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Shoah

Collaboration de la police anversoise aux arrestations de juifs, Sylvain Brachfeld*
14/07/2002

Titre complet :

La collaboration de la police anversoise aux arrestations des juifs de la ville, pendant l'occupation allemande de la Belgique (1942), par Sylvain Brachfeld

YZKOR - IN MEMORIAM

A tous les hommes, femmes, enfants, bébés et vieillards qui ont été envoyés à la mort suite aux rafles opérées à Anvers.


ISBN 965-90096-3-1

Institut de Recherche sur le
Judaïsme Belge (IRJB)
P.O.Box 6089
HERZLIA 46100
Israel
e-mail: brasylv@netvison.net.il

© 2002


Madame, Monsieur,

Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, le judaïsme anversois vit avec la mémoire de la déportation des habitants juifs de la ville, dont une grande partie fut arrêtée par la police locale.

La responsabilité de la police anversoise n'a jamais fait l'objet d'une enquête et, suite à une désinformation qui dure depuis plus d'un demi siècle, on nous a fait croire que le bourgmestre Leon Delwaide, chef de police, ainsi que le commissaire en chef Josef De Potter, ont comparu en justice et ont été acquittés. On a prétendu que les seuls responsables étaient les Allemands, qui ont réquisitionné la police anversoise, soi-disant sous la menace, pour arrêter plus de 2.000 Juifs. Une certaine presse juive continue même, contre toute logique, à défendre à ce jour le bourgmestre de guerre.

Les agents de police impliqués ont obéi aveuglement aux ordres de leurs supérieurs, la plupart ne se doutant probablement pas de la portée de leur acte. Il y a eu un essai très louable de la part de certains policiers conscients et patriotes pour avertir les Juifs de la rafle du 27 août 1942. D'autres, ont agi avec une brutalité gratuite à l'égard des malheureux qu'ils ont arrêtés.

Ce n'est qu'avec la parution du livre de Lieven Saerens: "Vreemdelingen in een Wereldstad, een geschiedenis van Antwerpen en haar joodse gemeenschap 1880-1944", Lannoo, Tielt 2000, basé sur une recherche minutieuse et sur des documents, que la vérité et les faits ont été rendus publique.

La présente brochure / mail a pour but de diffuser cette vérité et pose la question de la responsabilité du bourgmestre, de la police anversoise et du procureur du roi du temps de l'occupation allemande.

Il va de soi que le corps de police de la ville d'Anvers de nos jours n'a aucune responsabilité pour ce qui s'est passé en 1942. Nous espérons seulement que devant les actes antisémites de plus en plus nombreux qui ont lieu actuellement, en Belgique, la population juive pourra compter sur la protection totale des agents de la Métropole.

Ce texte a paru en mai 2002 en hébreu dans la revue Yalkut Moreshet n° 73.

Envoyez-ce texte à vos amis et connaissances.

Vos réactions et remarques sont les bienvenues.

S. Brachfeld

Sylvain BRACHFELD
Ranak Street 3
46406 HERZLIA, Israel.

Herzlia, juin 2002

La collaboration de la police anversoise aux arrestations des juifs de la ville, pendant l'occupation allemande de la Belgique (1942), par Sylvain Brachfeld


"Souviens-toi de ce que te fit Amalek." (Deutéronome 25:17)


Dans le judaïsme, "se souvenir" est un impératif. Un peuple n'a pas d'histoire s'il ne se souvient pas de son passé. Il est interdit d'oublier, car chacun de nous représente ceux qui ont vécu, chacun de nous porte en son coeur et en sa mémoire le bien et le mal qui nous ont été faits dans le passé.


La situation en Belgique jusqu'aux arrestations et aux déportations

Au mois de mai 1940, quand les Allemands envahirent la Belgique, la communauté juive du pays comptait de 60.000 à 80.000 personnes. Environ 94% des Juifs en Belgique n'avaient pas la nationalité belge. Parmi eux se trouvaient de nombreux réfugiés d'Allemagne et d'Autriche ayant fui leurs pays avec la montée du nazisme. Les jours suivant l'invasion du 10 mai, près de deux millions de Belges sont partis sur les routes de France dans l'espoir d'échapper aux Allemands. La plupart ont été rattrapés par l'avance des soldats allemands dans leur Blitzkrieg [guerre-éclair. Ndlr de reinfo-israel] et rentrèrent en Belgique. Parmi eux aussi de très nombreux Juifs.


Les lois anti-antijuives

La Belgique occupée a été gouvernée par un gouverneur militaire, le général Von Falkenhausen de la Wehrmacht (remplacé en juillet 1944 par le Gauleiter Crohé). L'administration du pays était assurée par la Militärverwaltung (administration militaire) sous la direction du général Reeder. Dès le milieu de l'année 1942, les Juifs dépendaient de plus en plus des services policiers allemands, de la Sicherheitzdienst (S.D.) [Service de sécurité] et de la Sicherheitzpolizei (Sipo) [Police de sécurité]. Le responsable de la Gestapo à Anvers et des déportations du judaïsme anversois était le SS-Oberscharführer Erich Holm, Sipo-SD Aussenstelle Antwerpen. C'était également de la Sipo que dépendaient directement les camps de Breendonk (camp de détention, de travail, et de meurtres, aussi bien pour des Juifs que des non-Juifs résistants et prisonniers politiques) et de Malines (la caserne Dossin, camp de rassemblement des Juifs avant leur déportation).

D'autres sections s'occupaient du pillagedes biens juifs, des devises et des bijoux, de l'enlèvement des meubles ou des objets d'art. Au début de l'occupation, tout portait à croire qu'on allait laisser les Juifs tranquilles. Mais en octobre 1940 la première loi anti-juive parut sous la forme de l'interdiction de l'abattage rituel. Celle du 28 octobre ordonnant aux Juifs de s'inscrire dans un registre spécial des Juifs et d'enregistrer leurs affaires commerciales, était bien plus dangereuse. A cette occasion, on estampilla les cartes d'identité d'une lettre 'J' ou du mot 'Juif' ou 'Jood' à l'encre rouge, ce qui identifiait immédiatement toute personne juive.

Nous n'allons pas décrire systématiquement toutes les lois anti-antijuives destinées à isoler lentement, mais progressivement, les Juifs du reste de la population, à restreindre leurs libertés, à briser leur moral et surtout à leur enlever les moyens de subsister, pour disposer d'eux plus facilement au moment de les déporter. Les Allemands ont, en décembre 1940, défini leur but comme : "visant à l'élimination totale de l'influence juive". Toutes les lois contre les Juifs furent promulguées entre octobre 1940 et septembre 1942. La plus spectaculaire fut celle de juin 1942, obligeant les Juifs, à partir de l'âge de six ans, à porter une étoile jaune sur leurs vêtements avec la lettre 'J' ou les mots 'Jood' ou 'Juif'. Contrairement à ce qui se passa à Bruxelles, où les bourgmestres des communes ont refusé de distribuer les convocations pour chercher les étoiles de David, les autorités municipales anversoises ont accepté de le faire. Les étoiles furent délivrées par le bureau de l'état civil. L'administration se chargea même de marquer les cartes d'identité de ceux qui venaient chercher les étoiles jaunes.

A partir du 1 décembre 1941, les enfants juifs ne pouvaient plus fréquenter une école non-juive, tandis que les enseignants juifs étaient renvoyés de tous les établissements scolaires non-juifs. Il fut interdit aux Juifs de travailler dans les services publics. Les médecins et les para-médicaux ne pouvaient plus soigner que des Juifs. Les juges, avocats, journalistes et autres membres des secteurs libres ou professions libérales devaient cesser leurs activités. Il était interdit aux Juifs de résider en dehors des quatre villes: Bruxelles, Anvers, Charleroi et Liège, ou de quitter le pays. A partir de juillet 1942, la fréquentation de théâtres, salles de concerts, stades sportifs ou cinémas tombait également sous les interdictions. La présence des Juifs dans les trams n'était tolérée que sur la plate-forme de la remorque.

