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Islam

Qui est le fils d’Abraham qui faillit être sacrifié ? Isaac ou Ismaël ?
10/01/2006

Nous avons reçu du site VoxDei (protestants évangéliques) le message d’alarme suivant : « Malek Chebel, invité partout en ce moment pour parler de l’Islam et de la fête de l’Aïd el Kebir, raconte, SANS QUE PERSONNE NE LE CONTREDISE que Abraham a sacrifié Ismaël et non Isaac. Sur RMCInfo, ce matin, le présentateur répondait à un auditeur qui voulait rétablir la vérité en disant que "ce n’était pas tranché". » Nous avons choisi de mettre en ligne une réponse musulmane, détaillée et savante, à l’affirmation – très répandue en islam, rappelons-le – selon laquelle c’est Ishmaël et non Isaac qui a failli être sacrifié par Abraham et que les Juifs ont falsifié ce passage de la Torah. (Menahem Macina).
Malek Chebel n’est évidemment pas l’auteur de l’affirmation selon laquelle c’est Ishmaël et non Isaac que Dieu demanda à Abraham d’immoler. Elle est traditionnelle en islam et n’est remise en cause par aucun auteur musulman orthodoxe. Chebel, qui est un musulman convaincu, mais aussi un adepte de la dawa (prédication persuasive), se sert tout simplement de sa notoriété littéraire et de sa personnalité enjôleuse, pour se faire le propagandiste de cet aspect de la foi musulmane.
 
Ce sont les médias eux-mêmes qu’il faut mettre en cause, dans cet usage pervers, mais, hélas! terriblement efficace - de la force de frappe de l’audiovisuel, à l’avantage exclusif d’une foi (l’islam), aux dépens de deux autres (judaïsme et christianisme). Mais, très franchement, si l’on élargit la perspective, ce n’est là qu’un des multiples symptômes d’une maladie du terrain, qui mine le jugement de cette génération. En effet, on connaît la propension des médias à s’ériger en juges de toutes choses, à instruire des causes auxquelles ils ne comprennent goutte. Ici, comme en beaucoup d’autres sujets (dont, surtout ceux du conflit israélo-palestinien et du sionisme), l’ignorance - voire la stupidité - doublées d’arrogance sont, plus que la malveillance consciente, responsables du flot de contrevérités et de bêtises qui sont déversées quotidiennement dans les esprits de nos contemporains, devenus comme jadis les Ninivites, "incapables de distinguer leur droite de leur gauche", et que Dieu, pourtant, veut sauver.
 
Le texte qui suit propose une "sortie de crise" honorable et conforme à la foi islamique et - pense-t-il - à la foi juive, dans cette contestation originelle, dont l’enjeu est rien moins que la crédibilité de deux Révélations qui s’affirment révélées par Dieu lui-même, et du destin respectif de deux confessions de foi qui réclament chacune pour soi l’élection divine. Nous l’avons choisi parce qu’il exprime un point de vue musulman modéré qui s’efforce de mettre un peu d’ordre dans cette affaire immensément compliquée (et... explosive). Il ressortit à la casuistique musulmane savante, et, à ce titre, il n’est pas facile à lire pour des non-experts. Toutefois, nous avons tenu à le citer intégralement, en raison de la rigueur quasi scientifique de son analyse. Il émane, à l’évidence, d’un courant de l’islam modéré que l’on pourrait qualifier de moderniste (voire réformiste), lequel se fait jour depuis quelques décennies - non sans d’énormes difficultés et au prix de risques pouvant aller jusqu’à l’assassinat. C’est sur ce courant que tablent des islamologues et géopoliticiens occidentaux, pour ouvrir un dialogue sain avec l’islam politique.
 
Il va de soi que, même dans la version modérée qu’en donne l’article qui suit, aucun Juif croyant - ni, vraisemblablement, aucun chrétien fidèle - ne saurait adhérer à cette version musulmane du sacrifice d’Isaac. Pour celles et ceux qui connaissent ce site, la précision est inutile, je l’exprime, cependant, à l’attention des internautes qui pourraient être amenés à lire ce développement sans la présente introduction, et risqueraient de croire qu’un site juif comme le nôtre souscrit à la version musulmane du sacrifice d’Ismaël.
 
