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Droits humains, racisme, antisémitisme, etc.
Antisémitisme

L'antisémitisme qui vient, Ph. Barrault
11/10/2003

17 septembre 2003

[Je n'ai pu résister à la tentation du larcin, tant j'ai apprécié cette brève recension de Philippe Barrault, créateur et responsable du Webzine suisse Commentaires.com, que je vous recommande chaleureusement, tant ses billets sont remarquables de précision et d'une facture littéraire aussi excellente qu'efficace et dépourvue d'emphase inutile. Autre exemple de texte instructif : "Le Cancer islamiste". Menahem Macina]


C'est un livre tout mince, 35 pages, mais d'une lucidité tranchante. Et qui bouscule nos idées les plus convenues par la mise en évidence de paradoxes confondants. Alain Finkielkraut, dans «Au nom de l'Autre – Réflexions sur l'antisémitisme qui vient » (nrf-Gallimard), démonte ce que nous tenons pour vrai au sujet de l'antisémitisme.

Au centre de sa thèse, il y a l'affirmation que l'antisémitisme qui vient n'est pas le retour de celui qu'a connu le passé, dans un mouvement constant de flux et de reflux, mais un antisémitisme nouveau, propagé non pas par les nostalgiques du nazisme, ou de la France de Maurras et Pétain, mais par les défenseurs de la société métissée, les « inconditionnels de l'Autre », les plus fervents antiracistes.

Thèse évidemment choquante, et apparemment incompréhensible. Mais citons d'abord Finkielkraut. Comme beaucoup d'autres, il s'est évidemment réjoui de l'échec de Le Pen au printemps 2002 : « Je suis soulagé et je savoure le triomphe des gens sympas sur les gens obtus, sans toutefois entrer dans la danse car ce sont les danseurs qui font aujourd'hui la vie dure aux Juifs. Pas tous les danseurs, bien sûr, mais il faudrait avoir une âme obnubilée par les tragédies advenues pour ne pas le reconnaître : l'avenir de la haine est dans leur camp et non dans celui des fidèles de Vichy. Dans le camp du sourire et non dans celui de la grimace. Parmi les hommes humains et non parmi les hommes barbares. Dans le camp de la société métissée et non dans celui de la nation ethnique. Dans le camp du respect et non dans celui du rejet. Dans le camp expiatoire des « Plus jamais moi ! » et non dans celui – éhonté – des « Français d'abord ! ». Dans le camp des inconditionnels de l'Autre et non chez les petits-bourgeois bornés qui n'aiment que le même. »
Comment donc les bonnes volontés, celles qui cultivent l'ouverture et le culte de l'Autre, pourraient-elles se faire les fourriers d'un nouvel antisémitisme ? Pour Finkielkraut, l'explication réside dans les effets du conflit israélo-palestinien. Aujourd'hui, les Juifs ont à répondre « du martyre qu'ils infligent, ou laissent infliger en leur nom, à l'altérité palestinienne. » Les reproches historiques sur leur cosmopolitisme ou le déracinement de l'Europe n'ont plus cours, on critique désormais chez eux ce qui a conduit chez nous au désastre: le nationalisme, la souveraineté territoriale, l'absence de remords et de mea culpa.
Tout à leur compassion humanitaire et sentimentale envers les Palestiniens – les opinions publiques prennent toujours le parti du plus faible et de la victime, surtout lorsque les medias les y invitent implicitement ou explicitement –, les bien-pensants stigmatisent les Juifs au nom de l'antiracisme et de la solidarité avec l'Autre, ce qui est tragiquement paradoxal.

Finkielkraut dénonce aussi les illusions des progressistes, qui veulent croire que le gamin qui lance des pierres ou se fait exploser dans un bus, pour tuer le maximum de Juifs, a les motivations qu'ils ont eues eux-mêmes, la lutte des classes ou la lutte contre le capitalisme et la mondialisation. « La lutte des classes ne lui dit rien, écrit-il, le djihad l'enchante. Ses héros sont des figures religieuses, non des icônes révolutionnaires: Saladin plutôt que Spartacus ou Che Guevara. Il vit dans un autre universel et ce qui le fait enrager (...), ce n'est pas le joug du capitalisme et l'impérialisme sur les prolétaires de tous les pays, c'est l'humiliation des musulmans du monde entier. Conditionné à souffrir d'Israël comme d'une écharde ou d'une morsure dans la chair de l'Islam, il n'est même plus antisioniste: là-bas, ici, partout les Juifs, à ses yeux et dans ses mots, sont des Juifs et rien d'autre. »

Cet état d'esprit n'est pas propre aux jeunes musulmans de Palestine, il règne aussi en France où, remarque Finkielkraut, « il faut du courage pour porter une kippa dans ces lieux féroces qu'on appelle cités sensibles et dans le métro parisien; le sionisme est criminalisé par toujours plus d'intellectuels, l'enseignement de la Shoah se révèle impossible à l'instant même où il devient obligatoire, la découverte de l'Antiquité livre les Hébreux au chahut des enfants, l'injure "sale juif" a fait sa réapparition (en verlan) dans presque toutes les cours d'école. Les Juifs ont le coeur lourd et, pour la première fois depuis la guerre, ils ont peur. »

On les comprend: nous n'avions vraiment pas besoin d'un nouvel antisémitisme.

Philippe Barrault

© Commentaires.com



Mis en ligne le 11 octobre 2003 sur le site www.upjf.org