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Menahem Macina

Pour Jean Paul II le ’mur’ est un obstacle à la paix, M. Macina
18/11/2003

On se souvient peut-être que, le dimanche 16 novembre, lors de la prière de l’Angelus, le pape avait affirmé que la construction d’un "mur" entre Israéliens et Palestiniens "était, pour beaucoup, un obstacle à la paix" et avait renouvelé "sa ferme condamnation pour toutes les actions terroristes commises ces derniers temps en Terre sainte".

Le prix Nobel de la Paix et écrivain juif célèbre, Elie Wiesel, s’en est ému, à juste titre.

[Ariel Sharon a fait de même : "Mur de sécurité : Réponse du Berger israélien au Berger romain".]

"Je m’attendais à autre chose de la part du leader spirituel d’une des plus grandes religions du monde", a-t-il déclaré, dans une interview au Corriere della Sera.

Elie Wiesel a confié qu’il s’attendait à "une déclaration qui condamne la terreur et l’assassinat d’innocents, sans la mélanger à des considérations politiques, et surtout sans la comparer à une action d’autodéfense".

Et d’ajouter : "A la différence du terrorisme, la séparation n’a causé la mort de personne et, tout au plus, elle a sauvé beaucoup de vies. C’est précisément son objectif. A Gaza, la barrière fonctionne et depuis qu’elle a été construite, il ne s’est pas produit une seule attaque-suicide provenant de cette zone".

Elie Wiesel a conclu sa réaction en ces termes :

"Tout le monde sait que la barrière est temporaire, que s’il y avait la paix entre Israéliens et Palestiniens, elle serait abattue en 24 heures… Dans les dernières années, le pape s’est battu infatigablement pour combattre l’antisémitisme sous toutes ses formes. Mais justement, un homme dans sa position, toujours attentif à peser ses mots, aurait dû faire plus attention et condamner spécifiquement le terrorisme".

Ce n’est pas la première fois, que ce pape, auquel le dialogue entre Chrétiens et Juifs doit tant, écorne son capital de sympathie en milieu juif par des prises de position ou, au contraire des absences de réaction qui étonnent, voire scandalisent.
  • Lors de la prière de l’Angelus, dans sa résidence d’été de Castelgandolfo, le dimanche 11 juillet 2002, Jean-Paul II avait prononcé une allocution vigoureuse sur le conflit israélo-palestinien.
  • A mon modeste niveau, j’avais tout aussi vigoureusement exprimé ma réaction à l’allocution papale.
  • Le 5 mai 2001, Jean-Paul II arrive à Damas. Il se rend dans un salon officiel de l’aéroport pour une cérémonie de bienvenue. Le président de la république syrienne lui réserve un accueil chaleureux et très politique, malheureusement entaché de propos d’un antisémitisme insoutenable, qui, à la surprise générale, ne seront flétris ni par le Pontife, ni par ses organes de presse officiels et officieux.

Rappel des faits :

1. Extraits du discours, prononcé en arabe par Assad


« Votre sainteté, après avoir rendu hommage aux valeurs représentées par le Saint-Siège et présenté les vertus du peuple syrien, nous constatons que la justice est bafouée : les territoires sont occupés au Liban, au Golan et en Palestine. Nous les entendons massacrer les principes de l’égalité lorsqu’ils disent que Dieu a créé un peuple meilleur que les autres (...) Ils violent les lieux sacrés, ils tentent de tuer tous les principes des religions célestes avec la même mentalité par laquelle fut trahi puis torturé le Christ et de la même manière qu’ils ont essayé de trahir et tuer le prophète Mohammed».

L’assistance - une soixantaine de personnes, essentiellement des religieux musulmans ou chrétiens écoute en silence ces propos, alors que Jean-Paul II semble se recueillir, une main sur la figure.

Pour le président syrien, «la charité, c’est d’arrêter de tuer tout ce qui est arabe par la haine» . Il insiste : «Nous tenons à la paix juste et globale, celle qui rend les territoires à leurs propriétaires en vertu des résolutions du Conseil de Sécurité avec le retour des réfugiés dans leur pays et l’instauration d’un État palestinien indépendant avec Jérusalem pour capitale». En conclusion, le président demande au pape, en le remerciant chaleureusement pour sa présence, d’être «à nos côtés, contre les oppresseurs, pour que les Arabes récupèrent ce qui leur a été volé sans aucun droit» .

