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Antisémitisme

Les mensonges antisémites qui nous menacent tous, par Harold Evans *
22/07/2002

The Times de Londres, 28 Juin 2002

Traduction française de Norbert LIPSZYC pour reinfo-israel.com

[Les mises en grasses sont le fait du traducteur.]

L'antisémitisme répandu dans le monde musulman, des écoles à la presse, la télévision et Internet, non seulement rend la paix au Moyen Orient impossible, il fait aussi de nous des cibles.

Juste avant qu'il ne soit déclaré irrecevable par le Président Bush, Yasser Arafat a fait une offre extraordinaire, extraordinaire non parce qu'elle répondait à une demande spécifique que Bush allait faire, mais extraordinaire parce que Arafat reconnaissait l'horreur intrinsèque que représente l'endoctrinement de jeunes gens aveuglés pour qu'ils commettent des attentats suicides.

Décrivant son plan de réformes de 100 jours, dans un mémorandum privé de six pages envoyé au Président Bush et aux capitales arabes, Arafat écrit qu'il "renoncera au fanatisme dans les programmes scolaires et répandra un esprit de démocratie, d'humanisme et d'ouverture".

On trouve beaucoup de choses sous la pierre qu'Arafat a soulevée. Le fanatisme a été instillé chez les assassins suicides et chez des millions de jeunes dans tous les pays arabes, sans que ne s'y intéressent ni les médias, ni les gouvernements, ni les universitaires, ni les églises dans le monde civilisé.

Les écoles palestiniennes, financées par l'Europe, sont de vrais égouts à ciel ouvert en termes de haine répandue, non seulement contre Israël, mais contre tous les Juifs et tous leurs amis. Le Dr Ahmad Abu Halabiya, ancien recteur, en charge de l'université islamique de Gaza, définit le message : "Où que vous soyez, tuez les Juifs, les Américains qui sont comme eux et ceux qui les soutiennent."

Les leaders arabes viennent à Washington, Londres et Genève avec des formules de paix, pendant que, dans leurs pays, ils alimentent leurs populations d'appels à la haine similaires. Cela signifie que même si, par miracle, il y a un accord sur la forme d'un Etat palestinien, il n'y aura pas de paix au Moyen-Orient pendant une génération. Les Israéliens peuvent oublier ou pardonner les assassins-suicide ; les Palestiniens peuvent oublier les humiliations de l'occupation. Mais le conflit politique au sujet de la Palestine n'est qu'un des aspects du fanatisme fomenté. Il aboutit à la déshumanisation de tous les Juifs et il a été fabriqué et répandu dans tout le Moyen-Orient et l'Asie du sud-est avec une intensité et à une échelle sans précédents.

C'est un phénomène assez nouveau dans le monde musulman. Il y avait plus de tolérance envers les Juifs dans l'empire de l'Islam que dans l'Europe chrétienne.

J'étais conscient, comme nous le sommes tous, que les Palestiniens haïssent l'état d'Israël. Ce qui m'a surpris, c'est la virulence de ce nouvel antisémitisme dans tous les pays musulmans. Il est délirant, vociférant, pervers, paranoïaque et n'a que des rapports lointains avec le conflit palestinien.

L'espoir, le bromure habituel, semble n'avoir rien à voir avec la situation. La période de grands espoirs qui a suivi Camp David a connu une montée rapide, et non une diminution, de la marée.

C'est un phénomène singulier ; rien ne lui est comparable chez les Arabes ou les Musulmans.

Quiconque parle de la Palestine ou du terrorisme parle dans le vide, car on ne peut rien comprendre sans une évaluation correcte de la manière dont les esprits ont été empoisonnés.

Une seule attaque d'un skinhead contre une synagogue en Europe et c'est une information, mais rien sur les attaques répétées perpétrées chaque jour contre les Juifs, du Maroc au Caire et à Damas, de Bagdad à Téhéran, de la bande de Gaza à Karachi.

Le paradoxe est que le monde est interconnecté comme jamais auparavant alors que, de manière létale, tant de dépêches sont aussi vides.

Le fanatisme religieux qui a engendré et soutenu le terrorisme et qui dirige ce nouvel antisémitisme est insensible à la raison.

