiens ; un besoin psychologique profond d'alléger le fardeau de la culpabilité européenne à propos de l'Holocauste en dénigrant ses victimes à titre posthume ; un besoin non moins pressant d'expier le colonialisme et l'impérialisme européens en présentant Israël comme la pire des puissances coloniales, etc. On peut aisément inventer d'autres théories et leur trouver des preuves à l'appui de chacune d'elles, l'antisémitisme étant une maladie dont les causes sont multiples.

Cependant, le fait qui ressort de la description que je viens de faire est qu'il existe une correspondance visible entre la haine d'Israël et des juifs et les prédispositions idéologiques générales de la Gauche européenne contemporaine. En tant que tendance historique, cet état de choses est relativement nouveau. Durant la majeure partie du siècle écoulé, ce qui dominait, en Europe, c'était l'antisémitisme racial et nationaliste de la Droite, assorti et mêlé de considérations théologiques d'origine chrétienne. Aujourd'hui, quoique néo-Nazis et négationnistes continuent de tenir leur place, et bien que l'on trouve des antisémites dans l'électorat de Jörg Haider, en Autriche, ou dans celui de Jean-Marie Le Pen, en France, l'antisémitisme qui bouge le plus est la variante de Gauche, celle qui déteste les juifs non sur des fondements explicitement racistes ou religieux, mais sur des bases «universalistes».

Cette tradition a, elle aussi, une longue et ignoble histoire. Depuis le Voltaire des Lumières (qui considérait les juifs comme «le peuple le plus abominable du monde»), en passant par le Karl Marx du socialisme (pour lequel les juifs de Pologne étaient la plus répugnante de toute les races»), par les sept décennies du communisme soviétique avec sa politique étrangère pro-arabe et sa politique d'oppression violente à l'encontre des citoyens soviétiques d'origine juive, par la Nouvelle Gauche, par le terrorisme allemand et italien, et par l'alignement de la Gauche, à partir des années 60, sur la cause de la «libération» palestinienne. Aujourd'hui, un nouveau chapitre est en train de s'écrire. Certes, on trouve des néo-Nazis parmi ceux qui brûlent l'étoile de David et scandent des slogans obscènes contre l'État hébreu dans les rues de l'Europe ; cependant, leurs rangs sont bien plus massivement constitués d'écologistes, de pacifistes, d'anarchistes, de protectionnistes et autres socialistes. «J'ai un problème avec la croix gammée», disait un membre du Comité Flandre-Palestine de Belgique, lors d'une manifestation d'avril, attestant, par sa gêne, à quel point ce symbole nazi faisait tache parmi les calicots de ses camarades idéologiques. .

Dans les hautes sphères de la politique européenne, c'est ce modèle qui se reproduit. Certes, il n'est pas possible de démêler d'emblée les tendances antisémites des nombreuses autres considérations qui gouvernent le comportement politique - comme la cruelle arithmétique électorale dans un continent qui compte tellement de musulmans et - à l'exception de la France - si peu de juifs. Mais ce n'est sûrement pas un hasard si, parmi les instances dirigeantes de l'Europe, c'est la Gauche politique qui a mené la charge contre Israël. En Allemagne, et malgré tous les discours sur sa «relation spéciale» avec l'État juif, c'est la coalition gouvernementale des Démocrates Sociaux et des Verts qui, en avril dernier, au moment même où Israël luttait pour sa survie, a choisi de bloquer l'exportation de pièces détachées pour le char Merkava. C'est Hubert Védrine, ministre socialiste des affaires étrangères de la France, qui, en avril, fustigeait publiquement les juifs américains pour leur "intransigeance", parce qu'ils refusaient de «donner une impulsion à la paix». Lorsque le Parlement Européen a adopté, le 10 avril, une résolution appelant à des sanctions commerciales contre Israël, c'étaient les "Libéraux-Démocrates" [démocrates-sociaux] et les "Verts" de l'Europe qui avaient poussé l'affaire, et c'est les Socialistes qui furent les plus perfides de tous dans la dénonciation d'Israël.

