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Fascination des Juifs américains pour le parti démocrate, J. Engel
01/11/2004

31/10/04

[Selon un dernier sondage, à quelques jours de l’élection, 69% des Juifs voteraient pour Kerry contre 24% pour Bush.]

Pourquoi, en dépit de tout, les Juifs américains votent-ils pour les Démocrates ?

The Weekly Standard 26/10/2004

Original anglais : "From Me to Jews".

Traduction française : Menahem Macina pour upjf.org.


Durant près de soixante ans, depuis la naissance d’Israël, les Juifs américains ont fait l’objet d’accusations selon lesquelles ils se soucient davantage du bien de leur patrie antique [Israël] que de leur pays. Eh bien, sauf circonstance imprévue, le bobard de la déloyauté pour raison de double appartenance nationale devra définitivement disparaître de la circulation le 2 novembre 2004. Ce mardi, jour d’élection, jusqu’à 80 pour cent de juifs américains voteront pour John Kerry, montrant, de ce fait, que non seulement ils ne se soucient pas du bien d’Israël, mais qu’il leur est égal de faire cause commune avec des gens qui leur veulent du mal. Ou pire.

C’est une évidence criante qu’un antisémitisme acceptable s’est déplacé de la droite à la gauche du spectre politique, et que le parti démocrate - qui est davantage le parti des gauchistes que celui des libéraux - est aujourd’hui sa patrie philosophique. Même avant qu’Al Sharpton [1] ait été candidat à l’investiture, l’an dernier, les politiciens démocrates se traînaient sur les genoux pour obtenir le vote des Noirs – Al Gore, Bill Bradley, et Hillary Clinton, par exemple? faisant souvent le voyage jusqu’à Harlem pour embrasser l’anneau d’Al Sharpton. Et pourtant, c’est un homme qui, les années précédentes, a organisé deux manifestations antijuives, ou y a incité – l’une à Crown Heights et une à Harlem -, qui ont fait huit morts. Les démocrates et John Kerry s’en soucient-ils ? Apparemment pas, puisque Sharpton a bénéficié d’une ouverture de choix à la convention nationale démocrate, chose qu’il eût paru inimaginable d’accorder aux semblables de l’ancien républicain David Duke [ancien membre du Ku-Klux-Klan], dont les provocations avaient fait couler nettement moins de sang que celles de Sharpton.

Mis à part son rôle honteux dans l’imposture [du viol] de Tawana Brawley [2], le fait que, durant la période des primaires, le candidat démocrate Sharpton n’ait jamais eu à répondre aux questions tant de la presse que des autres candidats à propos de ses déclarations antisémites (telles que : "marchand de diamants" dont les mains sont tachées du "sang d’innocents bébés"), devrait poser des interrogations graves aux démocrates juifs à propos de leur parti. Cela devrait leur apprendre que des antisémites en grand nombre ont bénéficié de l’impunité.

Une preuve partielle de cela a été administrée au cours d’une séquence télévisée pour VIP, à la convention nationale démocrate, où deux autres invités de marque siégeaient côte à côte : Jimmy Carter et Michael Moore. A en juger par leurs déclarations publiques, il n’est pas très difficile de les imaginer se penchant l’un vers l’autre, pendant les pauses, pour comparer leurs notes sur la conspiration juive et le lieu géométrique mondial du mal : Israël.

L’antipathie de Carter envers l’Etat juif est bien établie [3], de même que son affection pour les dictateurs arabes, en particulier Yasser Arafat. Voici un homme qui a approuvé les résultats de la comédie de l’"élection" de 1996, qui a promu Arafat, du poste – qu’il s’était attribué – de "responsable" (chairman), à celui de "président" de l’Autorité palestinienne, et qui continue à insinuer que le Président Bush a volé la Floride et donc l’élection de 2000. (Rappelez-vous aussi que Carter a récemment ratifié l’élection de l’anti-américain Hugo Chavez, obtenue dans des circonstances douteuses.) Le lauréat du prix Nobel de la paix de l’an passé confia un jour à l’historien et biographe, Douglas Brinkley, à quel point il avait désiré rencontrer, pour la première fois, Arafat (autre lauréat du même prix !) - et pourquoi il avait ressenti une telle affinité avec le dirigeant terroriste. Il croit qu’Arafat veut vraiment la paix et qu’Ariel Sharon ne la veut absolument pas. Il considère comme allant de soi que toute la Cisjordanie et Gaza appartiennent aux Palestiniens, une distorsion manifestée par l’insertion de l’article défini "les" avant le mot "territoires" dans la discussion écrite de la résolution 242 des Nations Unies [4], alors que le "les" a été spécifiquement et délibérément exclu du texte de la résolution, afin de démontrer que toutes les frontières permanentes doivent être négociées de bonne foi. Il n’est donc pas surprenant que son Centre Carter bénéficie d’un financement substantiel de l’Arabie Saoudite.

