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Israël (Société - mentalités)

Israël s’est transformé en «Shalom Valley»
01/09/2005

Il est loin le temps où Israël négociait l’entrée de ses agrumes et fleurs séchées en Europe et rêvait de la création d’un grand marché moyen-oriental basé sur l’eau et le tourisme. Aujourd’hui, l’économie israélienne, qui a crû de 4,9% durant le premier semestre de cette année, ne jure plus que par l’innovation et la haute technologie.

Article paru dans l’édition de l’Echo du samedi 27 au lundi 29 août 2005

L’économie du pays doit sa bonne santé à la haute technologie. Un secteur qui bénéficie des retombées militaires et des largesses du gouvernement.
 
 
L’Etat hébreu est devenu un des leaders mondiaux dans l’équipement médical, les télécommunications, les logiciels, l’optique, les biotechnologies et les médicaments génériques. Cliché que tout cela ? Il y a des chiffres qui ne trompent pas: la high-tech représente plus du tiers du chiffre d’affaires de l’industrie israélienne et environ la moitié des exportations industrielles civiles. Le pays consacre plus de 4% de son PIB aux dépenses en faveur de la recherche civile - les Européens se sont fixé un objectif de 3% -, tandis que le nombre d’ingénieurs israéliens est l’un des plus élevés au monde: 135 pour 10.000 employés. Soit deux fois plus qu’aux Etats-Unis! Israël est aussi numéro un mondial pour le nombre de brevets par habitant dans les appareils médicaux, et quatrième dans les biotechnologies.
 
Lassés d’attendre une hypothétique ouverture ou un éventuel développement des pays arabes, les entrepreneurs israéliens ont effectivement décidé de miser sur ce créneau d’avenir pour surmonter l’obstacle d’un environnement hostile, auquel s’est ajoutée, à partir de la fin 2000, la deuxième intifada palestinienne, qui aurait coûté au pays 12 milliards de dollars.
 
La haute technologie était initialement limitée à l’électronique grand public et, surtout, à la sphère de l’industrie de la défense. Les Israéliens ont été les pionniers en matière de drones (avions sans pilote), qui figurent, avec le système antimissiles Arrow, parmi les produits-phares d’Israel Aircraft Industries (IAI), l’une des trois grandes entreprises publiques de l’armement. De leur côté, les sociétés privées actives dans le même secteur ne sont pas moins innovantes: une filiale d’Elbit-Systems (électronique, optronique) a mis au point un système de contre-mesures destiné à protéger les avions civils des missiles sol-air. Une autre filiale, Vision Systems International, fabrique un casque révolutionnaire pour pilotes de chasse, qui permet de verrouiller un missile sur un objectif simplement par le regard. C’est largement grâce à ce genre d’inventions sophistiquées que les Israéliens se sont faits les champions de la modernisation d’équipements militaires plus anciens. A tel point que les USA ont dû freiner plus d’une fois leurs ardeurs à l’exportation, notamment avec la Chine.
 
Ce savoir-faire dans le secteur de l’industrie de la défense a rapidement connu des prolongements dans le civil, faisant d’Israël un pionnier mondial pour les fibres optiques, l’électro-optique, les systèmes thermiques de vision de nuit et certains systèmes robotisés. Plus récemment, en raison des nombreux attentats, cet essaimage s’est également poursuivi vers le secteur de la sécurité, avec notamment la biométrie, les technologies d’identification, l’ingénierie des systèmes de sécurité et la lutte contre le cyber-terrorisme.
 
Contrairement à l’industrie de la défense, le fer de lance de la haute technologie civile israélienne ne compte guère de poids lourds et est constitué d’une myriade de start-ups. Concentrées en Galilée, entre Haïfa et Nazareth, dans ce que certains appellent désormais la «Shalom Valley» ou la «Silicon Haïfa», plus de 70 d’entre elles sont cotées au Nasdaq, ce qui place Israël en troisième position derrière les Etats-Unis et le Canada. Un bon nombre sont par ailleurs installées dans l’«authentique» Silicon Valley californienne.
 
La croissance du secteur ne s’est pas faite sans à-coups : la nouvelle économie israélienne a elle aussi souffert au tournant du millénaire. Il s’en est suivi un écrémage de près de 50% des effectifs. Mais aujourd’hui, les survivants se portent bien, et même très bien. Grâce, notamment, aux mesures mises en place par l’ancien ministre des Finances, Benyamin Netanyahou: baisse de la fiscalité pour les entreprises, privatisations, aides à l’investissement, réforme du marché des capitaux. Sur les six premiers mois de l’année, 200 sociétés israéliennes actives dans le secteur des hautes technologies ont ainsi levé 737 millions de dollars auprès des investisseurs, ce qui représente une augmentation de 15% par rapport à la même période de 2004.
 
Cette croissance est d’autant moins due au hasard que tout a été fait, depuis longtemps, pour favoriser les sciences et la haute technologie: création d’incubateurs d’entreprises, de centres d’excellence et d’universités aux compétences reconnues; participation au programme-cadre européen de recherche, à l’initiative intergouvernementale Eurêka et au système de positionnement par satellites Galileo.
 
