Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Christianisme

La conscience viciée du Vatican, éditorial du "Jerusalem Post"
04/08/2005

"Si le Pape croit que le fait de nous désintégrer dans des centres commerciaux, ou de tirer des missiles sur nos villes, ou d’assassiner des familles sur nos routes, est un crime, il doit le dire aussi, avec « force et passion ». Et si, après cela, il ne peut se décider à défendre notre droit élémentaire de nous défendre, même par des mesures passives, telle la barrière de sécurité, alors il serait bon qu’il se taise."
 
 
31 juillet 2005
 
Editorial du Jerusalem Post
 
Original anglais : "The Vatican’s flawed conscience
 
Traduction française : Menahem Macina
 
Il est déplorable que le Vatican, qui est légitimement considéré par des millions de gens comme un arbitre moral et une source de guidance spirituelle, laisse supposer que le terrorisme qui frappe des Israéliens est moins condamnable que celui qui atteint d’autres nations. Et il est pire encore, de la part du Saint-Siège, de légitimer sur un ton guerrier ce qui eût pu être considéré comme une inadvertance involontaire. Mardi [26 juillet], un haut fonctionnaire du Ministère israélien des Affaires étrangères critiquait le Vatican pour avoir condamné les actes terroristes commis en Angleterre, en Turquie, en Egypte et en Iraq, sans réprouver l’attentat-suicide de Netanya, dans lequel cinq Israéliens avaient été assassinés.
 
Le Vatican avait d’abord réagi en prétendant que l’attentat de Netanya n’avait pas été inclus dans la déclaration parce que le Pape parlait seulement des attentats « récents ». Mais l’argument n’était guère convaincant, étant donné que l’explosion de Netanya avait eu lieu après celles de Londres, outre qu’il avait fait un plus grand nombre de victimes que l’attentat perpétré en Turquie.
 
Vendredi [29 juillet], citant l’article paru dans le Jerusalem Post, qui mentionnait nommément Barkan [1], le Vatican publia une déclaration plus substantielle, qui abandonnait implicitement son premier argument et en alléguait un autre, plus problématique encore. Pour commencer, le Vatican démentait la remarque de Barkan, selon laquelle le précédent pape [Jean-Paul II] s’était abstenu de condamner le terrorisme contre Israël, et que des protestations israéliennes, émises en privé contre cette politique, n’avaient servi à rien. La déclaration rejetait l’idée des « prétendus silences de Jean-Paul II concernant les attentats contre Israël dans les années passées », et prétendait que « les déclarations de Jean-Paul II condamnant toutes les formes de terrorisme étaient nombreuses et publiques ».
 
A l’appui de cette affirmation, le Vatican publiait un document annexe démontrant que « la voix » du précédent Pape « s’était très souvent élevée avec force et passion » pour condamner le terrorisme à l’encontre d’Israël. Toutefois, la liste elle-même étayait l’argument d’Israël, selon lequel le Vatican n’avait guère fait preuve d’énergie dans sa condamnation des massacres d’Israéliens. Selon la liste même du Vatican (à moins qu’il en existe d’autres qui n’ont pas été incluses), il n’y a eu, depuis 2000, que trois condamnations du terrorisme exercé à l’encontre d’Israël, et une seule, en février 2004, qui semble se référer à un attentat terroriste précis plutôt que d’encourager, comme c’est généralement le cas, les deux parties à éviter la violence.
 
En tout cas, pour la première fois peut-être, dans sa déclaration de vendredi [29 juillet], le Vatican a fourni la logique qui sous-tend sa décision, par exemple, de ne pas condamner spécifiquement des attentats gravés dans la mémoire d’Israël, tel celui qui a frappé des adolescents au Dolphinarium de Tel Aviv [2], ou celui des convives du repas pascal au Park Hôtel de Netanya [3]. Le Vatican affirme [4]: « Il n’a pas toujours été possible d’émettre une réprobation pour chaque attentat en le faisant suivre d’une déclaration publique de condamnation, et ceci pour différents motifs, entre autres, du fait que les attentats contre Israël étaient parfois suivis de réactions israéliennes, [qui n’étaient] pas toujours compatibles avec les normes du droit international. Il eût été impossible de condamner les premiers et de passer sous silence les autres. »
 
Il est difficile de surestimer le caractère choquant de cette logique, et ce à plusieurs niveaux. Premièrement, le Vatican établit une nette équivalence morale entre le meurtre de civils israéliens innocents et les tentatives israéliennes de combattre le terrorisme. Deuxièmement, il revendique le droit de déterminer la légalité des actions d’Israël et de supposer, a priori, que la réaction d’Israël à un attentat terroriste est, en soi, illégale. Troisièmement, le Saint-Siège ne tient pas compte de l’éventualité – comme ce fut le cas lors du récent attentat de Netanya et de beaucoup d’autres – qu’Israël puisse ne pas user de représailles du tout [5].
 
