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Menahem Macina

Finkielkraut, un "raciste antimusulman"? - Demandez au MRAP, M. Macina

De nos jours, quiconque aspire à la tranquillité, ne peut plus se contenter d’adopter un profil "politiquement correct", il doit prouver qu’il est "islamiquement correct". Et s’il ose s’aventurer sur le terrain dangereux de l’analyse de la délinquance de certaines composantes de la population des banlieues, dites défavorisées, la charge de la preuve de sa "correction envers l’islam" lui incombe, sous peine d’être soupçonné de "racisme anti-musulman".
24/11/05
 
Depuis la rédaction de la présente chronique, notre site a mis en ligne les textes suivants, à propos de cette affaire :

"Remarquable résilience de Finkielkraut : face à Cypel, il assume ses propos".
 
  Cliché Sipa
Comme je l’avais auguré dans mon introduction à l’interview d’Alain Finkielkraut par des journalistes de Haaretz, que j’ai traduite et mise en ligne sur notre site (1), le philosophe juif est accusé de racisme. Pire, il vient d’être l’objet d’une plainte, déposée par le MRAP.
 
"Nous allons saisir la justice pour incitation et provocation à la haine raciale et demander au Conseil supérieur de l’audiovisuel son retrait de France Culture, chaîne publique", a déclaré Mouloud Aounit, secrétaire général du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples.
 
Selon lui, l’interview publiée le 18 novembre par Haaretz est "un texte d’une violence raciste inouïe, qui se fait le porte-voix des clichés du Front national et participe à mettre sur le terrain ethnique et religieux cette insurrection sociale de Français qu’il nomme noirs ou arabes".
 
Rappelant qu’Alain Finkielkraut avait notamment participé à l’appel contre des ’ratonnades anti-blancs’, en mars, après les violences en marge de manifestations lycéennes, Aounit ajoute : "C’est l’aboutissement d’une bascule idéologique".
 
Curieux vocabulaire. En rigueur de termes, une bascule est une machine de pesage, à la rigueur, une balançoire. On ne connaît pas de "bascule idéologique". Supposons pieusement que le secrétaire du MRAP a voulu parler d’un basculement. Ce n’est pas pour ergoter que j’insiste sur cette impéritie de langage. Ce confusionnisme sémantique traduit, en fait, un confusionnisme idéologique qui prend des allures de pandémie, en ce qu’il répand – consciemment ou non -, la confusion dans les esprits.
 
C’est "ajouter du malheur au monde" que de "mal nommer les choses", ainsi que le disait Albert Camus. C’est en invoquant cette profonde remarque de cet autre philosophe français – qui, lui, n’était pas Juif, mais Français algérois –, que je m’en prenais, en son temps, à l’éphémère ministre des Affaires étrangères de la France, qui donnait dans ce confusionnisme de mauvais aloi (2).
 
En se positionnant de la sorte, Mouloud Aounit et son mouvement s’inscrivent dans la mouvance délétère actuelle qui s’en prend à quiconque refuse de céder au chantage consistant à stigmatiser, à coup d’accusations d’"islamophobie" (3) et, plus récemment, de "racisme antimusulman" (4), tous ceux et celles qui, comme Alain Finkielkraut, osent "nommer les choses" pour ce qu’elles sont (5), et non pour ce que certains voudraient qu’elles fussent, au mépris des faits eux-mêmes. Le but est clair : faire taire les voix dissonantes en les intimidant (6).
 
De nos jours, quiconque tient à être tranquille, ne peut plus se contenter d’être "politiquement correct", il doit prouver qu’il est "islamiquement correct". Et s’il ose s’aventurer sur le terrain dangereux de l’analyse de la délinquance de certaines couches de la population des banlieues, dites défavorisées, la charge de la preuve de sa "correction envers l’islam" lui incombe, sous peine d’être soupçonné de "racisme anti-musulman".
 
