Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Éditorialistes
Menahem Macina

Réponse au réquisitoire d’Elisabeth Schemla contre l’Etat d’Israël, Menahem Macina
10/12/2005

26/07/02

Le site Proche-Orient.info de Madame Elisabeth Schemla a pris sur le Web une place indiscutable, et je suis de ceux qui s’en réjouissent. Je n’ai jamais ménagé mes compliments à cette initiative, et j’en ai même fait une large publicité. Je ne le regrette pas, d’ailleurs, car sa note, dans le concert de l’information, est loin d’être négligeable, ne serait-ce que par sa couverture approfondie des événements du Proche-Orient.

Si donc, aujourd’hui, j’interpelle Elisabeth Schemla, ce n’est certainement pas pour lui donner une leçon de journalisme – je n’y ai aucun titre. C’est encore moins pour lui faire un procès d’intention, ni critiquer ses opinions, qui ne m’agréent pas toujours – Madame Schemla est libre de penser ce qu’elle veut et n’a évidemment pas de comptes à me rendre.

Si, donc, j’ose, moi qui n’ai ni sa notoriété ni son expérience professionnelle, lui adresser aujourd’hui un sévère reproche, c’est parce qu’elle a confondu information et recherche des faits avec accusation et jugement sommaire.

Les investigations d’un journaliste peuvent l’amener à se forger une intime conviction. Mais rien n’en garantit la totale pertinence, et il serait peu professionnel de la transformer en réquisitoire, surtout lorsque la maigreur du dossier dont on dispose inciterait plutôt à la prudence et à la modération. Un journaliste n’est pas un procureur. Pourtant, c’est bien la robe de procureur qu’endosse Madame Schemla lorsqu’elle requiert la condamnation d’Israël, dans le procès qu’ont intenté à ce dernier tout ce que les nations comptent de belles âmes, "vêtues de probité candide et de lin blanc", et qui, elles, n’ont, à l’évidence, jamais péché, ce qui leur permet de jeter la première pierre à la nation adultère par excellence...

Voici donc le verdict de la journaliste: "Il ne fallait pas tuer ces enfants de Gaza" (C’est le titre de son éditorial). Et voici ses réquisitions :

- "Qui peut croire un instant que le haut commandement militaire israélien n’avait aucun autre choix que ce raid nocturne sur Gaza-centre pour abattre le chef terroriste islamiste Salah Chéhadé ?

- La politique d’éliminations ciblées, légitimement menée par Israël, a fait depuis trop longtemps la preuve d’une maîtrise presque parfaite pour que les allégations des uns et des autres, expliquant que c’était à ce moment ou jamais, soient crédibles.

- Il faudrait être un gogo aussi pour admettre que l’officier même le plus borné ignore qu’un missile d’une tonne fait de très gros dégâts et n’est pas l’arme la plus appropriée pour éliminer quelques hommes.

- C’est donc de sang-froid qu’ont été tués ces neuf enfants palestiniens, dont un bébé. Ces jeunes corps disloqués, ces morceaux de chair pendant à la ferraille dans les décombres, sont encore moins acceptables que les éclats d’enfants israéliens qui périssent dans les attentats."

Imaginez le tumulte dans la salle, si un procureur avait prononcé de telles paroles, susceptibles de valoir à un Ariel Sharon, assis hautain et méprisant, dans le box des accusés, une peine de prison à vie.

Point n’est besoin d’être un grand spécialiste de l’analyse des textes pour constater que l’acte d’accusation rédigé par Elisabeth Schemla repose sur des a priori et des préjugés, qui seraient tolérables, à la rigueur, chez le tout venant, mais sont difficilement excusables chez une journaliste professionnelle. Reprenons-en les points essentiels.

- "Qui peut croire…" Le ton est donné ? C’est un artifice rhétorique classique. Clin d’œil du procureur vers le jury populaire – comprenez : il faut être bête pour croire ce qu’affirme le haut commandement militaire israélien. Déduisez : Tsahal ment. Comment la journaliste le sait-elle? Elle ne nous le dit pas. D’ailleurs, elle n’a pas à nous le dire. Sans doute suffit-il qu’elle l’affirme pour que nous soyons mis en demeure de la croire.

- "La maîtrise presque parfaite… des exécutions ciblées" décrédibilise "les allégations", selon lesquelles, "c’était maintenant ou jamais." Même procédé que ci-dessus. Elisabeth Schemla ne croit pas à ce que dit Tsahal. Elle attend de nous que nous partagions son scepticisme radical. Des preuves ? Pas besoin. Son intime conviction devrait nous suffire. La ficelle israélienne est trop grosse pour une journaliste professionnelle.

