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Menahem Macina

Marche à gauche: maccarthisme anti-Juif de droite, M. Macina
08/09/2003

Titre complet : "'Marche à gauche': un maccarthisme de gauche contre les Juifs de droite".

On peut lire la version courte de ce récit que j'ai élaborée pour ma chronique hedomadaire sur les ondes de Aroutz7 en français, sous le titre: "Schmock, le MRAP et le 'Protocole des Webmestres de Sion'".

CADEAU en l'honneur du franchissement de la barre du MILLION DE LECTURES de nos textes.
Contrairement à ma (mauvaise ?) habitude d'interdire – pour des raisons de protection de mes droits d'auteur et de ceux de l'upjf – la reproduction, sur d'autres sites, de certains textes publiés sur le nôtre, je vous encourage à mettre en ligne celui-ci (accompagné des mentions d'usage) et à le diffuser aussi largement que possible. Menahem Macina.


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"Si encore un ennemi m'insultait, je pourrais le supporter; si contre moi s'élevait mon rival, je pourrais me dérober. Mais toi, un homme de mon rang, mon ami, mon intime, à qui m'unissait une douce intimité dans la maison de D.!" (Psaume 55, 13-15).

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Monsieur Schmock * [voir aussi l'Appendice] est un pauvre Juif riche et considéré, qui a l'infortune d'habiter dans la même commune que le leader du Front National.

Vous ne voyez pas le rapport. Normal. Lisez plus avant: vous comprendrez.

Juif émancipé, plus français que nature, parfaitement fondu dans le paysage politiquement correct de son pays, ce journaliste respecté, d'obédience gauche modérée, loyal envers la République, père de famille honorable et propriétaire d'un appartement de bon standing, aurait tout pour être heureux et couler une existence tranquille, s'il n'était perpétuellement sujet à une inquiétude maladive.

Au physique, M. Schmock est chétif, malingre même, et sa taille médiocre ainsi que son teint jaunâtre (le foie !), sont en quelque sorte la représentation visible de l'inquiétude intérieure qui le ronge perpétuellement, même quand tout va bien - surtout quand tout va bien ! Et il n'est pas rare d'entendre notre homme affirmer sentencieusement: «Comme disait papa, et grand-père avant lui – que leur souvenir soit béni ! -, nous, Juifs, c'est quand tout semble aller pour le mieux que nous devons nous attendre au pire…» Et de s'exclamer à l'adresse de ses relations (juives) qui se gaussent de ses jérémiades : «Vous ne me croyez pas ? Eh bien, lisez la Bible et l'histoire : vous verrez que les Juifs ont passé leur temps à fuir d'une ville ou d'un pays à l'autre… Et je ne parle que de ceux qui ont survécu aux bûchers, aux pogromes et aux fours crématoires…»

Avec un tel pedigree, vous comprendrez aisément que la seule chose dont M. Schmock n'avait pas besoin, c'était de la fatale publication du rapport du MRAP. Vous savez, l'honorable association loi 1901 dont le sigle - aussi disgracieux que sibyllin - signifie Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples.

Une 'raison sociale' aussi généreuse, pense de prime abord le lecteur non averti, laisse augurer du meilleur. C'est ce que M. Schmock croyait, lui aussi, et bien d'autres – Juifs ou non - avec lui. Et voici qu'au plus fort de la canicule la plus meurtrière que la France ait connue depuis des décennies, c'est la douche glacée, pour les Juifs tout au moins. Le MRAP, prestement relayé par les médias, jette en pature au grand public et aux médias une espèce de «Protocole des webmestres de Sion» (©), accusant des idéologues juifs sionistes de semer la haine anti-arabe sur des sites impossibles à localiser, réputés appartenir à de mystérieux «réseaux de l'extrême droite juive». Bref, tous les ingrédients de la théorie du complot juif mondial, qui a coûté si cher à notre peuple.

On le sait, les tempéraments inquiets et craintifs ont tendance à majorer les faits, à accorder une importance disproportionnée à des événements fortuits, et à voir des dangers partout. Mais la paranoïa de M. Schmock a une caractéristique particulière qui, si elle n'est pas son apanage, n'en atteint pas moins, chez lui, un degré quasi pathologique. Je veux parler du syndrome du fou de l'histoire, qui se prenait pour un grain de blé. Après des années de cure psychiatrique en milieu fermé, notre homme est rendu à la vie normale, quand il a été dûment constaté qu'IL SAIT, dorénavant, qu'il n'est pas un grain de blé. Malheureusement, on doit le réinterner au plus vite, lorsque, à peine sorti, il est pris de panique en croisant une poule, qui, "ELLE", bafouille-t-il, "NE SAIT PAS que je ne suis plus un grain de blé". Tel est le drame kafkaïen de M. Schmock: il SAIT bien, LUI, qu'il n'est ni mauvais ni louche, mais LES AUTRES, eux, l'ignorent et veulent sa perte.