Extraits de la réponse de Jean-Paul II à Assad

« Si souvent les espoirs de paix se sont levés pour être ensuite balayés par de nouvelles vagues de violences », regrette-t-il. Et de rappeler, comme il l’a fait en janvier 2001, devant le corps diplomatique accrédité au Vatican, qu’« il est temps de retourner aux principes de la légalité internationale : interdiction de l’acquisition des territoires par la force, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, respect des résolutions de l’ONU et des conventions de Genève».

Entérinement indiscutable de la diatribe anti-israélienne d’Assad. Pas le moindre regret des propos antisémites du jeune président syrien, pas la moindre distanciation non plus.


Que conclure de ces faits accablants ?

- Tout d’abord, le fait d’avoir posé des actes symboliques forts - comme, entre autres, la première visite d’un pape à la Grande Synagogue de Rome, ou sa prière au "Mur occidental", lors de son voyage en Terre Sainte, n’autorise pas Jean-Paul II à exprimer publiquement des positions extrêmement critiques envers un peuple, dont il sait pertinemment que la sécurité est constamment menacée par des voisins arabes qui ont juré sa perte et qui considéreront la déclaration papale comme une approbation indirecte de leur rejet implacable de l’existence même d’un Etat juif au Moyen-Orient, avec les conséquences dramatiques que l’on peut imaginer.

- Ensuite, si utiles et significatifs qu’ils soient, les avancées de la connaissance mutuelle entre Eglise et Synagogue, les déclarations de repentance et les progrès très importants de la théologie de l’Alliance divine avec les Juifs et les Chrétiens, ne remplaceront jamais les témoignages et les prises de position sans ambiguïté que les Juifs sont en droit d’attendre d’un haut dignitaire de l’Eglise en faveur du droit d’Israël à subsister dans des frontières défendables. Elles n’excuseront pas davantage son silence assourdissant face aux propos antisémites d’un chef d’Etat arabe, absence de réaction qui a pu passer pour une approbation tacite des horreurs proférées.

- Enfin, on peut se demander si ce pape est conscient du tort considérable qu’il vient de causer à l’image d’Israël – déjà terriblement dégradée – en émettant l’aphorisme élégant, mais meurtrier pour l’Etat hébreu – qui a été repris, avec une joie mauvaise, par toute la presse internationale – «Ce n’est pas de murs que cette terre a besoin, mais de ponts. » Comme si ce pape, qui a soutenu le mouvement polonais Solidarnosc contre les forces du mal d’alors, ne savait pas que c’est en désespoir de cause et pour protéger ses citoyens des massacres incessants dont il est victime, que le gouvernement israélien s’est finalement résolu à cette mesure extrême, en étant parfaitement conscient de ce qu’elle lui vaudrait les quolibets et la haine d’une grande partie de l’opinion publique mondiale.


Notre peuple porte encore dans sa chair et dans sa mémoire collective, les cicatrices des blessures atroces qui lui ont été infligées par des populations préalablement exaspérées par des propos et des slogans antijuifs imprudents et irresponsables.

Elie Wiesel a correctement identifié l’amalgame – probablement inconscient – qui est à l’origine des propos du pape, entre les meurtres abominables perpétrés contre la population civile israélienne et les mesures d’autodéfense - dont le mur n’est qu’un élément parmi d’autres, même si plus visible et plus ambigu -, que ce peuple est obligé de prendre, pour assurer sa survie et sa sécurité.

C’est pourquoi je souscris pleinement à la formule du grand écrivain juif : « …un homme dans sa position [le pape], toujours attentif à peser ses mots, aurait dû faire plus attention et condamner spécifiquement le terrorisme. »

Menahem Macina

© upjf.org

Sur base d’une information parue dans le quotidien catholique La Croix www.la-croix.com/afp/index.jsp?docId=990600&rubId=1295

[Merci à l’abbé A.R. Arbez de nous avoir signalé la réaction d’Elie Wiesel.]

Mis en ligne le 18 novembre 2003 sur le site www.upjf.org