Jonathan Swift avait formulé ce dilemme, il y a plus de 200 ans : "On ne peut convaincre quelqu'un par la raison d'abandonner quelque chose qu'il a adopté sans se baser sur la raison".

La meilleure illustration de ce que nous devons combattre est illustré par ce que les Juifs ont fait au World Trade Center. Chacun, dans le monde musulman, sait que le 11 Septembre a été un complot juif destiné à préparer le chemin à l'opération militaire conjointe israélo-américaine non seulement contre Osama ben Laden et les Talibans, mais aussi contre les militants islamiques en Palestine. Le jour de l'attentat, 4000 Juifs étaient absents du World Trade Center ; ils avaient été informés à l'avance.

Je pensais que cette rumeur avait depuis longtemps disparu de la manière même dont elle était arrivée, mais elle m'a été rapportée, en toute sincérité, par un chauffeur de taxi pakistanais de New-York, la semaine dernière ; ce qui prouve seulement que ce mensonge est maintenant une croyance musulmane indéracinable.

Des millions et des millions de gens croient en ces sornettes, comme un sondage Gallup l'a montré, après avoir questionné des personnes dans neuf pays à majorité musulmane, le Pakistan, l'Iran, l'Indonésie, la Turquie, le Liban, le Maroc, le Koweït, la Jordanie et l'Arabie Saoudite, qui représentent à peu près la moitié de la population musulmane du globe. Environ 67% considèrent l'attentat comme moralement injustifié, ce qui est quelque chose, mais pourquoi pas 100% ? On leur a aussi demandé s'ils croyaient que des groupes arabes avaient perpétré ces attentats. Ce n'est que chez l'allié de l'Occident, qu'est la Turquie, que la réponse a été majoritairement, mais faiblement, Oui : 46% contre 43%. Dans les huit autres pays musulmans, la population a rejeté l'idée que des Arabes ou Al-Qaïda aient été les responsables.

J'insiste, ceci est un sondage qui date seulement d'il y a quelques mois, après que des millions de mots aient été prononcés par des reporters et après la projection des vidéos enthousiastes d'Osama ben Laden. Les majorités, au Pakistan, au Koweït, en Iran, en Indonésie sont écrasantes, au Pakistan seuls 4% des sondés reconnaissent que les tueurs sont des Arabes.

Thomas Friedman, du New York Times, a rendu compte, le mois dernier, d'Indonésie, le plus grand pays musulman au monde, que personne, là-bas, ne doute qu'il s'agisse d'une conspiration du Mossad.

Qui serait assez naïf/fou/malintentionné/égaré pour disséminer de tels mensonges?

Le flux provient de sources officielles, journaux et télévisions dans les pays arabes, écoles et mosquées subventionnées par les gouvernements, éditorialistes arabes, caricaturistes, religieux et intellectuels, sites Web qui mènent à un infini d'iniquité.

L'apparence de modernité dans les médias arabes est illusoire. Plus importante que la présence de hardware est l'absence de software, l'idée d'une presse libre farouchement indépendante et autocritique. CNN filmera les dommages causés par les bombes américaines en Afghanistan ; al-Jazeera et les stations du Moyen-Orient ne rêveraient même pas de parler des veuves et des orphelins, dont les êtres chers ont été déchiquetés par les assassins-suicide. Un Arabe critique de l'Amérique et de la coalition a toujours le dernier mot.

Comment des gens peuvent-ils être aussi réceptifs à la désinformation ? C'est simple, la théorie du complot simplifie un monde complexe. L'absence de preuves est en elle-même preuve de complot : les rapports manquants à Pearl Harbor, les balles manquantes à Dallas, les cadavres manquants à Djénine. Les a priori sont transformés en fantasmes.

Le déni par des autorités n'est que la confirmation de l'ampleur du complot : il en fait donc partie lui-même. Conspiration et rumeur fleurissent, surtout là où le flux d'information est restreint, les opinions réprimées et l'analphabétisme répandu.

Mais il existe une autre explication à la puissance des mensonges aujourd'hui. C'est l'aura d'authenticité apportée par la technologie, par Internet.