En France, aucune organisation non musulmane n’aura autant illustré cette tendance que le MRAP. C’est pourquoi l’illustre écrivain juif (d’origine maghrébine), Albert Memmi, a, en son temps, démissionné de cette organisation qu’il honorait de son parrainage. Il ne sera pas inutile de citer ici les termes de son communiqué d’alors (7) :
« Il serait désastreux, et peut-être criminel, que l’antiracisme serve d’alibi à autre chose qu’à la lutte contre le racisme.
Cela contribuerait à la confusion intellectuelle à laquelle nous assistons dans d’autres domaines.
Le devoir de l’intellectuel est de ne pas céder, à la fois sur la rigueur des idées et sur les conséquences pratiques qui en découlent [...]
C’est pourquoi je le dis, avec tristesse, j’ai cru devoir démissionner du Comité de Parrainage du MRAP, avec lequel je me suis battu durant des décennies. »
 
Albert Memmi
Si le MRAP met à exécution son intention de porter plainte contre Finkielkraut, il accréditera le cri d’alarme de Memmi : le combat antiraciste de cette organisation aura servi d’"alibi à autre chose qu’à la lutte contre le racisme". En l’occurrence, à une tentative de déstabilisation et de lynchage médiatique d’un penseur non inféodé, qui a eu l’audace de parler, en toute clarté, de ce que tout le monde sait, mais que peu osent dire, de peur de ne plus être "politiquement corrects", à savoir, que le dénominateur commun de l’écrasante majorité des émeutiers des banlieues est leur origine arabo-musulmane. D’où il ressort que les véritables griefs à l’encontre de Finkielkraut pourraient bien être que ses analyses sont le fruit de son islamophobie et de son "racisme anti-musulman".
 
Et quiconque objecte que ces chefs d’accusation ne figurent pas dans le texte du MRAP fera bien d’y regarder d’un peu plus près. En effet, le communiqué parle d’"un texte d’une violence raciste inouïe, qui se fait le porte-voix des clichés du Front national et participe à mettre sur le terrain ethnique et religieux cette insurrection sociale de Français qu’il nomme noirs ou arabes".
 
L’articulation idéologique est claire. Pour le MRAP, la cause est entendue : l’insurrection est "sociale" et elle est le fait de Français tout court. Il ne faut donc pas s’étonner que les conseillers politiques et juridiques du MRAP aient considéré comme une attaque frontale inouïe le développement suivant de Finkielkraut :
 
"En France, on voudrait bien réduire ces émeutes à leur dimension sociale, les considérer comme une révolte de jeunes des banlieues contre leur situation, la discrimination dont ils sont l’objet, le chômage. Le problème est que la plupart de ces jeunes sont noirs ou Arabes et ont une identité musulmane. Vous savez, il y a aussi, en France, d’autres immigrants en situation difficile - Chinois, Vietnamiens, Portugais -, et ils ne participent pas aux émeutes. Il est donc clair qu’il s’agit d’une révolte à caractère ethnico-religieux."
 
Propos difficilement pardonnables selon les critères susceptibles du MRAP. Pourtant, la comparaison avec les immigrants d’autres origines, que fait Finkielkraut dans le même souffle, aurait dû suffire à tuer dans l’oeuf tout soupçon de racisme à l’encontre de son propos. En effet, en logicien rigoureux qu’il est, Finkielkraut expose correctement le problème, même si c’est en termes quelque peu maladroits. Il pose, en somme, à haute voix et publiquement, la question rhétorique que de très nombreux Français et Françaises se posent en secret, ou qu’ils n’évoquent explicitement qu’en présence de personnes sûres : comment se fait-il que cette "insurrection", que le MRAP qualifie de "sociale", ait été le fait de cette seule catégorie de descendants d’une immigration, dont le dénominateur commun est - comme dit plus haut - l’origine arabo-musulmane ? Les chômeurs et les nécessiteux français de souche ancienne, immigrés ou fils d’une imigration antérieure d’origine européenne - asiatique, ou autre -, ne ressortissent-ils pas, eux aussi, aux couches sociales défavorisées, voire discriminées ? Et pourtant, ils ne fomentent pas d’émeutes, et il est rare que l’un d’eux trouble l’ordre public.
 
En conclusion, Finkielkraut a peut-être manqué de prudence en s’aventurant sur un terrain miné qu’il connaît mal. Et nul doute que certaines de ses considérations, mesurées à l’aune de la véritable chasse aux sorcières, dont font l’objet celles et ceux qui osent mettre en cause, directement ou indirectement, des personnes issues de l’immigration arabe, africaine ou maghrébine, pourraient lui valoir le mauvais procès qu’on parle de lui intenter.
 
Mais quiconque connaît l’hypersensibilité du philosophe juif et son attachement viscéral aux valeurs de la République et à la culture française comprendra sans peine que, si procès il y a, ce sera un procès d’opinion. Car ce qui révulse Finkielkraut, ce n’est pas, bien entendu, l’origine des populations issues de l’immigration, en général, ni celle des émeutiers des banlieues, en particulier, c’est, comme il le dit lui-même, la haine de la France, dont témoignent leurs propos et leurs actes.
 