Menahem Macina
 
Sur le site www.maison-islam.com
 
 
Question :

J’aurais une question à vous poser. Les chrétiens et les juifs disent que c’était Isaac qui devait être sacrifié par Abraham puis ne l’a pas été, sur ordre de Dieu. Or les musulmans disent que c’était Ismaël. J’aimerais avoir plus de détails sur ce point. D’autant plus que les premiers disent des musulmans qu’ils ont modifié les données des Ecritures, et que les musulmans leur répondent que ce sont eux qui ont falsifié la Torah et l’Evangile !

Mon frère, si vous pouvez m’éclairer je suis prêt à vous lire.


Réponse :

Le passage coranique qui relate l’épisode où Abraham, après avoir reçu une révélation (wah’y manâmî) de la part de Dieu, était prêt à sacrifier son fils par amour pour Dieu, n’explicite pas de qui il s’agit. Voici ce qu’on y lit : "Et il [= Abraham] dit : "Je pars vers mon Seigneur, Il me guidera. Seigneur, donne-moi (une progéniture) du nombre des pieux." Nous lui donnâmes la bonne nouvelle d’un garçon longanime. Ensuite, quand celui-ci eut atteint (l’âge de) l’accompagner, (Abraham lui) dit : "O mon fils, je vois en songe que je suis en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses." Il dit : "O mon père, fais ce qui t’est ordonné ; tu me trouveras, si Dieu le veut, du nombre des patients." Puis, lorsque tous deux se furent soumis et qu’il l’eut mis sur le front, voila que Nous l’appelâmes : "O Abraham, tu as confirmé le songe." C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants. C’était là l’épreuve manifeste. Et nous le rachetâmes d’une grande immolation. Et Nous perpétuâmes dans la postérité (cette parole) : "Paix soit sur Abraham !" Ainsi récompensons-Nous les bienfaisants. Il était du nombre de Nos serviteurs croyants" (Coran 37/99-111)

Qui est ce "garçon longanime" que Abraham reçut l’ordre d’immoler, en songe, par révélation divine (seuls les songes des prophètes sont formels, car constituant une forme de révélation), on le voit, le passage coranique ne l’explicite pas… Et il y a divergence d’avis à ce sujet entre les commentateurs du Coran (dont certains Compagnons eux-mêmes) :
  • Certains disent qu’il s’agissait de Ismaël (sur lui soit la paix). Cet avis est relaté notamment de Ibn Omar, Abû Hurayra, Qatâda, Mas’rûq, ’Ikrima, ’Atâ, Muqâtil, az-Zuhrî, as-Suddî (Tafsîr Ibn Kathîr 4/19).
  • D’autres disent que c’était Isaac (sur lui soit la paix). Cet avis est relaté entre autres de Ibn Mas’ûd, al-Hassan al-Basrî, Mujâhid, Sa’ïd ibn u-Mussayib, ar-Rabî’ ibn Anas, Muhammad ibn Ka’b al-Qurazî, al-Kalbî (Tafsîr Ibn Kathîr 4/18).

    At-Tabarî a donné préférence à ce second avis : selon lui il s’agissait de Isaac. Les arguments de at-Tabarî sont :
  • le passage coranique suscité affirme que Abraham reçut la bonne nouvelle de la naissance prochaine d’un fils : "Nous lui donnâmes la bonne nouvelle d’un garçon longanime" (Coran 37/101) ;
  • or, ailleurs dans le Coran, il est dit explicitement que c’est de la naissance de Isaac que Abraham reçut la bonne nouvelle : Dieu dit en effet : "Nous te donnons la bonne nouvelle d’un fils plein de connaissance" (Coran 15/53) ; "et ils lui annoncèrent la bonne nouvelle d’un fils plein de connaissance" (Coran 51/28) ; suit le récit de l’étonnement de l’épouse de Abraham, déjà très âgée (Coran 51/29) : or c’est Sarah – et non Agar – qui enfanta son fils à un âge très avancé : c’est elle l’épouse qui s’étonna de la nouvelle de sa grossesse prochaine ; le fils dont Abraham reçut la bonne nouvelle est donc Isaac ; d’ailleurs un autre verset le nomme explicitement (Coran 11/71-72) ;
  • on en déduit que dans la sourate 37 aussi, le "fils longanime" non nommé dont Abraham reçut la bonne nouvelle de la naissance est Isaac ;
  • le passage disant que c’est ce "fils longanime" que Abraham reçut l’ordre de sacrifier (sourate 37), le fils qui a failli être sacrifié était donc Isaac (argumentation relatée par Ibn Kathîr).

