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Menahem Macina

Impossible de condamner les terroristes qui assassinent sans condamner les victimes qui se défendent
02/08/2005

02/08/05
 
Dans une remarque introductive à ma traduction de la "Note de la Salle de Presse du Saint-Siège", du 28 juillet, je promettais de revenir sur une analogie que je croyais devoir établir entre deux "non possumus" d’une institution qui se veut sainte, mais qui ne résiste pas toujours à la tentation de recourir à une diplomatie à géométrie politique variable, conciliante envers les puissants de l’époque, plutôt qu’à la défense inconditionnelle de la vérité et de la justice.
 
Pour comprendre les termes de la comparaison audacieuse que j’établis ici entre deux situations historiques, hétérogènes mais non dénuées de points communs, il est nécessaire de faire un bref retour sur la diplomatie vaticane durant la Seconde Guerre mondiale, et sur son extrême réserve, qui confina à la langue de bois, à propos du sort abominable des Juifs, dont le Vatican n’ignorait rien.
 
 
Le non possumus papal, selon Pie XII
 
Pressé de toutes parts de prononcer quelques paroles de condamnation des atrocités nazies, le Pape Pie XII évoqua, en quatre lignes, au cours de son discours de Noël 1942 (qui comptait environ 13 pages), les « centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, du seul fait de leur nationalité ou de leur origine ethnique, ont été vouées à la mort ou à une extinction progressive. »
 
Convaincu de s’être bien fait comprendre et d’avoir donné satisfaction à ceux qui avaient demandé son intervention énergique, Pie XII fut surpris de s’entendre dire par le diplomate américain, Harold Tittman (1), que tout le monde n’était pas de cet avis. Entre autres arguments, Pie XII expliqua à Tittmann qu’« il n’aurait pu, à propos de ces atrocités, mentionner les nazis, sans mentionner également les bolcheviques (2), et qu’à son avis, cela n’aurait sans doute pas plu aux Alliés. » (3).
 
Ces paroles ironiques, voire cyniques, suffiraient, à elles seules, si ce n’était déjà fait, à réduire à néant le mythe gratifiant d’un Pie XII brisé de douleur face au sort tragique de millions d’innocents (majoritairement des Juifs et des Polonais) ; mais tel n’est pas l’objet de cet article. Ce qui l’est par contre, c’est l’analogie frappante entre ces propos du Pontife du Vatican, en ces années où la guerre mondiale faisait rage, avec ceux du porte-parole du même Vatican, en ces années de terrorisme mondial.
 
 
Le ’non possumus’ papal, selon Navarro-Vals
 
Dans une Note de la Salle de Presse du Saint-Siège, en date du 28 juillet, on peut lire le passage suivant :
 
« Les interventions de Jean-Paul II contre toutes les formes de terrorisme et contre chacun des attentats perpétrés contre Israël ont été nombreuses et publiques... Il n’a pas toujours été possible d’émettre une réprobation pour chaque attentat en le faisant suivre d’une déclaration publique de condamnation, et ceci pour différents motifs, entre autres, du fait que les attentats contre Israël étaient parfois suivis de réactions israéliennes, [qui n’étaient] pas toujours compatibles avec les normes du droit international. Il eût été impossible de condamner les premiers et de passer sous silence les autres. »
 
Autrement dit, conscient – surtout après avoir fait rédiger la compilation des propos et déclarations de Jean-Paul II à ce propos – de la minceur et du caractère peu convaincant de son dossier, Navarro-Valls anticipe la critique. En substance, il reconnaît implicitement qu’en proclamant, dans son premier communiqué (26 juillet), que « le Magistère papal, jusqu’à Benoît XVI inclus, n’a cessé de condamner toutes les formes de terrorisme, d’où qu’il vienne et quelles que soient les victimes de ces actes », il élude le reproche précis, qu’à en croire le Jerusalem Post, Nimrod Barkan adressait au Vatican, à savoir : de s’être abstenu, dans le passé, de condamner les attentats commis en Israël.
 
Contrairement à l’affirmation de M. Navarro-Valls, dans sa phrase d’introduction aux 17 « interventions du Pape Jean-Paul II », censées « condamner les violences contre les civils et en faveur du droit d’Israël à vivre en sécurité et en paix », il s’agit, en fait, de textes qui condamnent les actes terroristes en termes généraux, sans jamais dire clairement qui sont les assassins et quelles sont les victimes.
 
Un seul texte (le neuvième de la liste) reconnaît que « certains groupes palestiniens ont choisi, pour se faire entendre, des méthodes inacceptables et condamnables », et admet qu’il convient de garantir « à l’Etat d’Israël les justes conditions de sa sécurité. » Mais on y chercherait en vain les mots "terroristes palestiniens" et "victimes israéliennes".
 
C’est dérisoire et frustrant.
 
 
A quarante-deux ans de distance, voici que se rejoignent soudain, dans une apologétique commune tragiquement identique, deux justifications d’une réserve papale, aussi excessivement prudente que moralement indéfendable, qui se soucie davantage d’éviter de se compromettre ou de se faire des ennemis politiques, qu’à honorer sa vocation de témoin prophétique.
 
On le sait : les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets, jusque dans des circonstances radicalement différentes. Comme la papauté d’hier estimait ne « pas pouvoir mentionner les nazis, sans mentionner également les bolcheviques », celle d’aujourd’hui se déclare incapable de condamner les Palestiniens qui assassinent, sans condamner également les Israéliens qui se défendent.
 
Menahem Macina
 
© M. Macina et upjf.org
 
Mis en ligne le 02 août 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org
 
 
Notes
 
(1) Harold Tittmann était chargé d’affaires auprès du Saint-Siège pendant la Seconde Guerre mondiale, en tant qu’assistant de Myron Taylor, représentant personnel du président Roosevelt auprès de Pie XII.
(2) C’est ainsi que les nazis nommaient les Russes, qu’ils identifiaient aux partisans bolcheviks vainqueurs des mencheviks, lors de la révolution russe de 1917. Ce sobriquet était d’autant plus familier au Pape, qu’il craignait le communisme davantage que le nazisme.
(3) Cf. Foreign Relations of the United States (FRUS), 1943, Vol. II. Cité ici d’après Giovanni Miccoli, I dilemmi e I silenzi di Pio XII. Vaticano, Seconda guerra mondiale e Shoah, Rizzoli, Milano (Italie), 2000, p. 102.