Aussi, dès qu'il se trouve dans une situation exposée - ou qu'il croit telle -, notre homme n'a-t-il de cesse de se disculper en paroles et même en actes. Et c'est précisément ce qu'il n'a cessé de faire, au fil des semaines écoulées depuis la publication du rapport du MRAP.

Comme nous le verrons plus loin, M. Schmock avait de bonnes raisons de craindre qu'on le soupçonne d'être un de ces insaisissables «pirates informatiques juifs» qui, aux dires du MRAP, gèrent, en grand secret, des sites aux noms aussi provocateurs qu'emphatiques, tel, entre autres, «SOS-Racaille», dont le but avoué est de répondre aux agressions antijuives par des injures et des menaces, dont la violence, affirment leurs webmestres anonymes et non identifiés, est "«loin d'être aussi dévastatrice que celle de nos ennemis» - entendez celle dont les Juifs sont victimes, depuis près de deux ans, en France. «Si nos propos sont parfois explosifs», ont coutume d'écrire, dans leurs samizdats, ces combattants de l'ombre, au langage, souvent salace et agressif, «nous, aux moins, nous ne détruisons pas des lieux de culte en France, ni n'assassinons des innocents dans l'Autorité Palestinienne!»

Il n'empêche. Force est de reconnaître que les médisances du MRAP ont réussi – et ce n'est pas le moindre de leur succès – à semer la division dans les communautés juives de France et de Navarre, accentuant le clivage déjà existant entre les partisans de l'autodéfense verbale musclée, honnie par les partisans du "profil bas", qui la qualifient de "vulgaire" et de "fascisante", eux-mêmes honnis par les premiers, qui les traitent de "Juifs honteux".

Quant à M. Schmock, il affirme, haut et fort, à qui veut l'entendre (surtout à ses relations non-juives) qu'il ne veut rien avoir à faire ni avec les uns, ni avec les autres. «D'ailleurs, s'exclame-t-il, quiconque lit mes articles, ne peut douter de ma modération, et je mets n'importe qui au défi de trouver, dans mes chroniques, la moindre complaisance envers le régime brutal de Sharon et son gouvernement de faucons, partisans du "Grand Israël"…» Et à le voir débiter son piteux plaidoyer pro domo, avec l'empressement fébrile d'un justiciable mis en examen, on comprend vite que la suspicion ambiante l'a atteint. Car M. Schmock est SUSPECT, et c'est bien là sa hantise. Pensez donc : au journal, il est spécialisé dans l'exploration du réseau Internet, à laquelle l'a prédisposé son engouement de longue date pour l'informatique, qui a fait de lui, sinon un spécialiste, du moins un fort honorable hacker [2]. En tant que tel, la 'Toile' n'a pas de secret pour lui. Circonstance aggravante (mais est-ce sa faute ?) : il compte beaucoup de barbus et de porteurs de kippa parmi ses hôtes à domicile. Et il n'est pas rare que, dans l'ascenseur, ou au Super du coin, ses voisins non-Juifs le plaisantent là-dessus – 'gentiment', cela va sans dire. Certains ajoutent même, avec un sourire magnanime: «Remarquez, vous et vos congénères êtes libres de vous habiller comme vous l'entendez : on est en République, non ?». Ou (cerise empoisonnée sur le gâteau baveux) : «D'ailleurs, chez vos 'cousins' musulmans, il y a aussi beaucoup de barbus et même des calottes. Ha! Ha! Ha!». Monsieur Schmock sait aussi que la 'magnanimité' affichée de ses voisins, empressés à le caresser dans le sens du poil juif, se changerait instantanément en hargne déclarée, si son plus jeune fils portait encore l'étoile de David, qui, trois ans plus tôt, ne lui valait aucune avanie. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui, d'où sa rareté, depuis les agressions physiques dont sont régulièrement victimes les inconscients qui l'arborent, souvent plus par coquetterie ou routine, que par bravade, d'ailleurs.