En attendant, dans un discours prononcé à Liverpool, au début de cette année, Moore a fait savoir à son public d’adulateurs qui sont les vrais scélérats mondiaux : "Tout cela, c’est du même fagot, n’est-ce pas ? Les compagnies pétrolières, Israël, Halliburton." Cette déclaration éclaire les raisons pour lesquelles il a tenté d’empêcher la projection en Israël de [son film] Fahrenheit 11 septembre ; elle est conforme et à son discours au cours d’une manifestation de 1990, à Washington, D.C., dénonçant l’"occupation" israélienne, et à son refus, cette même année, d’assister à la projection de son film, Roger et moi, à Jérusalem, tant qu’Israël ne déférerait pas à sa demande de se retirer des "terres arabes". Moore a également suggéré que l’on pourrait résoudre le conflit israélo-palestinien en versant aux Palestiniens les 4 milliards que coûtent les armes de pointe. Mais le fait le plus insigne a été l’attachement qu’il manifeste, dans son livre, Où est mon pays ?, à Rachel Corrie, l’activiste pro-palestinienne, tuée en empêchant un bulldozer de trouver et de détruire des tunnels utilisés par les Palestiniens pour passer des armes en contrebande. (Corrie avait été antérieurement photographiée en train de brûler un drapeau américain, lors d’une manifestation en Cisjordanie.)

On se fût attendu à ce que le parti démocrate, qui bénéficie de 70 à 80 pour cent du vote juif et d’un crédit politique ridicule, inflige au moins une dérouillée verbale à Moore et à Carter pour leur animosité anti-israélienne. Mais les deux hommes, à l’instar de Sharpton, restent au nombre des personnalités adulées – à la différence, en revanche, du défunt gouverneur de Pennsylvanie, Bob Casey, un libéral qui a été banni des conventions nationales de 1992 et 1996, en raison de sa position anti-avortement. Ce qui mène à la conclusion incontournable que Moore et Carter reflètent exactement le courant majoritaire de leur parti.

De ce fait, il n’est pas surprenant que l’extrême gauche ait pu prendre en otage les campus d’université, qui ont toujours été des viviers d’activisme en faveur des droits civiques – auquel prennent largement part les Juifs libéraux, et dans lequel ils font merveille. Aujourd’hui, sous la couverture politiquement correcte des droits palestiniens, des Juifs seraient jugés dignes de la même répulsion que les chrétiens pratiquants, ce qui permet à des Steinberg et Goldberg de la gauche visqueuse de s’étonner de ce qui arrive, lorsque des manifestations pacifistes et anti-Bush tournent rapidement au festival de haine anti-israélienne et anti-juive. Les universités Duke, Berkeley, et Columbia, de l’Etat de San Francisco (dont l’antisémitisme croissant dans les salles de cours est aujourd’hui le thème d’un court-métrage) sont seulement quelques-uns des nombreux établissements d’enseignement qui ont donné aux Juifs un aperçu de la mentalité d’une populace style Nuit de Cristal.

Même pris individuellement, les antisémites d’âge universitaire se sentent assez tranquilles, de nos jours, pour oser faire remarquer publiquement, comme le fit récemment Philip Kurian, de Duke, que ces sales juifs qui en font trop sont tout de même un problème. S’inspirant de l’accueil, par l’université Duke, du Mouvement International de Solidarité, groupe islamiste radical favorable au terrorisme (auquel appartenait Rachel Corrie), Kurian a, sans vergogne, fait référence au "puissant establishment juif" et aux "privilèges exorbitants des Juifs aux Etats-Unis", jusqu’à l’apogée que constitue sa lettre au journal The Chronicle, dans laquelle il écrit : "Il est bien connu que les Juifs constituent le groupe ’minoritaire’ le plus privilégié de ce pays. Parmi les 10 principales universités, les juifs bénéficient d’une surreprésentation choquante".

Notez les guillemets ironiques accolés au mot ’minoritaire’, bien que les Juifs dépassent à peine deux pour cent de la population du pays (un cinquième de un pour cent de la population mondiale); et le terme surreprésentation, opposé à "représentation disproportionnée", dont l’utilisation eût au moins reconnu l’éthique professionnelle des Juifs et leur zèle pour la réussite. Mais là, c’était "choquant".

