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Menahem Macina

Théodorakis, ’don de Dieu’ dont notre peuple se passerait bien, M. Macina
13/11/2003

En grec, Théodore, composante essentielle du nom de notre féroce contempteur, signifie quelque chose comme "don, cadeau de Dieu".

Qu’on me pardonne ce mauvais jeu de mots, mais, très franchement, voilà un ’cadeau’ de D.ieu dont beaucoup de Juifs se passeraient volontiers.

Si les adultes de ma génération se souviennent de l’inoubliable musique du film "Zorba le Grec", rares, hormis les mélomanes avertis, sont les gens qui connaissent l’impressionnant répertoire de Théodorakis.

Plus rares encore ceux qui savent qu’il est une figure internationale de l’opposition à la junte des militaires qui avait occupé le pouvoir, dans son pays, entre 1967 et 1974. C’est pourquoi, de retour d’un long exil, il donnera, après la chute du régime des colonels, des concerts sur l’île de Makronisos, tristement célèbre pour avoir été le lieu d’exil et de détention des opposants au régime et en particulier des communistes, de la guerre civile jusqu’à la fin de la dictature. Rappelons qu’en 1967, par crainte d’un retour de la gauche au pouvoir, un groupe de militaires organise un coup d’Etat avec l’appui - si ce n’est à l’instigation - de la CIA, croit-on.

C’est évidemment par rapport à ce passé traumatisant qu’il faut mettre en perspective l’anti-américanisme virulent de Théodorakis et ses outrances verbales d’aujourd’hui, tout en regrettant que ce soient des Juifs qui en fassent les frais.

Le problème avec les traumatisés, surtout lorsqu’ils ont du génie, c’est qu’ils s’autorisent - et qu’on leur pardonne - les pires délires verbaux. C’est le cas de Théodorakis, qui sombre dans l’amalgame le plus indigne, dans le genre (classique aujourd’hui, hélas !) "les-Juifs-israéliens-qui-ont-tant-souffert-des-nazis, reproduisent-le-comportement-de-leurs-bourreaux, avec, dans le rôle des déportés et massacrés, les-innocents-Palestiniens-sans-armes, face aux chars-et-aux-hélicoptères-lance-missiles-israéliens".

En toile de fond du délire anti-israélien de Théodorakis, il y a – sans aucun doute – la junte militaire grecque et son anticommunisme impitoyable. Et sur l’image des colonels massacreurs de communistes, de son jeune âge d’homme, vient se superposer celle des généraux américains de la coalition anti-Saddam, celle de Bush et celle de Sharon aussi, hélas !

Theodorakis a du talent, peut-être même du génie. Mais que ne s’est-il cantonné à la musique ! Hélas ! comme beaucoup de vedettes des arts et du spectacle, il s’est découvert une vocation de moraliste universel, de contestataire de toutes les puissances de ce monde, pour peu qu’elle soient dotées d’une armée quasi invincible et fassent la guerre à plus faible (même si plus méchant) qu’elles.

Car il faut le reconnaître avec honnêteté, l’Israël pugnace n’est pas le seul état casqué-botté auquel s’en prend, dans un style aussi grandiloquent que mélodramatique, notre preux chevalier de la paix. Comme en témoigne ce morceau de bravoure, écrit le 21 mars 2003 (1):

«En ce moment, je vois, comme tout être qui vit et respire, la destruction biblique de Bagdad. Parmi les flammes qui engloutissent la ville martyre […] je vois Bush épaule contre épaule avec Genghis Khan, Attila et Hitler. Je considère les Américains comme responsables, en tant que meurtriers détestables, impitoyables et lâches, de peuples entiers. Dorénavant et pour toujours, je considérerai comme mon ennemi quiconque [Israël, p. ex.] aura quelque chose à voir avec ces barbares, et ce quelle qu’en soit la raison. La haine des gens simples du monde entier doit monter comme une grande vague pour les noyer dans la honte.»

Et notre homme de récidiver, le 9 avril 2003 (2) :

«Elle n’existe plus, l’Union Européenne! L’Union Européenne a été assassinée par Bush, Blair et Aznar, quand ils ont décidé leur invasion barbare de l’Irak, qui signifie la négation de la quintessence de l’Europe en tant qu’entité morale respectant le droit international et le droit des peuples.»

J’ai eu la curiosité d’éplucher le site de Théodorakis, et j’y ai fait une découverte intéressante. Créé début 2000, on n’y trouve pas, cette année-là, le moindre texte anti-américain, anti-militariste, ni anti-israélien. Pas même une allusion à la souffrance des Palestiniens. C’était pourtant le début de la deuxième Intifada…
Rien de tel non plus en 2001, ni en 2002…

Et soudain, le 21 mars 2003, voici la première imprécation anti-américaine. Suivie de deux autres, en date des 2 et 9 avril. Puis plus rien jusqu’à sa conférence de presse pour la promotion de son livre, le 4 novembre, où on l’entendit proférer cette phrase :
«Aujourd’hui, il est possible de dire que cette petite nation est la racine du mal. Elle est pleine d’autosuffisance et d’obstination mauvaise.»… (3)

Et cette autre :

«Le fait que nous sommes très calmes et ne nous laissons pas aller, comme eux, à l’agressivité, vient de ce que nous avons davantage d’histoire [Non, c’est parce que, chez vous, les civils ne meurent pas déchiquetés !]. Ils n’ont qu’Abraham et Jacob, qui étaient des ombres, alors que nous avons Périclès. Imaginez ce qui se produirait, en Grèce, si nous étions aussi agressifs que les Juifs… Les Grecs n’ont pas le fanatisme caractéristique des Juifs.» (3)

Enfin, accusant le coup de la tempête qu’ont déchaînée ses propos inqualifiables, Théodorakis, tente, le 12 novembre, d’en atténuer la portée, en re-phrasant son propos, en ces termes (4):

«Ce n’est que délibérément que quelqu’un peut faire la confusion entre le peuple israélien, dont j’ai prouvé, en pratique, que je l’honore et que je lui rends hommage, et ces
phénomènes [???] négatifs – au fond CE SONT EUX qui noircissent l’image d’Israël, en jouant un rôle réellement "antisémite", CE SONT EUX qui se trouvent du côté du Mal, aux racines du Mal, comme je l’ai déclaré dernièrement.»

Piètre tentative, Mr Theodorakis ! Et qui ne nous convainc pas.
Comme Périclès (une ombre véritable, celui-là) dont vous vous glorifiez, vous dormirez encore longtemps dans la poussière du tombeau, tandis que, ressuscités, nous festoierons et nous réjouirons avec Abraham, Jacob, les autres Patriarches et tous les saints, dans le Royaume des Cieux...

Mais, j’y songe...

Paul de Tarse a eu son chemin de Damas.
Mikis d’Athènes, son chemin de Bagdad.

…Et nous, Juifs, poursuivons le nôtre, celui de la Rédemption,
les yeux fixés sur les promesses de nos prophètes,
qu’un crachat de plus - fût-ce celui du célèbre Theodorakis –
n’a pas le pouvoir d’empêcher qu’elles s’accomplissent !


Menahem Macina


© upjf.org


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Notes

(1) www.mikis-theodorakis.net/irak2103.htm

(2) www.mikis-theodorakis.net/irak0904.htm

(3) www.upjf.org/detail.do?noArticle=6222&noCat=109&id_key=109#

(4) www.upjf.org/documents/detail.do?noArticle=6227&noCat=109&id_key=109#

Mis en ligne le 13 novembre 2003 sur le site www.upjf.org