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Droits humains, racisme, antisémitisme, etc.
Antisémitisme

L’antisémitisme aujourd’hui, Guy Millière
09/02/2005

7 Février 2005

Arouts7 en français

www.a7fr.com/article.php?id=3104

Il faut que ce soit un non-Juif (mais de quelle trempe !) qui élève la voix pour dire tout haut ce que beaucoup de Juifs pensent tout bas sans oser le dire ou, si timidement, si confidentiellement. Merci à Guy Millière d’avoir écrit ces lignes. Merci à Arouts7 de les avoir diffusées. Menahem Macina.

"Se souvenir de l’horreur absolue n’empêche pas de penser à d’autres horreurs. Mais oublier l’absolu de l’horreur, c’est préparer le terrain pour qu’elle puisse recommencer."


Pendant une semaine, l’Europe a fait sa BA (Bonne Action). On a célébré la chute du camp d’extermination d’Auschwitz. On y a prononcé des discours de repentance, et on y a redit solennellement «Plus jamais ça!». La télévision française a projeté in extenso «Shoah», le film de Claude Lanzmann, à l’attention des insomniaques : 9h30 d’un seul tenant, de 21 heures à 6 h 30 du matin.

Des documentaires ont succédé aux documentaires, et les débats aux débats. L’ignoble et unique singularité de la shoah n’a, elle, été que fort peu évoquée. On a condamné le nazisme. On n’a pas procédé à une histoire générale de l’antisémitisme, de façon à ce que ce discours pervers et répugnant soit démonté de fond en comble. On n’a pas rappelé ce qui avait permis le nazisme, ni que celui-ci avait constitué un mélange monstrueux et raciste de nationalisme hypertrophié et de collectivisme socialiste.

On a fort peu insisté sur la collaboration de diverses populations européennes à l’entreprise nazie. On aurait pu penser que le nazisme était un phénomène presque marginal et très précisément circonscrit entre deux dates : 1933-1945…

On n’a rien dit de la remontée de l’antisémitisme aujourd’hui, ni surtout du fait que celui-ci prenait, non seulement la forme de déclarations nauséabondes de Jean-Marie Le Pen à un journal d’extrême droite, qui, fort heureusement, n’a pas le lectorat de «Je suis partout» [1], mais aussi la forme d’un antisionisme qui traite Israël comme le juif des États. Ou encore la forme, très politiquement correcte, de l’antisémitisme islamique ou d’extrême gauche, qui a permis à M’bala M’bala - «Dieu-reprenez-le!» - de remplir les cinq mille places du Zénith à Paris, fin décembre [2004], avec un spectacle digne des pires délires de Goebbels [2].

On n’a rien dit de ce que diffusent les médias du monde arabe, de al-Djazira à la chaîne al-Manar, un temps autorisée en France, de la télévision de l’Autorité palestinienne à la télévision officielle égyptienne.

Nul n’a même remarqué que, lors des cérémonies d’Auschwitz, il y avait des religieux, chrétiens et juifs, mais aucun dignitaire musulman.

L’explication sur ce point avait été donnée, il est vrai, par des organisations islamiques à Londres, qui ont dit qu’elles ne voyaient rien à commémorer, à l’heure où un nouvel «holocauste touchait le peuple palestinien». Une autre explication est peut-être que nombre de dignitaires musulmans observaient un moment de silence pour se souvenir, avec piété, des déclarations d’Hadj Ali al Husseini, mufti de Jérusalem dans les années 1930, père spirituel d’Arafat et de Mahmoud Abbas, ami d’Hitler et de Himmler, chantre de la solution finale sur Radio Berlin… [3]

Nul n’a rien remarqué, non. L’accusation d’islamophobie est si vite assénée… Lutter vraiment contre l’antisémitisme impliquerait de ne pas seulement se préoccuper de l’antisémitisme d’il y a soixante ans et de ses remugles chez les nostalgiques glauques du pétainisme, mais de se préoccuper aussi de l’antisémitisme façon islam, façon M’bala M’bala, ou façon altermondialiste.

Comme l’ont rappelé nombre d’anciens déportés, le révisionnisme commence dès qu’on met le doigt dans l’engrenage de la relativisation ; et j’ai entendu, ces derniers temps, nombre de discours de relativisation comparant la shoah au goulag, à la traite des noirs ou au massacre des Tutsis au Rwanda, alors que la shoah constitue la seule et unique tentative d’extermination industrielle, systématique, absolue et définitive d’un peuple, en raison de ce qu’il est.

Se souvenir de l’horreur absolue n’empêche pas de penser à d’autres horreurs. Mais oublier l’absolu de l’horreur, c’est préparer le terrain pour qu’elle puisse recommencer.

Qu’on me permette de rappeler que, si l’État d’Israël avait existé et avait été un refuge pour les juifs, l’entreprise hitlérienne n’aurait pu faire autant de victimes, et que la délégitimation de l’État d’Israël, à laquelle on assiste, ne me semble pas dépourvue d’arrière-pensées fétides. Cela fait vingt ans au moins qu’«Exodus» d’Otto Preminger n’a pas été projeté à la télévision française : à quand sa re-programmation ? Et qui osera dénoncer le film « La chute », aujourd’hui sur les écrans, et dire que c’est un film révisionniste montrant le peuple allemand comme la principale victime du nazisme ? [4]

Guy Millière


© Arouts7 en français



Notes de la Rédaction d’upjf.org

[1] Journal collaborationniste français sous Vichy.
[2] Voir notre dossier : "Les liens privilégiés entre Nazis et Palestiniens".
[3] Voir : Dieudonné vomit sa haine au Zénith; Un antisémite à Auschwitz: Dieudonné tel qu’en lui-même; Dieudonné épinglé pour antisémitisme par le CRIF Midi-Pyrénées.
[4] Un journaliste français au moins l’a fait. Voir l’article de D. Martin-Castelnau, ’La Chute’ (d’Hitler): chef-d’œuvre révisionniste.


Mis en ligne le 09 février 2005 sur le site www.upjf.org.