    Ibn Kathîr, s’il a cité cet avis, ne l’a pas trouvé très pertinent. Il écrit que l’avis correct à ce sujet est celui selon lequel c’est Ismaël qui faillit être sacrifié. Et il a repris sur ce point l’argumentation de Muhammad ibn Ka’b al-Qurazî. Ce dernier fait valoir que, à lire le passage coranique en question, on s’aperçoit qu’il y a d’abord le verset qui relate l’annonce faite à Abraham de la naissance d’un "fils longanime" et que suit la relation de l’ordre divin de sacrifier ce fils une fois qu’il eut quelque peu grandi (verset 102). Mais on lit, ensuite, plus loin, un autre verset qui dit : "Et Nous lui donnâmes la bonne nouvelle de Isaac, prophète parmi les pieux" (verset 112) ; et on relève que la citation de la bonne nouvelle de sa naissance est articulée avec ce qui précède par la conjonction "Et", ce qui fait qu’il ne s’agit pas d’un récapitulatif de ce qui précède mais d’un propos différent.
Voici l’intégralité du passage coranique :
"Et il dit : "Je pars vers mon Seigneur, Il me guidera. Seigneur, donne-moi (une progéniture) du nombre des pieux." Nous lui donnâmes la bonne nouvelle d’un garçon longanime. Ensuite, quand celui-ci eut atteint (l’âge de) l’accompagner, (Abraham lui) dit : "O mon fils, je vois en songe que je suis en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses." Il dit : "O mon père, fais ce qui t’est ordonné ; tu me trouveras, si Dieu le veut, du nombre des patients." Puis, lorsque tous deux se furent soumis et qu’il l’eut mis sur le front, voila que Nous l’appelâmes : "O Abraham, tu as confirmé le songe." C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants. C’était là l’épreuve manifeste. Et nous le rachetâmes d’une grande immolation. Et Nous perpétuâmes dans la postérité (cette parole) : "Paix soit sur Abraham !" Ainsi récompensons-Nous les bienfaisants. Il était du nombre de Nos serviteurs croyants. Et Nous lui donnâmes la bonne nouvelle d’Isaac, comme prophète d’entre les pieux. Et Nous (les) bénîmes, lui et Isaac. Et dans la descendance des deux il y a l’homme de bien et celui qui est manifestement injuste envers lui-même" (Coran 37/99-113)
Voyez, disent al-Qurazî et Ibn Kathîr, à considérer l’intégralité de ce passage, on s’aperçoit rapidement que, après le "fils longanime" d’abord cité (verset 101), Isaac est ensuite expressément nommé (verset 112). On en déduit que le "fils longanime" est autre qu’Isaac. Il s’agit donc d’Ismaël (Tafsîr Ibn Kathîr).

De plus, le passage se clôt sur ce verset : "Nous (les) bénîmes, lui et Isaac" (verset 113) : deux personnages sont ici mentionnés : l’un est désigné par le pronom personnel masculin singulier "lui" ; le second est expressément nommé : "Isaac". Le premier personnage est donc autre que Isaac. De qui s’agit-il ? Selon an-Najjâr, il s’agit de celui-là même qui, dans ce passage, avait été cité en premier et sans être expressément nommé : il s’agit de l’autre fils de Abraham, autrement dit de Ismaël (relaté dans Qassas ul-qur’ân 1/239). La même chose peut être dite à propos de la suite de la phrase de ce verset 113 : "Et dans la descendance des deux il y a l’homme de bien et celui qui est manifestement injuste envers lui-même" signifie que dans la descendance de Ismaël comme dans celle de Isaac il y a homme de bien et homme injuste.


Dans le texte de la Genèse :

Par ailleurs, ce que le verset du texte de la Genèse dit à ce sujet est : "Prends ton fils, ton fils unique, que tu aimes tant, Isaac" (Genèse 22/2) ; or le même texte dit clairement que Ismaël est resté, plus de treize ans durant, fils unique, puisque lorsqu’il est né Abraham avait 86 ans (Genèse 16/17) et que lorsque Isaac est né Abraham avait cent ans (Genèse 21/5). Ce passage biblique est donc pour le moins étrange :
  • soit l’ordre concernait Isaac, et le mot "unique" est alors de trop, car Isaac n’a jamais été "fils unique";
  • soit c’est le nom "Isaac" qui est de trop, et l’ordre "Prends ton fils unique, que tu aimes tant", concernait bien Ismaël, fils unique de Abraham en ce sens qu’au moment de l’épisode du sacrifice, Isaac n’était pas encore né.

