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Conflits, terrorisme, oppression, etc.
Terrorisme

La terreur comme fin, Lucien-Samir Oulahbib
12/10/2003

lucien.samir.free.fr/journal/page/etatdansetat.html

Même si Israël revenait aux frontières, non de 1967, mais de 1948 (lorsque les dirigeants arabes refusèrent la constitution de deux Etats), les islamistes refuseraient de déposer les armes. Ils accepteraient sans doute une trève. Mais ils n’iraient pas plus loin. En attendant de donner l’estocade. Comment prouver de telles allégations? En réfléchissant déjà à la situation présente dans laquelle les islamistes ont construit un embryon d’Etat qui n’a de comptes à rendre à personne et donc certainement pas à Arafat.

Or, quel Etat accepterait qu’à ses frontières se constitue une zone dans laquelle la force armée se veut multipolaire ? Plus encore, quel Etat accepterait que ces multipolarités lui fassent en permanence la guerre tant qu’il ne disparaît pas comme Etat ! La Jordanie ne l’avait pas accepté en 1975 et il y eut Septembre noir où 15.000 palestiniens furent tués, l’aurait-on oublié ?

C’est donc là la situation même, au-delà des arguties qu’un excès de dialectique dans l’analyse brouille au lieu de mettre en perspective ce qu’il ne faut pas perdre de vue : l’horizon, l’origine, le fondement.

Contrairement à ce qu’une certaine vision veut faire croire, en dépit de la vérité, les islamistes n’exigent pas en effet seulement le retrait des territoires occupés, ils veulent qu’Israël disparaisse et ils le veulent moins parce qu’Israël se veut juif, que parce qu’il est devenu depuis 1948 un mauvais exemple si l’on veut construire un Etat totalitaire rompant avec ce que l’Occident a apporté d’universel malgré la colonisation, et prétendant au contraire embrigader toute la région dans une vision antimoderne de la civilisation enfermant les femmes et imposant une certaine façon de penser, s’habiller, manger, aimer, bannissant l’amusement, la danse, les applaudissements, le "doux commerce" (d’où le fait d’ailleurs qu’il soit implicitement soutenu en Occident par les forces hostiles à celui-ci).

La situation est donc pour le moment celle-ci : aucun Etat dans le monde ne peut accepter qu’à ses frontières se constituent des forces qui lui sont hostiles. Arafat a accepté cet état de fait. Mais aussi les Israéliens les plus nationalistes, il est vrai. Ils ont joué les islamistes contre Arafat en ce sens qu’ils ont préféré combattre ce dernier plutôt que de s’attaquer aux premiers d’emblée et massivement. Sauf que, à leur décharge, il n’est pas sûr que Arafat aurait été soulagé que le "sale boulot" soit fait par eux. A chaque fois qu’Israël a fait ses attaques ciblées, Arafat a condamné.
Et lorsque Israël interrompait ses attaques, Arafat a persisté dans le refus de donner les moyens à son ex-premier ministre d’engager le fer contre les islamistes.

C’est donc un paradoxe, c’est-à-dire, en politique, une impasse : lorsque les Israéliens tapent sur Arafat pour le sommer de briser les islamistes, tout le monde se targue d’avancer qu’en tapant sur lui, en détruisant son infrastructure, ce dernier n’a plus les moyens de le faire sur les islamistes. Et quand les israéliens combattent directement les islamistes, les mêmes avancent que la solution n’est pas là, mais dans le fait de rendre les territoires. Or nous avons dit plus haut que ce dernier point n’était pas l’enjeu, réel, des islamistes.

Arafat n’a donc pas l’intention de les désarmer, non pas parce qu’il ne peut pas, mais parce qu’il ne le veut pas, la situation lui convenant parfaitement car il partage le même but, même s’il ne peut pas l’avouer publiquement. Autrement il aurait accepté de poursuivre le programme des Accords d’Oslo, il les aurait ratifiés en 2000 lorsque Clinton et Barak étaient au pouvoir, il aurait admis que la politique des petits pas est préférable à rien du tout, qu’il n’est pas dans une situation à l’algérienne ou à la vietnamienne, qu’il ne s’agit pas d’une occupation comme les autres parce qu’il s’agit de territoires occupés à la suite d’un conflit armé perdu, et que la Palestine a un passé historique dans lequel les juifs ont pris part, même si Arafat prétend que Jérusalem n’a jamais été juive.

Dans ces conditions, il ne sert à rien d’agiter le problème des colonies (5% des territoires occupés), ou du "mur", comme le font Edgar Morin et ses amis, tout cela était et est encore négociable: une continuité territoriale de part et d’autre, le fait que les colonies soient considérées comme des locations, la possibilité d’une zone de libre-échange, bref, tout ce que les accords d’Oslo ont amorcé pouvait être approfondi, remanié, etc.

Le fond [du problème] n’est donc pas là. Il n’est même pas dans le fait que l’islamisme palestinien nourrit l’hypernationalisme juif et vice-versa. Parce que ce dernier n’est pas un Etat dans l’Etat comme le premier. C’est là la différence essentielle. Il aurait été heureux que Chirac l’explique à Arafat, invite Abbas à Paris pour le soutenir, utilise au moins sa sympathie pour le nationalisme arabe dans cette direction, on en est loin.

© Lucien-Samir Oulahbib *

* docteur de l’Université Paris IV – Sorbonne. Auteur de Ethique et épistémologie du nihilisme, l’Harmattan, 2002, et de Le nihilisme français contemporain, même éditeur février 2003.