M. Schmock, on l'aura compris, ne porte ni barbe, ni kippa. Il sait trop que, pour la majorité des non-Juifs, ces particularités sont des signes quasi indiscutables de militance sioniste, voire d'appartenance à des mouvements juifs réputés extrémistes (Likoud, Bétar, Ligue de Défense Juive…) Et il ne manque jamais de tancer ses coreligionnaires qui s'obstinent à arborer quelque détail - vestimentaire ou autre, si discret soit-il - propre aux Juifs, leur reprochant d'être responsables, par «l'étalage tapageur et provocateur de leurs particularismes communautaires», de «l'hostilité ambiante, de plus en plus agressive, envers tous les Juifs, y compris les plus ass…, heu, intégrés, comme moi». Le lapsus est révélateur. Monsieur Schmock est, et même se flatte d'être ASSIMILE.

Il est temps d'en venir aux conséquences du rapport du MRAP sur la vie quotidienne de notre homme.

Comme mentionné au début de ce récit, Monsieur Schmock réside dans la même commune que le leader du Front National. Or, chacun sait que M. Le Pen est le bouc émissaire - commode parce qu'exemplatif et caricatural - auquel, unanimes, les grands prêtres de la gauche 'vertueuse' et de la droite politiquement correcte imposent les mains, avant de l'envoyer paître – lui et lui seul - dans le désert de l'opprobre raciste et fasciste. Or, à l'instar de beaucoup d'autres – Juifs ou non – M. Schmock s'est parfois laissé aller à dire tout haut ce qu'une bonne partie de la France pense tout bas, à savoir que, si déplorables que soient le racisme et l'antisémitisme invétérés de Le Pen, les politiques feraient bien d'adopter – même si c'est avec moins de radicalité - certaines des mesures qu'il préconise en matière d'immigration et de répression de la violence et de la délinquance urbaines.

Il n'en fallait pas davantage pour faire de lui un coupable tout désigné. Le pire lui fut infligé par ses collègues du journal, très politisés et majoritairement pro-Palestiniens. Inutile d'insister sur le fait que son appartenance à la nation, dont un tiers «opprime et occupe, brutalement, depuis plus d'un demi-siècle, un peuple sans terre et sans armes», aggravait singulièrement son cas. Lors, tout ce que le sérail de son département (j'ai oublié de mentionner que M. Schmock est responsable de la rubrique "Faits de société"), compte d'anti- ou d'altermondialistes, anti-Américains, anti-capitalisme, anti-OGM, antiMacdos, antipollution, etc., bref, tout ce beau monde, qui avait lu et relu la 'vulgate' du MRAP, dénonciatrice urbi et orbi des «réseaux occultes de l'extrême droite juive arabophobe » – s'avérait, à l'évidence, atteint du haut-mal d'un soupçon exacerbé et d'une obsession de la conspiration, qui lui faisaient trouver suspectes TOUTES les fréquentations de M. Schmock, même les plus innocentes.

Du coup, ce dernier relut lui-même, avec plus d'attention, l'acte d'accusation 'droit-de-l'hommiste' qui l'incriminait indirectement. Il en apprit, par exemple, que tel écrivain, professeur, penseur, ou responsable de site – tous gens au demeurant totalement dénués de sentiments racistes, en général, et anti-musulmans, en particulier – étaient néanmoins suspects d'en croquer, PUISQUE certains de leur articles, des passages de leurs livres, ou de textes mis en ligne sur leurs sites étaient cités, avec éloge, dans l'un ou l'autre médias du Front National (ou de sa mouvance), ou que tel écrivain avait donné une conférence dans des locaux où se produisent, de temps à autre, des ténors de l'extrême droite. Etc., etc. Bref, notre homme découvrit, horrifié, qu'un maccarthisme de gauche avait surgi des cendres de celui de droite, et qu'il ne faisait pas bon avoir eu des relations - même épisodiques, ou accidentelles, et sans la moindre arrière-pensée politique ou idéologique - avec les nouveaux pestiférés.

Alors, comme un espion dont le réseau a été mis au jour, et qui, pour sauver sa peau, coupe en hâte ses liens les plus compromettants, M. Schmock procéda, dans l'urgence, à l'inventaire des gens et des lieux qu'il fréquentait régulièrement, dans le cadre de ses activités professionnelles, familiales, amicales, voire confessionnelles, pour vérifier si des 'suspects' - selon les critères du nouveau look politiquement correct -, n'avaient pas été, à un moment ou à un autre, et à quelque degré que ce fût, en contact avec ces gens et ces lieux, les rendant irrémédiablement impropres à toute fréquentation pour quiconque tient à rester dans le courant de la bien-pensance et de la respectabilité politiques occidentales actuelles. Et il rompit sans pitié avec des habitudes et des liens - si anciens et chers qu'ils fussent - pour ne pas encourir lui-même l'ostracisme dont ces derniers étaient victimes dorénavant. Sa femme, ses enfants et ses proches furent sommés de faire de même.