Pourtant, au lieu d’un gros scandale, d’une condamnation, de saisies du journal, de manifestations contre ces blessures infligées aux sentiments, de suspension, d’expulsion, ou même de poursuites judiciaires, qui sanctionnent généralement l’expression de propos aussi violents à l’encontre de "minorités " protégées, sur le campus - au lieu de tout cela, donc, les sentiments de Kurian ne lui ont rien valu de plus que l’opprobre des bloggers [auteurs de sites personnels], habituels acclamateurs de la droite – des non-Juifs, la plupart du temps. Les Juifs libéraux eux-mêmes se sont peu exprimés, ce qui rappelle fortement le silence observé par l’Organisation Nationale pour les Femmes, durant l’ère Clinton, lorsqu’il s’avéra que le président était un peloteur en série ; le "D" [comme démocrate] accolé à son nom l’a immunisé contre les inculpations, similaires à, voire plus graves que celles qui ont valu les foudres des féministes au pauvre sénateur Bob Packwood, dont le harcèlement a eu l’infortune d’avoir pour auteur un homme dont le nom était estampillé d’un "R" [comme right = droite] [5].

C’est ici que gît l’explication de la raison pour laquelle les Juifs américains refusent obstinément d’accepter l’idée que le train du parti démocratique - qu’ils prennent depuis Franklin D. Roosevelt (dont la réputation chez les Juifs a été moins méritée qu’accordée) - les mène aujourd’hui vers une destination dangereuse. Malheureusement, quand ils se rendront compte que Harry Truman et Scoop Jackson ont laissé leur poste de conducteur du train à Michael Moore et à Solidarité Internationale, il sera trop tard pour descendre.

L’allégeance des Juifs américains aux Démocrates est rien moins qu’une religion. Et la conversion est considérée comme un sacrilège.

Si vous demandez au Juif le plus laïque qui soit, un de ceux qui restent à la maison pour regarder un match de base-ball à Rosh Hashanah ou Yom Kippur, de se convertir au christianisme - disons, pour épouser une shiksa [une non-Juive] - il est probable qu’il aura un mouvement de recul. C’est quelque chose de viscéral, de chevillé au corps depuis des générations.

Il en va de même pour ce qui est de voter en faveur de sales antisémites racistes Républicains. C’est le catéchisme. Peu importe que les Républicains aient viré David Duke et Patrick Buchanan [6], ou que l’un et l’autre aient des chances de trouver pléthore de compagnons de route au sein du parti démocrate aujourd’hui. Le Catéchisme affirme que seuls les Démocrates peuvent être d’authentiques libéraux.

Aussi, pour une fois, il aurait fallu que les Juifs (et tous les démocrates) prennent le temps d’entendre le soutien à leur candidat exprimé par des semblables d’Arafat, tels que Kim Jong Il, et Mahathir Mohamad, l’ancien premier ministre malais - qui conquit les cœurs de milliards de gens, l’an dernier, quand il émit l’avis que les "juifs gouvernent le monde par personnes interposées". Aujourd’hui, de telles observations n’ont aucune pertinence par rapport au but – beaucoup plus important - qui est d’écarter George W. Bush de la Présidence des Etats-Unis. Typique, à cet égard, est la réponse par email d’un ami juif à qui j’avais envoyé une chronique de Charles Krauthammer, prédisant que Kerry vendrait Israël : "Ce qui" [avait répondu l’ami de l’auteur] "nous laisse… Ralph Nader ? Quelle folie !". La même chose m’était arrivée avec une Juive, dont la seule réaction à tout argument sur le même sujet était de citer le chapitre et le verset de l’éditorial du New York Times - la bible des Juifs libéraux.

Dans la conception du monde de ces derniers, les mots sont plus importants que les résultats, particulièrement quand ces mots sont émis par des Démocrates. Ainsi [pour eux] l’expression de Bill Clinton - ne peut-on-pas-se-contenter-d’une-conciliation ? - qui faisait fonds sur la mise en valeur d’Arafat, est-elle de loin préférable au soutien de George W. Bush à la barrière de réduction du terrorisme, et à son insistance sur l’émergence d’une nouvelle équipe dirigeante palestinienne – et ce, bien que l’ancienne attitude ait causé la mort d’un millier d’Israéliens innocents, tandis que la nouvelle a sauvé des innocents des deux bords et rendue plus proche la possibilité que les Palestiniens abandonnent complètement le terrorisme – ce qui, bien entendu, apportera la paix. Au lieu de cela, les Juifs échangent des e-mails courroucés pour se plaindre de l’absence de Juifs dans le cabinet du président, comme si le fait qu’il y ait eu un secrétaire d’État juif à l’agriculture, sous Clinton, avait, en quelque sorte, compensé la honte de la place de parking réservée à Yasser Arafat, à la Maison Blanche [7].

