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Menahem Macina

Presse française, prends garde de ne pas perdre ton âme ! M. Macina
14/09/2005

« Je me permets d’attirer votre attention sur un article (dans le registre habituel) du "Figaro" d’aujourd’hui, dans lequel nous lisons, sous la plume de Patrick Saint-Paul : « le jour de la mort du petit Mohammed al-Doura, mort sous les balles israéliennes ». Cette affaire ne doit pas rester en sommeil... et le nouveau patron de RFI la mettre sous le boisseau.» (G. Lévy).
14/09/05
 
J’ai vérifié l’information de Gabriel Lévy (dont nos internautes connaissent les excellentes chroniques, publiées, entre autres, sur notre site). Elle est véridique. La chose m’a inspiré ce Billet d’humeur.
 
 
Dans le registre martyrologique, qui caractérise tant d’éditoriaux ou de reportages de journalistes français, dès qu’il s’agit de ressasser les exactions – réelles ou supposées – des brutaux Israéliens, infligées aux malheureux Palestiniens, l’envoyé spécial du Figaro à Gaza, Patrick Saint-Paul, se distingue aujourd’hui en resservant aux lecteurs de son journal la calomnie - éculée mais qui fait toujours son petit effet - imputant aux Israéliens la mort présumée du présumé Mohammed Al-Dura (1):
 
« Saber Abou Dahar s’est installé sur le terrain vague, où étaient jadis les trois maisons de sa famille. Ses 25 vaches ont été tuées début octobre 2000, par des gaz lacrymogènes israéliens, le jour de la mort du petit Mohammed al-Doura, mort sous les balles israéliennes. »
 
Tout d’abord, une précision. C’est intentionnellement que j’emploie, à deux reprises, l’adjectif "présumé(e)", pour rappeler à M. Saint-Paul (ou pour l’en informer, s’il n’a pas suivi le débat virulent qui fait rage depuis plusieurs années à ce sujet) que tant l’identité réelle, que la mort de l’enfant palestinien - ’illustrée’ par les 55 secondes d’images-vidéo, diffusées gratuitement dans le monde entier, grâce au ’désintéressement admirable’ de la chaîne nationale française France 2, qui nous livrent un ’reportage’ en direct – sont tout sauf une certitude (2).
 
Je le fais sans illusion, parce que je sais, comme tant des nôtres et de nos sympathisants, que le phénomène dénoncé ici pour la énième fois, n’est pas un accident de parcours, un accroc de santé sans conséquence aucune sur l’organisme, réputé robuste et sain, de la presse, française ou internationale, mais un symptôme de plus, si besoin est, de la maladie sournoise dont sont atteintes tant de consciences de journalistes qui ont choisi de défendre un camp, une thèse, une idéologie, un parti, ou simplement leurs propres convictions, aux dépens de la vérité des faits et de l’information véritable à laquelle le public a droit, et qui fonde la légitimité de leur difficile profession.
 
C’est donc à un baroud d’honneur que je me livre ici, une fois de plus, sans illusion. Sachant que les coupables ne seront pas dans le box des accusés ; que nul témoin à charge ne viendra témoigner à la barre pour accréditer mes reproches et ceux d’une poignée d’irréductibles combattants de la vérité – Juifs autant que non-Juifs - ; que le jury baillera d’ennui à l’énoncé du catalogue interminable des mensonges ou des exagérations de presse que nous dénonçons, preuves à l’appui ; que les débats de ce procès ne seront ni télévisés, ni radiodiffusés, qu’ils ne feront même pas l’objet du moindre article, du moindre entrefilet dans la presse ou sur les gros sites.
 
On ne touche pas à Sa Majesté le journaliste, en France. Il en faut beaucoup pour que la Confrérie "lâche" un des siens. Même si Charles Enderlin a faussement prétendu avoir coupé les images de l’agonie de l’enfant al-Dura - réputées insoutenables, mais dont France 2 a dû reconnaître qu’elles n’avaient jamais existé. Même si, dans un article publié dans le même Figaro, début 2005, après avoir admis que son reportage « avait sans doute été hâtif », Enderlin ose se justifier par un nouveau mensonge - dont le ridicule anachronisme aurait dû alerter la Rédaction de l’honorable organe de presse -, en affirmant que « tant d’enfants ont été tués », alors que l’Intifada venait à peine d’éclater, et que, à l’époque des faits (septembre 2000), ni Enderlin, ni la presse internationale n’avaient connaissance de la mort de « tant d’enfants » - dont, si c’était le cas, ils n’auraient pas manqué de faire des gorges chaudes.
 
