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Christianisme

Le pape et le film 'La Passion': 'C'est ce qui s'est passé'
18/12/2003

18/12/03

Dans un article publié, dans le Wall Street Journal du 17 décembre, et intitulé «'It Is as It Was' - Mel Gibson's "The Passion" gets a thumbs-up from the pope» ['C'est ce qui s'est passé', le pape donne un coup de pouce au film 'La Passion', de Mel Gibson], Peggy Noonan, du Wall Street Journal ne cache pas sa joie du satisfecit papal décerné à ce film. Il est à peine utile de préciser que la journaliste est une fervente catholique. Menahem Macina.]

Ci-après, de larges extraits traduits en français par M. Macina pour upjf.org
Pour lire l'intégralité de l'article en anglais, cliquer :
www.opinionjournal.com/columnists/pnoonan/?id=110004442


[…] Officiellement, le Vatican s'est abstenu de tout commentaire formel sur le film, en raison du fait que son contenu a fait l'objet d'une polémique passionnée. On reprochait au film d'être dur envers les Juifs, et Mel Gibson, réalisateur du film, a été accusé d'antisémitisme. Cet été, un groupe de savants, en lien avec la Commission épiscopale américaine, a obtenu une copie - apparemment volée - d'une version non définitive du scénario, et l'ont accusé d'être incorrect sur le plan scripturaire et potentiellement nuisible aux relations entre Chrétiens et Juifs. M. Gibson a protesté, et les évêques ont plus ou moins disparu de la scène, mais le dommage a été fait.

Depuis lors, les responsables ecclésiaux ont tendu à traiter le film comme s'il s'agissait d'un accident de la circulation […] Il y a six semaines, lors d'une réception diplomatique à Rome en l'honneur du 25ème anniversaire de l'accession de Jean-Paul II à la papauté, je me suis entretenue de cette polémique avec un cardinal américain influent et lui ai recommandé de voir le film et de tirer honnêtement ses propres conclusions. Il a cligné des yeux avec impatience derrière ses verres épais, en disant que, non, il n'en ferait rien, car ce film est objet de "polémique" […]

Jean-Paul II qui, malgré l'épreuve de sa maladie, a plus de bon sens que beaucoup de ses cardinaux, a eu vent de la polémique à propos de ce film et a voulu le voir dans ses appartements privés, malgré ses multiples occupations…

D'après un prélat de son entourage – Mgr Dziwisz, qui lui a procuré la copie sur DVD -, le pape a trouvé le film très impressionnant et l'a approuvé… Mgr Dziwisz a ajouté que, vers la fin du film, le pape lui a confié cinq mots qu'il a souhaité transmettre: "C'est ce qui s'est passé". Le film, a estimé le Saint-Père, raconte les choses telles qu'elles ont eu lieu […]

Qu'y a-t-il de nouveau dans tout cela ? Ce n'est pas seulement que Jean-Paul II se soit affranchi des us et coutumes du Vatican pour voir le film, ni, évidemment, qu'il soit le pape, mais c'est l'influence de son histoire personnelle. Le Pape est un érudit, un poète et un ancien acteur, qui aime le théâtre et qui a lui-même envisagé de jouer et d'écrire des œuvres dramatiques en tant que professionnel.

En outre, aucun pape n'a fait davantage que lui en faveur des relations entre Juifs et Chrétiens. Il s'est engagé profondément en faveur des Juifs et du Judaïsme, tant depuis son élection qu'auparavant. Il aurait su voir si le film est antisémite. Il n'a pas donné son approbation à la légère.

Michael Novak, un spécialiste [juif] de ce pape, m'a résumé la problématique. Selon lui, la vie de Jean-Paul II a été marquée par "une perception profonde du caractère irrationnel et de la barbarie de ce qui est arrivé aux Juifs durant la Seconde Guerre Mondiale, qu'il a connue et ressentie, d'où le désir qui l'a envahi de consacrer sa vie au rapprochement avec les Juifs. Cela ressort de ses amitiés de toute une vie, de sa visite à la communauté juive de Rome, de son inoubliable passage à Auschwitz, et de sa visite, profondément émouvante, à Jérusalem. Sa piété, son respect envers ceux qui ont souffert, et son vif désir que cette douleur soit abolie par la grâce de Dieu, ont frappé et impressionné tous ceux qui l'ont observé."

"C'est qui s'est passé". Je ne sais pas si ces mots régleront la question. Mais pour moi, c'est le cas, et il en sera de même pour beaucoup. J'ai assisté à une projection de "La Passion", à Washington, au mois de juillet dernier, avec environ 50 écrivains, rédacteurs et activistes. Je craignais que le film pût apparaître comme antisémite et qu'il déclenche, chez les spectateurs, des passions susceptibles de causer de la douleur aux Juifs et à d'autres. Je suis repartie rassurée. C'est un film émouvant, et ce qu'il déclenche en vous, ce sont des larmes, et une réflexion. Il ne provoque pas, il instille et inspire examen de conscience et considération. C'est l'histoire d'un Juif qui était le Messie; c'est l'histoire de sa mère juive aimante, de ses disciples juifs ardents, et de ses adversaires juifs, qui l'ont considéré comme hérétique et dangereux.

Il a été brutalement mis à la mort par des soldats romains non-Juifs - dépeints commercialement comme des sadiques -, avec le consentement d'un non-Juif fatigué et cynique, qui a ensuite voulu se laver les mains de sa culpabilité. C'est un film qui amène le spectateur à accuser non des Juifs, ni des Romains, ni des fonctionnaires sans cynisme, mais lui-même. Il vous amène à vous interroger sur ce qu'aurait été votre rôle dans ce drame poignant d'alors, et sur ce qu'il est aujourd'hui.

Je suis heureuse que le Saint Père ait décidé de voir ce film. Je suis heureuse qu'il ait parlé. Je suis heureuse que son jugement ait été : "C'est qui s'est passé". Si cela clôt la polémique, ou l'apaise - et je crois que ce sera le cas -, ce sera un magnifique cadeau pour tous, en cette période de fête.

Peggy Noonan *

© Wall Street Journal pour l'original anglais et upjf.org pour la traduction française.



Mme Noonan est éditrice et rédactrice au Wall Street Journal. Elle est l'auteur de Un coeur, d'une croix, et un drapeau (Wall Street Journal Books/Simon & Schuster […]