Si l'on monte jusqu'aux plus hauts échelons de la vie politique, jusqu'aux institutions multilatérales qui façonnent le gouvernement du monde, et où les Européens ont tellement investi de leur capital diplomatique, les décisions sortent du même moule. (Seule une étude spécifique permettrait de mesurer à quel point les Nations-Unies se sont transformées en une populace antisémite). C'est ainsi qu'en avril, la Commission des Droits de l'Homme des Nations-Unies a voté une résolution condamnant Israël pour «crimes de guerre», «massacres collectifs» et «crime contre l'humanité», tout en appuyant sans réserves le «droit des Palestiniens à la résistance», les pays européens qui ont voté son adoption incluaient les gouvernements socialistes ou les coalitions de gauche de France, de Belgique, de Suède et du Portugal, rejoints par l'Espagne centriste et l'Autriche de droite. En-dehors de l'Europe, inutile de dire que toutes les dictatures que la Gauche compte dans le monde ont voté en faveur de la résolution, y compris le brillant protecteur des Droits de l'Homme qu'est la République Populaire de Chine.

Il serait injuste d'en finir avec le cas de l'Europe sans mentionner les courageux efforts de ceux qui, en Grande-Bretagne, en France, en Italie et en Allemagne, se sont dressés contre les antisémites et les ont réfutés. Parmi ceux qui se sont le plus distingués récemment, on peut signaler l'écrivaine italienne Oriana Fallaci, qui, dans un réquisitoire passionné, publié par l'hebdomadaire Panorama déclarait, entre autres :
"Je trouve honteux… qu'[en Italie] les télévisions d'État apportent leur contribution à cet antisémitisme renaissant, en ne déplorant que les morts palestiniens, en minimisant les morts israéliens, en en parlant rapidement et de mauvaise grâce. Je trouve honteux que dans leurs débats, ils accueillent avec tant de déférence les canailles en turban et en keffieh qui faisaient la fête hier pour le carnage de New York et qui célèbrent aujourd'hui les tueries de Jerusalem, Haifa, Netanya et Tel Aviv. Je trouve honteux que la presse écrite fasse de même et s'indigne de ce que, à Bethléem, les chars israéliens encerclent l'Église de la Nativité, et qu'elle ne s'indigne pas de ce que, dans cette même église, deux cents terroristes palestiniens (parmi lesquels plusieurs chefs du Hamas et d'El-Aqsa), armés jusqu'aux dents de mitraillettes, de munitions et d'explosifs, ne soient pas des hôtes indésirables pour les moines (lesquels n'en ont pas moins accepté les bouteilles d'eau minérale et le pot de miel des équipages de ces chars)." www.virusilgiornaleonline.com/antisemitismo.htm

Cependant, ces exceptions ne sont notoires que parce que ce sont des exceptions. Partout, et particulièrement dans la Gauche politique et culturelle, les Européens ont généralement parlé d'une voix toute différente.

Qu'en est-il de nous, ici, aux Etats-Unis ? Dieu merci, sur ces rivages-ci, il manque à l'antisémitisme la richesse de la tradition européenne. Dans notre histoire à nous, les agressions violentes contre des Juifs sont excessivement rares, et quoiqu'on ait pu fonder d'authentiques mouvements sociaux sur l'hostilité envers les juifs - le plus fameux étant celui du Père Charles E. Coughlin, dans les années 1930, aucune des quelques tentatives pour canaliser cette hostilité à des fins électorales n'a jamais rien donné. La question est : dans quelles circonstances cela pourrait-il changer ?

Un facteur relativement nouveau de l'équation américaine, comme dans celle de l'Europe, est un afflux notable de musulmans. On a encore du mal à obtenir des chiffres fiables: un tableau statistique du Ministère des affaires étrangères des États-Unis affiche un chiffre de six millions, ce qui est presque certainement très exagéré, alors que d'autres estimations oscillent entre deux et quatre millions. En revanche, personne ne conteste que la population musulmane a radicalement augmenté au cours des dernières décennies, ni que cette augmentation affecte déjà la sécurité des juifs. Alors qu'auparavant les agressions physiques contre des juifs et des institutions juives provenaient principalement de groupes de droite ou hostiles à l'immigration, maintenant elles proviennent de plus en plus de militants arabes. L'une des plus des attaques les plus connues a été l'assassinat de Ari Halberstam, élève dans une école hassidique, abattu, en 1994, par des tireurs arabes alors qu'il traversait le pont de Brooklyn.