Si le Vatican considère le terrorisme comme un instrument légitime de la lutte palestinienne contre Israël - à l’instar du monde arabe qui nomme "résistance" le terrorisme à l’encontre d’Israël -, peut-être le Pape devrait-il le dire. Si c’est le cas, il devra expliquer pourquoi le terrorisme à l’encontre d’Israël est légitime, alors que la terreur à l’encontre de l’Angleterre, de la Turquie, de l’Egypte et de l’Iraq, ne l’est pas.
 
Si donc le Pape croit que le fait de nous désintégrer dans des centres commerciaux, ou de tirer des missiles sur nos villes, ou d’assassiner des familles sur nos routes, est un crime, il doit le dire aussi, avec « force et passion ». Et si, après cela, il ne peut se décider à défendre notre droit élémentaire de nous défendre, même par des mesures passives, telle la barrière de sécurité, alors il serait bon qu’il se taise.
 
Alors même que le Vatican a proclamé tout net son droit de nier le terrorisme à l’encontre d’Israël, il s’est irrité de l’audace qu’a eue Israël de se plaindre. « Tout comme le gouvernement israélien – comme on le comprend - ne se laisse pas dicter par d’autres ce qu’il doit dire, ainsi le Saint-Siège ne peut accepter de recevoir des leçons ni des directives de quelque autre autorité… »
 
Mais personne ne dicte quoi que ce soit au Vatican. En réalité, il ne s’agit ni de realpolitik, ni même de légalité, mais d’un appel à une humanité et à une conscience communes.
 
Est-ce vraiment trop demander au Vatican que de reconnaître qu’Israël aussi est victime du terrorisme ?

 
© The Jerusalem Post, pour l’original anglais, et M. Macina et upjf.org pour la version française.
 
--------------------
 
Notes du traducteur
 
[1] Voir "Ce qu’a dit Nimrod Barkan au ’Jerusalem Post’".
[2] Rappelons que l’attentat du Dolphinarium de Tel Aviv, perpétré en juin 2001, avait tué 21 jeunes gens et jeunes filles.
[3] L’attentat du Park Hôtel de Netanya, perpétré fin mars 2002, avait fait 28 victimes
[4] Voir "Controverse autour du silence de Jean-Paul II. Note détaillée du Vatican".
[5] A cet égard, ce passage du "Sermon sur Israël", prononcé en 2002 par Rabbi Feinstein, est exemplaire : « …nous nous souvenons qu’il y a tout juste deux mois, un terroriste s’est fait exploser à la discothèque du Dolphinarium, à Tel Aviv, et a tué 21 jeunes. Et qu’avons-nous fait en représailles, qu’avons-nous frappé ? Rien. Nous avons appliqué la politique de la retenue. Quelques mois plus tard, un autre terroriste à la bombe a détruit la pizzéria de Sbarro [à Jérusalem], tuant une douzaine de personnes. Quelle fut notre réponse ? Rien. Nous avons encore appliqué la politique de la retenue. Et puis, il y a eu la Bat Mitzvah à Hadera et le centre commercial de Netanya, et les restaurants et cafés à Jérusalem, à Afula et Haifa. En riposte, nous avons détruit des bâtiments. Des bâtiments vides. Parce que nous avons donné l’alerté des heures avant chaque mission, les avertissant d’évacuer. Alors survint Pesach. Cette année, l’Ange de la Mort n’a point épargné notre bien-aimée Pearla Hermele. Des familles entières massacrées à la table de Seder. Malgré cela, avons-nous bombardé par avion, comme le font les Américains ? Avons-nous pris le risque de frapper les hôpitaux et les écoles et les ambassades, comme l’ont fait les Américains et les Européens en Bosnie, ou en Afghanistan ? Non. Nous avons envoyé nos jeunes risquer leur vie dans les ruelles et les impasses, face aux pièges mortels, aux mines et aux tireurs d’élite. »
 
--------------------
[Texte aimablement signalé, dans son "Isranet Daily Briefing" du 2 août 2005, par le Canadian Institute for Jewish Research (http://www.isranet.org/).]
 
Mis en ligne le 04 août 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org