Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Israël (Société - mentalités)

"Redevenir une nation", rabbin S. Riskin
08/09/2005

Est-ce la fin du sionisme religieux ? Oui, si sa définition est uniquement : « le Grand Israël » et « nous voulons le Messie maintenant », non pas, seulement comme un désir, mais comme une réalité qui doit avoir lieu hinc et nunc. Rappelons-nous les propos de Maïmonide : « Que personne n’imagine que le cours normal des événements sera changé pendant l’ère messianique ou qu’il y aura des transformations dans l’ordre de la création. Le monde continuera son cours normal. »

Jerusalem Post, 2 septembre 2005

Traduction : Antoinette Brémond, "Un écho d’Israël"

Le retrait de Gaza, l’expulsion, a pris fin. Mais est-ce aussi la fin du sionisme religieux ? Il me semble en tous cas qu’il nous faut tirer des leçons de cet événement pour nous permettre de sortir renforcés de cette période difficile.

Nous avons appris que nous sommes vraiment une nation et qu’aucun groupe ne désire se séparer des autres. D’où le fait que seuls quelques soldats ont refusé d’obéir aux ordres malgré les conseils de plusieurs rabbins. Il n’y a pas eu de véritable violence. Beaucoup d’habitants des implantations et de leurs responsables ont eu une attitude très digne. Les soldats et la police se sont comportés avec une grande maîtrise de soi et sensibilité malgré la difficulté de leur tâche. Pendant cette période, tout en pleurant, j’étais fier d’être un juif israélien.

Mais est-ce la fin du sionisme religieux ? Oui, si sa définition est uniquement : « le Grand Israël » et « nous désirons le Messie maintenant », non pas, seulement comme un désir, mais comme une réalité qui doit avoir lieu hic et nunc.

Rappelons-nous les propos de Maïmonide : « Que personne n’imagine que le cours normal des événements sera changé pendant l’ère messianique ou qu’il y aura des transformations dans l’ordre de la création. Le monde continuera son cours normal. »

De cela on tire que personne n’a le droit de déclarer, par exemple, que Dieu ne permettra jamais que Goush Katif soit démantelé, comme les rabbins l’ont fait. Ou alors que, si nous prions tous ensemble et très nombreux au Mur occidental nos prières doivent être exaucées. La seule garantie que la Tora donne est que le peuple juif ne sera jamais complètement détruit et que la paix mondiale émanera éventuellement de Jérusalem.

Pour le reste, prie et travaille pour obtenir le meilleur mais prépare-toi à accepter le pire. Le Talmud enseigne que « même lorsqu’une épée est sur votre gorge, vous devez continuer à espérer en la providence divine. » Pourtant nos Sages déclarent aussi : « Il est interdit de compter sur des miracles. »

Le meilleur moyen pour atteindre notre but est de vivre de dialogue et de fraternité avec nos frères et sœurs non pratiquants. Le sionisme religieux des premières années de l’Etat jusqu’à la guerre de Kippour (1973) était basé sur un compromis par rapport au pays. Nous acceptions le plan de séparation de l’ONU. Nous acceptions en 1956 le retrait du Sinaï. Nous savions que ce que nous vivions n’était que le début du processus de notre rédemption, processus lent, fait d’avancées et de reculs, de réussites et d’échecs.

C’était une attitude de compromis qui a évité des affrontements avec les Palestiniens fondamentalistes. Nous nous distinguions de ceux des nôtres, les plus nationalistes, qui disaient : « nous ne concédons pas un seul mètre carré. » Et c’est cet esprit de compromis qui nous a permis d’être toujours présents dans tous les gouvernements successifs en tant que parti religieux.

C’est la seule manière de pouvoir vivre ensemble dans un état démocratique, même lorsque le Premier ministre pousse la démocratie à ses limites. Car nous devons empêcher le feu d’une haine interne de nous détruire aujourd’hui comme souvent dans l’histoire.

