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Menahem Macina

Shamaï Leibowitz: droits de l'homme contre Israël, M. Macina
12/12/2004

13/12/04

Voir aussi : “Juifs pour la suppression des investissements en Israël", et "Yeshayahou Leibowitz, un prophète dans son propre pays".


Petit-fils du philosophe et talmudiste renommé, Yeshayahou Leibowitz (z'l) - lui-même grand provocateur) devant l'Eternel -, Shamaï Leibowitz, militant et avocat défenseur des droits de l'homme, s'est fait une spécialité de prendre fait et cause pour les Palestiniens et les militants occidentaux pro-palestiniens (spécialement ceux de l'ONG International Solidarity Movement (ISM). Sur le plan de la provocation, au moins, Shamaï marche sur les traces de son grand-père. Son client le plus célèbre, en effet, n'est rien moins que Marwan Barghouti, dont il est l'un des avocats, et à propos duquel il a provoqué un beau tollé quand, devant le tribunal, il l'a comparé à Moïse (1):

"Marwan me rappelle Moïse. La lutte des Palestiniens pour la liberté ressemble à celle que les Hébreux ont menée en Egypte. Moïse était un combattant de la liberté. De nombreux passages de la Bible décrivent comment il a essayé de combattre le pouvoir de Pharaon, parfois en faisant couler beaucoup de sang. Mais la Bible nous enseigne qu'une fois que Pharaon a fini par comprendre qu'il ne pouvait pas continuer à forcer ce peuple à vivre sous sa coupe, le calme est revenu en Egypte. C'est la leçon que nous devons tirer".

Dans son livre, Rompre Les Rangs : Être Refuznik dans l'armée israélienne (Fayard, avril 2003), consacré au mouvement des refuzniks (2) - ‘Omets lesarev (le courage de refuser) -, Ronit Chacham interroge 9 soldats appartenant à ce mouvement, dont 8 sont des officiers ou sous-officiers des unités d'élite de Tsahal. Dans la "prière d'insérer", elle explique :

"Ces gens sont tous profondément attachés à leur terre natale d'Israël, la plupart sont sionistes, quelques-uns, religieux pratiquants, d'autres, enfin, laïcs... Signer cette lettre de refus fut pour eux un véritable déchirement, pourtant, un jour, ils ont décidé qu'ils ne pouvaient plus, en leur âme et conscience servir au sein des territoires occupés… Ils expliquent, chacun leur tour, comment ils en sont venus à rejoindre le mouvement, et donc à refuser de servir dans les territoires occupés."

L'un des interviewés n'est autre que Shamaï Leibowitz lui-même, dont les propos suivants donnent une bonne idée de sa 'philosophie' d'auto-accusation maladive et du complexe de culpabilité paranoïde qui le pousse à criminaliser son Etat pour mieux béatifier son ennemi :

"Bien sûr, j'aimerais conclure un accord de paix. Mais il ne peut y avoir de paix entre occupant et occupé ; c'est un peu comme si on demandait qu'il y en ait une entre le violeur et sa victime pendant le viol même. L'occupation doit d'abord prendre fin parce que c'est un crime moral… Nos juges sont également coupables de perpétuer l'occupation. Depuis 35 ans, ils légitiment l'assassinat, les détentions administratives, les expulsions, les démolitions de maisons - autant de choses inouïes pour un Etat démocratique. Les juges ont dépouillé notre pays de sa liberté et mis à sa place la feuille de vigne de la sécurité ! Quant au droit au retour des Palestiniens… il doit être reconnu. Plus important encore, il nous faut demander leur pardon pour les injustices que nous avons commises en 1948. Nous avions tellement l'habitude d'être persécutés, que nous en avons oublié le pouvoir du pardon, fondamental dans le judaïsme."

A en croire Jaggi Singh, un activiste de l'organisation ISM – déjà citée -, auquel Shamaï Leibowitz a presté ses services d'avocat pour faire obstacle à la décision d'expulsion dont Singh était l'objet, Leibowitz affirme, de manière habituelle, qu'Israël applique un programme de "purification ethnique" à l'encontre du peuple Palestinien (3)

Il est au moins un point sur lequel Shamaï Leibowitz diffère radicalement de son grand-père Yeshayahou : ses écrits se résument à très peu de choses. Il faut croire que son activisme politique effréné l'empêche de penser, car sa production 'intellectuelle' se résume à quelques articles, qui d'ailleurs tiennent plus de la harangue et du libelle partisan que de l'exposé structuré d'une pensée ou d'un programme politiques. Ci-après, ceux que j'ai pu repérer. Il y en a peut-être d'autres.

• "Ruling Over a Hostile Population" (07/02/02)
www.seruv.org.il/YahadutEng.asp (4)
• "An Israeli Refusenik Replies to President Bush" (June 27, 2002
www.seruv.org.il/MoreArticles/English/ShamaiLeibowitz_Bush.htm
• "Who's the accused and who's the accuser" (29.09/02) (A propos de Barghouti)
www.jfjfp.org/leibowitz.htm

Mais son 'best-seller' est, sans conteste, l'article qu'il a écrit en collaboration avec D. Nir, le 22 février 2004 : "Le Mur qui doit tomber pour sauver Israël de lui-même" (5).