Le fait de rayer les Juifs du Registre de commerce leur enleva d'un coup toute possibilité de faire des affaires, de tenir un commerce et de gagner leur vie dans un nombre très important d'activités. Les diamantaires devaient remettre leurs marchandises et recevaient en échange un papier dénué de toute valeur. Les détenteurs de devises furent logés à la même enseigne.


Les déportations et la résidence forcée au Limbourg en 1941

Entre le 21 décembre 1940 et le 12 février 1941, 3.273 Juifs anversois, tous de nationalité étrangère, furent déportés vers la province du Limbourg, où ils furent répartis dans 40 communes, accompagnés chaque fois jusqu'au train et lors du voyage par des policiers anversois. La police anversoise s'occupa également de rechercher et d'arrêter les personnes convoquées qui ne se s'étaient pas présentées. Pour la première fois des policiers anversois furent mis à la disposition des Allemands pour arrêter des Juifs. Le 23 décembre 1940, le commissaire en chef de la police anversoise ordonna d'aller arrêter à domicile les Juifs qui n'avaient pas répondu à la convocation de se rendre au Limbourg. Ce même jour, le bourgmestre de guerre d'Anvers, Leon Delwaide, s'est déclaré prêt à héberger les "récalcitrants", parmi les "Juifs du Limbourg", dans un des dépôts de la ville.

Comme une partie des Juifs n'étaient pas partis de leur plein gré et s'étaient éloignés de leur domicile, le gouverneur de la province d'Anvers, Jan Grauls, proposa, en janvier 1941, de faire arrêter les "récalcitrants" quand ils viendraient chercher leurs timbres de ravitaillement, ce que chacun devait faire une fois par mois. Nous constatons donc une collaboration avec les Allemands, et des initiatives de la part de la police, du bourgmestre Delwaide et du gouverneur Grauls.

Les déplacés du Limburg demeuraient en résidence forcée dans des villages, généralement chez l'habitant, et devaient se présenter chaque jour à la police locale. A partir de mars 1941, un premier contingent d'expulsés rentra à Anvers. Les autres suivirent petit à petit, mais il fut interdit aux hommes d'habiter Anvers et la plupart partirent pour Bruxelles.


Un mini-pogrome à Anvers

Le 14 avril 1941, pendant la fête de la Pâque juive, des militants des organisations pro-allemandes 'Volksverwering', 'Zwarte Brigade', 'De Vlag' et de la 'SS Vlaanderen', entreprirent une action de terreur dans les quartiers juifs d'Anvers. Lors de ce pogrom, deux synagogues furent brûlées et les rouleaux de la Tora jetés dans la rue avec les livres de prière pour en faire un bûcher. Les Allemands interdirent aux pompiers d'intervenir. La maison du rabbin Rottenberg fut attaquée. Le rabbin et sa famille purent se sauver, mais tout le mobilier et tous leurs biens furent dévastés par les flammes.

Il est intéressant de voir comment les demandes d'indemnisations des commerçants juifs ont été traitées. Selon Saerens, au début, les autorités de la ville déclinèrent toute responsabilité, disant que la police n'était pas équipée d'armes à feu pour s'opposer aux manifestants anti-juifs. En outre, des soldats allemands avaient participé à la manifestation, ce qui rendait difficile une intervention de la police locale. Les dégâts devaient être vus comme résultant d'actes de guerre et tombant sous la responsabilité du service des dégâts de la guerre. Le 14 juillet 1941, le Tribunal de première instance d'Anvers réfuta ces arguments, disant que la police avait eu le temps d'acquérir les armes avant les faits et n'avait pas pris les mesures nécessaires pour éviter des rassemblements, soulèvements et bagarres. Aucune disposition n'avait été prise, alors que les autorités savaient que la sécurité était menacée par une campagne antisémite et que des actes, comme le bris d'étalages, avaient déjà eu lieu. Le tribunal ordonna à la ville de payer les indemnisations et, en octobre 1941, il fut décidé de payer les dégâts, mais un ordre de la Feldkommandantur interdit les paiements aux Juifs. On voit donc clairement que ce n'est pas le bourgmestre qui a décidé de payer les dégâts aux Juifs, contrairement à ce qui été prétendu plus tard, et qu'il n'y a jamais eu de paiement.


Les travaux forcés

Par le décret du 15 mai 1942, les hommes entre 18 et 60 ans et les femmes entre 20 et 55 ans furent obligés, sous peine d'être déportés en Allemagne dans un camp de concentration, d'accepter tout travail qui leur serait offert par l'Office du Travail, organisme belge qui collaborait avec l'ennemi. Il n'y avait aucun appel contre une convocation, aucune excuse possible. Les Juifs, pour la plupart réduits au chômage, étaient obligés d'accepter le travail. Dès le 8 mai, à Anvers, et plus tard à Bruxelles et dans le reste du pays, des Juifs furent convoqués au bureau des Offices du Travail. Les hommes - et plus tard également des femmes dans les usines d'armements de la F.N. à Herstal - furent envoyés aux travaux forcés, surtout dans les camps de l'organisation Todt de Dannes-Cammiers, en France, en face des côtes britanniques pour la construction du 'Mur de l'Atlantique', et à Charleville-Mézières, dans les Ardennes françaises. A chaque départ d'Anvers, le 13 juin, le 14 juillet, le 15 août et le 12 septembre, la police locale accompagnait les Juifs à la gare. Au total, 2.252 hommes furent envoyés dans le nord de la France, dont probablement 1.300 d'Anvers.


Les arrestations

Le 22 juin 1942, une lettre émanant des services d'Eichmann à Berlin, fut envoyée aux autorités d'occupation annonçant les déportations de masse. "Il est prévu qu'à partir de la mi-juillet et début août de cette année, des trains spéciaux transporteront chaque jour 1.000 personnes vers les camps de travail d'Auschwitz ; pour commencer, 40.000 Juifs de la France occupée, 40.000 des Pays-Bas et 10.000 de Belgique".

Le 22 juillet, les Juifs portant l'étoile jaune furent arrêtés systématiquement aux stations de Bruxelles, de Malines et d'Anvers et envoyés au camp de Breendonk, puis à la caserne Dossin, de Malines, qui fut ouverte comme camp de rassemblement, le lundi 27 juillet 1942. Le 4 août partit le premier convoi vers Auschwitz, transportant 998 personnes dont 140 enfants en dessous de 16 ans. Sept personnes de ce transport sont revenues vivantes. Plus de 25.000 Juifs de Belgique suivront ce chemin vers la mort, dans 26 convois, échelonnés du 4 août 1942 au 31 juillet 1944. Le 27e convoi n'est pas parti et les prisonniers ont été libérés le 4 septembre.


Les convocations au "travail forcé" à Malines

Par l'intermédiaire de l'"Association des Juifs en Belgique -A.J.B.", le Judenrat local, les Allemands envoyèrent des convocations aux jeunes gens de 16 à 22 ans pour qu'ils viennent se présenter à la Caserne Dossin, à Malines, munis de denrées alimentaires non périssables pour 14 jours, ainsi que de vêtements de travail " pour aller travailler dans les pays de l'Est". Le but était de faire croire qu'il s'agissait d'une mise au travail et d'avoir des victimes dociles qui se présentent d'elles-mêmes pour les transports de la mort. Sur les 10.000 convoqués, seuls 3.900 se rendirent à la caserne Dossin. Pour les autres et leurs familles commençait la difficile recherche de caches et d'un changement d'identité. Pratiquement personne n'était préparé à entrer dans la clandestinité, et il fallait faire vite. Les Allemands n'avaient pas de forces de police suffisantes pour arrêter, porte à porte, les 6.000 réfractaires. Plus tard, des familles entières reçurent des convocations pour se présenter au travail obligatoire, mais les résultats n'étaient pas satisfaisants car beaucoup se dérobaient. Alors les Allemands décidèrent de passer à des arrestations nocturnes massives dans des quartiers à forte concentration juive, à Anvers et à Bruxelles. Trois rafles anversoises furent exécutées avec la collaboration de policiers locaux, aidés de SS flamands.


