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Menahem Macina

A. Finkielkraut ne fait pas dans la langue de bois, M. Macina
14/02/2005

Il l’a prouvé en maintes occasions. Dans l’émission « Qui vive ! », du 13 février, sur RCJ, il répond aux questions qui lui sont posées par Ilana Cicurel.

Je conseille à tous d’écouter cette longue interview en cliquant sur le lien suivant :

A. Finkielkraut, dans « Qui vive ! »


Finkielkraut traite de cinq questions d’actualité :

1) Le dîner annuel du CRIF, dont il stigmatise le caractère "d’assignation à comparaître" d’hommes politiques de premier plan, pour s’entendre assener une liste de reproches formulés à l’encontre du gouvernement, attitude dont Finkielkraut se désolidarise entièrement. En outre, précise-t-il, c’est la porte ouverte à d’autres assignations du même genre, qui pourraient être émises, par exemple, par des associations islamistes, ou des partisans du mariage homosexuel, ce qui constituerait un retour inadmissible au communautarisme qu’on veut justement combattre.

2) Le livre obscène et antisémite de Bénier-Bürckel, récemment stigmatisé sur notre site (voir : ’Pogrom’ : Un livre inqualifiable), que Finkielkraut s’accorde à trouver insupportable, sur la base – précise-t-il – de ce qu’il en a lu dans un article [dévastateur pour cet ouvrage] de Bernard Comment et Olivier Rolin, paru dans Le Monde du 12 février. Aussi préfère-t-il reporter sa critique à plus tard, quand il aura lu l’ouvrage dans son intégralité.

3) Le processus de négociation entre A. Sharon et M. Abbas, à propos duquel Finkielkraut rend un hommage assez appuyé à Shalom Akhshav (La Paix Maintenant). Le philosophe y réaffirme sa conviction (qui en irrite beaucoup et que l’on peut discuter) que les implantations israéliennes sont un obstacle à la paix.

4) L’affaire Al-Dura et l’attitude de France 2 et de Charles Enderlin, qu’il critique, tout en martelant sa conviction qu’il ne s’agit pas d’une mise en scène et que d’aussi graves accusations ne peuvent être portées publiquement sans preuve - ce qui, on le sait, est ma position, maintes fois exprimée sur ce site, avec les conséquences dommageables, que l’on sait, pour ma réputation (*).

5) La reculade - que Finkielkraut estime honteuse - du ministre français de l’Éducation Nationale, François Fillion, face à la violence verbale des collégiens à l’encontre d’une réforme du baccalauréat, dont ils ne veulent pas. Ce passage du célèbre débatteur-philosophe risque de lui faire beaucoup d’ennemis dans le monde de la jeunesse. Particulièrement piquante est la critique implicite des conséquences de la révolution estudiantine de 1968, dont il oppose tout de même les messages, excessifs, mais argumentés – plaide-t-il -, à "l’aphasie" des manifestants actuels qui ne savent que hurler et refuser en bloc une réforme, dont il est visible qu’ils n’ont pas lu les modalités. "C’est une émeute d’analphabètes", s’écrie-t-il. Il s’en prend également aux journalistes – dont un de Libération, épinglé nommément – qui, estime-t-il, soufflent sur les braises par démagogie.


Nul besoin d’insister sur l’intérêt de ces exposés, qui se distinguent par la clarté des idées, servie par un style dépouillé, chirurgical et d’une extrême qualité littéraire. Comme toutes les fortes personnalités, le philosophe est contesté par beaucoup, certains lui reprochent ses prises de position, parfois abruptes et sans nuances, mais personne n’osera prétendre qu’il parle pour ne rien dire, ni qu’il manque de talent et de courage dans l’expression de ses idées.

Alain Finkielkraut ne fait pas dans la langue de bois et c’est, au minimum, ce que même ses ennemis devraient apprécier chez lui.

Menahem Macina

© upjf.org


Note de Menahem Macina:

(*) Au cours de cette émission, Finkielkraut a traité assez largement des suites de l’affaire Al-Dura et du malaise qu’avaient occasionné et la thèse du complot et les mensonges avérés du caméraman palestinien Talal Abu Rahma, ainsi que les affirmations contradictoires du journaliste Charles Enderlin. Il m’a été d’un grand réconfort d’entendre, de la bouche de cet intellectuel juif, savant, brillant, et de haute stature éthique, non seulement une réfutation catégorique de l’accusation de mise en scène, dans cette affaire, mais une condamnation sans appel de la propension de tant d’entre nous à recourir à la thèse du complot, dont notre peuple a tant souffert lui-même dans le passé. Je cite : «Que nous collaborions, d’une manière ou d’une autre, à cette pensée du complot s’emparant du monde, c’est terrible. Nous, les victimes, nous en deviendrions les protagonistes ? Non !».

[Merci à Alain Jean-Mairet de nous avoir informés de cette interview.]

Mis en ligne le 14 février 2005 sur le site www.upjf.org.