On lit par ailleurs à propos de Ismaël : "Cette parole [de Sarah] fâcha beaucoup Abraham, car Ismaël était son fils" (Genèse 21/12) : cet événement se passe quand Isaac est déjà né (voir Genèse 21/11). On voit que, selon le texte de la Genèse, Abraham considérait bel et bien Ismaël comme "son fils" aussi, même quand Dieu lui avait déjà annoncé que c’est avec Isaac qu’Il établirait Son alliance (annonce faite avant même la naissance de Isaac selon Genèse 17/19) (il s’agit de l’Alliance première d’après nous musulmans).


La Torah, falsifiée ?

Un point, cependant : vous parlez de "falsification". Or je ne suis pas d’avis que les fils d’Israël aient falsifié la Torah. Ibn Khaldûn écrit :

"Quant à ce qui est dit que leurs savants ont modifié des passages de la Torah conformément à leurs intérêts religieux, Ibn Abbâs a dit, d’après ce que al-Bukhârî a rapporté de lui dans son Sahîh : "Ceci est peu probable". Il a dit en substance : "A Dieu ne plaise qu’une nation parmi les nations falsifie volontairement le livre qu’elle a reçu, révélé à son prophète !" Il a dit : "C’est par une interprétation erronée ("ta’wîl") (de certains passages) de leur part qu’il y a modification [du sens de certaines parties du message donné par Dieu] [et non par une falsification délibérée du texte même]." Va dans le sens de ces propos (de Ibn Abbâs) la parole de Dieu qui dit : "alors qu’auprès d’eux se trouve la Torah dans laquelle se trouve le jugement de Dieu" : s’ils avaient modifié les mots de la Torah, il n’y aurait pas "auprès d’eux la Torah dans laquelle se trouve le jugement de Dieu". (…) Par contre, une modification des mots a pu se produire involontairement (…). Ceci est possible, d’autant que leur royaume a été détruit et que leur groupe a été dispersé en différents horizons" (Târîkh Ibn Khaldûn, 2/7-8).

Ibn Khaldûn fait probablement allusion, ici, à la destruction du royaume de Juda par Nabuchodonosor en – 587 : il s’agit en effet d’un tournant dans l’histoire des fils d’Israël et dans la conservation de leurs Ecritures : plus tard, on tenta de reconstituer le texte.

Ceci va dans le sens de ce que Max Dimont, auteur juif bien connu, écrit :
"The final fusion of the Five Books of Moses, called the Pentateuch, occurred around 450 B.C. – in other words, not until eight to sixteen hundred years after some of the events narrated in them took place. Is it not reasonable to suppose that in that period of time [i. e. before 450 B.C.], before there were any written records, many changes and alterations must have occurred as the stories and legends were handed down orally from generation to generation ?" (Jews, God and History, New American Library, 2nd edition, p. 31).
Décrivant cette entreprise de fusion s’étant déroulée vers la moitié du 5ème siècle avant J.C., Dimont écrit :
"As a second move toward forging a national religious and spiritual Jewish character, Ezra and Nehemia decided not only to revise the Book of Deuteronomy but to add to it four other Books of Moses. Under their direction, priest and scholar labored diligently to fuse the most important of the divergent Mosaic documents, including the Deuteronomy of Josiah, into the five books of the Pentateuch, namely, Genesis, Exodus, Leviticus, Numbers, and Deuteronomy. All Five Books of Moses were now made divine. From here on, no deletions, changes or additions to the Pentateuch could be made, nor have any been made" (Ibid., p. 63). "There are two versions of many, many other events, as the perceptive reader of Old Testament may have noticed. Are we dealing with two versions of the same story, or with two different stories merged into one ?" (Ibid., p. 28).

Cliquez ici pour lire notre article au sujet de l’authenticité des textes des Révélations antérieures.

Or l’usage antique était d’insérer des notes et des commentaires dans le texte même, à la suite des passages à commenter. Etudiant le texte sous la conduite d’un maître, le fidèle apprenait à distinguer le texte originel des notes des commentateurs. Et il semble que, lors de la reconstitution du texte de la Torah, des commentaires et des développements, écrits auparavant par des scribes en tant que notes, aient été incorporés au texte lui-même.