C’est pourquoi j’estime, pour ma part, que la vindicte dont est l’objet le philosophe est motivée, consciemment ou non, par le sentiment, fréquemment exprimé par les émeutiers, que leur "honneur islamique" a été bafoué. Il n’y aurait que discrédit pour le MRAP à donner l’impression qu’il se croit obligé d’être le vengeur de cet honneur-là, en mettant au pilori un penseur aussi insigne, Juif de surcroît. Et mieux vaut ne pas imaginer la flambée éventuelle d’antisémitisme, dont cette organisation (qui l’a jadis combattu vaillamment) se rendrait ainsi responsable. Ce serait du pain bénit pour ceux qui n’ont pas hésité à scander, lors des émeutes : "Sarkozy, sale Juif ! Sarkozy, sale Juif !" (8).
 
Faut-il rappeler que le racisme commence lorsqu’on qualifie de spécifiques à une ethnie particulière des comportements qui tiennent à la nature humaine, en général, et n’ont rien à voir avec la race ? Mais s’offusquer de la condamnation, fulminée par un penseur qui a maintes fois prouvé son indépendance intellectuelle, son intégrité morale et sa hauteur de vues, du véritable racisme anti-blanc et de la haine anti-francaise patente, dont font preuve nombre de Français issus de l’immigration africaine ou maghrébine, ce n’est pas du racisme. C’est, au contraire, la stigmatisation d’une nouvelle forme de racisme : le racisme anti-musulman. D’où le titre - un brin provocateur, je l’avoue -, de la présente chronique.
 
On peut regretter que le philosophe juif français n’ait pas exprimé son émotion de manière plus nuancée, et que ses propos aient prêté le flanc au reproche de généralisation indue, mais on ne peut décemment pas l’accuser de racisme. A ce compte, qu’attend le MRAP pour assigner le ministre de l’Intérieur en raison des propos que l’on sait ? Le moins qu’on puisse en dire, en effet, c’est qu’ils étaient beaucoup plus percutants, voire blessants, et prêtaient le flanc à l’accusation de mépris sur base raciale - même si, à l’évidence, telle n’était ni leur nature, ni leur intention.
 
J’espère que la lucidité et le bon sens l’emporteront, et que la plainte pour racisme sur base ethnique ou religieuse, que le MRAP envisage de déposer contre Finkielkraut, sera abandonnée au profit d’une mise au point pacifique commune, dont chaque partie sortira sans avoir perdu son honneur ni renoncé à ses convictions.
 
Menahem Macina
 
© upjf.org
 
 
Notes et Remarques
 
(1) "Quel genre de Français est-ce là ?".
(2) " A un ministre français qui ’nomme mal les choses’ ".
(3) J’ai consacré à ce libelle d’islamophobie une longue réflexion intitulée "Tolérer l’intolérable: l’accusation d’islamophobie".
(4) Cf. Daniel Pipes, "Un prétendu ’racisme antimusulman’".
(5) Ce que Boileau traduisait en langage populaire par l’expression : "J’appelle un chat un chat, et Rolet un fripon". (Satire I).
(6) Cf. Mon article : "Résister à l’intimidation d’où qu’elle émane".
(7) Cf. "Albert Memmi, le célèbre écrivain, démissionne du MRAP". Les mises en italiques sont mon fait.
(8) Voir : "Propos de certains émeutiers : une vidéo inquiétante"; et "Sarkozy, le Juif, un air de déjà vu...".
 
Notre site a mis en ligne, à propos de cette polémique, les documents suivants :
 
"Un ancien responsable de la Communauté juive de Belgique soutient A. Finkielkraut".
"Une initiative bienvenue de soutien à Alain Finkielkraut".
"Finkielkraut, le Sarkozy des intellos", Pascal Bruckner.
"Remarquable résilience de Finkielkraut : face à Cypel, il assume ses propos".
"L’art de la castration littéraire : Cypel débite Finkielkraut… au hachoir".
"Finkielkraut dans la fosse aux lions des médias: une triste palinodie extorquée !".
"Quel genre de Français est-ce là ? Interview d’A. Finkielkraut par Haaretz".
 
 
Mis en ligne le 24 novembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org