C’est après la guerre de Kippour qu’on a commencé à voir des autocollants comme : « Israël a confiance en Dieu », alors que, jusque-là, ils clamaient la gloire de Tsahal, résultat de la guerre des Six Jours (1967). A ce moment-là, une part importante des Israéliens du mouvement national religieux ont commencé à sentir que l’ère messianique était déjà arrivée, que le Grand Israël était à notre porte et que construire des implantations en Judée, Samarie et Gaza devait être notre priorité.

C’était comme si le Tout Puissant avait conclu une alliance avec notre génération : Nous devions bâtir les implantations et Dieu garantirait leur permanence. Et nous avons bâti des implantations magnifiques, des communautés modèles basées sur l’amour du pays et sur l’amour spirituel et intellectuel de la Tora. Mais en faisant cela, nous avons laissé derrière nous le reste de la nation.

Beaucoup d’implantations étaient réservées aux seuls orthodoxes et durant ces 30 dernières années de plus en plus de religieux nationalistes ont choisi de vivre dans des communautés séparées en dehors de leurs frères non pratiquants. Deux nations ont commencé à émerger, deux nations qui ne se rencontraient que très rarement face-à-face.

Nous avons aussi créé tout un système d’éducation depuis des garderies d’enfants à partir de 6 mois, des jardins d’enfants jusqu’aux écoles rabbiniques en passant par des écoles de musique et d’art, des écoles préparatoires militaires et des écoles talmudiques pour les jeunes soldats. Mais ces écoles étaient toutes orthodoxes, réservées aux religieux. Nous ne nous occupions pas des réels problèmes de la société, le trafic des femmes, la corruption, la pauvreté croissante. Etant profondément impliqués dans nos propres institutions, nous ne nous intéressions plus au monde séculier autour de nous.

Les pères fondateurs de l’Etat, quoique peu scrupuleux par rapport au Shabbat, étaient profondément liés à l’Ecriture, à la Bible et amoureux du pays où ils étaient de retour. Ils voulaient « construire et être construits. » A.D. Gordon, Ahad Ha’am, Bialik, Ben Gourion et Lévi Eshkol étaient très loin de la position de Yossi Beilin, qui écrivait que son grand-père avait fait une erreur en ne votant pas pour le Foyer National en Ouganda lors du 6ème congrès sioniste. Et de celle de Shimon Pérès, qui proclama que le nouveau Moyen-Orient nous entraîne à nous joindre à la Ligue Arabe, et que le tombeau de Rachel et la grotte de Machpela à Hébron sont sans importance. Ce n’est pas étonnant que nous soyons tellement séparés.

Donc, que faire ? Nous avons tous à nous remettre en question. Pour nous, la principale leçon du désengagement doit être notre retour à un messianisme selon la norme et la nécessité absolue de trouver un langage commun entre les pratiquants et les non observants, langage basé sur la tradition juive.

Il doit y avoir une culture juive pour tout le peuple d’Israël, culture présente dans notre musique, notre art, notre théâtre, nos organisations sociales, nos écoles, notre télévision, notre radio.

Nous avons de plus en plus besoin de quartiers où nous pouvons vivre ensemble et établir de véritables dialogues. Nous devons faire revivre le drapeau original du sionisme religieux, avec nos trois priorités, nos trois idéaux : le pays d’Israël, la culture de la Tora d’Israël et le peuple d’Israël. Nous ne pourrons plus jamais nous permettre d’oublier le peuple d’Israël dont la majorité est laïque, dans notre enthousiasme pour le pays et la Tora.

Je suis persuadé qu’en faisant ainsi nous finirons par apprendre à nous respecter mutuellement et même à créer ensemble une culture et des valeurs qui transformeront notre Etat en « lumière des nations ».
Devenir ainsi un modèle de paix et de respect mutuel dans une société occidentale décadente.

Rabbin Shlomo Riskin, Efrat

© The Jerusalem Post
 
Mis en ligne le 08 septembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org