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Succès de Bush, aveuglement anti-américain, islamisme, Rioufol
11/03/2005

Succès de Bush, aveuglement anti-américain, islamisme, Rioufol

www.atlantis.org/publications_rioufol011.html

Moyen-Orient : les succès de Bush

Relire les certitudes sur l'Irak, recopiées depuis deux ans. Experts, politiques, commentateurs : tous auront prédit la révolte de la rue arabe, la vietnamisation du conflit, le choc des civilisations, la chute de George Bush. Confortés par leur unanimisme, ils auront bien ri de l'«ignorance abyssale de la réalité du Proche-Orient» (1) dont les États-Unis auraient fait preuve, pour avoir estimé que l'élimination de Saddam Hussein inspirerait cette région. «Bush-Sharon, assassins !» scandait la rue, fière de voir la France porte-parole du «camp de la paix».

Mais les faits ne se plient pas à ces auto-intoxications, souvent dénoncées ici. Seule la pression terroriste alimente le pilonnage médiatique des anti-guerre sur le «chaos» irakien. La mort de Nicola Calipari, agent secret italien, tué accidentellement vendredi par des tirs américains, alors qu'il venait de délivrer la journaliste Giuliana Sgrena, a d'ailleurs renforcé les convictions de ceux qui dénoncent, dans la présence occidentale, une oppression légitimant la «résistance» des nazislamistes.

Les élections en Palestine ? La libération du Liban ? «Coïncidences», répondent les apparatchiks de la pensée unique. Pour sa part, le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, ne voit que l'Ukraine comme source d'inspiration de la «révolution du Cèdre». Mais le Libanais Walid Joumblatt admet, lui, s'être trompé dans son opposition à la guerre en Irak : «C'est mon fond d'éducation soviétique qui me faisait dénoncer l'impérialisme (américain). Une intervention étrangère, quel que soit le nom que vous lui donnez, est parfois utile» (2).

Regarder les faits récents invite à constater que Bush, s'il a additionné les erreurs, marque des points. La relance des discussions entre Israéliens et Palestiniens après la mort d'Arafat a donné raison aux États-Unis, qui accusaient le protégé de la France d'être l'obstacle à la paix.

En Irak, le succès des élections législatives du 30 janvier a contredit les prédictions assurant que le peuple refuserait un processus imposé de démocratisation. «Je ne suis pas Saddam Hussein, je veux coopérer», dit à son tour le président syrien Bachar el-Assad.

Ces premiers résultats soulignent l'angélisme de la théorie française du «soft power», cocktail de pacifisme et de multilatéralisme censé faire prévaloir la politique d'un pays sur d'autres Etats grâce à «l'attraction, la force de conviction, la persuasion» (Pascal Boniface, expert en géopolitique). L'aspiration au changement du Moyen-Orient illustre aussi l'erreur qu'il y avait, à Paris, à redouter une guerre des cultures. Seul l'islamisme rétrograde reste le vrai danger.

Se garder, pour cela, d'une euphorie devant ces événements qui laissent voir une demande arabe pour une démocratie à construire. Il faut se féliciter de la mobilisation de la France et de l'Allemagne au côté des États-Unis pour demander à la Syrie de se retirer «intégralement» du Liban. Mais le risque d'un raidissement fondamentaliste demeure, partout. Mardi, la démonstration de force des chiites libanais, manifestant pacifiquement à Beyrouth à l'appel du Hezbollah, a rappelé qu'il sera sage d'avancer vers les réformes à pas comptés.


Questions sur un aveuglement

Cet aveuglement d'une intelligentsia, se mirant dans sa posture moraliste : cela ne vous rappelle rien ? Raymond Aron, dont on célèbre cette semaine le centenaire de la naissance, avait décrit l'attraction exercée par l'idéologie communiste sur la plupart des intellectuels. Or, l'antiaméricanisme opère à nouveau le même obscurcissement des raisonnements chez nos «faux gentils». C'est la France anti-impérialiste, tiers-mondiste, pacifiste, humaniste, pro-arabe qui a préjugé de la politique de Bush, en tenant les mêmes propos que la défunte URSS. Excommunications comprises pour les dissidents.

Aujourd'hui encore, notre pays rejette l'analyse américaine qui voit une troisième guerre mondiale dans l'offensive lancée par les djihadistes contre l'Occident, le 11 septembre 2001. Pour la France, le terrorisme est le fruit des inégalités, de l'humiliation, de l'illettrisme. Elle ne voit pas que l'islamisme révolutionnaire est devenu cette idéologie totalitaire qui s'est substituée au marxisme et qui garde de lui la même détestation des démocraties – à commencer par Israël – et la même dialectique amenant à maintenir le peuple dans son asservissement.

Faut-il attendre le prochain attentat pour que l'Europe se réveille ? Il y a juste un an, Madrid était la cible d'un carnage signé al-Qaïda (201 morts, 1500 blessés), qui amena l'Espagne du socialiste Zapatero à rendre les armes en Irak. La pertinence des appréciations de l'administration Bush sur le désir de liberté des peuples du Moyen-Orient devrait inciter les Européens à reconsidérer leur sous-évaluation du nouveau risque intégriste, qui menace prioritairement les musulmans modérés. C'est eux qu'il faut aider.


L'attrait de l'islam révolutionnaire

L'attentat de Madrid : il illustre, à sa façon, l'intérêt que représente l'islam révolutionnaire de Ben Laden pour d'autres organisations extrémistes partageant son même rejet de l'Occident et de ses valeurs. Du moins, si l'on en croit Roland Jacquard et Atmane Tazaghart, qui confirment, dans un livre récent (3), l'existence d'un lien entre al-Qaïda et l'organisation basque ETA, trop rapidement désignée par José Maria Aznar, ancien chef du gouvernement espagnol, comme unique responsable du carnage.

Les auteurs assurent, en effet, que l'organisation fondamentaliste «avait déjà sous-traité, par le passé, l'aide logistique et la fourniture en explosifs auprès d'ETA et d'autres organisations terroristes gauchistes dites de «type européen», comme les Brigades rouges italiennes, le Grapo espagnol, ou le "17 novembre" grec. Ils rappellent que ce type d'alliance avait existé dans les années 1970-1980 entre des organisations pro-arabes (Septembre noir, Abou Nidal, FPLP, Carlos) et des fascistes rouges (Action directe, en France, Bande à Baader-Meinhof, en Allemagne, Armée rouge japonaise).

La gauche française saura-t-elle garder ses distances face à cet «islam des damnés de la terre», qui se présente benoîtement comme anticapitaliste et altermondialiste ? L'influence qu'exerce Tariq Ramadan – qui incite à la séparation des musulmans réislamisés du reste de la communauté nationale – sur certains milieux «progressistes», fait craindre le pire. Aussi est-ce l'honneur d'associations comme SOS Racisme, la Licra, Ni Putes ni Soumises, le Planning familial, de refuser de manifester avec les alliés de cette barbarie en marche.

Ivan Rioufol *


© Atlantis Institute



* Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro, est Fellow à l'Atlantis Institute.

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(1) Ignacio Ramonet, Irak, histoire d'un désastre, Editions Galilée.
(2) La Croix, 7 mars 2005.
(3) Ben Laden, la destruction programmée de l'Occident, Editions Jean Picollec.

Mis en ligne le 11 mars 2005 sur le site www.upjf.org.