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Extraits du Discours à la Nation de D. Reagan (5.2.81)
05/05/2003

Extraits du "Discours à la Nation" de D. Reagan (5 février 1981)

Traduction française de Guy Millière *

Avant propos et Conclusion de Philippe Robert, qui nous a aimablement transmis ce texte.



Avant Propos

Depuis une éternité, il ne m’avait pas été donné de rencontrer, par la pensée et par l’exemple, un homme d’Etat réellement digne de ce nom; j’ai assez dit ici combien la médiocrité installée des élites françaises contemporaines et donc, par voie directe de conséquence, la vacuité de leur action politique en général et à tous les échelons du monde, me navrait, sans grand espoir de voir arriver un jour non pas l’homme providentiel auquel historiquement tout le monde se raccroche, mais quelqu’un de simple, d’honnête, de courageux et qui, surtout, soit bardé d’un solide bon sens.

Comme de plus en plus de mes compatriotes, je ne vois que la société civile qui soit encore capable de produire de tels hommes animés d’un amour de la France suffisamment éprouvé pour faire enfin preuve, avec la sérénité de ceux qui ne connaissent pas le doute, de l’héroïsme aujourd’hui nécessaire pour éviter à notre malheureux pays, littéralement parvenu à son point de rupture, de connaître le triste destin que sa décadence morale avancée lui promet pour très bientôt.

Ayant récemment découvert Les écrits personnels de Ronald Reagan (Editions du Rocher) dans l’enthousiasmante traduction de Guy Millière
  • qui, lui-même, partage son temps entre la France et les Etats-Unis, j’avoue faire mon miel de l’intelligence que Reagan a su mettre dans une démarche personnelle qui, d’ailleurs, l’a conduit assez rapidement à la Maison-Blanche après avoir fait ses classes politiques en tant que gouverneur de la Californie.

    Pour en venir au fait, je voudrais profiter de l’occasion qui m’est ainsi donnée, à la suite de la lecture de cet ouvrage, épatant à lire et à relire, de rapprocher de la triste situation prévalant aujourd’hui, en France, l’analyse économique honnête et limpide faite par le président Reagan fraîchement élu, dans son "Adresse au pays", en date du 5 février 1981, c’est-à-dire seize jours après avoir pris ses fonctions. Je forme donc le voeu sacré que les actes de Ronald Reagan, à l’époque lui-même confronté à la gestion calamiteuse de son prédécesseur démocrate, Jimmy Carter, fassent école et que nous parvenions enfin à sortir du cercle vicieux qui, actuellement, anéantit la France.

    Je n’ai pas l’intention de reproduire dans son intégralité l’"Adresse au Pays", de Ronald Reagan; mais, en toute humilité, je vous engage à acheter ce livre étonnant, qui a l’avantage de nous livrer une facette méconnue et réellement touchante - sans doute même la plus importante - de la psychologie de ce président, perçu, de ce côté-ci de l’Atlantique, plus comme un "cow-boy" (il fut acteur à Hollywood) que comme un véritable homme d’Etat. Il ne faut jamais oublier que cet homme, simple mais remarquablement armé intellectuellement et très bien entouré lorsqu’il le fallait, a su rendre aux Etats-Unis la puissance qui leur est naturelle et à laquelle il nous est donné d’assister aujourd’hui. Mais je suis aussi persuadé que vous serez facilement étonnés, sinon horrifiés, de la similitude de la situation qu’a connue l’Amérique, il y a donc plus de vingt ans, avec celle que connaît, hélas! aujourd’hui, la France.


    *
    * *



    Extraits d’un discours de Ronald Reagan (5 février 1981)

    "Bonsoir,


    J’ai demandé ce temps de parole, ce soir, pour vous offrir un compte-rendu de l’état de l’économie de notre pays. Voici quelques jours, on m’a présenté un rapport que j’avais demandé aux fins de disposer d’un bilan complet de notre situation économique. Vous n’aimerez pas ce rapport, je ne l’ai pas aimé non plus, mais nous devons regarder la vérité en face, et nous remettre au travail pour améliorer les choses. Et que ce soit clair, nous pouvons tout remettre en ordre.

    Je ne vais pas vous noyer sous la masse des statistiques, des chiffres et du jargon économique qu’on trouve dans le rapport, mais essayer de vous expliquer où nous en sommes, comment nous en sommes arrivés là et comment nous pouvons nous rétablir.