John Daniszewski, du Los Angeles Times, demanda à une rédactrice de La Nation à Islamabad, Ayesha Haroon, pourquoi elle voyait en Israël le coupable. "Il est fort possible qu'il y ait eu intention délibérée de nuire en le publiant”, admit-elle. "Je pense aussi que cela a à voir avec l'Internet. Quand vous voyez quelque chose sur l'écran d'un ordinateur, vous avez tendance à croire que c'est vrai." Là, dans notre nouvelle magie, est la source de bien des misères.

Selon Friedman, un Indonésien, qui visitait la place forte islamique de Yogyakarta, fut effrayé par la marée montante de la volonté de djihad contre les Chrétiens et les Juifs. Les utilisateurs d'Internet ne représentent que 5% de la population, mais ces 5% répandent des rumeurs sur les Juifs à tous les autres. "Ils disent, 'Je l'ai appris sur Internet'. Ils pensent que c'est la Bible."

La calomnie qui accuse les Juifs morts dans le World Trade Center, et que des millions de personnes perçoivent comme la réalité, doit sa notoriété originelle, dès septembre 2001, à un site Web appelé InformationTimes.com, "un service d'information et de presse indépendant", dont l'adresse était le Building de la Presse à Washington. J'ai eut l'idée de demander à son rédacteur en chef, Syed Adeeb, quelles étaient ses preuves. Il m'a dit que sa source était la station de télévision Al Manar au Liban. Quand je lui demandai s'il avait le moindre scrupule à relayer Al Manar, alors que c'est l'organe de propagande du groupe terroriste Hezbollah, dont l'objectif est de "mener une guerre psychologique efficace contre l'ennemi sioniste", la réponse d'Adeeb fut : "Mais c'est une station très populaire."

Il est clair que Adeeb croyait en sa propre histoire. Quand je mentionnais que des Juifs étaient morts dans les tours, il accepta qu'un ou deux aient pu mourir, mais il trouvait suspect que personne ne put lui dire combien exactement. Il avança qu'il était un citoyen américain, et que certains de ses meilleurs amis étaient Juifs. La vision du monde d'Adeeb parle d'elle-même dans ses titres : "Des Israéliens possesseurs de matériel explosif ont été arrêtés à Washington" ; "La mafia israélienne contrôle le Congrès des Etats-Unis" ; "Des terroristes hindous fous menacent l'Amérique" ; "Le FBI et la CIA devraient enquêter sur le lobby israélien " ; "Des soldats israéliens barbares violent et torturent 86 femmes à Naplouse en Palestine".

Je m'enquis de la source de l'histoire du viol, et il me cita Lynne Jones, le membre travailliste du parlement britannique pour la circonscription de Birmingham Selly Oak. Après vérification il apparaît que le Dr Jones a en effet mis en circulation cette rumeur d'atrocité, en citant un e-mail d'un certain Anthony Razook, de Naplouse, mais avec la prudence nécessaire en disant que "ce rapport n'avait pas encore été vérifié". De telles réserves disparaissent dans le retraitement sans fin de l'information.

Il fut un temps où de telles histoires circulaient seulement sur des feuilles sales transportées par vélo et qui ne voyaient jamais la lumière du jour. Aujourd'hui, les Magiciens d'Oz comme Adeeb ont un mégaphone pour délivrer leurs messages à un monde crédule, avec la fausse authenticité de la voie électronique.

Dans les années 30, Cordell Hull se plaignait de la presse écrite et de la radio car un mensonge faisait la moitié du tour du monde avant que la vérité ait eu le temps de mettre sa culotte. Aujourd'hui un mensonge peut aller jusqu'à la planète Mars et en revenir avant que quiconque ne soit même à moitié réveillé. Le résultat final de ces titres incendiaires et de la propagation irréfléchie de ces sortes d'emails est Danny Pearl, torturé et massacré sauvagement parce qu'il était Juif et reporter.