Les premières mesures en faveur du capital-risque datent du début des années nonante [1990], tandis que les autorités israéliennes sont passées maîtres, depuis longtemps, dans l’art d’organiser la convergence entre universités et entreprises, ou d’assurer la protection des nombreux brevets déposés chaque année. L’Etat hébreu a su également tirer profit de ses liens privilégiés avec Washington pour attirer sur son territoire les grandes entreprises américaines du secteur, qui se bousculent, dans le même temps, pour racheter les petites perles locales. L’économie israélienne a, d’autre part, réussi à faire fructifier le savoir-faire du million de Russes juifs arrivés dans le pays à partir de la fin des années quatre-vingt, dont beaucoup disposaient d’un très haut niveau de formation dans les matières scientifiques.
 
Enfin, si Israël est devenu une puissance high-tech, c’est aussi parce que son armée, qui utilise l’un des armements les plus sophistiqués au monde, constitue une excellente école tant de l’esprit d’entreprise, que de la haute technologie. Beaucoup de leaders de l’industrie israélienne sont en effet passés par les unités high-tech de Tsahal, qui ont été de véritables viviers pour de nombreux petits génies de l’informatique.
 
Olivier Gosset
 
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INNOVATION

Les start-ups israéliennes jouent dans la cour des grands

L’une des stars des jeunes entreprises high-tech israéliennes cotées au Nasdaq, c’est Given Imaging. Elle doit son succès à une technologie révolutionnaire, la «PillCam». Il s’agit d’une pilule équipée d’une caméra-miniature qui peut remplacer les endoscopies de l’intestin grêle. Sa conception est due à Gavriel Iddan, un ingénieur d’électro-optique qui travaillait anciennement sur les systèmes de guidage des missiles au sein de l’entreprise publique d’armement Rafael.
 
Autre figure de proue dans les sciences de la vie, Teva, qui est devenu le numéro un mondial pour les médicaments génériques - devant Novartis -, à la suite de la prise de contrôle de la société américaine IVAX pour la modique somme de 7,4 milliards de dollars. L’opération a constitué la plus grosse acquisition jamais réalisée par une société israélienne. En 2003, Teva avait déjà avalé une autre compagnie US, Secor, pour 3,4 milliards de dollars.
 
A un niveau plus modeste, la start-up Intec Pharma a développé un nouveau système de délivrance orale de médicaments, la «pilule accordéon», qui améliore l’absorption des principes actifs. Une invention qui est présentée comme l’une des prochaines innovations majeures de l’industrie pharmaceutique. Le marché potentiel s’annonce à ce point prometteur que la firme a réussi à engager un des vice-présidents d’Amgen, la plus grande compagnie médicale de biotechnologie.
 
Pour sa part, Check Point Software Technologies est devenu leader mondial des systèmes de sécurité sur Internet grâce aux «firewalls» protégeant les systèmes informatiques des intrusions. Fondée en 1993, Check Point, également cotée sur le Nasdaq, emploie aujourd’hui près de 1.400 personnes et pèse environ 5,5 milliards de dollars. Ses fondateurs, Gil Shwed et Marius Nacht, sont passés par la principale unité de l’armée israélienne chargée de sécuriser les systèmes informatiques. Un parcours identique à celui de Gadi Mazor, le président et directeur d’Onset, une entreprise spécialisée dans la reconnaissance vocale. Quelques-uns de ces fleurons israéliens sont tombés, ces dernières années, dans l’escarcelle de géants étrangers. C’est le cas notamment d’Agis (médicaments génériques), qui a été rachetée par l’Américain Perrigo. Mirabilis, l’inventeur du célèbre ICQ, le premier système de messagerie instantanée sur internet, a pour sa part été repris par AOL pour 400 millions de dollars. Les start-up israéliennes sont d’autant plus attractives qu’elles ont été longtemps sous-valorisées et que de surcroît elles n’ont pas trop amputé leur effort de recherche malgré les hoquets de la nouvelle économie, ce qui devrait leur permettre de rester innovantes.
 
O. G.
 
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Repères

IAI vend son «know how» à la France

Pour avoir une idée du niveau d’excellence atteint par l’industrie israélienne de la défense, il suffit d’évoquer le contrat, conclu il y a un peu plus d’un an, entre Israel Aircraft Industries (IAI) et EADS, Thales et Dassault. Cet accord - en réalité un transfert de technologie - permettra l’adaptation en France du drone Eagle 2, sous le nom d’EuroMale. Un étonnant retour des choses, si l’on se souvient que c’est Paris qui aida Israël à bâtir son armée de l’air avec la fourniture des Ouragan et autres Mirage.

La mode et la haute technologie

La high-tech s’est également insérée dans les secteurs du textile et de l’habillement. Tefron, qui produit de la lingerie, utilise ainsi des méthodes de production robotisées et informatisées qui font un large appel aux nouvelles technologies. La société est ainsi devenue l’un des plus gros producteurs mondiaux d’articles sans couture. Dans ce secteur, Israël n’a pas de marques connues comme GAP, mais possède néanmoins quelques poids lourds (Delta Galil, Polgat Textiles), que l’on retrouve souvent derrière des labels de prestige.
 
© Echo
 
Communiqué par Rachel Samoul-Israel Info
 
Mis en ligne le 01 septembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org