    En préliminaire, cependant, je vais vous donner quelques "points saillants" du rapport. Le budget fédéral est hors de contrôle, et nous faisons face à un déficit croissant, 80 milliards de dollars pour l’exercice budgétaire qui s’achève le 1er octobre de cette année. Le déficit est plus élevé financièrement que le budget fédéral tout entier ne l’était en 1957. Tout comme les 80 milliards de dollars que nous payons en intérêt sur la dette nationale chaque année.

    Voici vingt ans, en 1960, le registre des salaires de notre gouvernement représentait moins de 13 milliards de dollars. Aujourd’hui, la somme s’élève à 75 milliards de dollars. Au cours de ces vingt années, notre population ne s’est accrue que de 26,3%. Le budget fédéral, lui, a augmenté de 529%.

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    En 1960, les taux d’intérêt pour les prêts d’accession au logement s’élevaient à 6%. Ils sont deux fois et demi plus élevés aujourd’hui [pour cause d’inflation galopante, NDLR], et atteignent 15, 4%. Le pourcentage de notre revenu global que le gouvernement fédéral prélevait en taxes et impôts en 1960 a, depuis, doublé. Et enfin, 7 millions d’Américains sont prisonniers de cette indignité humaine et de cette tragédie personnelle qu’est le chômage (...) Qu’est-il arrivé au rêve américain : devenir propriétaire de sa maison ?

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    En 1960, notre dette nationale s’élevait à 291 milliards de dollars. Le Congrès, en 1971, a décidé de plafonner à 400 millions de dollars notre capacité nationale d’emprunt. Aujourd’hui, la dette s’élève à 931 milliards de dollars. Le plafond de notre capacité d’emprunt a été relevé 21 fois au cours des dix dernières années, et je dois demander aujourd’hui un autre relèvement du plafond, car sans cela, notre gouvernement ne pourra plus fonctionner au-delà du mois de février. Et je ne suis là que depuis deux semaines...

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    Une réponse aux déficits pourrait être d’augmenter les impôts de façon que le gouvernement n’ait pas besoin d’emprunter ou d’imprimer de la monnaie. Mais pendant toutes ces années où le gouvernement n’a cessé de grossir, nous avons atteint, et même dépassé, les limites de ce que notre peuple peut supporter en matière de charge fiscale (...) Certains disent qu’il faudrait
    faire glisser la charge fiscale vers les entreprises; or, les entreprises, ne paient pas d’impôts. Oh ! Ne vous faites pas de fausses idées : bien sûr que les entreprises sont imposées, et elles le sont tellement que les prix qui résultent nous excluent des marchés mondiaux. Mais les entreprises incorporent leurs coûts de fonctionnement, dont les impôts font partie, dans le prix des produits qu’achète le consommateur. Seuls les gens paient les impôts, tous les impôts. Le gouvernement se contente d’utiliser les entreprises d’une façon sournoise pour parvenir à collecter davantage d’impôts.

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    Au cours des décennies passées, on a parlé de la nécessité de réduire les dépenses gouvernementales aux fins de pouvoir ensuite diminuer le fardeau fiscal (...) Mais on a toujours dit que les impôts ne pouvaient être diminués tant que les dépenses n’étaient pas réduites. Nous pouvons reprocher à nos enfants de trop dépenser, et ce jusqu’à en avoir une extinction de voix : nous pouvons aussi remédier à la situation en diminuant la quantité d’argent que nous leur donnons. Il est temps de comprendre que nous sommes arrivés à un tournant. Nous sommes face à une calamité économique de proportions incroyables, et le vieux traitement habituel ne peut plus nous sauver (...) Nous devons accroître la productivité, et cela veut dire remettre les Américains au travail (...) Nous avons déjà décidé le non-remplacement des employés du gouvernement qui prennent leur retraite ou démissionnent. Nous avons ordonné une coupe dans les dépenses consacrées aux voyages du gouvernement, réduit le nombre de consultants travaillant pour le gouvernement, gelé l’achat d’équipements de bureaux, entre autres (...)