Hasard ou stratégie ? Cet article est très largement cité sur les sites palestiniens et pro-Palestiniens, conjointement à celui de Noam Chomsky, le célèbre linguiste juif du Massachusets Institute - et le plus féroce adversaire idéologique et politique occidental de l'Etat d'Israël (6) -, publié le 23 février 2004 (remarquez la coïncidence de dates), dans le New York Times, sous le titre "Un mur comme arme" (7).

Enfin, on ne saurait achever ce bref survol de la personnalité irritante de ce jeune adversaire de son Etat, sans évoquer le recours qu'il fait - avec un nombre croissant d'Occidentaux qui veulent à tout prix faire plier Israël, au mépris de son choix électoral authentiquement libre et démocratique – à l'arme haïssable du boycott financier, sous la forme d'une campagne de pression visant à convaincre des sociétés, des associations, des groupes d'intérêt et jusque des Eglises, non seulement de cesser d'investir en Israël, mais de liquider leurs avoirs, actions et autres intérêts déjà investis.

A cet effet, conjointement à Iftach Shavit, un Israélien émigré devenu Américain - qui adressait récemment aux édiles de la ville de Somerville (Etats-Unis), une lettre ouverte violemment accusatrice envers sa propre patrie, intitulée : "Aidez Israël à se sauver lui-même" (8) -, Shamaï Leibowitz défend la thèse du désinvestissement anti-israélien, avec à peine plus de retenue, dans un article intitulé "Pourquoi les Juifs doivent soutenir le désinvestissement" (9), mis en ligne sur le site Somerville Divestment Project, spécialement créé à cet effet, comme l'indique son intitulé.


Si choquant et douloureux que soit, pour beaucoup d'entre nous, l'engagement de ces jeunes Israéliens en faveur des exigences extrêmes de nos ennemis les plus radicaux, au nom d'une idéologie droit-de-l'hommiste dévoyée, il convient de ramener le phénomène à sa juste proportion. Les refuzniks autoproclamés de Tsahal n'ont jamais dépassé les quelques centaines. C'est très peu comparé aux dizaines de milliers de soldats de métier et de réservistes. Il s'agit donc d'un mouvement marginal, à mon avis plus alarmant en raison de la détresse morale et existentielle qu'il traduit, qu'en raison de son impact réel sur la cohésion de l'armée citoyenne d'Israël et sur le moral de la population.

Quant à la collaboration active de citoyens d'Israël à la campagne de désinvestissement, visant à affaiblir l'économie israélienne pour contraindre les dirigeants politiques d'Israël à céder sans condition aux exigences les plus irréalistes des Palestiniens, elle est le fait d'un nombre extrêmement réduit d'Israéliens, et trahit, elle aussi, la perte de repères et d'identité de certains, et leur désarroi devant la situation sécuritaire et économique difficile et stressante, dont on n'entrevoit pas l'issue, à court ou à moyen terme.

A l'idolâtrie de l'Etat, dont ces "Philistins" israéliens font grief à leurs concitoyens - globalement confiants en leurs dirigeants politiques -, ils ont substitué une autre idolâtrie, dont ils ne sont même pas conscients : celle des droits de l'homme, qu'ils font passer follement avant l'existence et la sécurité mêmes de leur patrie.

Il faut leur souhaiter de mûrir, de comprendre qu'ils font fausse route et que leur course est vaine. Et surtout, ne pas leur donner plus d'importance qu'ils n'en méritent.

Menahem Macina

© upjf.org


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Notes


(1) [url]http://www.toulouse-palestine.org/doc/bulletin/021010.html#14[/url]
(2) Pour mémoire: le terme russo-israélien 'refuznik' est devenu célèbre grâce au courage exemplaire de ceux qui l'étaient vraiment, en persistant dans leurs demandes d'autorisation d'émigrer en Israël, sans cesse rejetées, et en refusant de céder aux ukazes du pouvoir soviétique, qui interdisait aux Juifs d'apprendre, d'enseigner et de parler l'hébreu, d'entretenir les traditions historiques et religieuses juives et, bien sûr de parler et d'écrire sur l'Etat d'Israël. Certains de ces 'refuzniks' ont payé de nombreuses années de goulag et de tracasseries administratives et économiques leur combat inébranlable. Natan Sharansky, l'actuel ministre de l'Aliya, fut l'un des plus célèbres refuzniks.
(3) Jaggi Singh, "Un long processus de nettoyage ethnique" (19.12.2002) www.cmaq.net/fr/node.php?id=10151
(4) Version française sur le site de The International Solidarity Movement (ISM), sous le titre : "Pourquoi chaque soldat doit refuser".
(5) Shamai Leibowitz and David Nir, "Wall that Must Fall to Save Israel from Itself"
www.nad-plo.org/oped11.php
(6) Outre ses ouvrages et articles scientifiques consacrés à la linguistique et à des thèmes connexes, Chomsky a également publié près d'une dizaine d'ouvrages, environ 120 articles et donné plus d'une centaine d'interviews sur des sujets divers, majoritairement politiques, ou à portée politique.
(7) Noam Chomsky, "A Wall as a Weapon" www.chomsky.info/articles/20040223.htm
(8) "Help Israel save itself", An Open Letter to the Somerville Aldermen by Iftach Shavit www.divestmentproject.org/iftach_shavit.shtml
(9) Shamai Leibowitz, "Why should Jews support divestment" www.divestmentproject.org/shamai_leibowitz.shtml J'ai traduit et commenté cet article sur le présent site. Voir “Juifs pour la suppression des investissements en Israël".

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Mis en ligne le 13 décembre 2004 sur le site www.upjf.org.