Depuis 1995 - années pendant lesquelles, d'après le rapport annuel de l'Anti-Defamation League, l'antisémitisme global a plutôt régressé aux États-Unis, on a aussi assisté à un débordement d'incidents violents liés au Moyen-Orient et, dans la plupart des cas, commis par des Arabes. C'était particulièrement marqué après le début de la dernière Intifada, en septembre 2000. En l'espace de quelques mois, on a recensé au moins 34 incidents dans le seul État de New York - essentiellement des actes de vandalisme et des incendies, mais aussi des violences contre les personnes.

Les mesures de sécurité renforcée, prises après le 11 septembre, semblent avoir causé une baisse de ce genre de violence, mais le rythme s'est accéléré depuis peu. À Berkeley, par exemple, «des résidents juifs ont été attaqués dans la rue», rapportait, fin avril, le quotidien Californian. Sur le campus, le bâtiment de l'Association Hillel a été maculé de graffitis antisémites, et la plus grande synagogue de la ville a reçu un flot de menaces, y compris celle où un correspondant affirmait, par téléphone, qu'il fallait «annihiler» et «holocauster» tous les juifs. Le maire a proposé de créer une police spéciale pour faire face à cette éruption de menaces de mort contre des juifs et d'alertes à la bombe dans des synagogues.

Mais l'évocation de Berkeley, un des hauts lieux les plus avancés de l'Université, aux Etats-Unis, devrait nous rappeler que, comme en Europe, les attitudes antisémites ne se limitent ni aux Arabes, ni aux musulmans, ni aux analphabètes. Bien au contraire, elles se sont parfaitement acclimatées dans ce qui passe pour les quartiers les plus "éclairés" de la société.
«Crève, juif. Crève, crève, crève, crève, crève, crève. Cesse de vivre, crève, crève, CRÈVE! Fais-nous ce plaisir à tous : construis-toi [un]… four.».
Tels ont été les termes utilisés dans un journal d'étudiants à l'Université Rutgers.
«Comment le judaïsme, les juifs, et les puissances internationales, ont-ils tous permis au sionisme de devenir une bête sauvage et destructrice, capable de perpétrer des atrocités?»
Tels sont les termes utilisés par un professeur en charge de l'enseignement de la sociologie à Georgetown, université américaine de pointe. Dans nombre d'universités de premier plan, des enseignants gauchistes ont fait cause commune avec les étudiants arabes pour contraindre leurs institutions académiques à se désolidariser d'un "Etat d'Israël, qui pratique l'apartheid". Il n'est que de parcourir des yeux les dizaines de noms des nobles promoteurs universitaires de cette initiative pour comprendre l'ampleur d'un mouvement qui ne cesse de gagner en force. (2)

L'adresse politique de ce mouvement, est à chercher, une fois de plus, à gauche. Certes, la portée malfaisante du «sionisme mondial» est depuis longtemps le thème favori des partisans de la suprématie des Blancs américains, tel David Duke, comme il a été celui du négationniste britannique David Irving. Cependant, même dans ses incarnations les plus modérées, comme chez Patrick Buchanan, désormais marginalisé, ce label d'antisémitisme connaît une relative éclipse, alors qu'à gauche il est devenu le ciment d'une nouvelle coalition. Les "écologistes" et les "anarchistes", qui se contentaient autrefois de casser les vitrines des cafés Starbucks, unissent désormais leurs forces à celles des Arabes extrémistes pour calomnier l'État hébreu. En avril, lors d'une manifestation à Washington, un de leurs slogans était : «Hey-ho, hey-ho! FMI au poteau !». L'autre étant: «Sharon-Hitler, c'est pareil ! Seuls les noms sont différents!»