Depuis, les Schmock ont de nouveaux ennemis inattendus : en tête de liste, les commerçants qu'ils boycottent désormais, parce que compromettants. C'est le cas de leur boucher, dont la viande est succulente, mais chez qui Le Pen est client. C'est également, pour la même raison, celui du restaurant le plus couru de leur quartier. Celui, encore, de leur marchand de journaux habituel, parce qu'il est proche du siège de la permanence du Front National, voisine de son domicile, et que les cadres et les militants y achètent journaux et revues. Même l'édicule de soulagement public - qui a le tort de jouxter, ou presque, la dite permanence politique - est l'objet du boycott rénal de M. Schmock, soucieux de ne pas donner prise au soupçon d'y échanger, avec l'engeance de l'ultra-droite, des indiscrétions de Cabinets (ministériels), auxquelles ces lieux sont propices. Et il n'est pas jusqu'aux fournisseurs de la petite boutique de mode, achetée récemment pour sa fille aînée, qui ne soient l'objet d'une enquête discrète de notre homme, dans le but de vérifier si des personnalités en vue de l'extrême droite (ou leurs mandants, ou leurs relations, etc.) ne seraient pas clientes chez ces commerçants.

J'en passe et des meilleures…

Aux dernières nouvelles, la zizanie a fait irruption dans ce couple qui, en 20 ans de vie commune, ne s'était jamais sérieusement disputé. Motif : M. Schmock s'est mis en tête, contre le gré de son épouse, de faire entrer sa cadette dans un autre lycée, depuis qu'il a appris qu'une élève de cet établissement est la fille d'un écrivain, dont les publications soulèvent périodiquement des scandales médiatiques, en raison de leur «contenu sournoisement raciste et arabophobe», aux dires des Robespierre de la nouvelle Révolution "Marche-à-gauche", soutenus par les "Juifs prudents", partisans d'un 'petit Israël', voire de pas d'Israël du tout, et dont le message défaitiste et racoleur peut se résumer dans cet appel - inventé (mais si peu) pour la circonstance :


Juifs de tous les pays, désunissez-vous.
Chacun pour soi et la Révolution pour tous.
Mais surtout, ne faites pas de vagues.
Fondez-vous dans la masse.
L'essentiel est de survivre,
avec ou sans les Territoires,
avec ou sans Jérusalem,
avec ou sans Israël...

Restons Juifs, bien entendu,
mais juste ce qu'il faut pour ne pas trop attirer l'attention...
Question de mesure...



EPILOGUE


M. Schmock ayant eu l'imprudence et la naïveté d'envoyer son texte (sous un nom d'emprunt, bien sûr) à un forum juif, au demeurant fort modéré, en excipant, par provocation, de sa qualité de Juif, quelqu'un l'a dénoncé, par le même canal, en ces termes :
"Non seulement [les Juifs de son espèce] méritent d'être boycottés, mais nous vous encourageons, si jamais vous les croisez, à leur dire, verbalement et même gestuellement, tout le bien que vous pensez d'eux : un crachat, ou même un bon coup de batte de base-ball dans la mâchoire, contribueront peut-être à remettre en place leur esprit tordu."

En me transmettant ce texte, accompagné du récit de ses tribulations, résumé ci-dessus, M. Schmock concluait son message par ces phrases vengeresses, dont je lui laisse, bien entendu, l'entière responsabilité :
«Quand je vous disais qu'il y a, parmi nous, des fanatiques qui ne valent pas mieux que ceux qu'ils dénoncent…
D. merci, j'ai appris, depuis, que l'auteur de ces propos indignes – justement dénoncés par des associations de défense contre l'intolérance - allait devoir rendre des comptes devant la justice justice.
Il y a encore de la moralité publique dans NOTRE France.»



Menahem Macina


© upjf et M. Macina


* On aura compris que Schmock est un pseudonyme de notre cru, et que notre héros porte, à l'état-civil, un nom juif beaucoup plus passe-partout.