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    Le 18 février, je présenterai un programme économique détaillé au Congrès, et ce programme donnera chair et consistance aux grandes lignes que je viens de tracer. J’y proposerai des coupes dans les budgets de presque tous les ministères du gouvernement (...) Dès que les chefs de cabinet prendront la charge de leurs ministères, ils traqueront les gaspillages, les extravagances et les frais généraux inutiles qui, une fois supprimés, pourront permettre les réductions ultérieures. Tout en faisant cela, nous devons avancer dans le direction d’une baisse générale des impôts. Je demanderai une réduction de 10% de tous les impôts sur le revenu pour les trois prochaines années. Des propositions seront soumises, visant à simplifier les formalités administratives des entreprises, et pour leur permettre aussi de disposer du capital pour créer des emplois.

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    Nos coupes dans les dépenses ne se feront pas au détriment des vrais nécessiteux. Nous chercherons, cela dit, à éliminer les avantages sociaux accordés à ceux qui ne sont pas vraiment dans le besoin. Comme je l’ai dit plus haut : le 18 février, je présenterai de façon détaillée cet ensemble économique de coupes budgétaires et de réformes fiscales à une session jointe du Congrès, ainsi qu’à vous (NDLR : souligné par moi). Notre système est fondamentalement bon. Nous pouvons, avec compassion, continuer à assumer nos responsabilités envers ceux qui, sans que ce soit leur faute, ont des difficultés et ont besoin de notre aide. Nous pouvons pleinement assumer les autres responsabilités légitimes du gouvernement. Nous ne pouvons continuer plus longtemps le gaspillage qui se fait aux dépens de ceux qui travaillent et de nos enfants."


    © Editions du Rocher et Guy Millière

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    Conclusion

    Cette manière d’affronter l’adversité, car il s’agissait bien de cela lors de l’accession de Reagan à la présidence des Etats-Unis, est quelque chose qui m’a personnellement beaucoup frappé. A mes yeux, Ronald Reagan fait ici, comme il l’a d’ailleurs toujours fait tout au long de sa vie, la preuve magistrale du respect et même, dirais-je, de l’amour filial qu’il porte aux citoyens de cette grande nation. Pour beaucoup, surtout en France, l’Amérique contemporaine du président George W. Bush ne mérite certainement pas les éloges que l’on serait finalement enclin, si l’on a pris le temps de lire Reagan et si l’on est de bonne foi, à décerner à ce grand président qui sut, en si peu de temps, redresser une Amérique en train de perdre son âme.

    Pour ma part, si j’ai toujours soutenu la position des Etats-Unis en ce qui concerne la guerre en Irak, qu’ils ont bien entendu gagnée, sans coup férir, avec les Britanniques, c’est que ma confiance dans la valeur morale qui fonde cette nation est profonde et totale; comment, en effet, peut-on croire qu’un aussi grand pays, avec la haute idée de démocratie qui le caractérise depuis toujours, serait ainsi capable de se lancer tout à coup et sans frein dans une démarche impérialiste à l’échelle de la planète qui ne lui aurait pas été imposée par les faits ? Le coup de tonnerre du 11 septembre 2001 constitue, pour l’Amérique en particulier et pour le monde libre en général, un défi de vie ou de mort qu’il faut impérativement relever, sauf à périr, face aux attaques du terrorisme international d’obédience islamiste.

    Il ne s’agit plus alors de jouer les vierges effarouchées et de tenter, avec la morgue que seule confère l’impuissance politique, économique et sociale que l’on feint d’ignorer mais qui éclate aux yeux de tous, de se dresser bec et ongles contre la politique novatrice d’une hyper-puissance, les Etats-Unis d’Amérique, qui, de plus, prend tous les risques à sa charge, y compris les vôtres ! Mais, revenant sur terre et pour le bien de mon pays, j’aurais plus sûrement aimé que l’on prît soin, dès l’élection assurée, en juin 2002, de s’adresser en de tels termes aux Français plutôt que d’attendre, l’arme au pied, d’être rattrapé et finalement emporté par l’implacable réalité des faits."

    Philippe ROBERT
    France

    [Texte aimablement transmis par Cora]


    * Guy Millière, professeur et écrivain

    On trouvera, sur le site de l’upjf, une section consacrée à Guy Millière. Elle comporte le CV et la bibliographie de l’auteur, ainsi que quelques-uns de ses articles. Cliquez sur le lien suivant : www.upjf.org/documents/forumdisplay.php?s=&forumid=140