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Israël (Société - mentalités)

Sharon, mon amour, Sefi Hendler
08/09/2005

En Israël, Ariel Sharon livre une bataille pour rester au pouvoir, mais en France, il est une star. A la veille de sa visite en Israël, le ministre français des Affaires Etrangères, Philippe Douste-Blazy déclare : « Sharon est un chef d’Etat courageux. » Même les colons qui ont quitté leur maison l’ont touché, mais il est persuadé qu’il faut donner un port et un aéroport aux Palestiniens.

Yediot Aharonot, 2 septembre 05

Traduction française : Cécile Pilverdier, "Un écho d’Israël".


Autour de lui l’orage politique gronde, mais en France A.Sharon est encore une personnalité admirée. Avant sa première visite à Gaza et en Israël au milieu de cette semaine (6 au 8 septembre), le ministre des Affaires Etrangères de France multiplie, dans une interview spéciale à Yediot Aharonot, les compliments tels qu’on n’en avait pas entendus en France sur Ariel Sharon. Le nouveau ministre, Philippe Douste-Blazy, n’est que depuis peu à son poste, mais il a très bien compris que le « bon ton » en politique internationale aujourd’hui est d’embrasser Sharon comme si un océan de répulsion et de soupçons n’avait jamais séparé l’Europe prêcheuse de morale et le père fondateur des implantations. Ainsi, pendant que le Likoud fait tout pour éliminer Sharon, en France, Sharon a provoqué une véritable révolution auprès de ceux qui ont le pouvoir. Cela vaut la peine qu’il en profite tant qu’il le peut.

    Dans son bureau recouvert de boiseries sur les bords de la Seine, à la veille de son départ pour Gaza, Douste-Blazy montre une empathie, pas seulement pour Sharon, mais aussi - qui l’aurait cru ? - pour la douleur des colons. « J’ai vu les images du retrait à la télévision, des familles qui devaient quitter leurs maisons, et je comprends les sentiments qu’ils ont éveillés en Israël. Le monde entier a vu ces images. Personne ne peut ressentir ce qu’ont ressenti ces familles. »

    Douste-Blazy, médecin de formation, est considéré à Jérusalem comme un ami d’Israël. Il déclare : « La société israélienne et sa démocratie ont fait preuve de sérieux et cela est remarquable. » Mais plus fort que sa larme sur les colons, le ministre français embrasse et caresse Sharon presque comme si ce dernier était Shimon Pérès, qui jusqu’à présent était l’Israélien le plus populaire en France. Encore un peu et Sharon va recevoir une décoration. « Un tabou a été brisé, et cela grâce au courage de Sharon. Permettez-moi de dire qu’il était apparemment le seul capable de pouvoir décider de quitter un territoire conquis 1967. Cela a été une décision courageuse, même si elle était attendue. Sharon a pris sur lui cette tâche et c’est l’essentiel. »

  • Etes vous d’accord avec le Président égyptien Moubarak qui a dit à Yediot Aharonot « que seul Sharon pouvait le faire » ?

    Douste-Blazy répond par un mot qui peut, pour des oreilles israéliennes, s’apparenter à une critique diplomatique indirecte contre B. Netanyahou : « Quand on observe bien le conflit israélo-palestinien, on comprend qu’il y a une volonté d’arriver à la paix, volonté que partage la majorité des deux peuples. Il y a ceux qui sont contre, ceux qui hésitent et ceux qui sont sûrs qu’on va trop loin à la rencontre de l’autre. Sharon, grâce à son passé militaire et politique, peut montrer à ceux qui pensent qu’on va trop loin, qu’il a pu le faire. De notre côté nous pensons que Sharon est sérieux parce qu’il est le premier à avoir fait un pas concret.

  • Sharon, par le retrait de Gaza, a reconnu en somme qu’il s’était trompé. Peut-être vous aussi, les Français, les Européens, devriez dire à Sharon : « pardon, nous nous sommes trompés » ?