Ce phénomène s’est produit également lors de la compilation des Hadîths : un transmetteur a ajouté un petit développement à la fin du propos du Prophète qu’il relatait, ou une petite introduction au début du propos du Prophète, ou encore un commentaire au milieu ou à la fin du propos du Prophète ; un des transmetteurs postérieurs relate le propos du transmetteur sans préciser qui en est l’auteur, en sorte que, à lire le texte du Hadîth et du commentaire, on se demande si le tout a été prononcé par le Prophète ; et, quelques générations plus tard, il peut arriver qu’un autre retransmetteur croie effectivement que le tout est parole du Prophète. On appelle ce phénomène "id’râj" ("incorporation"), et le commentaire ainsi incorporé à tort : "mud’raj ul-matn" ("propos incorporé dans le texte du hadîth"). Contrairement à d’autres religions, en islam les savants religieux des premiers temps mêmes ont été conscients que, dans l’ensemble de ce qui est attribué au Prophète, il y a, à côté de l’authentique, du non-authentique, ce qui a créé un effort pour distinguer ce non-authentique ; c’est ce qui a engendré une discipline à part entière, avec ses spécialistes. Et ces spécialistes du Hadîths ont également fait des efforts pour distinguer ces mots incorporés, des propos véritables du Prophète. Ils parviennent à cerner les propos "mud’raj", entre autres, par le moyen de la comparaison entre les différentes narrations, ou par le moyen de l’établissement d’une contradiction avec des faits ou des textes établis. Cliquez ici pour en savoir plus.

Or, il est des commentaires – tant de Hadîths que de versets du Coran – qui sont corrects, et d’autres commentaires qui sont erronés (khata’). Aucune incorporation n’a eu lieu dans le texte du Coran, mais il arrive que certains commentaires en soient erronés. Ainsi, on lit dans certains ouvrages de Commentaires du Coran, en l’occurrence Tafsîr ul-Jalâlayn :
"Et ils te questionnent au sujet de Dhu-l-Qarnayn, dont le nom était Alexandre, et qui n’était pas prophète. Dis : "Je vais vous en réciter une mention" (fin de citation).
Le texte coranique n’est, ici, en fait, que ce qui suit :
"Et ils te questionnent au sujet de Dhu-l-Qarnayn. Dis : "Je vais vous en réciter une mention" (Coran 18/83).
 
Mais le style du Tafsîr des deux Jalâl ud-dîn est d’insérer leurs commentaires entre les mots du texte coranique, ce qui nous donne, pour ces deux versets, ce que nous avons cité : "Et ils te questionnent au sujet de Dhu-l-Qarnayn, dont le nom était Alexandre, et qui n’était pas prophète. Dis : "Je vais vous en réciter une mention" (Tafsîr ul-Jalâlayn). Or l’avis selon lequel il s’agirait d’Alexandre n’est pas très pertinent, car il contredit des faits établis (cliquez ici pour en savoir plus).
 
Imaginez maintenant que, lisant le Tafsîr ul-Jalâlayn, quelqu’un ne sache pas distinguer ce qui est réellement la parole de Dieu et ce qui en est un commentaire, et considère tout le propos comme étant de même niveau : il pensera alors que c’est Dieu Lui-même qui a dit que Dhu-l-Qarnayn est Alexandre. Or il ne s’agit que de l’avis de certains ulémas, comme conclusion de leur effort pour cerner qui était le personnage que le texte coranique désigne sous le nom de "Dhu-l-qarnayn". (Attention à ne pas confondre "erreur d’interprétation" (khata’), qui rapporte une récompense de la part de Dieu à son auteur, et "égarement" (dhalâl). Attention, de même, à ne pas confondre "le fait de relever que tel avis constitue une erreur" (takhti’a) et "le fait de dénigrer l’auteur de cet avis" (ta’n) ou "de se présenter comme étant supérieur à l’auteur de cet avis" (tanqîs). C’est très différent, et on peut remarquer que de nombreuses personnes – parmi lesquelles, paradoxalement, des frères ayant fait des études en sciences islamiques – n’arrivent pas à comprendre la différence.) C’est la même chose qui est arrivée avec de nombreuses parties du texte de l’Ancien Testament.

La présence, dans le passage de la Genèse relatif à l’épisode du sacrifice, du nom "Isaac" contredit les termes "ton fils unique" du même passage, car Isaac n’a jamais été fils unique. A notre sens il est possible que l’explication de la mention de ce nom "Isaac" après celle de "ton fils unique" réside dans le fait que dans les temps ayant précédé la catastrophe de - 587, un scribe, pensant par erreur que le fils qui avait failli être sacrifié était Isaac, aurait écrit ce nom en commentaire, et que lors de la collation suivant le retour, le commentaire ait été incorporé au texte.

Wallâhu A’lam (Dieu sait mieux).
 
© La Maison de l’islam
 
Mis en ligne le 10 janvier 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org