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Contentieux palestino-israélien

Les Juifs, hors de Palestine ! par Amnon Rubinstein
26/11/2003

Une version française de cet article figure sur le site Proche.Orient.info où elle est présentée comme une traduction "de l'hébreu" ( ?). Elle m'a paru trop paraphrastique, tronquée et parfois fautive, j'ai donc pris sur moi de retraduire l'original anglais qui figure sur le site de Ha'aretz :
www.haaretz.com/hasen/spages/365085.html. Je l'ai assortie d'une notice bibliographique d'Amnon Rubinstein, que j'ai traduite de l'original anglais qui figure sur le site de Jewish Virtual Library www.us-israel.org/jsource/biography/rubinstein.html.


Ha'aretz, 26 novembre 2003

Traduction française par Menahem Macina pour upjf.org


Selon le philosophe juif Emil Fackenheim, la haine des juifs a trois stades. Au premier stade, le message est : 'vous ne pouvez pas vivre parmi nous en tant que juifs'; Au second, c'est : 'vous ne pouvez pas vivre parmi nous'; au troisième, c'est : 'vous ne pouvez pas vivre'. Le premier stade est celui de la conversion forcée, le second est celui de l'expulsion, le troisième est celui de la destruction.

Le message du quatrième stade de la haine des Juifs est : 'vous ne pouvez pas vivre dans votre pays'. Dans les années ‘30, les rues allemandes étaient pleines de deux genres de graffitis: "Dehors, les juifs!", et "Les juifs en Palestine!". Le cri du nouvel antisémitisme de notre temps est "Les juifs hors de Palestine !" Il caractérise non seulement les haïsseurs traditionnels d'Israël, mais également - et la plupart du temps - les cercles labellisés de gauche, aujourd'hui, en Israël, en Europe et chez les "libéraux" Américains.

L'absurde c'est que la négation du droit d'Israël à l'existence - qui fournit l'appui intellectuel aux menaces de sa destruction, s'exprime au nom des doctrines les plus sublimes des droits de l'homme et de l'égalité. En d'autres termes, toutes les nations ont le droit à l'autodétermination - sauf les juifs. Il n'y a aucune différence substantielle entre cela et le premier stade de l'antisémitisme traditionnel selon Fackenheim: "Vous ne pouvez pas vivre parmi nous en tant que membres de la famille des nations".

Le fait que la gauche intellectuelle extrémiste ait maintenant repris la bannière jadis brandie par la droite fasciste en Europe est aussi traumatique pour beaucoup de juifs contemporains que ce le fut vers la fin du XIXe siècle. Certes, il n'y a ni pogrom ni procès Dreyfus, mais le Grand Rabbin de France, Joseph Sitruk, va dans une radio dire aux juifs d'éviter de porter une kippa en public - un appel qui doit avoir choqué les juifs les plus laïques jusqu'aux tréfonds d'eux-mêmes. Dans le même temps, le Forum Social Européen invite Tariq Ramadan, un intellectuel musulman antisémite, à rejoindre ses rangs, et la gauche en général n'inspire qu'une profonde déception quand elle ne manifeste pas aux côtés des juifs qui ont peur de porter une kippa et sont tués alors qu'ils prient dans les synagogues.

De nos jours, ceux qui ne sont pas contaminés par l'ignorance universitaire à la mode, et qui lisent Moshe Lilienblum et Yehuda Pinsker, ne peuvent s'empêcher de s'identifier profondément à ces deux auteurs. Il n'y a pas que les Juifs qui soient choqués par l'association entre des musulmans extrémistes et des gauchistes antisémites. La presse française – y compris des médias très critiques envers Israël - a été frappée de stupeur par ce qui s'est produit. Le 18 novembre, Le Monde rend, à juste titre, hommage à la réaction rapide du Président Jacques Chirac, qui a convoqué une session spéciale de son Cabinet, après que des incendiaires aient frappé une école juive de Paris, le 15 novembre. Le journal met en garde contre la combinaison d'un antisémitisme islamique violent et d'un antisémitisme français traditionnel. Le Figaro du 17 novembre voit un lien entre les événements d'Istanbul, ceux de Paris et le sondage d'opinion publique selon lequel les Européens ont désigné Israël comme étant le pays qui met le plus en danger la paix du monde. Et le journal d'ajouter que le plus grand succès du nouvel antisémitisme est sa banalisation même.

Dans Libération du 17 novembre, Gérard Dupuy ouvre son éditorial sur les explosions de Turquie par cette déclaration stupéfiante: "En 2003, une personne peut être tuée uniquement parce qu'elle est juive – que ce soit à Istanbul, à Jerba, ou à Casablanca". Et d'ajouter que quiconque tente d'expliquer l'antisémitisme, voire de le justifier par le contexte du conflit israélo-palestinien, commet une faute morale, parce qu'il s'agit d'une tendance meurtrière, enracinée dans la société musulmane, et que le conflit israélo-palestinien n'en est que le prétexte. Le juriste juif français, Robert Badinter, ancien ministre de la justice et aujourd'hui sénateur socialiste, se montre amer au cours d'une interview accordée à une publication catholique, à propos de la manière dont le nouvel antisémitisme se déguise en antisionisme. Quant au chancelier allemand, Gerhard Schroeder, il annonce une session spéciale du Conseil Européen pour la Paix et la Sécurité, au printemps, afin de discuter de la question du nouvel antisémitisme.

Les gauchistes israéliens qui refusent les accusations concernant les signes du nouvel antisémitisme devraient peut-être lire ces articles parus outre-mer.

Amnon Rubinstein *

©Ha'aretz pour l'original anglais, et upjf.org pour la traduction française.



* Amnon Rubinstein, journaliste et avocat, est né à Tel-Aviv en 1931. Il a étudié l'économie, les relations internationales et le droit à l'Université hébraïque de Jérusalem. Il est devenu membre du Barreau d'Israël, en 1963, et a obtenu un doctorat en droit de la London School of Economics, en 1966.
Rubinstein a été professeur de droit à l'université de Tel-Aviv (1961-75) et doyen de la Faculté de droit (1968-73). En 1974, il a fondé Shinui (Le Parti du Centre), qui préconise la libre entreprise, une réforme électorale et la rédaction d'une constitution écrite. Aux élections de 1977 à la 9ème Knesset, Shinui faisait partie du Mouvement Démocratique pour le Changement, mais il est devenu un parti indépendant à la Knesset, en 1978, et est toujours présidé par Rubinstein, depuis. En 1992, Shinui s'est joint au Mapam (le Parti Unifié des Travailleurs) et au CRM (Mouvement pour les Droits Civiques) pour former le Meretz, qui a obtenu 12 sièges à la Knesset.
Membre de la Knesset depuis 1977, Rubinstein a été membre de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense (1977-81); de celle de l'Économie (1981-84); de celle de la Constitution, de la Loi et de la Justice (1984-92); de celle des Affaires intérieures et de l'Environnement, et de l'Ethique (1984-88); et de la Commission de la Chambre (1988-92). Il a été ministre des Communications dans le gouvernement d'unité nationale (1984-1988).
Rubinstein a écrit plusieurs livres et beaucoup d'articles dans la presse et dans des revues scientifiques, sur des sujets politiques et juridiques.
De 1992 à 1996 il a été ministre de l'Education et la Culture. Il est actuellement membre du Comité des finances de la Knesset.

© Jewish Virtual Library pour l'original anglais et upjf.org pour la traduction française.


Mis en ligne le 27 novembre 2003 sur le site www.upjf.org