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Christianisme

Déclaration Chrétiens et Juifs : Antisionisme = antisémitisme
23/07/2004

Traduction française : Claude Detienne pour www.upjf.org

Source anglaise :www.bc.edu/research/cjl/meta-elements/texts/documents/interreligious/ILC_joint_communique_04.htm

La mise en couleur rouge de certains passages de ce document, est le fait de la Rédaction d’upjf.org. Elle a pour but d’attirer l’attention sur les éléments novateurs de ce texte, et, en particulier l’assimilation de l’antisionisme à l’antisémitisme.

Rapport sur la 18e rencontre du Comité International de Liaison entre Catholiques et Juifs - Buenos Aires, 5-8 juillet 2004


Déclaration commune



[Note: des communiqués sur des sujets spécifiques abordés lors de la rencontre sont en préparation et seront rendus publics dès leur parution.]


Les relations entre L’Église catholique et le peuple juif ont connu des changements d’une portée considérable depuis la Déclaration Nostra Aetate du Concile Vatican II (1965). Cette Déclaration soulignait les racines juives du christianisme et le riche patrimoine spirituel commun aux juifs et aux chrétiens. Au cours des vingt-cinq dernières années, le Pape Jean-Paul II n’a pas manqué une occasion de promouvoir le dialogue entre nos deux communautés de foi qu’il considère comme intimement liées au coeur même de nos identités respectives. Ce dialogue fraternel a engendré compréhension et respect mutuels. Nous espérons qu’il continuera à résonner dans des cercles toujours plus larges et à toucher les esprits et les coeurs des catholiques et des juifs - et d’une communauté encore plus large.

La 18e rencontre du Comité International de Liaison entre Catholiques et Juifs s’est tenue à Buenos Aires, du 5 au 8 juillet 2004. Cette rencontre, qui avait lieu pour la première fois en Amérique Latine, a été consacrée au thème de Tsedeq et Tsedaqah (justice et charité), dans leurs aspects théoriques et dans leurs applications pratiques. Nos discussions ont été inspirées par le commandement divin "d’aimer son prochain comme soi-même" (Lev. 19:18; Mt. 22:39). Empruntant à nos perspectives différentes, nous avons renouvelé notre engagement commun à défendre et promouvoir la dignité humaine, comme dérivant de l’affirmation biblique que tout être humain est créé à la ressemblance et à l’image de Dieu (Gen. 1:26). Nous rappelons le plaidoyer du Pape Jean XXIII en faveur des droits de l’homme pour tous les enfants de Dieu, formulé dans son encyclique pionnière, Pacem in terris (1963), et nous lui rendons un hommage particulier pour avoir été à l’origine des changements fondamentaux dans les relations entre catholiques et juifs.

Notre engagement commun en faveur de la justice est profondément enraciné dans nos deux confessions de foi. Nous rappelons la tradition d’aider la veuve, l’orphelin, le pauvre et l’étranger qui vivent parmi nous, conformément au commandement divin (Ex. 22:20-22; Mt 25:31-46). Les Sages d’Israël ont développé une vaste doctrine de la justice et de la charité pour tous, basée sur une compréhension élevée du concept de Tsedeq. S’appuyant sur la tradition de l’Église, le Pape Jean-Paul II, dans sa première encyclique, Redemptor Hominis (1979), rappelait aux chrétiens qu’une relation vraie avec Dieu exige un engagement ferme au service du prochain.

Alors que Dieu a créé les êtres humains dans leur diversité, Il les a dotés de la même dignité. Nous partageons la conviction que toute personne a le droit d’être traitée avec justice et égalité. Ce droit inclut un partage équitable de la bonté et de la grâce de Dieu (hesed).

Étant donné les dimensions mondiales de la pauvreté, de l’injustice et de la discrimination, nous avons une obligation religieuse évidente de nous préoccuper des pauvres et des personnes privées de leurs droits politiques, sociaux et culturels. Jésus, profondément enraciné dans la tradition juive de son époque, a fait de l’engagement en faveur des pauvres une priorité de son ministère. Le Talmud affirme que le Saint – Loué soit-Il -, s’occupe toujours des nécessiteux. Aujourd’hui, cette préoccupation pour les pauvres doit inclure, sur tous les continents, les foules énormes d’affamés, de sans-abri, d’orphelins, de victimes du SIDA, ceux qui n’ont pas accès à des soins médicaux adéquats, et tous ceux qui n’ont en réalité aucun espoir d’un avenir meilleur. Dans la tradition juive, la forme la plus élevée de charité consiste à supprimer les obstacles qui empêchent les pauvres de se relever de leur pauvreté. Ces dernières années, l’Église a souligné son option préférentielle pour les pauvres. Juifs et chrétiens ont la même obligation de travailler en faveur de la justice avec charité (Tsedaqah), ce qui conduira, en fin de compte, au Shalom pour toute l’humanité. Par fidélité à nos traditions religieuses distinctes, nous voyons, dans cet engagement commun en faveur de la justice et de la charité, la coopération de l’homme au plan de Dieu pour construire un monde meilleur.

