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Menahem Macina

’Pénibles consolateurs’ d’Israël, que ces évêques-là! M. Macina
22/01/2004

"Pénibles consolateurs": les évêques détracteurs d’Israël, M. Macina

Sous le titre "Évêques en Terre Sainte: Solidarité avec les Chrétiens en difficulté", une délégation d’évêques catholiques publie un document, dont le but affiché est d’encourager les Chrétiens de Terre Sainte à supporter la situation difficile qui est la leur. En réalité, ce texte exprime une critique sévère et – à notre sens – peu équitable, de l’Etat d’Israël, critique qui, pour être exprimée en termes mesurés et prudents, n’en est pas moins dommageable.

Sans vouloir nous immiscer dans les aspects intrinsèquement ecclésiaux de ce document, nous ne pouvons passer sous silence ses incidences politiques, ni surtout les jugements de valeur, explicites et implicites qu’il contient, et que nous estimons préjudiciables à l’image d’Israël.

En effet, que des Pasteurs adressent un message d’encouragement à des fidèles qui souffrent d’une situation difficile, est une chose, qu’ils en fassent porter la responsabilité uniquement sur l’Etat d’Israël, en est une autre.

On cherchera en vain, dans ce document, ne serait-ce qu’une allusion à la grave responsabilité de l’Autorité Palestinienne dans l’escalade du conflit palestino-israélien et dans la situation dramatique ainsi créée. A l’exception de quelques mots figurant dans le premier alinéa, qui évoquent «les violences subies par les deux communautés», tout le poids de la responsabilité est rejeté, à mots couverts, sur la partie israélienne.


Les critiques exprimées visent uniquement Israël

  • On désigne comme «punition collective de citoyens palestiniens», les mesures de sécurité que sont contraintes de prendre les forces israéliennes de sécurité, après chaque attentat, et celles qui ont pour but de poursuivre les perpétrateurs de ces actes, puisque l’Autorité Palestinienne – qui s’y est pourtant engagée, à maintes reprises – ne le fait pas. Ces prélats ignorent-ils qu’on ne peut protéger des vies humaines qu’en recourant à des mesures coercitives, et qu’Israël n’est pas, tant s’en faut, le seul pays au monde à les mettre en oeuvre sous la pression des événements, et pour prévenir une détérioration encore plus grave de la situation ?
  • On parle des «effets dévastateurs du mur de sécurité», qui pourtant – rappelons-le – n’est un «mur» que sur moins d’une dizaine de kilomètres, les centaines d’autres consistant en une clôture métallique.
  • Cette dernière est décrite comme «une structure permanente» – ce qui est inexact - «divisant les familles, les isolant des terres qu’ils cultivent et les privant de leurs moyens d’existence, les coupant même de leurs institutions religieuses» - ce qui est vrai, mais inévitable, outre que sont passés sous silence les compensations financières, parfois considérables, versées aux personnes lésées, et les efforts déployés par le gouvernement israélien pour remédier, au cas par cas, à certaines situations intolérables.
  • Il est parlé des restrictions à la délivrance de visas – qui, est-il besoin d’y insister ? sont la conséquence de la méfiance des autorités, en raison des dangers constants d’attentats - comme de «mesures qui constituent de véritables obstacles empêchant les Églises de réaliser pleinement leur mission au service du peuple de Terre Sainte».
  • Et le rappel, comme en passant, dans ce contexte, que «l’Etat d’Israël et le Saint-Siège viennent tout juste de célébrer les dix ans de la signature de leur Accord Fondamental», sonne comme une accusation, à peine voilée, d’infraction à ce Concordat.

Le contexte, qui explique la prise, par Israël, des mesures stigmatisées, est entièrement passé sous silence

Le procédé est si flagrant qu’il confine à la désinformation. Par exemple, il est scandaleux que pas un mot ne soit dit des victimes civiles israéliennes, massacrées ou blessées dans des attentats d’une violence bestiale.

Il est choquant que ces dirigeants spirituels d’une religion qui a eu des cohortes de "vrais" martyrs, morts pour témoigner de leur foi ["martur", en grec, veut dire "témoin"], s’abstiennent ostensiblement de condamner l’immoralité foncière des attentats-suicide - crimes patents contre l’humanité.

Ce silence injustifiable risque d’accréditer ’l’évangile’ diabolique des commanditaires et des propagandistes de ces actes impies, qui qualifient de martyrs celles et ceux qui les perpètrent, alors qu’ils profanent et blasphèment le caractère sacré même de ce sacrifice suprême, lorsqu’il est subi par la victime, pour la sanctification du Nom divin [en hébreu : "Qiddoush haShem"], et non infligé à d’autres - a fortiori lorsqu’il s’agit d’innocents.

D’une manière générale, ce silence inadmissible sur les circonstances concrètes qui, en trois ans d’Intifada, ont obligé Israël à prendre des mesures draconiennes pour assurer la protection de sa population - ce qui est le devoir imprescriptible de tout Etat de droit - a pour résultat de mettre, une fois de plus, Israël au banc des accusés, aux prises avec des jugements à charge arbitraires et des juges sourds à ses protestations de bonne foi.


Une fleur de rhétorique inconvenante, voire insultante, dans un tel contexte

Enfin, il est particulièrement pénible à un peuple, dont on massacre la population civile - et qui, comme Job, n’entend, de quelque côté qu’il se tourne, que les reproches et les condamnations de ceux qui sont censés être ses ’amis’ -, de se voir administrer, à nouveau, la formule, qu’on me permettra de qualifier d’inconvenante, voire d’insultante, dans ce contexte : «La Terre Sainte n’a pas besoin de murs mais de ponts !»

Ce genre d’aphorisme s’apparente aux horribles commentaires moralisants que tant de bien portants administrent – en toute suffisance et en toute inconscience - à des malades physiquement et moralement taraudés par la souffrance.

Je ne peux y opposer – s’agissant de prélats qui, après tout, sont censés connaître les Ecritures Saintes – que ces passages éloquents :

  • "L’insulte m’a brisé le coeur, jusqu’à défaillir. J’espérais la compassion, mais en vain, des consolateurs, et je n’en ai pas trouvé." (Psaumes 69, 21).
  • "Que de fois ai-je entendu de tels propos, et quels pénibles consolateurs vous faites! […] moi aussi, je saurais parler comme vous, si vous étiez à ma place; je pourrais vous accabler de discours en hochant la tête sur vous…" (Job 16, 2.4).
  • "…Et mes reins en moi se consument. Lorsque vous dites: ’Comment l’accabler, quel prétexte trouverons-nous en lui?’ craignez pour vous-mêmes l’épée, car la colère s’enflammera contre les fautes, et vous saurez qu’il y a un jugement." (Job 19, 27-29).
  • "Après qu’il eut ainsi parlé à Job, L’Éternel s’adressa à Eliphaz de Témân : ’Ma colère s’est enflammée contre toi et tes deux amis, car vous n’avez pas parlé de moi correctement comme l’a fait mon serviteur Job. Et maintenant [...] allez vers mon serviteur Job... [qui] priera pour vous. J’aurai égard à lui et ne vous infligerai pas ma disgrâce pour n’avoir pas, comme mon serviteur Job, parlé correctement de moi […] Et L’Éternel restaura la situation de Job, tandis qu’il intercédait pour ses amis…" (Job 42, 7-10).
Menahem Macina

© upjf.org

Mis en ligne le 22 janvier 2004 sur le site www.upjf.org