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Appendice

Schmock. Celles et ceux qui ont lu le présent texte dans sa version antérieure s'étonneront peut-être des changements apportés au nom et à la profession du héros de cette fiction. En voici la raison. Si le caractère fictif de cette pantalonnade a bien été perçu par la quasi totalité de nos lecteurs et lectrices, par contre, Nathan - le nom de son protagoniste imaginaire - s'est avéré source de problèmes. En effet, outre qu'il signifie 'D. a donné', qu'il fut le patronyme du prophète de David, qu'il a été et continue d'être un prénom juif de choix, il a le double inconvénient d'avoir été largement utilisé par la propagande antisémite nazie et celui d'être porté par un très grand nombre de Juifs de par le monde (plusieurs de mes amis se prénomment d'ailleurs ainsi). De plus, assailli de messages laudatifs, mais ponctués parfois d'une interrogation discrète, dans le genre : "Pensez-vous à quelqu'un en particulier?", j'ai réalisé, avec horreur, que j'avais pu, par pure naïveté (certains diront 'inconscience') mettre très mal à l'aise un nombre respectable de Nathan francophones et de leurs relations et amis. Saisi de crainte à la pensée qu'aux solennités de Rosh haShanah et de Kippour, qui approchent, se nouent, dans certaines synagogues des dialogues chuchotants - dans le genre: "Je parierais que c'est Nathan X. qui est visé!" – "Je suis bien de votre avis. D'ailleurs, il n'y a qu'à écouter en quels termes il parle de l'Etat d'Israël : un Palestinien ne ferait pas pire !"…- et convaincu que, même si j'affirmais, la main sur le cœur, que je n'ai jamais mis les pieds dans ce lieu de culte et ne connais pas le moindre membre de sa communauté de fidèles -, j'ai décidé de réparer ce qui peut l'être.
Mais là, nouvelle difficulté. On sait sans doute qu'au fil d'une histoire marquée du sceau du mépris envers les Juifs, beaucoup de nos ancêtres se sont vu affubler de noms ridicules - le plus souvent sous forme de patronymes allemands -, dans le genre : "Petit coude", "œil de perdrix", "crétin"… et j'en passe. A telle enseigne que même si mon choix se portait sur le nom le plus invraisemblablement 'insortable', il y a toutes les chances pour qu'une brochette, plus ou moins fournie, de Juifs soient précisément affligés d'un de ces patronyme disgracieux. Lors, en désespoir de cause, j'ai choisi Schmock (insulte, commune en Yiddish, comme on sait), mais qui, sauf erreur, n'est nullement un nom juif. Et même à supposer qu'il ait été imposé par contrainte à d'infortunés géniteurs de Juifs actuels, je gage que ces derniers se sont empressés de le changer depuis. Toutefois, cette modification de patronyme en a entraîné une autre : celle de la profession de mon héros. Et voici pourquoi.
Dans un entretien accordé à la revue Construire, (n° 18, 1-5-2001), le philosophe Jacques Bouveresse - l'un des meilleurs philosophes français, professeur au Collège de France - dénonçait, à la suite de l'écrivain Karl Kraus, les travers des médias modernes, dans un essai intitulé Schmock, ou le triomphe du journalisme. Voici en quels termes, la revue Construire, qui met en ligne cette interview sur son site (www.construire.ch/SOMMAIRE/0118/18entre.htm), résume le propos de Bouveresse, dans un encadré intitulé «Qui est Schmock?». Je ne résiste pas au plaisir de le recopier ici.

«[Qui est Schmock ? Il est l'incarnation, dans ce qu'elle a de plus détestable, de la figure du journaliste-scribouillard, brillant, surperficiel, que Balzac qualifiait de "Rienologue". Le personnage apparaît pour la première fois dans la pièce de Gustav Freytag, "Les journalistes" (1853). En allemand, ce nom propre, devenu emblématique, donnera des dérivés comme "Schmockerei", "verschmockt", etc. Tous termes que Karl Kraus (1874-1936) emploiera plus d'une fois dans sa revue satirique Die Fackel (Le Flambeau), qu'il publiera de 1899 à 1936. Dans Schmock ou le triomphe du journalisme (Le Seuil, 2001), Jacques Bouveresse montre en quoi Kraus, magistral précurseur, a fourni la première critique des médias et des systèmes de communication modernes, toujours aussi pertinente.»

Si donc – D. nous en préserve ! – il existe, quelque part, un Juif qui, par étourderie ou par bravade, porte encore ce patronyme ridicule, qu'il veuille bien me pardonner de l'utiliser dans cette bouffonnerie. C'est tout ce que j'ai pu faire pour éviter de donner à mon personnage caricatural un nom juif répandu, susceptible de me valoir la vindicte éternelle de membres de notre peuple qui se trouveraient le porter.

Menahem Macina

09/09/03

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Mis en ligne le 08 septembre 2003 sur le site www.upjf.org