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Shoah

Ghetto de Lodz : victimes ou collabos ?
03/02/2005

03/02/2005

« On a tendance à considérer que les habitants du ghetto étaient non seulement les victimes des Allemands, mais aussi les victimes des Juifs collaborateurs, qui avaient accepté de faire partie de l'administration et de la police du ghetto… » écrit Claire Guillot dans Le Monde du 8 janvier 2005, rapportant les propos de l'historien Thomas Weber.

Voici la réaction à cet article d'une lectrice, membre de l'Union des Déportés d'Auschwitz. Ce texte, envoyé au courrier des lecteurs, n'a pas été jugé digne d'être publié par le quotidien du soir.


« Il était presque impossible de n'être qu'une victime » au ghetto de Lodz, écrit M. Weber, coauteur de Lodz Ghetto Album (Le Monde du 8 janvier dernier). Idée discutable et soutenue d'assertions témoignant d'une méconnaissance de la situation historique et humaine dans le ghetto.

Le pont du ghetto de Lodz
Le pont reliant les deux parties du ghetto de Lodz, enjambant la rue "aryenne"

D'abord, dire que « le dilemme d'une collaboration avec les Allemands se présentait à tous les habitants » est faux. Pour les personnes âgées, les enfants, les malades (notamment ceux qui étaient atteints du typhus) et pour des milliers d'autres, aucun travail n'était possible. Seule, la certitude de la mort était présente. Souvent, mort de faim.

Mais ceux qui travaillaient dans les usines, ceux qui faisaient partie de la milice juive, ou bien du "conseil" juif fantoche – le Judenrat – peuvent-ils pour autant être qualifiés de "collaborateurs", le même terme désignant les "collabos" français ? Confusion indécente. L'homme à qui on braque un revolver sur la tempe, en disant « C'est la mort ou vous collaborez et qui répond : Je collabore » doit-il être considéré comme « pas tout à fait une victime ? »

L'article affirme que les Juifs du ghetto étaient aussi les victimes d'autres Juifs, "collaborateurs". Il nous semble qu'ils étaient les victimes des seuls Allemands, ces autres Juifs n'en étant que des instruments, bientôt réduits en cendres. Aux membres du Judenrat les Allemands avaient promis une participation aux décisions et la possibilité de sauver une partie de la population du ghetto. Mensonge. L'ayant constaté, le second président du conseil juif, Czerniakow, a préféré se suicider. Mais cela, l'article ne le mentionne pas.

« Travailler dans les usines était le seul moyen d'obtenir de la nourriture » écrit M. Weber et, afin de justifier son idée de "collaboration", il précise que ce travail revenait à « participer à l'effort de guerre allemand. » Des termes inacceptables concernant la perversion qui consistait à faire fabriquer leurs instruments de mort par ceux mêmes qui allaient être assassinés : tout comme faire creuser leurs tombes par ceux qu'on allait y faire choir, les nazis gardant leurs gants propres.

Des survivants d'Auschwitz, ou d'autres camps d'extermination, ont parfois sauvé leur vie en travaillant pendant la journée dans les usines allemandes, souvent des usines d'armement. Va-t-on leur apprendre à présent qu'ils étaient des collaborateurs ?

E.B.

Mis en ligne le 5 février 2005 sur le site www.upjf.org.