L'occupant allemand avait-il autorité pour impliquer des agents de l'ordre belge dans ses actions

Nous basant sur le livre de Lieven Saerens, qui a étudié la question en détail, nous voulons essayer de comprendre, d'une manière très succincte, la situation légale en Belgique à ce sujet.

Quand on parle du maintien de l'ordre dans le pays occupé, il s'agit aussi bien de l'arrestation de pilotes alliés abattus, de résistants, d'opposants politiques, de réfractaires au travail obligatoire, que de Juifs. En Belgique il y avait la police et les gendarmes pour le maintien de l'ordre, mais les Allemands disposaient de leur police militaire (Feldgendarmen), de la Sicherheitzdienst (S.D.) et de la Sicherheitzpolizei (Sipo). De plus, ils pouvaient compter sur les collaborateurs belges, comme les SS Flamands, groupements rexistes et autres.

Les gendarmes et la police belge devaient se conformer à la loi belge. Or, ils étaient parfois réquisitionnés par les Allemands, comme ce fut le cas, lorsque, le 23 juin 1941, la Sipo-SD de Liège ordonna à la gendarmerie d'arrêter les communistes. C'était en contradiction avec la loi belge, et le commandant national de la gendarmerie, consulté, déclara que les gendarmes ne pouvaient pas exécuter cet ordre. Il y eut d'autres cas de réquisition de gendarmes ou de policiers, et la question de l'autorité des Allemands fut posée. Le 24 juillet 1941, le général von Falkenhausen, commandant militaire de la Belgique et du Nord de la France, écrivit à Gérard Romsée, Secrétaire Général de l'Intérieur.
"Le gouverneur militaire a le droit exécutif dans les territoires occupés et ses ordonnances sont tout aussi contraignantes pour la population belge que les lois belges. Les membres des services de sécurité belges sont donc obligés d'exécuter les ordres de l'autorité occupante, même s'il n'y a pas de fondement juridique pour cela dans les lois belges". (...) "Nous comprenons qu'il y a des arrestations dont l'exécution par les membres de la sûreté belge peut, pour certaines raisons, donner lieu à des objections. Dans ces cas-là, les arrestations seront exécutées par les membres de la sécurité allemande. Cette concession ne change pourtant rien au principe cité plus haut, selon lequel toutes les ordonnances prises par l'autorité occupante obligent les membres de la sécurité belge à les exécuter."

Cette déclaration était contestable car, comme nous l'avons vu, les services de l'ordre belge ne pouvaient agir que dans le cadre des lois belges. Or, le gouverneur militaire allemand, sans entrer dans les détails, laisse entendre dans sa lettre que des "objections" étaient possibles. Cela permettait aux gendarmes et aux policiers - en principe et dans certains cas - de ne pas suivre les ordres des occupants.

En Belgique, le bourgmestre d'une ville - à Anvers, pendant la guerre, il s'agissait de Leon Delwaide - est le chef de la police administrative. Il peut ordonner des arrestations quand, par exemple, l'ordre public est perturbé et cela uniquement pour la durée des troubles. Le procureur du roi dirige la police judiciaire dans son arrondissement et est responsable pour les délits criminels. Les arrestations ne peuvent pas dépasser les vingt-quatre heures sans un mandat d'arrêt émis par un juge d'instruction. Comment pouvait-on arrêter des gens dans le cadre de la répression allemande? D'autant plus qu'il s'agissait de "crimes" (politiques ou de race) qui n'étaient pas punissables d'après la loi belge. Il est donc clair que dans ces cas la police ne le pouvait pas.

Le bourgmestre, bien que responsable du maintien de l'ordre et de la sécurité de sa ville, pouvait donc - comme le fit le bourgmestre de la ville de Liège, Joseph Bologne - refuser d'être l'exécuteur des ordres d'arrestation des autorités allemandes, quand ceux-ci allaient à l'encontre des lois belges.

Pour mettre au clair la situation, avis fut demandé du Conseil de la Constitution, lequel déclara le 26 février 1942 que:
1. Si les autorités d'occupation prennent des mesures qui sont uniquement à l'avantage du pays occupé, la police et la gendarmerie doivent les exécuter.
2. Par contre, ils ne peuvent pas être obligés d'exécuter des mesures qui sont prises principalement dans l'intérêt militaire ou politique de l'occupant.
3. Dans le cas d'un doute raisonnable au sujet du caractère des mesures qui leur sont imposées, les policiers et gendarmes devaient consulter leurs chefs hiérarchiques.


Plus de deux mille Juifs, arrêtés avec l'aide de la police, furent envoyés vers la mort

Nous allons passer en revue les différentes rafles effectuées à Anvers, et auxquelles la police locale a prêté main forte.

Le samedi 15 août 1942, le Commissaire principal de la police, Jozef De Potter, consigna dans les 'Ordres du jour' distribués aux différents commissariats, que, sur l'ordre de la Sicherheitspolizei des dispositions spéciales devaient être prises, à partir de 20h 30, pour certaines actions dans les 5e, 6e et 7e quartiers de la ville. Aucune mention d'une quelconque menace de la part des Allemands n'accompagnait cet ordre. Il n'y avait aucune description des actions, et on ignore si le Commissaire principal a agi en accord avec le bourgmestre. Mais son ordre était formel, le nombre d'agents devait être respecté, même si l'on devait faire appel à des agents d'autres sections. Au total, 53 agents et 3 commissaires-adjoints furent désignés. La Sipo vint en plus elle-méme réquisitionner des policiers dans deux quartiers et leur remit respectivement 75 et 77 appels nominaux au travail (Arbeitseinsatzbefehle) pour aller arrêter ces Juifs la nuit venue. Les prisonniers devaient être remis à la Sipo. Les arrestations devaient continuer toute la nuit et si on ne trouvait pas la personne recherchée, toute la maison devait être fouillée. Ainsi la police devenait l'exécutant des arrestations des Juifs, si nécessaire en employant la force.

Un des commissaires adjoints vint le soir avec des ordres précis de la Sipo, qui demandait aux agents de police de boucler certaines rues avec l'aide des Feldgendarmen. Des camions apparurent dans ces zones bouclées. Commença alors l'arrestation de tous les Juifs qui habitaient le quartier et, plus tard, ceux d'un autre quartier également habité par un grand nombre de Juifs. L'action se solda par l'arrestation d'environ 1.000 Juifs, hommes, femmes et enfants. La police anversoise aida à les entasser dans les camions, ce qui n'allait pas toujours sans brutalité. Il semble qu'aucun agent n'ait refusé de collaborer. Il est vrai que l'ordre émanait de leurs supérieurs et qu'ils étaient entourés d'Allemands. Le lendemain, des camions de firmes de transport anversoises amenèrent les prisonniers à Malines. Un rapport détaillé fut naturellement envoyé par les commissaires adjoints à leurs supérieurs, au procureur du roi Baers et à l'Hôtel de Ville. Cela fut confirmé par le bourgmestre Delwaide, lors de son interrogatoire, en décembre 1944, par le Gouverneur de la Province, a.i. Louis Clerckx, disant que la police avait, dès le début, pour chaque arrestation qu'elle effectuait, immédiatement envoyé un procès-verbal au Procureur du Roi et à lui-même. Plusieurs individus juifs furent arrêtés par la police, les jours suivants, sur l'ordre de la Sicherheitspolizei.