Trop souvent, malheureusement, avec les meilleures intentions du monde, les reportages et les commentaires, en Occident, aboutissent naïvement à renforcer l'antisémitisme. Israël est soutenu comme, selon l'expression de Lénine, une corde soutient un pendu. Le même poids est donné à l'information en provenance des Etats-policiers, qui sont des menteurs avérés, qu'à l'information en provenance d'une démocratie, qui pratique une vigoureuse autocritique. L'attitude commune, pétrie de bons sentiments, est qu'il est équitable d'agir ainsi, comme si la vérité se trouvait dans un vide moral, comme si elle pouvait être mesurée au mètre, comme un bout de tissu. Cinq millions de Juifs en Israël sont une minorité vulnérable entourée par 300 millions de Musulmans, gouvernés, dans leur vaste majorité, par des régimes autoritaires, Etats quasi policiers qui, en plus de 50 ans, n'ont jamais cessé d'essayer de l'éliminer par la guerre et le terrorisme. Ils font taire toute opposition, tout reportage critique, ils dirigent des systèmes judiciaires répressifs et des écoles d'intoxication, ils ont échoué à mettre en œuvre toute mesure de justice sociale ou politique, ils détournent la frustration de la rue vers le bouc émissaire du sionisme, et ils génèrent et financent le terrorisme international.

Et pourtant, c'est Israël qui est considéré avec scepticisme et parfois avec hostilité. Prenons la bataille de Djénine. La présomption des meilleurs journaux et celle d'heures après heures de reportages télévisés en Europe, dans leur recherche frénétique de nouvelles, a été que les histoires palestiniennes de 3.000 tués et enterrés dans des fosses communes secrètes étaient vraies, bien que ceux les propageaient, comme Saeb Erekat, aient une réputation de menteurs avérés. Le Guardian s'est même laissé aller à écrire, dans un éditorial, que les attaques d'Israël sur Djénine ont été "tout aussi répugnantes" que les attaques d'Osama ben Laden sur New York, le 11 septembre.

Aussi répugnantes ? Quelque chose nous aurait-il échappé? Quelque provocation américaine d'Osama, comparable au meurtre continu de femmes, d'enfants, de malades et de vieillards israéliens ?

Y avait-il, dans le World Trade Center, une menace comme la fabrication de bombes à Djénine, connue fièrement chez les Palestiniens sous le nom de Capitale du Suicide ?

En fait, il n'y a eu ni massacre, ni fosses communes.

Human Rights Watch a, depuis, établi le bilan à 54 morts, incluant, selon leurs calculs, 22 civils, les Israéliens disent 3 civils. Certains militants palestiniens clament même que Djénine fut une victoire, du fait de la mort de 23 soldats israéliens.

Bien sûr, la presse se devait de rendre compte des allégations palestiniennes de massacre; elle avait le droit de poser des questions et d'exprimer son inquiétude dans ses éditoriaux. Mais la vérité ne résidait pas dans l'équilibre entre des affirmations contradictoires, et l'hystérie générale n'y contribua en rien.

Des articles aussi sensationnalistes que ceux-là demandent une rigueur encore plus grande dans les comptes-rendus, une retenue de langage, un soin scrupuleux dans les titres, une citation correcte des sources et, par-dessus tout, un sens aigu de la responsabilité : "génocide" est trop tragique quand il est réel, pour être dévalué par un usage à la petite semaine. Décrire des meurtriers-suicide comme des "martyrs", comme un titre britannique récent l'a fait, c'est approuver les actes des barbares.

Les Palestiniens peuvent appeler leurs terroristes des martyrs s'ils le désirent, c'est de la diffamation envers les martyrs de l'histoire qui ont donné leur vie pour sauver les autres, non pour tuer au hasard, ou pour obtenir des récompenses financières pour leurs familles.

Les mots, a dit Churchill, sont les seules choses qui durent éternellement.
Nous devrions tous avoir une attention aussi grande concernant le pouvoir explosif des mots que celle que nous attendons lorsqu'on examine nos bagages dans des aéroports.

Je rejette le sophisme selon lequel poser ce questionnement représente une excuse pour tout ce qui se fait sous le couvert de la lutte contre l'antisémitisme.

Il n'est pas antisémite de poser des questions sur Djénine, pas plus que ce n'est être anti-presse que de poser des questions à propos de la manière de rendre compte.