Pour reprendre l’expression d’Eric Hoffer, le docker-philosophe, les Démocrates juifs sont "de vrais croyants" – aussi peu disposés à remettre en question leur foi que les évangéliques". (Un an après la Guerre des Six Jours, Hoffer avait eu une prémonition : "Ce qui adviendra à Israël", écrivait-il, "nous adviendra à tous. Si Israël devait périr, l’holocauste nous atteindrait" [8]). Et pourtant, les démocrates craignent le soutien inébranlable d’Israël par les évangéliques, parce qu’il est basé sur la Bible - ce qui revient à refuser de récupérer son chien, parce que le type qui l’a trouvé admet qu’il l’a fait uniquement pour toucher la récompense. "J’ai peur de cette présidence", affirmait une mienne connaissance juive, "plus que de n’importe quel Arabe, musulman, ou terroriste d’Al-Qaïda." (C’est la même personne qui m’avait exprimé son scandale par e-mail, de ce qu’il n’y avait pas de Juifs dans le cabinet de Bush.)

Pourquoi les Juifs qui projettent de voter John Kerry ne prennent-ils pas le sénateur au mot, et n’envisagent-ils pas les conséquences de son affirmation, lorsqu’il dit qu’il veut réfracter sa politique étrangère au prisme des Nations unies et de l’Union Européenne ? Près d’un tiers des Nations unies est composé d’Etats islamiques, ce qui permet d’expliquer pourquoi Israël a été la cible d’un barrage implacable de résolutions de condamnation – et pourquoi la Cour de Justice internationale a rendu l’arrêt honteux contre la barrière anti-terrorisme.

Quant à l’Europe, berceau de l’antisémitisme, l’Union européenne se lamente publiquement sur la mort de terroristes palestiniens, et non sur celle d’enfants juifs et de mères juives, en insistant sur le fait qu’il n’y aura la paix que quand Israël se retirera de toutes les terres dites palestiniennes; et si ce retrait aux "frontières d’Auschwitz" a, un jour, pour conséquence que les Juifs israéliens soient jetés à la mer, eh bien, bon débarras ! Selon les termes crus de Daniel Bernard, ambassadeur français en Grande-Bretagne, Israël est "un petit pays de merde" habité par "des gens" qui font courir au monde "le danger d’une Troisième Guerre Mondiale".

"J’enc. les Juifs !", avait glapi le Républicain James Baker, durant le règne de Bush, le 41ème président, il y a plus d’une décennie. "De toute façon, ils n’ont pas voté pour nous."

Il avait raison. Et s’ils ne sont que 20 pour cent à voter pour Bush comme 43ème président, les Juifs américains n’auront pas besoin que James Baker leur fasse ce qu’il a dit – ils s’en seront chargés eux-mêmes.

Pour un peuple censé être intelligent, que nous pouvons être stupides !


Joel Engel *


© The Weekly Standard pour l’original anglais, et upjf.org pour la version française.


* Joel Engel est écrivain et journaliste en Californie du Sud.

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Notes de la Rédaction d’upjf.org

[1] Le Révérend Alfred C. (Al) Sharpton, un pasteur noir, était candidat à l’investiture du parti démocrate pour les présidentielles de 2004.
[2] Le procureur Steven Pagones avait été faussement accusé, par le révérend Sharpton et deux autres personnes, d’avoir violé Tawana Brawley, une adolescente noire, en 1987. L’ancien procureur fut finalement innocenté en 1998.
[3] Pour se convaincre de l’indifférence minérale de Carter envers la sécurité d’Israël, il n’est que de lire le plaidoyer - aussi dramatique que vain - que fit devant lui Menahem Begin, pour le convaincre de ce qu’un retour à la Ligne verte constituait un danger mortel pour le minuscule Etat Juif. On en trouvera le récit par Yehuda Avner, dans son article intitulé "Le jour où Jimmy Carter fut réduit au silence".
[4] Voir l’article de G. F. Will, "Tracer les frontières de la survie".
[5] "Les féministes au secours de Clinton".
[6] David Duke et Patrick Buchanan : violents extrémistes de droite ; le premier a été membre du Ku-Klux-Klan, le second est un fieffé réactionnaire.
[7] Allusion ironique aux très fréquentes invitations à la Maison Blanche, dont bénéficia Arafat, sous la présidence de Bill Clinton.
[8] Voir l’article de Hoffer, "La situation particulière d’Israël".

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Mis en ligne le 31 octobre 2004 sur le site www.upjf.org.