La seconde grande action devait avoir lieu le 27 août, et pas moins de 61 agents de police et trois commissaires adjoints furent obligés par le Commissaire principal De Potter, à se présenter, ce soir là. Ils venaient de pratiquement tous les commissariats de la ville. Selon Erich Holm, chef de la SD Gestapo, une quarantaine de soldats SS et quarante cinq Feldgendarmen auraient participé à l'action. Mais il semble que, ce soir-là,
certains policiers avaient averti les Juifs, par des tracts, de ce qui les attendait, avec pour résultat que de nombreux Juifs avaient fui leurs habitations. Voyant cela, Holms arrêta la rafle. On ignore combien de Juifs furent arrêtés, malgré tout.

Il est dommage que nous ne sachions pas qui étaient ces policiers courageux qui ont
réussi à distribuer des tracts auprès d'un certain nombre de Juifs pour les sauver. Nous ne connaissons pas ces tracts et ne savons pas comment ils ont été imprimés, ni par qui. Il y a ici une preuve que des agents – seuls, ou avec l'aide de membres de la Résistance - ont pris une initiative importante et qui mérite notre admiration.

Le lendemain, 28 août, Holm fit venir quatre commissaires-adjoints au siège de la Gestapo et leur dit que, comme punition pour la trahison de la veille,et de la non réussite de la rafle, les policiers anversois devraient dorénavant procéder seuls à l'arrestation des Juifs. Il menaça de les envoyer au camp de Breendonk s'ils n'exécutaient pas les ordres. Chacun d'entre eux devait livrer quelque 250 Juifs pour le lendemain matin. Il fallait agir avec force. Le Commissaire principal, Jozef De Potter, était à la hauteur de cette action et il ordonna aux policiers de collaborer à l'arrestation des Juifs.


La nuit ou mon père nous a sauvés

Je me souviens d'un vendredi soir – c'était le 28 août 1942 et j'avais dix ans et demi - des cris se firent entendre dans notre rue. J'entendis cogner aux portes des maisons, dont la nôtre, située au 33 de la Korte van Ruusbroeckstraat, à Anvers. Il devait être environ dix heures du soir et j'étais déjà au lit. J'ouvris doucement la porte de la chambre, et je vis mon père sur le pas de la porte d'entrée, en compagnie d'un agent de police. Celui-ci nous ordonna de nous préparer et de descendre dans les dix minutes. Mon père, furieux, lui répondit sèchement: "Je ne suivrai pas un agent de police belge" et lui claqua la porte au nez. On m'avertit de rester tranquille. Papa éteignit toutes les lumières. Lorsque l'agent revint, au bout de quelques minutes, pour voir si nous étions descendus et frappa à la porte, personne ne lui répondit, et il s'en alla. Nous entendîmes descendre les autres locataires et, par la fenêtre, nous pouvions voir qu'on les menait en direction de la Lange van Ruusbroeckstraat. L'action courageuse de mon père, et probablement la présence d'un agent pas très convaincu de sa mission, ont permis notre survie. Un autre agent força une porte, au numéro 8 de la même rue, et trois personnes furent arrêtées. De très nombreuses personnes de notre voisinage furent victimes de la rafle, dont mon oncle, Leibisch Brachfeld, son épouse Tsvya et ma petite cousine Eva, âgée de six ans. Feu mon oncle Leibish était un homme de cœur, qui apportait de la nourriture 'cachère' aux malades juifs des hôpitaux et s'occupait davantage des bonnes oeuvres que de son gagne-pain.

Quand on lit les rapports (procès-verbaux) de la police, on est sidéré de voir que même des malades, avec des attestations médicales, furent arrêtés sans égards. Quand un ambulancier vint dans une école où avaient été rassemblés les Juifs, pour transporter à l'hôpital une femme couchée par terre et souffrant d'un cancer au ventre, il fut menacé d'un revolver par Felix Lauterborn, un Flamand au service des nazis. Les personnes arrêtées furent maltraitées et battues par Holm en personne. Plus tard, nous avons appris que les Juifs arrêtés avaient été rassemblés dans l'école de la Grote Hondstraat et transportés, le lendemain, à la Caserne Dossin, à Malines.

"Le matin du 29 août 1942 les gens de Boom (une commune sur l'ancienne route d'Anvers à Bruxelles) virent un tram vicinal composé d'une locomotive à vapeur et de sept wagons qui traversait lentement la commune. (...) Nous avons appris qu'il se dirigeait vers Malines, vers la caserne Dossin. Les vitres étaient peintes en bleu, conformément aux ordonnances d'occultation. Sur les plate-formes, se trouvaient des Allemands armés et des soldats en uniforme noir des SS (...) Nous avons appris, par un SS Flamand qui a habité à Boom, que les wagons étaient remplis de Juifs arrêtés la nuit précédente à Anvers".

Le 1 septembre 1.000 personnes, dont 344 enfants, partirent pour Auschiwtz par le VIIe convoi. Seules 99 d'entre elles avaient répondu à une convocation, toutes les autres avaient été arrêtées dans la rafle d'Anvers. Le voyage dura deux jours. De ce transport seules 15 personnes survivront à la guerre.

Les Juifs d'Anvers n'ont pas encore digéré cette collaboration de la police anversoise. Comment se peut-il que les policiers aient consenti à une chasse à l'homme à l'encontre de leurs concitoyens juifs? Qui était responsable de la collaboration de la police anversoise à ces actions, au cours desquelles environ 2.000 personnes furent arrêtées, transférées à Malines et envoyées à la mort ?


Les compétences du bourgmestre, du chef de la police et du Procureur du Roi, et leur responsabilité dans la collaboration de la police communale à l'arrestation des Juifs

Dans le livre, qu'il a publié en 1946, et qui est intitulé "Vier jaar burgemeester van Antwerpen" (Bourgmestre d'Anvers pendant quatre ans), Léon Delwaide écrit: "La nuit du 27 août 1941, la police de certains quartiers d'Anvers et des communes périphériques a été réquisitionnée par la Gestapo, sous la menace, pour arrêter des Juifs, soi-disant afin de les punir des indiscrétions commises par certains de ces policiers. Ni le commissaire principal, ni moi-même n'avions été avisés de ces faits. Je me trouvais d'ailleurs en dehors d'Anvers quand ces choses se produisirent. L'ayant appris en arrivant à l'hôtel de ville, par un rapport du Commissaire en chef, je me suis immédiatement rendu à la Feldkommandantur (le commandement de la police allemande) pour protester contre cette action illégitime et arbitraire de la Gestapo. La Feldkommandantur prétendit ne rien savoir des faits. Le chef de la Gestapo fut convoqué et finalement je reçus l'engagement que la police ne serait plus réquisitionnée pour l'arrestation des Juifs. Cet engagement a été respecté, après que j'eusse également protesté contre cet incident auprès du Secrétaire général du Ministère de l'Intérieur et demandé son intervention pour éviter une répétition de tels faits".

Cette 'explication' du bourgmestre Delwaide ne répond pas à la question de savoir comment la police anversoise, dont il était le chef, a été engagée dans l'accompagnement des Juifs exilés au Limbourg, a encadré les hommes appelés aux travaux forcés au Nord de la France et les a accompagnés jusqu'aux trains, et a participé aux rafles antérieures, telle celle du 15 août,dont il ne souffle mot, pas plus que de celle, avortée, du 27 août. Au moment d'écrire mon livre sur le sauvetage des Juifs de Belgique, dans sa version originale en néerlandais, j'avais envoyé une lettre à son fils, le baron Léo Dewaide Jr., échevin du port d'Anvers, pour lui demander d'expliquer cette situation, mais il n'a pas daigné me répondre.