Ce n'est pas être antisémite que de rendre compte de mauvais traitements infligés aux Palestiniens et de protester contre eux.

Ce n'est pas être antisémite que de se poser la question de savoir si le passé de Sharon ne serait pas incompatible avec ses promesses pour le futur.

Ce n'est pas être antisémite que de déplorer la longue occupation, même si celle-ci a été provoquée par les leaders arabes qui ont instigué et perdu 3 guerres.

C'est ETRE antisémite que de diffamer l'Etat d'Israël en le traitant comme une abstraction diabolique, n'étant tolérant qu'envers le Juif comme individu, mais pas envers le Juif comme membre d'une collectivité.

C'est ETRE antisémite que d'inventer des outrances venimeuses.

C'est ETRE antisémite que de condamner constamment, en Israël, ce que vous ignorez ou approuvez partout ailleurs.

Il est, par-dessus tout, antisémite de déshumaniser le Judaïsme et le peuple juif de manière à inciter à son extermination et à justifier celle-ci.

C'est ce que nous avons vu, des milliers et des milliers de fois, à une échelle incroyable.

L'Union Européenne a récemment voté l'attribution supplémentaire de millions à l'Autorité palestinienne. Aussi corrompue soit-elle, on a de la sympathie pour le soulagement de la pauvreté et des misères de la population, mais n'aurait-il pas fallu assortir cette attribution de la condition que l'AP cesse d'utiliser l'argent européen pour sa propagande raciste dans ses écoles, ses mosquées, sa télévision et sa radio, dans ses rassemblements politiques et dans les camps d'été ?

Le fanatisme auquel Arafat offre de renoncer, en tant que monnaie d'échange, pas en tant que principe moral, est le fanatisme stimulé par son Autorité Palestinienne qui, parmi d'autres “lumières”, produit des films éducatifs montrant des petites filles chantant leur détermination à devenir des martyres.

Le degré atteint par l'infection est apparu clairement à l'Université Al-Najah, dans la ville de Naplouse, où les étudiants ont monté une installation intitulée "L'Exposition du Café Sbarro". Le Café Sbarro est une pizzeria où un terroriste-suicide palestinien a assassiné 15 personnes durant leur repas. L'exposition, selon Associated Press et les médias israéliens, incluait des tranches de pizza et des morceaux de corps dispersés dans la pièce. Les murs étaient peints en rouge pour montrer le sang éclaboussé.

On s'obstine à chercher de la santé mentale dans cette image, spécialement dans le Service de Psychiatrie de l'Université Ein Shams, au Caire. Là, le Dr Adel Sadeq, qui préside aussi l'Association arabe des Psychiatres, déclare en ce qui concerne les attentats-suicide : "En tant que psychiatre professionnel, je peux dire que le sommet de la béatitude arrive vers la fin du décompte : dix, neuf, huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un. Quand le martyr atteint 'un' et explose, il a le sentiment de voler, car il sait avec certitude qu'il n'est pas mort. C'est une transition vers un autre monde, plus beau. Personne, dans le monde occidental, ne sacrifie sa vie pour sa patrie. Si sa patrie coule, il est le premier à quitter le navire. Notre culture est différente. C'est la seule arme arabe et quiconque dit autre chose est un conspirateur."… Patient suivant !

Les caricatures du Juif, dans le monde musulman, suivent toutes les mêmes stéréotypes ennuyeux; les Juifs sont sales, ont le nez crochu, sont rapaces, ce sont des parasites vindicatifs et intrigants. Ce sont des barbares qui répandent délibérément le vice, les drogues et la prostitution, et qui empoisonnent l'eau. Voici quelques-uns de leurs mensonges :
- les autorités israéliennes ont injecté à 300 enfants palestiniens le virus du SIDA durant les années d'intifada ;
- Israël a empoisonné les Palestiniens avec de l'uranium et des gaz inervants ;
- Israël distribue du chewing gum et des chocolats contenant de la drogue, de manière à rendre les femmes corrompues sexuellement ;
- les Juifs utilisent le sang des Gentils pour fabriquer les matzoth de Pâques (Al-Ahram, Le Caire).