    Je regarde les faits. La visite d’Ariel Sharon en France a été un succès. Nous avons prouvé, Israéliens et Français, que nous sommes capables d’avoir un dialogue ouvert dès que nous comprenons les positions de l’autre. J’espère que nous continuerons le dialogue sur cette même base. Les rapports entre nous ont beaucoup progressé, et vont continuer. »
    « Pour nous ce sont les actes qui importent. Sharon a su faire des pas d’un homme d’Etat, il est un homme courageux, un homme qui agit selon ses convictions. De notre côté nous le félicitons pour ce courage. »

Gaza libre et ouverte

Il y a deux sujets brûlants dans la politique extérieure de la France aujourd’hui : le processus politique palestinien et le rétablissement économique de Gaza. Le ministre français fait attention de ne pas apparaître comme quelqu’un qui fait pression, mais souligne que Gaza doit être libre et ouverte sur le monde. « Ce territoire libéré doit être indépendant économiquement. Le plan d’action économique du quartet doit permettre de démarrer un nouveau développement économique. Celui-ci dépend de son ouverture sur l’extérieur. Il faut vite avancer sur la question de la frontière avec l’Egypte, avec la Cisjordanie, l’ouverture d’un port et de l’aéroport. Selon nous, c’est une condition indispensable. »

  •    Et si Gaza devient une base terroriste, Israël pourra dire : nous nous sommes retirés et voyez la catastrophe. Comment voyez-vous que nous continuerons ?

« Le retrait de Gaza a été accueilli comme un succès en France. Du côté de la société israélienne nous avons vu du courage et de la responsabilité. Du côté palestinien aussi. La communauté internationale doit aider l’Autorité palestinienne à être forte et à organiser la police. Je ne peux pas répondre au scénario que vous me décrivez. Nous condamnons très fermement le terrorisme. Nous appelons systématiquement les groupes palestiniens armés à renoncer à la violence. Nous n’avons aucune intention d’entreprendre des pourparlers avec le Hamas, mouvement enregistré comme terroriste par la communauté européenne. »

  • Abou Mazen traite avec le Hamas.

    « Les élections municipales palestiniennes ont montré que le Hamas pourrait occuper une place dans la politique. La seule solution pour permettre aux forces modérées d’augmenter est de donner une réponse aux désespérés, qui ne croient plus au bien, qui se sentent seuls. Ces gens se tournent vers le fanatisme. »

    Celui qui est visé par Paris, c’est Bashar Assad. Ce chef que le président Chirac a aidé à un moment, est devenu la cible numéro un de l’Elysée. Juste avant que ne commence l’interview, le ministre français a été prévenu de l’arrestation d’anciens chefs des services de sécurité libanaise, sans doute mêlés à l’assassinat de Rafik Hariri. Il refuse d’ajouter des détails, bien que la France soit directement et régulièrement tenue au courant de l’enquête.

    Douste-Blazy profite de l’interview pour envoyer un message très précis à Damas : « Le jeu suffit, participez à l’enquête. » Il dévoile publiquement pour la première fois et justement dans un journal israélien, la partie délicate du rapport au Conseil de Sécurité qui montre que la Syrie est responsable du freinage dans l’enquête de l’assassinat du Premier ministre libanais.

    Le ministre français cite aussi une partie du rapport, qui dit que la conduite de la Syrie « a ralenti de façon importante le travail des enquêteurs. »

  • Est-ce que la France ne croit pas que B. Assad peut répondre aux défis qui se présentent à lui ?

    « Bon, prenons l’exemple des rapports entre la Syrie et le Liban. Les limitations que la Syrie a mises pour le passage de la frontière entre elle et le Liban ne sont pas acceptables et sont absurdes. Elles touchent l’économie libanaise comme la syrienne. »

    Sefi Hendler

    © Yediot Aharonot,
 
Mis en ligne le 08 septembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org