Il n'y a pas de doute que les Juifs anversois, envoyés à la mort après leur arrestation par les policiers locaux, sont les victimes de la collaboration avec la Gestapo, à différents degrés, des responsables de l'ordre: le bourgmestre, le commissaire principal, peut-être certains commissaires et commissaires-adjoints de quartier, le Gouverneur et le Procureur du Roi. Nous avons vu plus haut qu'il y avait moyen de protester, de soulever des objections à propos de l'illégalité de ces actions, au regard de la loi belge, et de refuser de mettre la police au service des Allemands. Nous verrons plus loin que le Procureur du Roi, Baers, a bien décidé que la police ne devait pas collaborer, mais ce fut en novembre 1942, quand toutes les rafles contre les Juifs étaient terminées. Delwaide prétend être intervenu, mais seulement après les faits. Pourquoi le bourgmestre n'est-il pas intervenu auparavant, au temps des déportations vers le Limbourg, pendant, ou même après la première et la seconde rafle? Pourquoi a-t-il laissé sa police faire le travail des Allemands? Son livre ne mentionne qu'une protestation tardive de sa part. Léon Delwaide écrit que la Gestapo lui a donné l'assurance, confirmée par le Secrétaire du Ministère de l'Intérieur, qu'il n'y aurait plus de réquisitions de policiers anversois pour arrêter des Juifs. Pourtant, au matin du 11 septembre et jusqu'à l'après-midi du lendemain, jour de Rosh Hashana, 1.422 Juifs, hommes, femmes et enfants de tous âges furent arrêtés, en plein jour, une fois de plus avec la collaboration de policiers anversois, quoique, en cette occasion, ce fût pas de manière organisée comme les fois précédentes.

En même temps des policiers ont remis à 500 hommes juifs des convocations à venir se présenter aux travail obligatoire en France. Ceux qui furent arrêtés partirent le 12 septembre. D'autres arrestations individuelles de Juifs eurent encore lieu, après cette date. Le samedi 3 octobre 1942, deux agents de la SD Sicherheitzdienst, sont venus arrêter mon père, Benjamin Brachfeld. Ils étaient accompagnés de quatre policiers
anversois, en uniforme et armés d'un sabre. Cette nouvelle participation de la police anversoise à l'arrestation d'un Juif prouve que les déclarations de Delwaide sont fausses.

Maurice Benedictus, un des membres du comité de l'"Association des Juifs en Belgique" (A.J.B.), qui avait réussi à fuir au Portugal pendant la guerre, rédigea un rapport dans lequel il mentionne également le bourgmestre d'Anvers au temps de la guerre: "Monsieur Delwaide, qui a mis sa police à la disposition de la Gestapo pour des rafles, a été convoqué chez le cardinal Van Roey. Après cette entrevue, il a montré un peu moins de zèle à servir les Allemands".

Réagissant au livre de Lieven Saerens, le baron Léo Delwaide Jr déclara que, peu avant sa mort, son père lui a montré une copie d'une lettre datée du mois de novembre 1942, adressée au Procureur du Roi, dans laquelle il écrit: "Vous avez réquisitionné ces gens comme officiers de la police judiciaire. Vous auriez dû m'avertir auparavant". Pourtant, dans cette lettre par laquelle le bourgmestre, chef de la police administrative, reproche au Procureur, chef de la police judiciaire, d'avoir réquisitionné les agents de la ville, il ne proteste nullement contre l'usage abusif de la police dans des arrestations qui vont à l'encontre des lois belges. Nous verrons plus loin ce que vaut vraiment cette lettre, que Delwaide-fils présente comme une preuve de l'innocence de son père.


Directives du procureur du roi

Ce qui suit prouve une fois de plus que la police anversoise aurait pu refuser de participer à l'arrestation des Juifs.

Les 16 et 18 novembre, le Procureur du Roi, E. Baers, a envoyé des lettres au commissaire principal. Nous traduisons ici la dernière en date:

"Monsieur le Commissaire principal, Suite à ma lettre du 16 novembre 1942 n° 55566A et à votre lettre du 17 novembre 1942, n° 66 - Commissariat principal, j'ai l'honneur de vous informer que je considère toute saisie, arrestation, ou toute autre mesure par laquelle quelqu'un est privé de sa liberté, en dehors des cas prévus par la loi belge, comme une arrestation illégale, qui tombe sous les dispositions du Code pénal belge. En attendant la décision de Monsieur le Procureur général près la Cour de Cassation à Bruxelles, à qui je soumets cette affaire, la police a le devoir de s'abstenir de procéder aux arrestations mentionnées plus haut, si elle veut éviter des poursuites. Au
cas où l'Autorité occupante fait pression sur vous pour exécuter de telles arrestations, vous pouvez vous référer à cette lettre.

Le Procureur du Roi
(signé) Baers.

Je prie MM. Les Commissaires de police de faire connaître immédiatement la présente aux membres de leur personnel.

Anvers le 18 novembre 1942."


Cette lettre est claire et prend position en affirmant que la loi belge prime sur les décisions des occupants allemands. Il est même dit que des poursuites pourraient être engagées contre ceux qui ne se conformeraient pas à ces dispositions. Mais où était cette lettre quand on a arrêté les Juifs anversois? Le Procureur avait-il soudainement eu des scrupules? - Pas du tout, car cette lettre semble être le résultat des réactions à l'ordonnance allemande du 6 novembre, par laquelle tous les hommes belges de dix-huit à cinquante ans, et les femmes de vingt-et-un à trente cinq ans, pouvaient être réquisitionnés pour aller travailler en Allemagne. Comme les Allemands avaient fait intervenir la police belge pour arrêter les réfractaires, des protestations étaient parvenues de tous les milieux belges. Fin octobre, les Secrétaires-Généraux décidèrent qu'aucune force de police ne pouvait obéir à cette ordonnance. Le 21 novembre, le procureur-général, Charles Collard, alla jusqu'à déclarer que les forces de police ou de gendarmerie qui collaboreraient à l'exécution de ces ordonnances, lesquelles, étant en dehors de la compétence des autorités belges, constituent une infraction grave à la liberté des citoyens, s'exposeraient elles-mêmes à des poursuites. Et voici une phrase de cette directive du Procureur-Général qui attire spécialement l'attention: "En ce qui concerne la police communale, ce sont les bourgmestres, chefs de la police, qui doivent, dans cette affaire d'ordre administratif, donner les instructions nécessaires". Ce qui définit clairement la responsabilité du bourgmestre.


La lettre de Delwaide au Procureur, le 24 novembre 1942

La lettre de Delwaide a été écrite après et en réaction à la missive du procureur Baers.

Il y dit notamment: "Bien que la police, lorsqu'elle procède à des arrestations, agit dans le cadre de ses attributions juridiques, et que celles-ci sont en dehors de mes compétences, il m'est impossible de ne pas réagir, car venant du chef du Parquet local et destinée à la police locale, elle pourrait donner l'impression que cette dernière aurait dérogé au respect dû à la loi nationale ou dans l'accomplissement des instructions venant des autorités supérieures. Une telle impression serait en contradiction avec la réalité".

Et Delwaide de reprocher au Procureur de n'avoir eu, durant les 29 mois de l'occupation, et malgré les rapports sur toutes les arrestations, ni directives ni remarques de la part du Parquet local ou général. La police locale, se plaint-il, a été abandonnée alors qu'elle se trouvait face à des situations difficiles. "Je puis dire qu'elle s'est toujours comportée correctement et aussi qu'elle a, avant les lettres du Procureur, suivi les directives qui y sont données. Si, dans quelques cas, elle s'est écartée de ces directives, c'était soit à cause de l'absence d'instructions de la part des autorités judiciaires, ou suite à des menaces dont elle avait fait l'objet. Ce fut notamment le cas, lors de l'arrestation de quelques Israélites, la nuit du 28 au 29 août 1942. Ces arrestations ont eu lieu sans que j'en sache rien. Si on m'avait mis au courant, je m'y serais opposé, car il est clair que, dans pareils cas, la police belge ne peut intervenir. Les membres de la police anversoise qui ont apporté leur collaboration à ces arrestations l'ont fait sous la pression et sous la menace, et ce n'est qu'ainsi que l'on peut expliquer leur attitude. De cet incident vous n'avez été informé, tout comme moi, que le lendemain, par les rapports de la police, et j'ose ajouter que, suite à mon intervention auprès des autorités compétentes, de tels incidents ne se sont pas reproduits." [les italiques sont de Sylvain Bachfeld].