En avril dernier, des étudiants boursiers de d'Etat ont placardé à San Francisco une affiche montrant un bébé "égorgé selon les rites juifs, avec une autorisation légale américaine."

Incroyablement, les médias arabes et musulmans, et derrière eux leurs états, ont ressuscité le faux russe, les Protocoles des Sages de Sion.

Ce document, soi disant occulte, qui ressemble à ce qui aurait été mis au rebut - parce trop ridicule - même pour le film de Mel Brooks "Les Producteurs", est le plan sioniste secret par lequel les Juifs sataniques conquerraient la domination mondiale. Il y a eu plus de javelots littéraires plantés dans ce document que dans le cœur de Dracula, dans ses multiples avatars cinématographiques, néanmoins ce faux bizarre a encore cours dans le monde musulman. Une série de 30 épisodes, ayant coûté plusieurs millions de dollars, a été produite en Egypte par la Radio-Télévision arabe. Avec 400 acteurs ! Et ce n'était pas une satire.

Ce sont les "Protocoles" qui inspirent au mouvement islamique Hamas l'enseignement qu'ils prodiguent à leurs enfants, selon lequel les Juifs contrôlent la richesse et les médias de masse du monde. Selon le Hamas, et quiconque dans ses classes, ou dans la rue, questionnera sur ce qu'ils disent, les Juifs sont les instigateurs délibérés des révolutions française et russe, et également de la Première Guerre Mondiale, et ce dans le but de détruire le califat musulman et de créer la Ligue des Nations, "pour pouvoir régner sur le monde par son intermédiaire".


Soit dit en passant, quand j'ai effectué une vérification sur le site Palestine Watch, pour rendre compte de ce qu'ils disaient au monde sur la propagande israélienne, je n'ai rien trouvé, mais le site écrivait que le Hamas ne cherche que la paix dans la dignité, oubliant seulement de mentionner que l'objectif premier du Hamas est la destruction de l'Etat d'Israël.

En plus du volume et de l'intensité de la campagne multimédia globale, il y a eu un inquiétant changement de direction politique.

La frustration arabe, suite à la reconnaissance de l'Etat d'Israël, après la Deuxième Guerre Mondiale a été exprimée pendant des décennies sous la forme de la question suivante : "Pourquoi les Arabes devraient-ils donner aux Juifs une compensation pour l'Holocauste, qui a été perpétré par les Européens?". Aujourd'hui, le thème est que l'Holocauste est une invention sioniste. Il est exprimé avec une véhémence surprenante qui n'a d'égale que son mépris pour le savoir.

Un éditorialiste typique de Al-Akhbar, le quotidien gouvernemental égyptien, écrivait, le 29 avril : "Toute cette question (l'Holocauste), comme bien des savants français et britanniques l'ont prouvé, n'est rien de plus qu'un énorme complot israélien destiné à extorquer de grosses sommes au gouvernement allemand en particulier et aux autres pays européens. Personnellement, au vu de ce conte imaginaire, je dois me plaindre auprès de Hitler, lui disant même : 'Si seulement tu l'avais fait mon frère, si seulement cela s'était réellement produit, le monde pousserait un soupir de soulagement d'être débarrassé du mal qu'ils causent et de leurs péchés'."

Hiri Manzour dans le journal officiel palestinien : "Le chiffre de six millions de Juifs brûlés dans les camps nazis d'Auschwitz est un mensonge", une supercherie avancée par les Juifs dans le cadre de leurs "opérations de marketing" internationales.

Seif al-Jarawn dans le journal palestinien Al-Hayat al-Jadida : "Ils ont concocté des histoires horribles de chambres à gaz, où Hitler, clament-ils, les aurait brûlés vivants. La presse a été inondée d'images de Juifs abattus en masse… ou poussés dans des chambres à gaz. La vérité est qu'une telle persécution maligne a été inventée par les Juifs."

Il est clair qu'il s'agit là d'une tentative cohérente de miner la base morale sur laquelle repose l'état d'Israël, adoptée par un grand nombre de gens soi disant modérés. L'ancien Président d'Iran, Ali Akbar Hashemi-Rafsanjani, a déclaré sur Radio Téhéran : "Une bombe atomique effacerait Israël sans laisser de trace, alors que le monde islamique ne subirait que des dommages et ne serait pas détruit par la réplique nucléaire israélienne."

