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Shoah

Au mémorial d'Auschwitz-Birkenau : trois voix, un message
27/12/2003

Extraits de La Tribune de Genève du 21 décembre 2003

Le 26 novembre 2003, 170 personnes, principalement des enseignants, mais aussi quelques pasteurs et prêtres de Lausanne, Genève et Fribourg, ont pris part à un voyage organisé par la CICAD (coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme) sur un des lieux les plus symboliques de la Shoah. Durant cet émouvant parcours du souvenir, un recueillement œcuménique a été célébré devant le Mémorial de Birkenau, faisant le lien entre hier et aujourd'hui, dans une perspective de paix.

Allocution du Grand Rabbin Izhak Dayan

Je viens de Salonique (Grèce), dont la population était à 60% de confession israélite: depuis 1942 jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale, 96% de la population juive (56000 personnes) ont été décimés dans les camps de concentration nazis.

J'ai occupé la fonction de Grand Rabbin de Salonique et de délégué auprès du Grand Rabbinat européen pour la région balkanique, pendant sept ans et demi. Tout au long de mon service rabbinique, j'ai pu avoir de longs entretiens avec les rescapés juifs; ils m'ont décrit leurs conditions inhumaines d'incarcération, leurs conditions effroyables de vie et l'organisation satanique et inimaginable des bourreaux nazis. J'ai alors pris conscience de la grandeur de la catastrophe qui s'est abattue sur le peuple juif et du malheur qui a frappé la nation juive. Aujourd'hui, lors de notre visite à Auschwitz-Birkenau, je découvre le degré de bestialité auquel l'être humain est capable de descendre. La haine gratuite du Juif animait leur cœur, anéantissait et annihilait leurs qualités morales.

Dans les Pirkè Avot, (Maximes des Pères) nos sages nous enseignent: "haviv adam shenivra betsélem" ce qui signifie: "aimé par D.ieu est l'être humain, car il a été créé à son image". Cet amour envers tout être humain, déclaré par cette phrase, a été exprimé indépendamment de toute appartenance à telle ou telle religion, indépendamment de la couleur de peau ou du sexe de la personne. Porter atteinte à la dignité humaine équivaut à assombrir l'image de D.ieu, commune à toute les religions monothéistes.

Tel est le message que l'ensemble des humains de bonne volonté devrait propager à l'aube du XXIe siècle et tout au long des générations à venir, pour la paix dans une entente cordiale.


Allocution du Pasteur Bernard Buunk

Comment prendre la parole dans ce lieu qui défie le ciel?

Les Eglises de toutes confessions sont responsables d'avoir développé une doctrine chrétienne antijuive, et mis hors-jeu le destin historique du judaïsme en le reléguant en marge de l'histoire et à l'ombre de la croix. Cette doctrine a eu des conséquences physiques dont nous voyons ici les traces effroyables.

La Shoah a provoqué un choc qui a contribué à reformuler nos doctrines et à changer nos attitudes à l'égard des Juifs.

Aujourd'hui, des groupes de rencontre réunissant Juifs et Chrétiens favorisent l'élimination de toute affirmation antijuive dans les doctrines chrétiennes. D'autre part, les chrétiens engagés dans un tel dialogue s'enrichissent des valeurs spirituelles de la Torah et de la tradition juive.

En tant que représentant de l'Eglise réformée, j'ai le privilège de vous annoncer que les Eglises issues de la Réforme, réunies dans le cadre de la communion ecclésiale de Leuenberg ont publié un rapport en juin 2001 intitulé "Eglise et Israël": "Les Eglises reconnaissent et déplorent, eu égard à l'histoire de vingt siècles d'animosité chrétienne vis-à-vis des Juifs, leur coresponsabilité et leur culpabilité à l'égard du peuple d'Israël. Elles reconnaissent leurs interprétations fautives de certaines affirmations et traditions bibliques. Devant Dieu et devant les hommes, elles confessent leur faute et implorent le pardon de Dieu".

Que cette visite d'aujourd'hui contribue à développer et à intensifier notre solidarité avec Israël et à combattre toute forme de racisme, d'antisémitisme et d'antijudaïsme chrétien.


Allocution de l'abbé Alain René Arbez

Ce mémorial de Birkenau nous rappelle qu'ici s'est pratiquée l'industrie de la mort à une échelle gigantesque. D'innombrables disparus, tous ces enfants, ces femmes, ces vieillards, ces êtres humains, avec un visage, un nom, une identité, provenant de divers pays européens; tous appartenaient à une famille, à une nationalité, mais surtout, ils avaient le tort d'appartenir à un peuple, le peuple juif, cible principale du régime hitlérien et de ses alliés.

Cette folie meurtrière d'hier nous concerne tous aujourd'hui car les mêmes démons peuvent à tout moment se remettre en action, sous un masque ou un autre.

Depuis l'après-guerre, l'Eglise catholique a exprimé officiellement sa repentance, son désir de recréer des relations fraternelles avec le peuple de l'alliance, auquel elle se reconnaît liée par une profonde parenté spirituelle.

L'antijudaïsme chrétien martelant sa haine au cours des siècles n'est pas pour rien dans ce qui s'est passé dans ces lieux. Mais il existe beaucoup de formes d'antisémitisme, dans des milieux religieux comme dans des milieux laïques.

La violence qui s'est abattue ici, dans ce qui fut appelé "la solution finale", doit être analysée, identifiée, pour pouvoir être combattue aujourd'hui: elle peut encore se camoufler sous d'autres habillages idéologiques, en particulier dans le conflit du Proche-Orient. En ce début du XXIe siècle, trop de voix clament encore, et en diverses langues, qu'elles veulent la disparition des Juifs et de leur pays, Israël, accusé de tous les maux de la terre.

Espérons que les chrétiens et les humanistes éclairés seront nombreux à se souvenir, afin d'exiger une vraie justice au Proche-Orient, dans une approche équitable et non unilatérale; cela suppose d'abord la fin des propos antisémites, le droit réciproque à l'existence pour tous, certes, mais dans le respect de l'histoire de cette Terre sainte.

Cet enjeu nous implique tous, car les valeurs qu'il y a à défendre, de part et d'autre, sont à la base de notre conception de l'être humain et de nos sociétés démocratiques.

[Ces textes sont reproduits ici avec l'aimable autorisation de La Tribune de Genève. Nous remercions l'abbé Arbez d'avoir obtenu l'accord du journal suisse et de nous avoir transmis ces textes.]

Mis en ligne le 27 décembre 2003 sur le site www.upjf.org