Quand on lit cette lettre et qu'on lui oppose le fait des arrestations arbitraires et brutales d'une partie de la population juive de la ville, on est sidéré. Pour Léon Delwaide, il s'agit d'un "incident" et de l'arrestation de "quelques Israélites". On pourrait croire que la police anversoise n'est intervenue que dans la rafle de la nuit du 28 au 29 août. Or, c'est, en soi, un grave crime que de prêter main forte à l'arrestation de civils innocents ; c'est un acte qui va à l'encontre de la loi belge. Mais la liste des interventions est longue et nous l'avons publiée avec les détails nécessaires. Nous avons aussi montré que l'assertion de Delwaide, selon laquelle, suite à son intervention, " de tels incidents ne se sont pas reproduits", va à l'encontre des faits.

Après tout ce qui précède, peut-on encore prétendre que le bourgmestre n'a pas une part de responsabilité dans l'arrestation des Juifs anversois?


L'interrogatoire après la guerre

Après la guerre, Léon Delwaide a été interrogé, par Louis Clerckx, un ami de son parti politique, sur ses agissements pendant l'occupation. Dans une remarque sur cette enquête, publiée le 11 octobre 1944, il est dit: "Comme il s'agissait, en l'occurrence, de la police de la ville d'Anvers, Mr. Delwaide, en tant que bourgmestre et chef de la police d'Anvers, était le seul à pouvoir juger de l'opportunité de défendre à sa police de collaborer avec la police allemande".

Suite à l'interrogatoire, en date du 16 décembre, une note met l'accent sur la "responsabilité" lors des arrestations faites par la police:
"[Il ne s'agit pas] d'enquêter sur le point de savoir s'il est question ici de tâches de la police administrative ou judiciaire, mais bien si le bourgmestre a - directement ou indirectement - aidé l'ennemi, ou a servi sa politique (...) Le bourgmestre pourrait peut-être prétendre que son intervention, dans l'exécution de ces prestations, ne lui a pas été demandée et que ce sont le Commissaire principal ou le Procureur qui ont été réquisitionnés pour le faire. Ceci serait très bizarre car il est difficilement acceptable que l'occupant, peu au fait de notre appareil administratif, se soit adressé directement à la police ou au Parquet et non pas au bourgmestre, avec lequel il traitait quotidiennement".

Delwaide n'a d'ailleurs pas été acquitté des charges concernant sa responsabilité dans les rafles des Juifs, du fait qu'il n'y a jamais eu de procès. Il a seulement été interrogé concernant l'arrestation, par la police, de réfractaires au travail non-juifs et d'autres interventions policières, qui n'étaient pas liées aux rafles des Juifs.

Delwaide ne pouvant pas présenter sa candidature aux élections municipales du 24 novembre 1944, car il avait été déchu temporairement de ses droits civiques, c'est sa femme qui se présenta en dernière place de la liste catholique (CVP) ; elle recueillit un grand nombre de votes. L'ancien bourgmestre a interprété ce fait comme une preuve que la population anversoise n'était pas en favorable à sa condamnation et approuvait ce qu'il avait fait pendant la guerre. Trois semaines plus tard, l'instruction à son encontre fut classée sans suite et Léon Delwaide reprit sa carrière politique.


La désinformation a joué et les Juifs ont cru

La plupart des Juifs croyaient à la version qui avait cours à Anvers, et selon laquelle Léon Delwaide avait été acquitté par un tribunal après la guerre. Ils présumaient donc qu'il était innocent et que les arrestations avaient été faites sous les ordres et la contrainte des Allemands, ordres auxquels la police avait dû se soumettre. C'est cette thèse que j'ai personnellement entendue. Mais j'ai toujours demandé, dans mes publications, qu'une enquête en profondeur soit réalisée sur cette page de la déportation des Juifs anversois. L'étude faite par Lieven Saerens jette une lumière nouvelle sur les faits. On voit que la
désinformation au sujet de la responsabilité de Delwaide a bien joué, qu'elle continue jusqu'à ce jour, et qu'elle est même reprise dans la presse juive anversoise, qui attaque Lieven Saerens, sans pourtant parvenir à prouver que les conclusions de ce dernier sont erronées. Lors de la nomination de Delwaide à la présidence de l'Association d'amitié Anvers-Haifa, il y a eu des protestations dans les milieux juifs. Les Israéliens et le bourgmestre Aba Khouchi, de Haifa, n'étaient pas, alors, préoccupés par les problèmes de la Shoah, et s'intéressaient surtout aux relations commerciales.

Quant au Commissaire principal, Jozef De Potter, il semble bien, d'après ce que nous avons publié plus haut, que ce soit lui qui, à plusieurs reprises, a donné l'ordre aux agents de participer à ces rafles, ou au moins de se conformer aux ordres de la Sipo-SD . Cela fait de lui un des responsables des rafles des Juifs anversois.

Quand la Commission de la Chambre du 28 novembre 1944 se pencha sur la levée de l'immunité parlementaire de Delwaide, son rapport citait une déclaration du Commissaire principal [Jozef De Potter] disant qu'il confirmait les déclarations de Delwaide, selon lesquelles ni lui, ni le bourgmestre n'avaient été informés par d'avance de la rafle du 28 août. Or, il savait déjà avant la rafle que l'on avait demandé des renforts d'agents pour "des actions spéciales", comme cela ressort du rapport de la Garde permanente de la police du même jour.


Conclusions

La population anversoise semble bien avoir été - dans sa majorité - indifférente au sort des Juifs. Pourtant, il y a eu des actions individuelles en vue de sauver les persécutés. J'en suis un témoin, puisqu'un ami de mon père, le diamantaire Gustave Bonami - reconnu comme Juste [c'est-à-dire un non-Juif ayant mérité la reconnaissance des Juifs. Ndlr de reinfo-israel] -, nous a aidés à fuir après l'arrestation de mon père. Je voudrais citer le témoignage de Shlomo Hanegbi (Salomon Praport) qui raconte: "En 1942, un policier ami a averti ma mère que, la nuit-même, il y aurait des arrestations. Ma mère a placé quelques vêtements dans une valise et nous sommes partis immédiatement de Berchem pour aller à Bruxelles, où habitait un oncle aveugle. Le policier a été arrêté plus tard et envoyé à Mauthausen"

Les Juifs ont pu compter sur l'aide d'une résistance flamande organisée. Même parmi les policiers, certains ont agi en faveur des Juifs. Il faut insister sur le fait que, parmi ceux qui ont participé aux arrestations, certains agents étaient choqués par ce qui se passait et qu'ils ont fait ce travail contre leur gré.

Après la guerre, on ne constate que les autorités n'ont pris aucune initiative pour tenter de tirer au clair les responsabilités du bourgmestre, du chef de la police, du Procureur, ou du Gouverneur, dans leur collaboration à l'arrestation des Juifs.

On a vu que l'enquête sur Léon Delwaide n'avait pas un rapport direct avec les rafles. Il n'a jamais été mis en accusation sur ce point. Au mois de novembre 1942, le Procureur a rédigé une lettre interdisant la collaboration de la police aux arrestations de citoyens belges. Si cet avis avait été donné au mois d'août, des centaines de Juifs auraient certainement pu échapper aux arrestations.

Le Commissaire principal n'a jamais été inquiété, bien qu'il soit tout à fait clair qu'il a donné ordre aux agents de participer aux rafles. Il a terminé paisiblement sa carrière jusqu'à sa retraite.