L'intelligence de toute cette campagne antisémite est sa stupéfiante perversité:

Les médias arabes et musulmans et les mosquées décrivent les Israéliens comme des Nazis, le très conciliant Barak comme le faucon Sharon sont affublés de svastikas et de crocs dégouttant de sang, et médias et mosquées propagent la même judéophobie qui prépara la voie à Auschwitz.

Comment pouvez-vous parler à quelqu'un qui ne parle qu'en se tenant sur la tête et qui hurle tout le temps ? Des gens, en Occident, qui adoptent les mêmes métaphores meurtrières sur Israël - et je l'ai souvent entendu lors de mes récentes visites en Europe -, peuvent être considérés comme des clowns dans leur propre pays, mais ce n'est pas là que les choses se passent. Ce sont des handicapés sur le plan moral, mais ils cautionnent les menteurs malveillants du Moyen-Orient.

En comparaison avec la fantasmagorie que je viens de décrire, le fait que, sans exception, les livres scolaires palestiniens fournis par l'Autorité Palestinienne, financés par l'Europe, n'aient aucune place sur leurs cartes pour l'Etat souverain d'Israël, aucune mention de ses cinq millions d'habitants juifs, aucune reconnaissance pour les liens historiques des Juifs avec Jérusalem, semble de peu d'importance.

L'exigence palestinienne d'un Etat est irrécusable, et avec un leadership plus sage un tel Etat aurait prospéré depuis des années.

Il est tragique que cette cause soit maintenant défendue si impitoyablement par l'usage du mot Juif comme incitation extrémiste à la haine de l'Amérique et de l'Occident.
C'est cela le djihad. Il nous vise tous, nous les Européens qui "ressemblons" aux Américains parce que nous croyons en la démocratie de liberté et sommes infectés de culture américaine.

Mais ses premières victimes sont les Palestiniens et les masses frustrées du monde musulman.

Leurs leaders les ont conduits dans l'ignominie durant trois guerres. Ils ont échoué à réformer leurs sociétés corrompues et incompétentes.

Il est facile de détourner le désespoir et la colère de la rue contre Israël et les Juifs qui, soi disant contrôlent l'Occident, mais la terreur et la haine empoisonnent toute société qui l'encourage ou la tolère.

Lorsque Bernard Lewis observa, il y a 16 ans, que l'antisémitisme devenait partie de la vie intellectuelle arabe, "presque comme cela s'était produit en Allemagne nazie", il ajouta l'idée réconfortante qu'il n'avait pas la qualité viscérale de l'antisémitisme de l'Europe centrale et de l'est, en ce qu'il était "encore largement politique et idéologique, intellectuel et littéraire", sans animosité personnelle profonde ni résonance populaire, qu'il était exploité cyniquement par les dirigeants arabes et les élites, une arme polémique à jeter lorsqu'elle ne sera plus nécessaire.

Mais c'était avant l'explosion électronique actuelle de haine, avant le lavage de cerveau que j'ai brièvement décrit, avant le 11 Septembre.

Les habitudes d'esprit qui ont tendance à approuver la terreur s'enracinent dans le monde musulman, avec le consentement de l'Europe, né de sa léthargie et de ses préjugés.

Les Palestiniens qui dansèrent de joie, le 11 Septembre, et les étudiants qui organisèrent l'exposition sanglante des assassinats de la pizzeria ne faisaient pas partie d'al-Qaïda, mais leur acceptation de la terreur comme substitut de la politique n'augure rien de bon pour le futur de leur pays ni pour les possibilités de dialogue politique pacifique dans tout Etat arabe.

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* Harold Evans est un journaliste réputé, tant en Europe qu'en Amérique. Il a été rédacteur en chef du Sunday Times et du Times, de Londres, Directeur de la rédaction du Daily News, de New York, de l'Atlantic Monthly et du magazine US News & World Report.

L'article du Times est la version allégée d'une conférence destinée au 30ème anniversaire de l'association "Index on Censorship" (la censure à l'index).

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