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Menahem Macina

L’ignoble coup de pied de l’âne français au lion américain blessé, M. Macina
06/09/2005

L’Amérique est blessée. Pourquoi faut-il qu’une grande partie de la presse française accable ce pays dans son épreuve ? La Fontaine a stigmatisé à l’avance ce qui se produit aujourd’hui, dans sa fable intitulée "Le Lion devenu vieux". Je la pastiche ici tant elle convient à la circonstance.
04/09/05
 
(En mettant en ligne, cette nuit, l’article qui suit, j’ignorais que le bloc-notes de l’inénarrable Ivan Rioufol traitait, une fois de plus, à sa manière - inimitable, du prurit anti-américain. Je m’en fais l’écho dans l’article suivant : "Avis aux journalistes américanophobes: l’élixir du bon docteur Rioufol peut vous guérir".)
 
 
Gravure sur bois, parue dans le Harper’s Weekly du 15 janvier 1870, p. 48.
 
 
Depuis longtemps aux aguets
Jaloux de l’Oncle Sam à la longue prouesse
L’entendez-vous gronder, la meute des roquets
Devenus forts par sa faiblesse ?

L’américanophobe y va d’un coup de pied;
Gauchiste : coup de dent; écolo : coup de corne.
Et le pauvre Oncle Sam, languissant, triste et morne,
Peut à peine rugir, par l’épreuve estropié.

Il subit son destin, sans faire aucunes plaintes,
Mais quand l’âne français s’en vient pour l’agonir:
"Ah! c’est trop, lui dit-il; je voulais bien souffrir;
Mais c’est souffrir deux fois que souffrir tes atteintes."
 
 
L’âne français – est-il utile de le préciser ? – c’est un certain journalisme qui, une fois de plus, se déshonore et nous déshonore par sa bassesse. En voici quelques illustrations [*].
 
 
Le Figaro : «…l’ouragan a frappé la société américaine là où elle est le plus fragile... Dans ce vieux Sud où prédominent les noirs et les pauvres, et où les tensions raciales ne sont jamais loin... Une région (de plus) où les armes à feu pullulent... (Mais) personne n’a pensé à renforcer les forces de l’ordre pour éviter les pillages et le chaos généralisé»...
 
Le Monde : «Les Américains (sont) consternés par la fragilité de leur puissance... (Et) Katrina révèle les fractures sociales du pays... La rapidité de la détérioration des rapports sociaux a été telle qu’on se tire dessus pour monter dans les bus d’évacuation» !
 
Le Progrès : «Katrina l’a révélé, le roi est nu... La super puissance mondiale est impuissante face au déchaînement de la nature. Et soudain renvoyée à ses tares historiques : la pauvreté (et) le racisme»...
 
Le Dauphiné Libéré : «Ce qui choque aujourd’hui, c’est l’énorme décalage entre la super-puissance technologique et le chaos qui règne dans le Sud. Pourtant prévisible, le désastre n’a pas été géré... Au point que le président Bush se voit contraint, sinon d’implorer, du moins d’accepter l’aide internationale…».
 
La Nouvelle République du Centre-Ouest : «Les Américains ne peuvent que reprocher à l’administration Bush d’aller jouer victorieusement les gendarmes, ou les sauveteurs, à travers le monde, mais d’être incapables de leur assurer, chez eux, un minimum de sécurité»....
 
Le Républicain Lorrain : «L’Amérique triomphante (grande) donneuse de leçons et championne du prosélytisme universel, accuse, en ces circonstances dramatiques, un niveau d’incurie comparable à celui d’un pays du tiers-monde... Voilà qu’on est obligé de voler à son secours !»
 
France-Soir : «L’Amérique se découvre incapable de secourir les 300 000 réfugiés de La Nouvelle Orléans…».
 
La République du Centre : «Le moment est venu, pour George W. Bush d’entrer dans une nouvelle croisade en arrêtant de massacrer l’environnement»...
 
Les Dernières Nouvelles d’Alsace : «la tragique ironie de Katrina, c’est qu’elle frappe politiquement un Bush qui a toujours fait un bras d’honneur aux questions environnementales, comme si elles devaient rester secondaires... Et les voilà qui rattrapent avec une force inouïe un président dramatiquement insolent».
 
La Montagne : «Reste cette impression d’un pays capable de déplacer sa puissance de feu partout sur la planète, mais complètement désemparé devant les éléments déchaînés»...
 
La République des Pyrénées : «…le manque d’argent pour achever les digues (en Louisiane) s’explique par les coupes budgétaires dues aux dépenses pour la guerre en Irak»...
 
Libération : «La première économie du globe vacille comme un vulgaire Etat du tiers-monde... Ne reste à voir que la face sombre de l’empire... Celle d’un pays rongé par l’argent et la ségrégation, où les naufragés du système restent derrière, abandonnés aux éléments... Le formidable coup de vent a soulevé le voile sur cette Amérique divisée par une pauvreté qui n’a cessé de croître sous la présidence Bush. Et, avec elle, de grandir la rage des oubliés».
 
[*] Textes empruntés à la revue de Presse internationale du 3 septembre, par Alain Masson, sur RFI
http://www.rfi.fr/actufr/articles/069/revue_38308.asp
 
Menahem Macina avec RFI
 
 
Un dernier mot : j’ai aimé la réaction spirituelle et bien frappée, que m’a envoyée Gonzales Jose Melchor. Je vous la copie, ci-dessous, avec un plaisir non dissimulé.
 
« Cela me démangeait depuis quelques heures, alors je réponds à ce que j’ai pu lire ici ou là.
Les critiques sont nombreuses, en toute ignorance du simple bon sens. Je ne vois pas comment, même avec la meilleure volonté du monde, on peut, en quelques heures, rattraper un désastre d’une telle ampleur que celui vécu par les Etats-Unis.
 
Est-ce que vous imaginez une seule seconde la dimension simplement géographique de la zone dévastée ? 335.000 km2, soit 95% de la superficie totale de la Grande Bretagne, ou la moitié de la France sous les eaux, des centaines de villes, des milliers de bourgades rayées de la carte !
 
Oh ! oui, alors, il est bien facile de charger la barque - sans mauvais jeu de mots - et d’en profiter pour en mettre un peu dans la gueule de Bush, au passage. Parce que, en fait, c’est ça, ce bon vieux complexe français qui ressort face à l’hyper-puissance anglo-saxonne mise en difficulté.
 
Mais bon, vous savez en fait, il faut quand même vous le dire :
 
venant d’un pays qui a mis 15 jours pour réagir
à une petite canicule de 3 semaines
qui a fait 15.000 morts,
je vous laisse votre poutre,
laissez-nous notre paille.
 
Merci ! »
 
 
© Menahem Macina et upjf.org
 
Mis en ligne le 04 septembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org