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Shoah

Les [nouveaux] antisémites instrumentalisent la Shoah, Y. Amishav
03/01/2004

Haaretz

Lundi 29 décembre 2003

Traduction française par le CID


La conférence de presse qu'a tenue, ce mois-ci, le porte-parole du gouvernement français, à l'issue de la première session du Comité Interministériel pour la Lutte Contre le Racisme et l'Antisémitisme, comprenait la recommandation d'intensifier l'enseignement à propos de la Shoah, comme outil éducationnel pour lutter contre ce phénomène virulent. Ce panel a été mis sur pied afin de mener le combat contre un antisémitisme croissant en France.

Tout se passe comme si était accepté d'office l'axiome de base selon lequel la connaissance historique de la tentative d'effacer le peuple juif de la surface de la terre, par une méthode scientifique et rationalisée sans précédent, aurait pour conséquence que ceux qui sont à la source de ce nouveau déferlement odieux revoient leur conduite. Ou sinon, qu'au moins cela encouragerait leur entourage, et les gouvernements des pays contaminés par l'antisémitisme, à dénoncer les antisémites. Cependant, on peut douter que cette manière de voir les choses puisse franchir l'épreuve de la réalité.

En effet, la question centrale est de savoir d'où vient le plus grand danger pour les Juifs en Europe, aujourd'hui: de groupes marginaux de jeunes rongés par la haine et qui profanent un cimetière juif à l'occasion, ou des élites académiques et culturelles - lesquelles sont parfaitement au fait de l'histoire du vieux monde ? La réponse semble évidente.

Quand Mikis Theodorakis, le compositeur du chef-d'oeuvre "Mauthausen", appelle le peuple juif "la racine du mal", ce n'est pas par manque de connaissance de l'Holocauste. Même un archi-antisémite comme l'ancien Premier Ministre de Malaisie, Mahathir Mohammed, n'a pas nié l'existence des chambres à gaz dans son [tristement] célèbre discours haineux ; au contraire, il les mentionnait spécifiquement pour mettre en évidence que cela n'a pas empêché "la domination juive du monde". Et le lauréat portugais du Prix Nobel [de littérature] Jose Saramago sait exactement ce que fut Auschwitz, mais cela ne l'a pas empêché de proférer les insanités, dont tout le monde se souvient, lors de sa dernière visite dans la région.

Au moins, dans l'Europe d'aujourd'hui, il n'y a pas de carence dans la connaissance de la Shoah. De nombreux survivants sont toujours parmi nous, une importante littérature et de nombreux musées fournissent des informations à quiconque le désire. Une Journée européenne du souvenir de la Shoah a été officiellement instaurée. Et même s'il est vrai que les jeunes générations n'en savent pas assez, c'est un problème qui n'est pas spécifique à la Shoah.

Les événements dramatiques des trois dernières années montrent que la réprobation d'Israël et la condamnation du soutien des Juifs à Israël sont de plus en plus souvent basées sur l'instrumentalisation de la mémoire de l'Holocauste. Cette dernière avait déjà sévi pendant la guerre du Liban, il y a 20 ans ; depuis, le phénomène a pris de l'ampleur et est devenu l'objet d'un consensus social. C'est ainsi que tout représentant israélien, ou presque, est le témoin de remarques du type : "Vous faites aux Palestiniens ce qu'on vous a fait pendant la Deuxième Guerre Mondiale."

Ce phénomène est tellement répandu qu'un porte-parole de l'Ambassade d'Israël en Belgique a demandé, il y a deux ans, que Yad Vashem [mémorial national de l'Holocauste, à Jérusalem] interrompe les procédures de remises de médailles de "Juste Parmi les Nations" (attribuées à des personnes non-juives ayant sauvé des Juifs pendant la guerre), parce que presque chaque cérémonie de remise de médaille voyait se produire un incident impliquant de telles comparaisons odieuses émises par un des participants.

En ce qui concerne la mémoire de l'Holocauste, une règle semble s'être imposée : il est interdit aux supporters d'Israël d'en faire mention, puisque c'est considéré comme "une exploitation perverse du sang des victimes afin de justifier les horreurs qu'Israël commet". Mais les ennemis d'Israël, eux, sont autorisés à l'employer pour taper sur Israël et prouver que le gouvernement israélien est un nouveau régime nazi.

Cela montre à quel point la mémoire des horreurs nazies est forte en Europe. Si ce n'était pas le cas, le marketing massif visant à établir un parallèle entre Israël et les Nazis, incarnant le mal absolu, n'aurait aucun effet.

Comme Arno Klarsfeld l'écrit (Jerusalem Post, 12 décembre 2003) - le moment est proche où les Juifs devront quitter l'Europe, ou y vivre en tant que "Marranes politiques".

C'est l'essence de ce nouvel antisémitisme. Aucun scientifique Français n'a jamais été contraint, même au plus fort de la guerre d'Algérie, de prononcer une condamnation de la politique de son gouvernement pour être accepté parmi ses collègues. Aucun professeur d'Oxford n'a déclaré qu'il refusait de donner cours à un étudiant belge ayant servi sous les drapeaux, même après que la part de responsabilité de la Belgique et de son armée, dans le génocide Rwandais de 1994, soit devenue évidente. Mais le seul fait que l'on soit identifié en tant qu'Israélien pose problème.

La Présidente d'Amnesty-Israël, Miriam Shlesinger, a été expulsée du comité de rédaction d'un périodique britannique d'études linguistiques. On a parlé aussi de retirer son Prix Nobel de la Paix à Shimon Peres.De là à établir des listes de Juifs il n'y a qu'un pas : "Prenez vos distances par rapport à Israël, ou vous ne pourrez pas continuer à vivre comme avant. Vous vous mettriez vous-même en danger."

Ces signaux proviennent du coeur du monde culturel de l'Europe de l'Ouest, de cercles qui n'ont aucun besoin de conférences sur la Shoah. Ces gens, ainsi que les éducateurs de la prochaine génération et les symboles auxquels les jeunes s'identifient, constituent, aujourd'hui, la plus grande menace qui pèsent sur la vie quotidienne de centaines de milliers de Juifs en Europe. On ne voit pas en quoi un plus grand nombre d'études sur la Seconde Guerre Mondiale pourraient résoudre quoi que ce soit, dans cette situation tragique.

Yehoshua Amishav *

© upjf.org


* L'auteur est directeur du département de marketing et communication du Keren Hayesod - Appel Unifié Juif [organisme de collecte de fonds pour venir en aide aux communautés Juives en détresse de par le monde] ; il a été porte-parole de l'Ambassade d'Israël à Paris et à Rome.


Mis en ligne le 03 janvier 2004 sur le site www.upjf.org