Parmi les éléments les plus actifs de l'alliance de la Gauche avec les Arabes, on trouve – c'est triste à dire - un certain nombre de juifs. Depuis des années, des personnages tels que Noam Chomsky et son acolyte, Norman Finkelstein, rivalisent en dénonciations enflammées contre Israël, avec relativement peu d'impact. (3). Depuis peu, ils exercent plus d'attraction. L'activité principale d'une nouvelle organisation du nom de "Jews for Peace in Palestine and Israel" consiste à organiser des meetings de soutien à l'OLP. «Il y a beaucoup de juifs américains qui sont carrément gênés de ce que le Premier ministre d'Israël soit coupable de crimes de guerre», déclare son administrateur délégué, Josh Ruebner. Le rabbin Michael Lerner, rédacteur en chef du magazine Tikkun, et des dizaines de ses associés, dont Noam Chomsky et d'autres brillantes personnalités non juives, tel l'activiste noir, Cornel West, professeur à Harvard, ont récemment fait publier une pleine page payante dans le New York Times, où, conformément aux canons de l'antisémitisme classique, une caricature montrait soit Ariel Sharon, soit l'un de ses "partisans", affligé d'un nez crochu et arborant l'air sournois de rigueur ; l'État d'Israël tenait le rôle du «Pharaon»; tandis que les soldats israéliens, avaient l'aspect de Nazis, aveuglément «obéissants aux ordres», dans «une occupation brutale» qui «viole le droit international, les droits de l'homme, et les normes fondamentales de l'humanité».

Au cours des décennies qui ont précédé la Seconde Guerre mondiale, un déluge de rhétorique antisémite, des (i)Protocoles des Sages de Sion à Mein Kampf et autres écrits ultérieurs, a contribué à préparer les fondements intellectuels et culturels de la catastrophe qui a suivi. Aujourd'hui, on ne peut manquer de noter à quel point les dénonciations incessantes d'Israël par la Gauche internationale, y compris certains de ses porte-parole parmi les plus respectables et les plus respectés, portent en elles les germes d'une macabre récidive. Ce que George F. Will a appelé la «centralité de l'antisémitisme» pour la crise moyen-orientale actuelle est toujours susceptible de réaliser sa capacité potentielle à transformer ladite crise en ce qui serait (pour citer de nouveau George Will) «la seconde - et ultime ? - phase de la lutte pour la 'solution finale' de la question juive».

Bien entendu, les dirigeants de l'Europe nieraient fébrilement qu'ils nourrissent un tel projet ; cependant, sous leur direction, la campagne anti-israélienne et anti-juive a généré un véritable élan. Les États européens sont militairement faibles, mais ils disposent d'autres leviers de pouvoir. Ils ont déjà joué un rôle majeur dans l'isolement politique et diplomatique d'Israël, et l'on pourrait parfaitement imaginer qu'ils tentent de l'étrangler économiquement par les boycotts et les sanctions qu'ils ont menacé d'imposer. Avec l'influence qu'ils exercent dans les organismes internationaux, et le prestige moral qu'ils continuent - si inexplicable que cela soit -, d'exercer dans les milieux de l'opinion éclairée ailleurs dans le monde, ils ont effectivement contribué à éroder la légitimité même d'Israël.