Deux mille Juifs ont été envoyés à la mort, mais personne n'a été inquiété, personne n'a été poursuivi, personne n'a été reconnu responsable. On a tout rejeté sur la Gestapo, laquelle n'aurait pu exécuter seule les arrestations.

Jamais la police anversoise, ni l'un des bourgmestres de l'après-guerre, ni l'un des représentants de la Justice, n'ont présenté des excuses à la population juive de la ville.


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Annexes

Ci-après, copie de ma lettre au baron Leo Delwaide, en date du 29 mai 1995, et de ma lettre adressée au "Belgisch Israelitisch Weekblad'".


Sylvain Brachfeld - Ranak Street 3, P.O.Box 6089 HERZLIA - Israel
Tel & Fax 972/9/955.2349 | e-mail: brasylv@netvision.net.il

29 mai 1995

Monsieur l'échevin Delwaide
Hôtel de Ville d'Anvers
B-2018 Antwerpen - Belgique

Monsieur l'Echevin,

Récement on a publié, dans le "Belgisch Israelitisch Weekblad", un texte consacré à feu votre père. J'ai réagi en envoyant à Mr. Davids le texte qui suit. Il ne l'a pas encore publié. C'est la raison pour laquelle je tiens à vous l'envoyer directement, dans l'espoir d'une réaction de votre part, ainsi que d'une réponse à mes questions.

Vous devez comprendre que je porte toujours en moi le traumatisme d'il y a 50 ans, quand la police anversoise est venue nous chercher. Par bonheur, mon père a refusé de suivre un policier anversois, et c'est ainsi que nous avons été sauvés. Il me reste toujours le souvenir que, plus tard, il a été arrêté sous escorte de quatre policiers et je n'arrive pas à oublier cela.

La nuit de la rafle, un oncle, une tante et une cousine de six ans ont été arrêtés et ont disparu. Lorsque je pense à eux, je ressens encore de la douleur pour leur mort vide de sens. Je n'ai pas encore pu faire le deuil de mon père, des membres de ma famille et des 28 garçons de ma classe, qui furent envoyés aux chambres à gaz.

Dans son livre, "L'étoile et le fusil", l'historien Maxime Steinberg écrit que l'action de la police anversoise, dont votre père était juridiquement le chef, était proportionnellement aussi terrible que l'arrestation, par des gendarmes et des agents français, des Juifs de Paris qui furent emmenés au Vel'd'Hiver, d'où ils furent déportés. Mais alors qu'on a beaucoup écrit sur ce drame français, il n'y a pratiquement rien, dans les livres d'histoire, sur ce qui c'est passé à Anvers. Le temps n'est-il pas venu de dire également la vérité à ce sujet ?

Je ne sais pas si j'ai quelque rancune personnelle envers votre père : je ne crois pas, car je ne connais pas sa responsabilité dans cette affaire. Il y a des années, je l'ai rencontré à plusieurs reprises lorsque j'étais journaliste au "Volksgazet". S'agissant des évènements de la guerre, c'est un sentiment très confus que l'on porte en soi toute la vie. Comme historien, je veux que les choses soient dites clairement. En plus, chacun doit assumer sa responsabilité, surtout qu'il s'agissait de tant de vies humaines, de vies innocentes, et cela, personne n'a le droit de l'oublier.

Je n'ai jamais lu le témoignage d'un des participants de ces actions; je n'ai rien lu au sujet des sentiments des agents qui ont chassé les Juifs de leurs maisons et les ont remis entre les mains de la Gestapo, les vouant à une mort certaine. Ces gens ont ensuite continué à remplir leur tâche. Ils ont obéi à un ordre. Mais peut-on, ou doit-on suivre n'importe quel ordre? Même s'ils ignoraient alors quelles seraient les suites de leur action, il n'en reste pas moins qu'un agent de police a la responsabilité de la sécurité des citoyens, de leur protection, et non celle de les rafler comme du bétail que l'on mène à l'abattoir.

Je voudrais consulter les archives de la police concernant ces nuits, et éventuellement interviewer un des agents. Je veux comprendre. Ce qui c'est passé alors est en fait une des raisons pour lesquelles j'ai quitté Anvers, maintes années plus tard, car comment peut-on se sentir en sécurité si la police qui est censée vous défendre est capable de se transformer en un élément agressif, hostile et mortel, contre lequel on est impuissant? L'aimable agent de quartier est devenu soudain un ange de la mort.

En France c'était pire encore, car, au pays de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité, les Juifs ont été presque exclusivement arrêtés par des agents et des gendarmes français. Vous connaissez peut-être le livre de Vercors, "La marche à l'étoile", dans lequel il raconte comment un ancien combattant, couvert de décorations en raison de sa conduite héroïque au service de la patrie française, est arrêté par un gendarme français.

Les gardiens de l'ordre public ont-ils jamais été rappelés à l'ordre ? Votre père a-t-il jamais publié un ordre interdisant à la police de participer aux rafles et aux arrestations? Pendant toutes ces années, votre père a-t-il jamais parlé, à la maison, de cette affaire ou de ses sentiments?

Dans l'attente de votre réponse, je vous prie d'agréer l'expression de ma haute considération,

S. Brachfeld

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Voici le texte de ma réponse à l'article paru dans le "Belgisch Israelitisch Weekblad" – réponse que Louis Davids a refusé de publier, et qui était jointe à ma lettre à l'échevin Léon Delwaide [Jr]. Il y a des inexactitudes, vu qu'alors, je ne connaissais pas encore tous les détails qui ont été publiés par L. Saerens. Louis Davids a également refusé de publier ma lettre de décembre 1999, écrite suite à ses attaques contre le livre de Saerens et à sa défense de Léon Delwaide [père].


Delwaide

Mr. Davids a, dans ses Réflexions, rédigé une sorte de certificat de "bonne conduite" à la mémoire de Léon Delwaide, qui fut bourgmestre d'Anvers pendant la guerre.

Dans mon livre intitulé "Ils n'ont pas eu ces gosses", 2e édition, j'écris, en page 16, que le bourgmestre d'alors relate, dans son livre, son indignation de ce que la police anversoise, dont lui-même, en tant que bourgmestre, était le chef, aient été réquisitionnés par la Gestapo, le 27 août 1941, pour arrêter des Juifs. Il écrit que ni lui, ni le commissaire de police principal, n'avaient été mis au courant, et que, le lendemain, il est allé protester auprès de la Feldkommandatur - où l'on prétendait ne rien savoir – et auprès de la Gestapo. Cette dernière lui aurait promis que de telles choses ne se reproduiraient plus et que la police anversoise ne serait plus engagée dans des actions contre les Juifs. Et Léon Delwaide termine en disant "cette promesse fut respectée".

Mais il semble oublier qu'une autre rafle a eu lieu, dans la nuit du 14 au 15 août 1942. Où était M. Delwaide alors?

Et puis j'ai le souvenir personnel de l'arrestation de feu mon père, Benjamin Brachfeld, le 3 octobre 1942, à notre domicile du 33 de la Korte Van Ruusbroecstraat, par deux agents de la Sicherheitsdienst et par quatre agents de police anversois. Est-ce que cela avait été autorisé par le bourgmestre?

Benedictus, un des membres de l'AJB, ou Judenradt, qui avait fui au Portugal écrivit: "Monsieur Delwaide, qui a mis sa police à la disposition de la Gestapo pendant les rafles, a été convoqué auprès du Cardinal Van Roye. Après cette conversation il s'est montré un peu moins empressé à servir les Allemands.

Après la guerre, Monsieur Delwaide a été accusé d'avoir collaboré avec les Allemands, mais il a été acquitté.

Quand il a été nommé président de l'Association Anvers-Haifa, il y a eu des protestations de différentes personnes. Je l'ai appris personnellement, lors d'une conversation avec feu M. Georges Mahler, en février 1988, à Anvers. Et en ce qui concerne la décoration qu'il reçut du bourgmestre de Haifa, lors de sa visite en cette ville en 1975, elle n'a aucun rapport avec la conduite de Léon Delwaide pendant la guerre, car, à Haifa, il s'agissait uniquement de célébrer les relations des années précédentes entre les deux villes portuaires.