Je ne veux pas me parer des plumes du paon. Je ne suis pas à l’origine de la campagne visant à contraindre France 2 à dire la vérité concernant la vidéo des événements du Carrefour de Netzarim (3), même si j’ai copieusement documenté l’affaire (4). Le mérite en revient à Metula News Agency et à tous les relais qu’ont constitué les sites Web juifs et de nombreux individus, connus ou non, Juifs ou non-Juifs, dont je ne peux citer les noms ici, tant par discrétion que par peur d’en oublier. Mais j’ai ardemment ferraillé pour défendre l’honneur de l’Armée de Défense d’Israël, dont les soldats en poste au carrefour de Netzarim auraient dû être équipés de ’fusils à tirer dans les coins’ pour avoir une ’chance’ infinitésimale d’atteindre les Al-Dura, sous un angle à rendre fou un spécialiste de la balistique. J’ai relayé les arguments – à charge et à décharge. J’ai même perdu quelques amis et nombre de supporters, qui ont mal interprété l’aversion, que j’avais publiquement exprimée, envers les accusations sauvages et les théories du complot qui se donnaient alors libre cours (5), en implorant que l’on mette un terme à des dénonciations publiques de personnes, qui tournaient de plus en plus au lynchage de réputation, voire à la diffamation pure et simple, tant que la vérité – judiciaire, s’il le fallait – ne serait pas apparue, me fondant, pour prendre cette position éthique, sur la présomption d’innocence. Mais laissons cela. J’ai encaissé et je me suis tu durant de longs mois, car il ne s’agissait que de ma personne.
 
Mais aujourd’hui, alors que s’accumulent et apparaissent de plus en plus accablants les témoignages accréditant au moins la thèse d’un mensonge journalistique ’pour sauver les meubles’ et les réputations, et celle d’une solidarité de mauvais aloi et contraire à la déontologie de cette profession, de collègues journalistes qui font bloc autour d’un des leurs, uniquement parce qu’il est de leur ’confrérie’ ; et alors que continue à être colportée, sans vergogne, dans la presse, sous des plumes professionnelles et dans des médias le plus souvent honorables, l’accusation, jamais prouvée et certainement controuvée, de l’assassinat, par Tsahal, de l’enfant palestinien, je ne puis jouer les belles âmes ni taire mon intime conviction, qui vise beaucoup plus loin que le cas Enderlin-France 2.
 
Et je lance, après de beaucoup plus grands que moi, et à ma manière, ce cri d’alarme et d’avertissement (6) :
 
Presse française, prends garde de ne pas perdre ton âme !
 
 
Menahem Macina
 
© M. Macina et upjf.org
                           
 
Notes
 
(1) Voir : "La liberté précaire des Palestiniens de Gaza", Patrick Saint-Paul, Le Figaro du 14 septembre 2005. Ce journaliste n’en est pas à son coup d’essai dans ce registre; voir "Tsahal accusée d’avoir "tué plusieurs centaines d’enfants" (dixit Le Figaro)".
(2) Voir, sur le présent site, l’article de D. Gelertner, "Ces images qui nous mentent [retour sur l’affaire Al-Dura]", et surtout l’article de Nidra Poller, "Myth, Fact, and the al-Dura Affair", qui me paraît être, à ce jour, la synthèse la plus complète et la plus objective s’agissant de la responsabilité des médias, et surtout celle de France 2, de son correspondant franco-israélien, en Israël, Charles Enderlin, et du caméraman palestinien de ce dernier, dans la propagation de cette calomnie.
(3) Par contre je crois être le premier à avoir relayé, dès le début de 2001, sur le site de CJE, plusieurs articles, majoritairement en anglais, réfutant l’imputation des tirs à Tsahal, et l’attribuant au contraire à des tireurs palestiniens. Voir, entre autres, l’article David Kupelian, daté de décembre 2000, "Who killed Mohammed al-Dura? 12-year-old Palestinian boy likely ’martyred’ by his own people, say Israeli investigators" http://www.chretiens-et-juifs.org/article.php?voir[]=205&voir[]=2078
(4) Voir, sur mon blog, la rubrique "Affaire France 2 / A-Dura".
(5) Voir, sur le même site, mon article : "Les ravages du «meyssanisme» juif (Fr2/Al-Dura)". (On voudra bien excuser le fait que plusieurs liens sont erronés, ou n’aboutissent pas, en raison de problèmes techniques qu’il n’est pas question d’expliquer ici.)
(6) La formule, ici adaptée par mes soins, n’est pas, comme on peut le lire souvent, d’Emmanuel Brenner, dans son pamphlet intitulé France, prends garde de perdre ton âme. Fracture sociale et antisémitisme dans la République (Mille et une nuits, 2004), mais de Gaston Fessard, dans son Premier cahier clandestin de Témoignage chrétien, publié sous le manteau en 1941, p. 17. Voir La résistance spirituelle 1941-1944 - Les cahiers clandestins du Témoignage Chrétien, Renée Bedarida, François Bedarida.
 
 
Mis en ligne le 14 septembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org