- L’argument suivant est de la même eau – plus chaude seulement. L’ironie – autre arme rhétorique redoutable -, prend le relais de la conviction militante. Si, s’exclame Elisabeth Schemla, sachant pertinemment "qu’un missile d’une tonne fait de très gros dégâts et n’est pas l’arme la plus appropriée pour éliminer quelques hommes", vous croyez encore que le gouvernement israélien voulait seulement se débarrasser d’un terroriste assassin en chef et de quelques acolytes, c’est que vous êtes un "gogo". Or, personne n’aime passer pour un gogo. Conclusion implicite : Sharon et consorts voulaient tuer pour terroriser. J’exagère ? Lisez la suite.

- Pour Elisabeth Schemla, pas le moindre doute : "C’est de sang-froid qu’ont été tués ces neuf enfants palestiniens, dont un bébé". A ma connaissance, aucun grand quotidien français n’a osé formuler une telle accusation. Si c’était le cas, cela aurait donné lieu à une belle empoignade médiatique.

Faisons le bilan. Le dossier d’accusation d’Elisabeth Schemla ne repose - c’est plus qu’évident - que sur l’intime conviction de la journaliste. Il témoigne surtout de son ignorance affligeante en matière d’explosifs, de stratégie militaire et de lutte contre la terreur. Sur les cinq points relevés et analysés plus haut, quatre sont des jugements péremptoires, qu’aucune preuve ne vient étayer. Ce sont des opinions et non des faits. Ou, si ce sont des faits, ils sont biaisés par des opinions préconçues, et présentés sous un jour systématiquement défavorable à l’accusé, sans qu’aucune chance soit donnée à ce dernier de se justifier, puisqu’il est réputé menteur.

Quant au dernier point de ce réquisitoire – qui donne l’estocade au condamné d’avance -, il confine à la diffamation pure et simple. Elisabeth Schemla postule, en effet, implicitement, que les dirigeants politiques israéliens, qui ont pris cette décision, ainsi que les échelons les plus élevés de Tsahal, qui l’ont mise en oeuvre, savaient que des enfants étaient présents dans le bâtiment bombardé. Pire, affirme la journaliste, ils les ont tués de sang-froid.

Par ailleurs - pourquoi le nier ? -, il est difficile de réprimer un haut-le-coeur devant le voyeurisme littéraire racoleur de la phrase suivante : "ces jeunes corps disloqués, ces morceaux de chair pendant à la ferraille dans les décombres". On aimerait que Madame Schemla précise où elle a vu ce qu’elle décrit; et surtout qu’elle nous dise sur quelles bases sérieuses repose son affirmation selon laquelle [ces morts] "sont encore moins acceptables que les éclats [?] d’enfants israéliens qui périssent dans les attentats". (1)


Au terme de cette sévère remise en question, dont la rédaction m’a coûté autant qu’elle m’a navré - car j’ai de l’estime pour la directrice de Proche-Orient.info -, je me pose les questions suivantes:

- Elisabeth Schemla serait-elle prête à redire ce qui précède - à haute voix, et en regardant dans les yeux les proches et les amis des victimes civiles israéliennes assassinées, ainsi que les rescapés estropiés à vie ?

- Si – plaise à Dieu ! – ce n’est pas le cas, aura-t-elle le courage de leur présenter des excuses, à défaut d’en faire autant pour l’Etat d’Israël, à la démonisation et à l’opprobre duquel elle vient, sans doute inconsciemment, d’apporter une contribution dont il se serait bien passé, tant il en est ’rassasié’ par ses ennemis ?



Menahem Macina


-----------------------

(1) Pour être équitable, on prendra acte de ce que la journaliste justifie son propos au nom de la moralité supérieure, dont Israël est censé devoir faire preuve face à un ennemi criminel. Mais c’est là un argument sans consistance, surtout lorsqu’après avoir admis que les dirigeants israéliens ont le devoir et le droit absolus de se défendre, la journaliste ne craint pas d’affirmer dans un même souffle : "Mais ils n’ont pas le droit de prendre sciemment le risqued’assassiner délibérément des enfants, quand il n’y a pas de nécessité vitale à le faire".
Je ne sais de quoi il faut s’étonner le plus : de la confusion morale du propos (aucune ’nécessité vitale’ ne saurait, en effet, justifier l’assassinat ’délibéré’ d’enfants), ou du caractère choquant de cette phraséologie alambiquée et contradictoire (cf. les mots en italiques) qui, volens nolens, accrédite l’accusation inique d’"assassins d’enfants", souvent proférée à l’encontre des soldats de Tsahal ?
En outre, il me paraît immoral de faire à Israël un ’chantage à la vertu’, qui, s’il réussissait, assurerait l’impunité à vie aux vrais assassins. En effet, il est de notoriété publique qu’ils se servent en permanence de civils et d’enfants comme d’autant de boucliers humains.

© Reinfo-israël.com