À la lumière de cet engagement commun, nous reconnaissons le besoin de relever les défis immédiats suivants: l’inégalité économique croissante entre les peuples, la dévastation écologique croissante, les aspects négatifs de la globalisation et le besoin urgent de pacification et de réconciliation internationale.

C’est pourquoi nous saluons les initiatives conjuguées des organisations nationales et internationales catholiques et juives, qui ont déjà commencé à répondre aux besoins des nécessiteux, des affamés, des malades, des jeunes, des personnes peu instruites et âgées. Nous appuyant sur ces actions de justice sociale, nous nous engageons à redoubler d’efforts pour répondre aux besoins urgents de tous par fidélité à notre engagement commun en faveur de la justice et de la charité.

Alors que nous approchons du 40e anniversaire de Nostra Aetate - la déclaration révolutionnaire du Concile Vatican II, qui a répudié l’accusation de déicide contre les Juifs, réaffirmé les racines juives du christianisme et rejeté l’antisémitisme - nous prenons bonne note des nombreux changements positifs dans l’Église catholique en ce qui concerne ses relations avec le peuple juif. Ces quarante dernières années de notre dialogue fraternel contrastent nettement avec deux millénaires d’un "enseignement du mépris" et toutes ses douloureuses conséquences. Nous nous sentons encouragés par les fruits de nos efforts collectifs qui incluent la reconnaissance de la relation d’alliance unique et intacte entre Dieu et le peuple juif et le rejet total de l’antisémitisme sous toutes ses formes, y compris l’antisionisme comme manifestation plus récente de l’antisémitisme.

De son côté, la communauté juive a manifesté une volonté croissante de s’engager dans un dialogue interreligieux et dans une action commune concernant des questions religieuses, sociales et communautaires, au niveau local, national et international, comme illustré dans le nouveau dialogue direct entre le Grand Rabbinat d’Israël et le Saint-Siège. En outre, la communauté juive a réalisé de grands progrès dans les programmes éducatifs à propos du christianisme, l’élimination des préjugés et l’importance du dialogue judéo-chrétien. De plus, la communauté juive est devenue consciente - en le déplorant - du phénomène de l’anti-catholicisme sous toutes ses formes qui se manifeste dans la société dans son ensemble.

À l’occasion du 60e anniversaire de la libération des camps nazis, nous affirmons notre détermination de prévenir la résurgence de l’antisémitisme qui a conduit au génocide et à la Shoah. En ce moment même, nous sommes réunis, après des conférences internationales importantes sur ce sujet, tout récemment à Berlin, et aux Nations unies, à New York. Nous rappelons les paroles du Pape Jean-Paul II affirmant que l’antisémitisme est un péché contre Dieu et contre l’humanité.

Nous nous engageons à lutter contre le terrorisme. Nous vivons dans un nouveau millénaire, déjà souillé par les attaques du 11 septembre 2001 et des atrocités terroristes postérieures dans le monde entier. Nous nous réunissons à l’occasion du 10e anniversaire de deux expériences tragiques de terrorisme, ici, à Buenos Aires. La terreur, sous toutes ses formes, et le meurtre "au nom de Dieu" ne peuvent jamais être justifiés. La terreur est un péché contre l’homme et contre Dieu. Nous appelons les hommes et femmes de toutes les confessions de foi à soutenir les efforts internationaux pour éradiquer cette menace contre la vie, pour que toutes les nations puissent vivre ensemble dans la paix et la sécurité, sur la base de tsedeq et tsedaqah.

Nous nous engageons à ce que les promesses que nous nous sommes faites les uns aux autres, ici, à Buenos Aires, soient mises en pratique et diffusées dans nos communautés, afin que l’oeuvre de justice et de charité puisse effectivement conduire au plus grand don de Dieu: la paix.

© Sidic - Rome, pour le texte anglais, et upjf.org pour la version française.

[Information aimablement communiquée par le Service International de Documentation Chrétienne (SIDIC), Rome].

Mis en ligne le 23 juillet 2004 sur le site www.upjf.org.