On ne voudrait pas exagérer. La virulence de l'antisémitisme actuel est, pour une part, un épiphénomène du conflit israélo-arabe - ou plus exactement des efforts que fait Israël pour résister à des Arabes résolus à le détruire. Dans la mesure où Israël aura su mettre en échec cette détermination ou y parer, il se peut que la rhétorique se calme et que l'antisémitisme ouvert s'affaiblisse. (A l'inverse, l'histoire enseigne que la perception d'une faiblesse chez les juifs a toujours nourri l'appétit de l'agression anti-juive). Cependant, on ne peut pas nier non plus que le nouvel antisémitisme s'est doté d'une vie propre, qu'il tire sa force des aversions religieuses longtemps réprimées, auxquelles licence est soudain donnée de se montrer au grand jour, de toutes sortes de ressentiments sociaux mal placés qui n'ont rien à voir avec les juifs, et (à en juger d'après la coalition entre la Gauche et les Arabes) de projets idéologiques plus larges dans lesquels Israël n'est qu'un substitut, une cible commodément vulnérable pour ceux qui ne veulent pas, ou ne peuvent pas encore s'en prendre à la puissance des États-Unis.
Une indication, ténue mais fort inquiétante, des progrès réalisés par ce nouvel antisémitisme est la spéculation, qui a soudain surgi dans les milieux les plus disparates, concernant la possibilité d'un monde sans Israël - comme si c'était une perspective tout à fait ordinaire qu'une démocratie prospère de près de cinq millions de juifs disparaisse tout simplement. Que l'un des chefs du Hamas comme Ismaïl Abou Chanab envisage la disparition d'Israël, c'est parfaitement compréhensible ; mais le fait qu'il se sente à l'aise au point d'en parler publiquement – «Il y a, aux États-Unis», a-t-il expliqué d'un ton affable, «beaucoup de régions ouvertes qui pourraient facilement absorber les juifs» - en dit long sur ce qui passe désormais pour un discours acceptable en présence de journalistes. Mais après tout, Tom Paulin et A.N. Wilson n'ont pas été loin compte - et des considérations de la même eau, avec toutes les précautions de langage, apparaissent même ici, chez nous, et sous la signature de partisans déclarés de l' État juif . Comme l'un d'entre eux, Richard John Neuhaus, l'a écrit récemment, tout en se défendant entretenir personnellement de tels sentiments : «souhaiter qu'Israël 'cesse d'exister' n'est… pas nécessairement souhaiter détruire les juifs, puisqu'on pourrait en même temps espérer que la minorité des juifs du monde qui vivent en Israël trouvent en toute sécurité leur place ailleurs, notamment aux États-Unis». C'est à ce genre de justifications tortueuses qu'a mené le courant de l'antisémitisme mondial.

Le siècle écoulé nous a appris que des chocs de grande ampleur peuvent engendrer des mouvements politiques complètement imprévisibles. Ces dernières années, le monde a subi plusieurs chocs de ce genre, le 11 septembre étant le plus grand, et il se pourrait que d'autres soient en cours. Où leurs répercussions s'arrêteront-elles ? Nul ne peut le dire encore, mais on doit trembler quand on assiste à la résurrection concomitante - et pas si accidentelle que cela -de cette phobie et de cette détestation antiques que l'on appelle l'antisémitisme. L'histoire de l'Europe au XXe siècle, écrivait l'historien Norman Cohn, dans la conclusion de Warrant for Genocide, son étude de 1966 sur l'antisémitisme en Europe dans les années précédant la Deuxième guerre mondiale, raconte comment une vision du monde grossièrement illusoire, fondée sur des peurs et des haines infantiles, a pu trouver son expression dans un assassinat et des tortures qui dépassent l'imagination. C'est un cas d'école pour l'histoire de la psychopathologie collective, dont les tenants et aboutissants s'étendent bien au-delà de l'antisémitisme et du sort réservé aux juifs.

Paroles qui sont toujours terriblement actuelles.

Gabriel Schonfeld

© Commentary



Notes

(1) Traduit par le Middle East Media Research Institute, consultable sur www.memri.org.
* [Les Luddites étaient les membres d'un mouvement ouvrier insurrectionnel d'ouvriers de l'Angleterre du début du XIXe siècle, qui détruisaient les machines au motif qu'elle généraient le chômage. Ndlr.]
(2) Une initiative typique est celle de Princeton ; cf. www.princetondivest.org/faculty.htm
(3) Lors d'une conférence faite à Beyrouth en décembre 2001, Finkelstein avait comparé les opérations israéliennes aux «pratiques nazies» lors de la seconde guerre mondiale, avec toutefois quelques «innovations supplémentaires par rapport aux expériences nazies».

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Source : www.ajc.org/InTheMedia/Publications.asp?did=535