S.B.

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* Sylvain Brachfeld: journaliste et auteur anversois, ancien collaborateur au Volksgazet, à l'Agence Belga, à la Grote Nederlandse Larousse Encyclopiedie, au De Nieuwe Gazet (1982-1993), au Belgisch Israelietisch Weekblad (1974-2000);
collaborateur à la revue "De Centrale" d'Anvers (depuis 1994), membre du Consistoire Central Israélite de Belgique (1972-1974), fondateur de l'Institut de Recherche sur le Judaïsme Belge (1987), fondateur-directeur du Antwerps Joods Historisch Archief, membre de la Commission pour la Reconnaissance des Justes, de Yad Vashem (1990-1999), fondateur-membre du comité des Enfants Cachés en Belgique-Israël" (1991-2001), fondateur-président de l'Association des Originaires de Belgique en Israël.


Publications de S. Brachfeld

[ * = livres; # articles.]

* "Het Joods onderwijs in België" (L'enseignement juif en Belgique), B'nai B'rith, Antwerpen, 1966, introduction par Mme Mathilde Schroyens, échevin de l'éducation de la ville d'Anvers.
# "Over Joden gesproken" (en parlant de Juifs), série d'articles du 5 au 23 février 1986, journal "Volksgazet", Antwerpen.
# Rédacteur, dans "Grote Nederlandse Larousse Encyclopedie", (Grande Encyclopédie Larousse Neerlandaise) 25 vol. Heideland-Orbis, Hasselt, des rubriques: "religion juive"; "histoire de l'ancien Israël"; "judaïsme en Belgique".
* "Uw joodse buurman" (Votre voisin juif), Standaard Wetenschappelijke Uitgeverij Antwerpen / Amsterdam, 1975; édition format album, revue, corrigée et comportant de nouvelles photos, De Vries-Brouwers, Antwerpen, 1987;
* "Onze Joodse Buren", 3ème édition, augmentée et revue, nouvelles photos, Houtekiet, Antwerpen 2000.
# "Belgen in Israel" (Belges en Israël), série d'articles publiés dans les journaux: De Standaard - Bruxelles (1982/1983), De Nieuwe Gazet - Anvers (1983 à 1985), et Belgisch Israelietisch Weekblad - Anvers (1986).
* "Twaalf jaar Antwerpse Joodse actualiteit" (Douze années d'actualité juive anversoise), 4 volumes, facsimilés d'articles publiés dans 26 organes de presse entre 1963 et 1974 (dans bibliothèques)
* "Belgia", in "Hatefutsoth Maarav-Europa" - en hébreu - (La Diaspora, Europe de l'Ouest), rédaction Jaacov Tsur, Keter Publishing Co., Jerusalem, 1976, pp. 119-133.
# "In kiboets Ein-Hachoressj spreekt men Nederlands", (Au Kibbuts Ein-Hachoresh, on parle le néerlandais), in "De Vlaamse Gids", 85/1, Antwerpen.
* "Brabosh, Images anversoises d'antan - Beelden uit het Antwerps Joods verleden", Facsimilé d'articles et de photos parus antérieurement dans la presse juive belge; Revue Centrale (Bruxelles), De Centrale (Anvers), et Belgisch Israelietisch Weekblad (Anvers), AJHA, Antwerps Joods Historisch Archief, Herzlia 1987; nouvelle édition avec index, 1988.
* "Uit Vervlogen Tijden", 13 études et articles sur l'histoire du judaïsme anversois, illustrés de documents et de photos, AJHA, Antwerps Joods Historisch Archief, Herzlia, 1987 (uniquement chez l'auteur).
# "De Antwerpse Joden en de Nederlandse taal", (Les Juifs anversois et la langue néerlandaise), in "Antwerpen", Tijdschrift der Stad Antwerpen, nº 3, 1988, p.122-127.
# "Het Antwerpse Joodsche Weezengesticht 1880-1943", (L'orphelinat juif anversois 1880-1943) in "Antwerpen, Tijdschrift der Stad Antwerpen" nº 4, 1989, p. 141-149.
* "Ils n'ont pas eu ces Gosses", l'histoire de plus de 500 enfants juifs fichés à la Gestapo et placés dans les homes de l'Association des Juifs en Belgique pendant l'occupation allemande, IRJB, Institut de Recherche sur le Judaïsme Belge, Herzlia 1989; 2ème édition, revue et augmentée, 1993.
* "Yaldé Hachayim", édition en hébreu de "Ils n'ont pas eu ces Gosses", Editions du Ministère de la Défense, Tel-Aviv, 1991.#
# "Hatsalat Yeladim Yehudim Be-Belgia", (Le sauvetage d'enfants juifs en Belgique), in "Massuah" a Yearbook on the Holocaust and Heroism, April 1990, nº 18, Tel Aviv.
# "Le sauvetage d'enfants juifs en Belgique pendant l'occupation allemande", in "Tsafon, Revue d'études juives du Nord", nº 2, Eté1990, Lille.
# "Les Juifs à Anvers", in "Tsafon, Revue d'études juives du Nord", nº 4, Hiver 1990-1991, Lille.
* "The Brachfeld family Book", Herzlia, 1991.
# "De Israëlische auteur Israel Eliraz", (L'écrivain israélien Israel
Eliraz) in P.E.N.- Tijdingen, nr. 20, april 1991, Antwerpen.
# "Etienne Debel", in De Vlaamse Gids, 1993/5, september / oktober, Antwerpen.
* "Les Relations entre la Belgique et Israël", préfaces de Shimon Peres, ministre israélien des Affaires étrangères et Willy Claes, ministre belge des Affaires étrangères, 432 pages, IRJB, Institut de Recherche sur le Judaïsme Belge, Herzlia, 1994.
* "Belges en Israël - Belgen in Israël", 100 biographies de Belges qui vivent en Israël, préface Ambassadeur Mark Geleyn, IRJB, Institut de Recherche sur le Judaïsme Belge, Herzlia, 1997.
* "Ze hebben het overleefd", Le sauvetage des Juifs en Belgique pendant la 2e G.M. par la population locale + traduction néerlandaise de "Ils n'ont pas eu ces gosses", VUBPress, Bruxelles 1997.
# "Jewish Orphanages in Belgium under the German Occupation", in "Belgium and the Holocaust", edited by Dan Michman, Yad Vashem, Jerusalem 1998.
* "Geschonken Jaren" (Les années en prime) Roman. S.B. Publishing, Herzlia 2000.
* "Ils étaient une fois ... Personnages bibliques à la recherche de leur authenticité" (les personnages des cinq livres de Moïse sous une nouvelle lumière), S.B. Publishing, Herzlia 2000.
* "Hachayim Bematana", (La vie en cadeau), version hébraïque de "Ze hebben het overleefd", le sauvetage des Juifs de Belgique, édition Hemed-Yedioth Aharonoth, Tel Aviv 2000.
# "Les Juifs de Flandre 1940-1945", in Juifs des Flandres et de Hollande: 1945-1995, Etudes Inter-Ethniques, Annales du C.E.S.E.R.E., n* 13, Université Charles de Gaulle - Lille III 2000.
* "Waar is Robas?", Verhalen (recueil de nouvelles en néerlandais). S.B. Publishing, Herzlia 2000.
* "Réflexions sur le judaïsme", S.B. Publishing, Herzlia 2000.
* "Onze Joodse buren" (nos voisins juifs-étude sur les Juifs et le
judaïsme), Houtekiet, Antwerpen 2000 .
*"lls ont survécu", le sauvetage des Juifs de Belgique pendant la seconde guerre mondiale. Editions Racine, Bruxelles 2001.